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🐞 CITATIONS,TEXTES,POÉSIES,CHANTS QUE VOUS AIMEZ 🐞

lila - 3 mars 2020 17:29

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lila3 mars 2020 17:29

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lila

23 août 2026 12:58

« Si je n’ai pas sous les yeux la cime de l’arbre, il me faut un lĂ© changeant de ciel. Ou bien des ailes peu farouches. Ou bien le silence. Et l’odeur du pain chaud. Et une voix qu’on jette, claire, aiguĂ«, par la fenĂȘtre, sur la tĂȘte d’une petite fille qui court
 Il me faut miraculeusement, dans mon sommeil, mĂȘler mes provinces bien-aimĂ©es, la natale et les autres, et les palper Ă  tĂątons si je m’éveille en pleine nuit, interroger la sonnerie d’une grosse montre, l’espagnolette d’une fenĂȘtre qui n’existe plus que dans mon souvenir, une table de chevet captive en Bretagne, un bouton de cuivre qui brillait, il y a un demi-siĂšcle, sur la porte de ma chambre d’enfant
 Un mur lisse, une tenture rugueuse, un verre d’eau abolis, brisĂ©s, exilĂ©s, renaissent, le temps que je revienne Ă  moi. Leur rencontre est un instant inestimable, aussi fugitif que le givre par un jour pur, le seul instant oĂč je puisse sentir sous ma main, presque palpable, la fleur pulvĂ©rulente du passĂ©, un don consenti par la mĂ©moire des sens, invĂ©tĂ©rĂ©e en moi
 »
(Colette, En pays connu, 1950)

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31 juillet 2026 09:02

' A voir ce que l'on fut sur terre Ă  voir ce que l'on laisse seul le silence est grand tout le reste est faiblesse ' A. de Vigny

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31 juillet 2026 05:50

Aimer, c'est savoir dire je t'aime sans parler.

Victor Hugo

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30 juillet 2026 22:20

"Quand on rencontre des ĂȘtres avec qui on sent une certaine communautĂ© de pensĂ©e et avec qui on tisse des liens d’amitiĂ©, on se dit qu’ensemble on peut certainement faire davantage que tout seul, on peut apprendre les uns des autres, enrichir notre rĂ©flexion et trouver de meilleurs moyens d’aider autrui."

- Matthieu Ricard, Trois amis en quĂȘte de sagesse.

