DES BEAUX TEXTES, DES BELLES PENSÉES, DES BEAUX MOTS, DES RÉCITS, DES POÉSIES, CITATIONS ET PROVERBES
- 1 février 2020 21:54
DES BEAUX TEXTES, DES BELLES PENSÉES, DES BEAUX MOTS, DES RÉCITS, DES POÉSIES, CITATIONS ET PROVERBES
1 février 2020 21:54

Capusa
Impatience
Si elle était une ombre
Un petit pas de trop, une danseuse pieds nus
Si elle était l’intrus, le pas-recommandable
La timide aperçue, la silhouette perdue
Si elle était une ombre…
Elle serait à l’orée de la forêt profonde
Elle serait là si sage et si folle à la fois
À lire sur son âme les doigts de ses désirs
Ce serait trop banal
Un roman mal écrit qui se perd en un rêve
Et puis la porte claque, le monde est ainsi nu
Elle n’est rien qu’une feuille posée, là, sur la table
Avec des mots faciles qui ne racontent rien
Elle vit, elle est debout
Elle se blesse à la terre, elle a mal si souvent
Qui tracera les murs de l’amour à donner ?
— Fais-moi la vie jolie, désombre mes errances…
Quand les ombres se posent, elles libèrent le soleil
Et on s’étonne encore d’être à peine frileuse
Tellement amoureuse
Sur le matin tout bleu, attendre alors ta main
Comme une mémoire vraie
Et si je te tutoie, c’est que mon âme à vif
A reconnu ton cœur sur l’absence qui pleure
Fais-moi la vie jolie
Un matin de surprises....
(Viviane Fournier)
Capusa
Les papillons
Les papillons couleur de neige
Volent par essaims sur la mer ;
Beaux papillons blancs, quand pourrai-je
Prendre le bleu chemin de l'air ?
Savez-vous, ô belle des belles,
Ma bayadère aux yeux de jais,
S'ils me pouvaient prêter leurs ailes,
Dites, savez-vous où j'irais ?
Sans prendre un seul baiser aux roses,
À travers vallons et forêts,
J'irais à vos lèvres mi-closes,
Fleur de mon âme, et j'y mourrais.
Théophile Gautier.
Capusa
Voeu
Si j’étais la feuille que roule
L’aile tournoyante du vent,
Qui flotte sur l’eau qui s’écoule,
Et qu’on suit de l’oeil en rêvant ;
Je me livrerais, fraîche encore,
De la branche me détachant,
Au zéphyr qui souffle à l’aurore,
Au ruisseau qui vient du couchant.
Plus loin que le fleuve, qui gronde,
Plus loin que les vastes forêts,
Plus loin que la gorge profonde,
Je fuirais, je courrais, j’irais !
Plus loin que l’antre de la louve,
Plus loin que le bois des ramiers,
Plus loin que la plaine où l’on trouve
Une fontaine et trois palmiers ;
Par delà ces rocs qui répandent
L’orage en torrent dans les blés,
Par delà ce lac morne, où pendent
Tant de buissons échevelés ;
Plus loin que les terres arides
Du chef maure au large ataghan,
Dont le front pâle a plus de rides
Que la mer un jour d’ouragan.
Je franchirais comme la flèche
L’étang d’Arta, mouvant miroir,
Et le mont dont la cime empêche
Corinthe et Mykos de se voir.
Comme par un charme attirée,
Je m’arrêterais au matin
Sur Mykos, la ville carrée,
La ville aux coupoles d’étain.
J’irais chez la fille du prêtre,
Chez la blanche fille à l’oeil noir,
Qui le jour chante à sa fenêtre,
Et joue à sa porte le soir.
Enfin, pauvre feuille envolée,
Je viendrais, au gré de mes voeux,
Me poser sur son front, mêlée
Aux boucles de ses blonds cheveux ;
Comme une perruche au pied leste
Dans le blé jaune, ou bien encor
Comme, dans un jardin céleste,
Un fruit vert sur un arbre d’or.
