
lhuron
AprĂšs
la derniÚre lettre , voici un poÚme de MANOUCHIAN , à qui , malgré des études brillantes à la SORBONNE , et bien qu'il s'exprimùt en excellent français , on ui refusa par deux fois notre nationalité sous le prétexte qu'il était communiste donc apatride et éventuellement espion de
MOSCOU !
RESTONS ĂVEILLĂS
(Aux travailleurs étrangers ) ,
Quand je vois vos visages bronzés
Fouettés par le vent et la pluie
Et de vos yeux les songes fluides , la flamme sublime
Votre Ăąme coule dans mon Ăąme . Comment ne pas vous chanter ...
Vous ĂȘtes venus au monde dans d'humbles chaumiĂšres
Les champs immenses ont rempli vos cĆurs d'incoercibles dĂ©sirs ,
Les montagnes vous ont appris Ă ĂȘtre fiers , indomptables ,
La terre maternelle a rempli vos artÚres de sa sÚve féconde .
Mais emportés par la fureur sauvage du simoun ,
Comme des fleurs arrachées aux buissons qui les portent
Et qui se dispersent au gré du vent
Vous avez tendu votre toile vers tous les rivages de la vie .
Attention ! Camarades ! ... L'ennemi est toujours le monstre
Qui , comme la sangsue ou le ver rongeur ,
Boit le sang de nos bras qui peinent sans arrĂȘt ,
Telle une hyĂšne prĂȘte Ă tout dĂ©vorer .
Sous le masque de la foi , il verse Ă ses victimes
Le poison de la corruption et de l'ignorance
Et , senteur de mensonges et de haines raciales ,
Il attire des foules les passions criminelles .
Que les flambeaux de la conscience éclairent nos esprits !
Que le sommeil et la lassitude ne voilent point nos Ăąmes !
Ă tout moment l'ennemi change de couleur et de forme
Et nous jette sans arrĂȘt dans sa gueule inassouvie .
( cité par Pierre SEGHERS dans " La Résistance et ses PoÚtes )
Un poĂšme trĂšs actuel encore , malheureusement .
lhuron
24 février 1944
Ma chÚre Méline
ma petite orphellne bien - aimée .
Dans quelques heures je ne serai plis de ce monde . Nous allons ĂȘtre fusillĂ©s cet aprĂšs - midi Ă quinze heures . Cela m'arrive comme un accident dans ma vie : je n'y crois pas mais pourtant je sais que je ne te verrai plus jamais . Que puis - je t'Ă©crire ? Tout est confus en moi et bien clair en mĂȘme temps .
Je m'étais engagé dans l'armée de la libération en soldat volontaire et je meurs à deux doigts de la victoire et du but .
Bonheur à tous ceux qui vont nous survivre et goûter la douceur de la liberté de la paix de demain ! Je suis sûr que le peuple français et tous les combattants de la liberté sauront honorer notre mémoire dignement . Au moment de mourir . je proclame que je n'ai aucune haine contre le peuple allemand ... Chacun aura ce qu'il mérite comme chùtiment et comme récompense . Le peuple allemand et tous les autres peuples vivront en paix et en fraternité aprÚs la guerre qui ne durera plus trÚs longtemps . Bonheur à tous .
J'ai un regret profond de ne pas t'avoir rendue heureuse . J'aurais bien voulu avoir un enfant de toi , comme tu le voulais toujours . Je te prie donc de te marier aprÚs la guerre , sans faute , d'avoir un enfant pour accomplir ma derniÚre volonté . Marie - toi avec quelqu'un qui
puisse te rendre heureuse . Tous mes biens et toutes mes affaires , je te les lĂšgue Ă toi , Ă ta sĆur et Ă mes neveux . AprĂšs la guerre , tu pourras faire valoir ton droit Ă la pension de guerre en temps que ma femme car je meurs en soldat rĂ©gulier de l'armĂ©e française de libĂ©ration.
Avec l'aide des amis qui voudront bien m'honorer , tu feras éditer mes poÚmes et mes écrits ... Tu apporteras , si possible ,mes souvenirs à mes parents en Arménie . Je mourrai tout à l'heure avec mes vingt - trois camarades avec le courage et la sérénité d'un homme qui a la conscience bien tranquille ...
Aujourd'hui , il y a du soleil . C'est en regardant le soleil et la belle nature que j'ai tant aimĂ©s que je dirai adieu Ă la vie , Ă vous tous ,ma bien chĂšre femme et mes bien chers amis ... Je t'embrasse bien fort ainsi que ta sĆur et tous les amis qui me connaissent de prĂšs ou de loin .
Je vous serre tous sur mon cĆur. Adieu .
Ton ami, ton camarade , ton mari.
Michel MANOUCHIAN .
( La Résistance et ses poÚtes , Pierre SEGHERS )
lila
"Réussir, ce n'est pas toujours ce qu'on croit.
Ce n'est pas devenir célÚbre,
Ni riche ou encore puissant.
RĂ©ussir, c'est sortir de son lit le matin et ĂȘtre heureux
de ce qu'on va faire durant la journée,
Si heureux qu'on a l'impression de s'envoler.
C'est travailler avec des gens qu'on aime.
RĂ©ussir, c'est ĂȘtre en contact avec le monde et communiquer sa passion.
C'est se coucher le soir en se disant
qu'on a fait du mieux qu'on a pu.
Réussir, c'est connaßtre la joie,
la libertĂ©, l'amitiĂ© et lâamour.
Je dirais que réussir, c'est Aimer.."