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14 juillet 2026 10:32

Tribune: une équipe de France sans Français ?
L'ancien premier ministre socialiste français Emmanuel Valls répond à son collÚgue espagnol Mariano Rojoy qui considÚre qu'il n'y a pas de Français dans la sélection française qui participe actuellement au Mondial de football.
Je connais Mariano Rajoy. J’ai siĂ©gĂ© face Ă  lui, en EuropĂ©en, en chef de gouvernement. C’est pourquoi ses mots ne me mettent pas seulement en colĂšre, ils me peinent. Je ne l’en croyais pas capable.
À propos de l’équipe de France, Mariano Rajoy a Ă©crit : « Elle a un trĂšs haut niveau, cela dit,
sans Français. » Ce n’est pas un trait d’esprit, c’est un aveu. Car ce qu’il croit ne pas voir dans
cette équipe, ce ne sont pas des nationalités. Ce sont des couleurs de peau. Donc, pour lui, un
Noir ne peut pas ĂȘtre français. Cela s’appelle simplement du racisme. Et quelle mĂ©connaissance de notre histoire, parfois tourmentĂ©e mais riche de sa diversitĂ© et liĂ©e Ă  un ancien empire colonial sur cinq continents.
Je peux le lui dire mieux que quiconque. Je suis né à Barcelone, de parents espagnols, et
naturalisĂ© Ă  vingt ans. Je n’ai pas une goutte de sang français, mais la France coule dans mes
veines. Ces mots ne sont pas de moi. Ils sont de Romain Gary — juif nĂ© Ă  Vilnius, en Lituanie,
grand Ă©crivain, diplomate, combattant de la France libre auprĂšs du gĂ©nĂ©ral de Gaulle, et enfant que Nice a fait sien. Ils pourraient ĂȘtre les miens. Car on ne naĂźt pas toujours français, on le devient. Par la langue, par la loi commune, par le drapeau, par une culture et une histoire, par un serment que l’on tient chaque jour.
Qu’il regarde donc de plus prĂšs cette Ă©quipe qu’il dit « sans Français ». Sur les vingt-six joueurs rĂ©unis par Didier Deschamps, trois seulement sont nĂ©s hors de nos frontiĂšres.
Marcus Thuram est nĂ© Ă  Parme, parce que son pĂšre y jouait alors. Ce pĂšre, c’est Lilian Thuram, champion du monde 1998, l’un des plus grands dĂ©fenseurs de l’histoire du football, et un homme qui a portĂ© ensuite le maillot du FC Barcelone. Celui que Mariano Rajoy prend pour un Ă©tranger est donc le fils d’un joueur que la Catalogne a applaudi et fait sien. Michael Olise, nĂ© Ă  Londres, est le fils d’une mĂšre française. Brice Samba, fils de Congolais, est arrivĂ© enfant et a grandi parmi nous, comme tant d’autres avant lui, sportifs, Ă©crivains, politiques ou travailleurs. Trois naissances lointaines, trois histoires, et chacune est dĂ©jĂ  une histoire française.
Mais le plus troublant est ailleurs. Que Mariano Rajoy regarde sa propre sĂ©lection. Lamine Yamal, ce prodige dont l’Espagne entiĂšre est si fiĂšre, est le fils d’un pĂšre marocain et d’une mĂšre de GuinĂ©e Ă©quatoriale. Nico Williams, nĂ© Ă  Pampelune, est l’enfant d’immigrĂ©s ghanĂ©ens qui ont traversĂ© le dĂ©sert pour rejoindre l’Europe. Mieux encore, dans sa dĂ©fense figure Aymeric Laporte, nĂ© Ă  Agen, capitaine de l’équipe de France Espoirs avant de choisir la Roja.
Dans la sĂ©lection que dĂ©fend Mariano Rajoy, il y a, littĂ©ralement, un Français. À suivre son raisonnement, il n’y aurait pas non plus d’Espagnols. En croyant insulter les Bleus, c’est d’abord les siens qu’il insulte.
Le 14 juillet, je serai Ă  Nice. Il y aura dix ans, jour pour jour, qu’un camion lancĂ© Ă  pleine vitesse a fauchĂ© quatre-vingt-six vies sur la Promenade des Anglais. C’était un soir de fĂȘte nationale. La foule Ă©tait populaire et joyeuse, venue pour regarder le ciel s’illuminer. Des familles de toutes origines, de toutes couleurs, de toutes croyances, rassemblĂ©es parce qu’elles avaient la France en partage.
Celles et ceux qui sont tombés ce soir-là étaient pour la plupart des Français. Comme les joueurs qui fouleront la pelouse mardi. Ni plus, ni moins.
VoilĂ  ce que Mariano Rajoy devrait mĂ©diter avant d’écrire qu’une Ă©quipe de France pourrait ĂȘtre « sans Français ». La France n’est pas une couleur de peau ni un nom de famille. Elle est ce que ces victimes incarnaient jusque dans la mort, et ce que ces onze joueurs porteront sur leur maillot.
Une nation qui ne demande pas d’oĂč l’on vient, mais ce que l’on est prĂȘt Ă  partager.
C’est cela, la France. Et rien ni personne ne la fera renoncer à ce qu’elle est.
Manuel Valls
Ancien premier ministre

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22 juin 2026 22:05

"J’ai chaud. La chaleur m’occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle suffit Ă  remplir toutes les heures du jour et de la nuit. Je ne parle que d’elle ; je me plains d’elle avec passion et douceur, comme d’une caresse impitoyable. C’est elle – regarde ! – qui m’a fait cette marque vive au menton, et cette joue giflĂ©e, et mes mains ne peuvent quitter les gantelets, couleur de pain roux, qu’elle peignit sur ma peau. Et cette poignĂ©e de grains d’or, tout brĂ»lants, qui m’a sablĂ© le visage, c’est elle, c’est encore elle...
Non, ne descends pas au jardin ; tu me fatigues. Le gravier va craquer sous tes pas, et je croirai que tu Ă©crases un lit de petites braises. Laisse ! que j’entende le jet d’eau qui gicle maigre et va tarir, et le halĂštement de la chienne couchĂ©e sur la pierre chaude. Ne bouge pas ! Depuis ce matin je guette, sous les feuilles Ă©vanouies de l’aristoloche,qui pendent comme des peaux, l’éveil du premier souffle de vent. Ah ! j’ai chaud ! Ah ! entendre, autour de notre maison, le bruit soyeux, d’éventail ouvert et refermĂ©, d’un pigeon qui vole !"
(Colette, Le Voyage égoïste, 1922-1928)

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23 mai 2026 13:58

"La vie n'est supportable que si l'on y introduit non pas de l'utopie mais de la poĂ©sie, c'est Ă  dire de l'intensitĂ©, de la fĂȘte, de la joie, de la communion, du bonheur et de l'amour."
Edgar Morin

