DES BEAUX TEXTES, DES BELLES PENSÉES, DES BEAUX MOTS, DES RÉCITS, DES POÉSIES, CITATIONS ET PROVERBES
- 1 février 2020 21:54
DES BEAUX TEXTES, DES BELLES PENSÉES, DES BEAUX MOTS, DES RÉCITS, DES POÉSIES, CITATIONS ET PROVERBES
1 février 2020 21:54

Capusa
Parfum
Je regarde des photos de celles que j’ai aimées.
Vous ne les trouverez dans aucun album, je les vois, pourtant, dans la forêt sombre de ma mémoire.
Comme elles se ressemblent !
Visage ovale, très fin, regard très doux, sont-elles une ?
Est-elle plusieurs ?
Je regarde les photos de celles qui m’ont aimé.
Un jour ou mille nuits ; une vie, ma vie avant, ma vie après, avant qui ? après qui ?
Toutes semblables, et toutes différentes, une et plusieurs, pour une vie.
Je recherche dans mes cahiers des notes sur celles que j’ai aimées, qui m’ont aimé.
Pas forcément les mêmes ; pays à multiples provinces ; plaine et coteaux, brouillards et grands soleils. Une ou plusieurs ?
Je retrouve dans mes valises des lettres manuscrites qui disent des bonheurs simples.
Des malheurs simples.
Visage ovale, regard très doux ; comme un parfum qui dure.
Villebramar
Capusa
La cloche fêlée
Il est amer et doux, pendant les nuits d’hiver,
D’écouter, près du feu qui palpite et qui fume,
Les souvenirs lointains lentement s’élever
Au bruit des carillons qui chantent dans la brume,
Bienheureuse la cloche au gosier vigoureux
Qui, malgré sa vieillesse, alerte et bien portante,
Jette fidèlement son cri religieux,
Ainsi qu’un vieux soldat qui veille sous la tente !
Moi, mon âme est fêlée, et lorsqu’en ses ennuis
Elle veut de ses chants peupler l’air froid des nuits,
Il arrive souvent que sa voix affaiblie
Semble le râle épais d’un blessé qu’on oublie
Au bord d’un lac de sang, sous un grand tas de morts,
Et qui meurt, sans bouger, dans d’immenses efforts.
Charles Baudelaire, Les fleurs du mal .
Capusa
La nuit
Quand la lune blanche
S’accroche à la branche
Pour voir
Si quelque feu rouge
Dans l’horizon bouge
Le soir,
Fol alors qui livre
A la nuit son livre
Savant,
Son pied aux collines,
Et ses mandolines
Au vent ;
Fol qui dit un conte,
Car minuit qui compte
Le temps,
Passe avec le prince
Des sabbats qui grince
Des dents.
L’amant qui compare
Quelque beauté rare
Au jour,
Tire une ballade
De son coeur malade
D’amour.
Mais voici dans l’ombre
Qu’une ronde sombre
Se fait,
L’enfer autour danse,
Tous dans un silence
Parfait.
Tout pendu de Grève,
Tout Juif mort soulève
Son front,
Tous noyés des havres
Pressent leurs cadavres
En rond.
Et les âmes feues
Joignent leurs mains bleues
Sans os ;
Lui tranquille chante
D’une voix touchante
Ses maux.
Mais lorsque sa harpe,
Où flotte une écharpe,
Se tait,
Il veut fuir… La danse
L’entoure en silence
Parfait.
Le cercle l’embrasse,
Son pied s’entrelace
Aux morts,
Sa tête se brise
Sur la terre grise !
Alors
La ronde contente,
En ris éclatante,
Le prend ;
Tout mort sans rancune
Trouve au clair de lune
Son rang.
Car la lune blanche
S’accroche à la branche
Pour voir
Si quelque feu rouge
Dans l’horizon bouge
Le soir.
Alfred de Musset, Poésies posthumes