Romy Schneider
Josephine22
lila a écrit :
Vous n'avez réclamé la gloire, ni les larmes
Ni l'orgue, ni la priĂšre aux agonisants
11 ans déjà , que cela passe vite 11 ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'Ă prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais Ă l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos "morts pour la France"
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
à la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
"Bonheur Ă tous, bonheur Ă ceux qui vont survivre"
"Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand"
Adieu la peine et le plaisir, adieu les roses
Adieu la vie, adieu la lumiĂšre et le vent
Marie-toi, sois heureuse et pense Ă moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cĆur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée, Î mon amour, mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient 20 et 3 quand les fusils fleurirent
20 et 3 qui donnaient leurs cĆurs avant le temps
20 et 3 étrangers et nos frÚres pourtant
20 et 3 amoureux de vivre Ă en mourir
20 et 3 qui criaient la France en s'abattant
L'Affiche Rouge
Bien d actualité
lila
Vous n'avez réclamé la gloire, ni les larmes
Ni l'orgue, ni la priĂšre aux agonisants
11 ans déjà , que cela passe vite 11 ans
Vous vous étiez servis simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'Ă prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir Français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais Ă l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos "morts pour la France"
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
à la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
"Bonheur Ă tous, bonheur Ă ceux qui vont survivre"
"Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand"
Adieu la peine et le plaisir, adieu les roses
Adieu la vie, adieu la lumiĂšre et le vent
Marie-toi, sois heureuse et pense Ă moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le cĆur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée, Î mon amour, mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient 20 et 3 quand les fusils fleurirent
20 et 3 qui donnaient leurs cĆurs avant le temps
20 et 3 étrangers et nos frÚres pourtant
20 et 3 amoureux de vivre Ă en mourir
20 et 3 qui criaient la France en s'abattant
L'Affiche Rouge
Josephine22
lila a écrit :
« Une seule fois, en Ă©tĂ©, un jour que ma mĂšre enlevait de la table le plateau du cafĂ©, je vis la tĂȘte, la lĂšvre grisonnante de mon pĂšre, penchĂ©es sur la main de ma mĂšre avec une dĂ©votion fougueuse, hors de lâĂąge, et telle que Sido, muette, autant que moi empourprĂ©e, sâen alla sans un mot. JâĂ©tais petite encore, assez vilaine, occupĂ©e comme on lâest Ă treize ans de toutes choses dont lâignorance pĂšse, dont la dĂ©couverte humilie. Il me fut bon de connaĂźtre, et de me remettre en mĂ©moire, par moments, cette complĂšte image de lâamour : une tĂȘte dâhomme, dĂ©jĂ vieux, abĂźmĂ©e dans un baiser sur une petite main de mĂ©nagĂšre, gracieuse et ridĂ©e. »
(Colette, Sido, 1930)
TrÚs beau passage..que d amour, de tendresse, d amitié passent entre nos mains
Plus important avec la vieillesse
lila
« Une seule fois, en Ă©tĂ©, un jour que ma mĂšre enlevait de la table le plateau du cafĂ©, je vis la tĂȘte, la lĂšvre grisonnante de mon pĂšre, penchĂ©es sur la main de ma mĂšre avec une dĂ©votion fougueuse, hors de lâĂąge, et telle que Sido, muette, autant que moi empourprĂ©e, sâen alla sans un mot. JâĂ©tais petite encore, assez vilaine, occupĂ©e comme on lâest Ă treize ans de toutes choses dont lâignorance pĂšse, dont la dĂ©couverte humilie. Il me fut bon de connaĂźtre, et de me remettre en mĂ©moire, par moments, cette complĂšte image de lâamour : une tĂȘte dâhomme, dĂ©jĂ vieux, abĂźmĂ©e dans un baiser sur une petite main de mĂ©nagĂšre, gracieuse et ridĂ©e. »
(Colette, Sido, 1930)
Josephine22
lila a écrit :
« Si tu savais combien je tâaime, et combien jâai souffert de la peur de te perdre cette annĂ©e⊠Câest quand mĂȘme une chose touchante que de se voir devinĂ© si vraiment, et si dĂ©licatement dâailleurs, quand on est triste et quâon croit si bien le cacher. Cela mâest arrivĂ©, que veux-tu. Et tu sais bien que je ne peux ĂȘtre triste ou trĂšs heureuse que par toi⊠Mes souhaits, tu les connais. Je nâen ai quâun. Il a ta forme et ta figure et la durĂ©e de ma propre vie. »
COLETTE Lettre Ă Henry de Jouvenel, fin 1920
đCOLETTE...la grande amoureuse
lila
« Si tu savais combien je tâaime, et combien jâai souffert de la peur de te perdre cette annĂ©e⊠Câest quand mĂȘme une chose touchante que de se voir devinĂ© si vraiment, et si dĂ©licatement dâailleurs, quand on est triste et quâon croit si bien le cacher. Cela mâest arrivĂ©, que veux-tu. Et tu sais bien que je ne peux ĂȘtre triste ou trĂšs heureuse que par toi⊠Mes souhaits, tu les connais. Je nâen ai quâun. Il a ta forme et ta figure et la durĂ©e de ma propre vie. »
COLETTE Lettre Ă Henry de Jouvenel, fin 1920
Josephine22
lila a écrit :
"Vous ne saurez jamais que votre Ăąme voyage
Comme au fond de mon cĆur un doux cĆur adoptĂ© ;
Et que rien, ni le temps, dâautres amours, ni lâĂąge,
NâempĂȘcheront jamais que vous ayez Ă©tĂ©.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que ce lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que jâemporte votre Ăąme
Comme une lampe dâor qui mâĂ©claire en marchant ;
Quâun peu de votre voix a passĂ© dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme,
Mâinstruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis."
(Marguerite Yourcenar - Les CharitĂ©s dâAlcippe)
MAGNIFIQUE đ