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2 mai 2026 17:24

Ils l'ont traité de « sale » parce que sa peau était foncée et de « pas trÚs intelligent » parce qu'il parlait à peine anglais. Il a été placé dans une classe spéciale pour immigrants. Il maßtrisera bientÎt sa nouvelle langue.
Une fois sa famille installĂ©e Ă  Boston, le garçon perdra une sƓur et son demi-frĂšre Ă  cause de la tuberculose. Sa mĂšre mourra d'un cancer.
Il Ă©crira : « de la souffrance naissent les Ăąmes les plus fortes ; les ĂȘtres les plus Ă©normes sont marquĂ©s de cicatrices ».
Né dans la pauvreté le 6 janvier 1883 dans ce qui est aujourd'hui le Liban.
Il croyait Ă  l’amour, Ă  la paix et Ă  la comprĂ©hension.
Son nom Ă©tait Khalil Gibran et il est principalement connu pour son Ɠuvre « Le ProphĂšte ».
Le livre, publié en 1923, se vendra à des dizaines de millions d'exemplaires, faisant de lui le troisiÚme poÚte le plus vendu de tous les temps, derriÚre Shakespeare et Laozi.
Il Ă©tait trĂšs franc, attaquant l’hypocrisie et la corruption. Ses livres ont Ă©tĂ© brĂ»lĂ©s Ă  Beyrouth et en AmĂ©rique, il a reçu des menaces de mort.
Publiés en 108 langues à travers le monde, des passages du « ProphÚte » sont cités lors de mariages, de discours politiques et de funérailles, inspirant des personnalités influentes telles que John F. Kennedy, Indira Gandhi, Elvis Presley, John Lennon et David Bowie.
Je rajouterais ( Francine Baraban ) que la traduction la meilleure du ProphĂšte est celle d’Albin Michel. Voici ce qu’il a Ă©crit sur le mariage et que j’adore :
« Du mariage
Alors Almitra parla de nouveau et dit :
Et qu’en est-il du mariage, maütre ?
Et il répondit en disant :
Vous ĂȘtes nĂ©s ensemble, et ensemble vous resterez Ă  jamais.
Vous resterez ensemble lorsque les ailes blanches de la mort disperseront vos jours.
Oui, vous resterez ensemble jusque dans la mémoire silencieuse de Dieu.
Mais qu’il y ait des espaces dans votre union,
Et que les vents du ciel dansent entre vous.
Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaüne :
Qu’il soit plutît une mer mouvante entre les rivages de vos ñmes.
Remplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas dans une seule coupe.
Donnez-vous l’un Ă  l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la mĂȘme miche.
Chantez et dansez ensemble, et soyez joyeux,
Mais restez chacun seul,
Comme les cordes d’un luth sont seules
MĂȘme si elles vibrent de la mĂȘme musique.
Donnez vos cƓurs, mais pas à la garde l’un de l’autre.
Car seule la main de la Vie peut contenir vos cƓurs.
Et tenez-vous ensemble, mais pas trop proches non plus :
Car les piliers du temple se tiennent Ă  distance,
Et le chĂȘne et le cyprĂšs ne croissent pas dans l’ombre l’un de l’autre. »

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19 avril 2026 14:04

« Que nos prĂ©cieux sens s'Ă©moussent par l'effet de l'Ăąge, il ne faut pas nous en effrayer plus que de raison. J'Ă©cris "nous" mais c'est moi que je prĂȘche. Ô dĂ©couvertes, et toujours dĂ©couvertes ! Il n'y a qu'Ă  attendre pour que tout s'Ă©claire. Au lieu d'aborder des Ăźles, je vogue donc vers ce large oĂč ne parvient que le bruit solitaire du coeur, pareil Ă  celui du ressac ? Rien ne dĂ©pĂ©rit, c'est moi qui m'Ă©loigne, rassurons-nous. Le large, mais non le dĂ©sert. DĂ©couvrir qu'il n'y a pas de dĂ©sert : c'est assez pour que je triomphe de ce qui m'assiĂšge. »
Colette, Le Fanal bleu (1949)

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9 avril 2026 17:33

Ne me dis jamais 'Quand on veut, on peut', car tu n’as pas idĂ©e de combien j’ai voulu
 et combien cela fut impossible."