Et là, sur sa tête qui penche,
Je serais, fût-ce peu d’instants,
Plus fière que l’aigrette blanche
Au front étoilé des sultans.
Victor Hugo, Les orientales
FAE
Bonjour et bonne semaine à tous !
"Jardin mouillé
La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement
À petit bruit et peu à peu
Sur le jardin frais et dormant ;
Feuille à feuille la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe frémit, le gravier tiède
Crépite, et l'on croirait là-bas
Entendre sur le sable et sur l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.
Le jardin chuchote et tressaille,
Furtif et confidentiel ;
L'averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.
Il pleut, et, les yeux clos, j'écoute,
De toute la pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s'égoutte
Dans l'ombre que j'ai faite en moi."
Coccyvette
La jeunesse des vieux.
Recueil : La Grive des Vignes (1895)
Ô jeunes hommes ! notre joie,
Vous ne la connaissez point,
De voir, comme un bouton rougeoie,
Le printemps qui point.
Quand le soleil, tout jeune, dore
Les toits hier pluvieux,
Une aube de jeunesse encore
Rit au cœur des vieux.
Il ranime, par la fenêtre
Que l'on se hâte d'ouvrir,
Du frisson de ce qui va naître
Ce qui va mourir ;
Lui, par qui tant de fleurs écloses
Enchanteront les pourpris,
Il évoque d'anciennes roses
À nos fronts flétris,
Et, quand l'or de sa gloire abonde,
Aux miroirs que nous fuyons
Nous fait la chevelure blonde
Avec ses rayons.
C'est pour nous qu'il chasse les brumes !
En l'hiver blanc de glaçons
Vous mêlez aux toux de nos rhumes
Des bruits de chansons ;
Qu'il vente ou qu'il neige, n'importe !
Sans trêve, en vos jeunes cœurs,
Triomphe l'ardeur douce et forte
Des juillets vainqueurs ;
Vous connaissez, lèvres ignées,
Les baisers jamais finis,
Même quand les fleurs sont fanées
Et vides les nids.
À ceux que l'hiver ensommeille
Il faut l'avril de retour
Pour qu'en eux s'ouvre, fleur vermeille,
L'amour de l'amour.
Mais, alors, la douceur est telle
D'être si rare, on la sent
Si divine d'être mortelle
Presque en renaissant,
Que notre âme illusionnée
Ne voudrait pas changer pour
Votre été de toute l'année
Nos printemps d'un jour !
Catulle Mendès
Capusa
Parfum exotique
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d’automne,
Je respire l’odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu’éblouissent les feux d’un soleil monotone ;
Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l’œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l’air et m’enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Charles Baudelaire, Les Fleurs du
Coccyvette
Nous dormirons ensemble
Poète : Louis Aragon (1897-1982)
Recueil : Le Fou d'Elsa (1963).
Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin minuit midi
Dans l'enfer ou le paradis
Les amours aux amours ressemblent
C'était hier que je t'ai dit
Nous dormirons ensemble
C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon cœur entre tes mains
Avec le tien comme il va l'amble
Tout ce qu'il a de temps humain
Nous dormirons ensemble
Mon amour ce qui fut sera
Le ciel est sur nous comme un drap
J'ai refermé sur toi mes bras
Et tant je t'aime que j'en tremble
Aussi longtemps que tu voudras
Nous dormirons ensemble.
Capusa
Vacances
Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment
Blanc est le pain
Bleu est le ciel
Rouge est le vin
D’or est le miel
Odeurs de mer
Embruns, senteurs
Parfums de terre
D’algues, de fleurs
Gai est ton rire
Plaisant ton teint
Bons, les chemins
Pour nous conduire
Lumière sans voile
Jours à chanter
Millions d’étoiles
Nuits à danser
Légers, nos dires
Claires, nos voix
Lourd, le désir
Pesants, nos bras
Tiède est le vent
Chaud est le temps
Fraîche est ta peau
Doux, le moment
Doux le moment…
Doux le moment…
Esther Granek (1927-2016)