Charles Bukowski

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26 février 2026 09:42

« Donnez-moi de tendres crayons de pastel, des couleurs qui n’ont pas de nom encore, donnez-moi des poudres Ă©tincelantes, et un pinceau fĂ©e, et
 Mais non ! car il n’y a point de mots, ni de crayons, ni de couleurs, pour vous peindre, au-dessus d’un toit d’ardoise violette brodĂ©e de mousses rousses, le ciel de mon pays, tel qu’il resplendissait sur mon enfance ! »
COLETTE
La Maison de Claudine (1922)

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22 février 2026 13:08

« Ô Nelle rouquine, sentimentale petite chienne, ne venons-nous pas, toi et moi, de tressaillir au mĂȘme appel, d’ouvrir la narine au mĂȘme souffle ? Oui, n’est-ce pas son haleine, Ă  lui, son appel, Ă  lui, – lui, le Printemps ?...
Personne ne le sait, mais il est lĂ , cachĂ©. CachĂ© sous cette Ă©corce, cachĂ© sous ces Ă©cailles de feuilles collĂ©es au sol gras par le pied pesant de l’Hiver
 Tout ceci, qui nous entoure, est grisĂ©, glacĂ©, dur, sous un ciel sans issue, et les gens disent :
– Ah ! l’affreux, le long hiver !
Ils ne savent pas Nelle, que le Printemps est lĂ , pourtant, et il ne faut pas le leur dire
 Il faut garder pour nous Ă©goĂŻstement, ce printemps de fĂ©vrier qui s’effare d’un rien, meurt d’une nuit froide et renaĂźt d’une douce averse. (...)
Nous le chercherons jusqu’à la nuit tombante, et, quand nous reviendrons (...), tu dormiras, confiante et fatiguĂ©e, dans la voiture. Alors, je tirerai de mon gant, froissĂ©e, chĂ©tive, prĂ©cieuse, la merveille que je viens de trouver, - la premiĂšre violette... »
Colette, « L'approche du printemps », Les Annales politiques et littéraires, 12 février 1922, repris dans Colette journaliste.

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lila

15 février 2026 11:03

À 79 ans, je vis seule
 et je me sens enfin libre.
Quand les gens apprennent que je vis seule, je vois tout de suite ce petit changement dans leurs yeux. Une douceur qui se veut gentille, mais qui ressemble parfois Ă  de la pitiĂ©. Alors ils demandent, Ă  voix basse, comme s’ils avaient peur de me blesser :
« Vous ne vous ennuyez pas ? »
« Le soir, ça ne vous fait pas trop vide ? »
Je souris.
Pas parce que je ne comprends pas leur inquiĂ©tude, mais parce qu’ils n’ont pas vĂ©cu assez longtemps pour savoir une chose simple : vivre seule ne veut pas dire ĂȘtre seule au monde.
Je m’appelle Madeleine, j’ai 79 ans, et j’habite chez moi. Dans un appartement qui a connu le bruit, la vitesse, les portes qui claquent, les rires qui traversent le couloir. Il y a eu des repas oĂč l’on se parlait tous en mĂȘme temps, des petits pas pressĂ©s, des jouets oubliĂ©s sous la table, des soirĂ©es oĂč l’on finissait par manger tiĂšde parce que tout le monde rentrait Ă  des heures diffĂ©rentes.
Et il y a eu aussi ces nuits oĂč je ne dormais pas. Pas Ă  cause d’un film triste, non. À cause de la vie. À cause des inquiĂ©tudes, des calculs qu’on fait dans sa tĂȘte, des choses qu’on n’ose pas dire pour ne pas ajouter un poids de plus sur les Ă©paules des autres. J’ai traversĂ© les pĂ©riodes confortables et celles oĂč l’on serre les dents. J’ai connu l’amour, oui, mais j’ai connu aussi l’épuisement.
J’ai Ă©tĂ© Ă©pouse. J’ai Ă©tĂ© mĂšre. J’ai Ă©tĂ© cette femme qui tient le fil, discrĂštement, sans faire de bruit. Celle qui pense aux rendez-vous, aux mĂ©dicaments, Ă  la liste de courses, aux anniversaires, Ă  ce qu’il faut prĂ©parer pour que tout roule. J’ai vĂ©cu longtemps pour les autres. TrĂšs longtemps.
Puis mon mari est parti.
Ce n’est pas une phrase facile. Elle tombe comme un caillou dans l’eau. Elle fait des cercles, encore et encore. AprĂšs son dĂ©part, le silence m’a fait peur. Un silence qui n’était pas seulement celui des piĂšces, mais celui de mon propre cƓur, habituĂ© Ă  se rĂ©gler sur une prĂ©sence.
Et bien sĂ»r, il y a eu les conseils, les phrases toutes faites, l’air sĂ©rieux :
« Il faut te rapprocher des enfants. »
« À ton Ăąge, tu ne peux pas rester comme ça. »
« C’est plus prudent si quelqu’un est prĂšs de toi. »
Je ne leur en veux pas. C’était de la tendresse, Ă  leur maniĂšre. Mais derriĂšre cette tendresse, il y avait aussi une idĂ©e qui m’a longtemps rongĂ©e : comme si une femme de mon Ăąge devait forcĂ©ment ĂȘtre « prise en charge ». Comme si le calme Ă©tait un danger. Comme si la paix Ă©tait suspecte.
Je me suis mĂȘme demandĂ© si j’étais Ă©goĂŻste.
Égoïste de vouloir du silence.
ÉgoĂŻste d’aimer cette tranquillitĂ©.
ÉgoĂŻste de ne pas ressentir le besoin d’ĂȘtre entourĂ©e en permanence.
Et puis un matin, un matin banal, sans Ă©vĂ©nement, sans grand discours
 tout s’est Ă©clairĂ©.
J’étais assise prĂšs de la fenĂȘtre, une boisson chaude entre les mains. Dehors, le ciel Ă©tait gris clair, comme souvent. Je regardais les passants : une femme qui remontait son col, un homme qui marchait vite, les feuilles qui glissaient sur le trottoir. Rien de spectaculaire. Juste la vie.
Et j’ai compris, d’un coup :
Je n’étais pas abandonnĂ©e.
On m’avait rendue Ă  moi-mĂȘme.
C’est une phrase qui peut sembler grande. Mais elle se vĂ©rifie dans des choses minuscules, et justement, c’est ça qui est beau.
Je mange quand j’ai faim. Je ne demande plus Ă  personne s’il veut quelque chose, si ça lui va, si on attend un peu. Je prĂ©pare ce qui me fait envie, parfois trĂšs simple. Il m’arrive de manger tard, ou de grignoter, ou de me faire un vrai plat comme si je recevais, juste pour le plaisir d’ĂȘtre bien.
Je dors quand mon corps le demande. Parfois, je reste au lit un peu plus longtemps. Pas par tristesse. Par douceur. Parce que je peux.
Je passe des journĂ©es sans parler Ă  personne. Et pourtant, mon cƓur n’est pas froid. Le silence n’est plus une punition. C’est devenu une prĂ©sence tranquille, comme une vieille amie qui s’assoit Ă  cĂŽtĂ© de moi sans poser de questions, sans juger, sans exiger.
Je lis. Je regarde un film. Je me promĂšne. Je m’occupe de petites choses. J’observe le monde. Parfois je fais dĂ©filer des nouvelles, je vois des visages d’hier, je dĂ©couvre que certains ne sont plus lĂ , que d’autres sourient encore. Alors je souffle doucement, et je pense : moi, je suis encore ici. Je suis lucide. Je suis en paix.
Mes enfants ont leur vie. Ils m’appellent, ils passent, ils prennent de mes nouvelles. Et je leur en suis reconnaissante. Mais ce n’est pas Ă  eux de remplir mes journĂ©es. Je les ai Ă©levĂ©s pour qu’ils soient autonomes. Et aujourd’hui, ils me laissent ĂȘtre autonome, moi aussi. Ce n’est pas de la distance, c’est du respect.
Je ne suis pas heureuse tout le temps. Personne ne l’est.
Il y a des jours oĂč la tristesse revient, naturellement, comme une visite. Elle me rappelle ce qui ne reviendra pas, elle me serre un peu la gorge, elle me ramĂšne des souvenirs. Je la laisse passer. Je ne la combats pas. Je ne m’en fais plus une ennemie.
Mais ce qui reste le plus longtemps en moi, ce n’est pas la solitude.
C’est la paix.
La paix de savoir que j’ai pris soin des autres, assez.
La paix de savoir que j’ai donnĂ©, beaucoup.
La paix de ne plus devoir prouver que je suis utile en m’oubliant.
À 79 ans, j’ai gagnĂ© un droit prĂ©cieux : celui de prendre soin de moi, comme je l’entends.
Je vis seule, mais je ne suis pas perdue.
Je ne fais pas de bruit.
Je ne cours plus aprĂšs tout.
Je respire.
Et quand on me demande, encore, avec cet air inquiet : « Mais le soir, Madeleine
 ça ne te fait pas peur ? »
Je réponds simplement :
« Non. Le silence n’est pas mon ennemi.
C’est mon chez-moi.
Et c’est lĂ  que je me sens libre. »

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lila

15 février 2026 11:03

MERCI LILITH
ET VOS TEXTES PRÉFÉRÉS?

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lilith59

11 février 2026 07:50

Bravo pour ce texte , Lila et petitcanari
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