
Josephine22
Votre lande rocailleuse reçoit
La pompe incomparable du couchant,
Et la gloire dorée de l aurore
Pointe derriĂšre vos arbres fremissants,
Et lorsque la brise pourchasse
Les nuages galions démarrés
Votre jardin s assombrit et resplendit Ă nouveau
Au soleil jaillissant, Ă la pluie qui passe.
Ici s élÚve la lune sorciÚre,
Dans les cieux, Ă l heure tardive et cramoisie
De la splendeur du jour à son déclin,
Ici paraßt l armée des étoiles.
Pour faire de cette terre notre ermitage
Une allĂšgre et changeante plage,
Il suffit du destin divin, complexe et brillant,
Qui fixe les jours et les saisons.
PoĂšte anglais
lila
Faim
Si jâai du goĂ»t, ce nâest guĂšre
Que pour la terre et les pierres.
Je dĂ©jeune toujours dâair,
De roc, de charbons, de fer.
Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.
Mangez les cailloux quâon brise,
Les vieilles pierres dâĂ©glises ;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises.
***
Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles :
Comme lui je me consume.
Les salades, les fruits
Nâattendent que la cueillette ;
Mais lâaraignĂ©e de la haie
Ne mange que des violettes.
Que je dorme ! que je bouille
Aux autels de Salomon.
Le bouillon court sur la rouille,
Et se mĂȘle au CĂ©dron.
Arthur Rimbaud.
lila
Elle était si timide et si fragile
Introvertie et si naĂŻve
Au milieu de trente élÚves
Trouver sa place n'était pas si facile
Pour elle de se faire des amis
Ătait quasi impossible
Tu connais les gosses, entre eux méchants
Quand ils ont trouvé leur cible
Ăa commence par un surnom
Puis les mauvaises blagues s'enchaĂźnent
Ils mettent du sel sur les plaies de ses complexes
Avec tellement de haine
Qu'elle vit avec la peur
Quand elle voit son cartable
à la surprise générale
Elle commet l'irréparable
Elle avait ce regard innocent
Qui n'attendait qu'Ă ĂȘtre aimĂ©
Mais la vie fût autrement
Si fragile
Tous ces mots ont fini par la briser
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©e
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©e
On vit l'époque du virtuel
Des tutos pour du rimel
Snapchat, Snapchat
Dis-moi qui est la plus belle
Pour elle
Ătre aimĂ©e, c'est d'ĂȘtre likĂ©e
Donc elle s'entraĂźne devant sa glace
à faire un selfie, filtre beauté
Quelques coeurs sur sa photo
Mais surtout des commentaires
Des moqueries, des critiques
Des insultes, des emojis pervers
Toute cette violence gratuite
Devient pour elle insupportable
Donc elle éteint son portable
Et commet l'irréparable
Elle avait ce regard innocent
Qui n'attendait qu'Ă ĂȘtre aimĂ©
Mais la vie fût autrement
Si fragile
Tous ces mots ont fini par la briser
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©e
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©e
VoilĂ pourquoi j'ai besoin que tu me parles de toi
Que tu me partages tes rĂȘves et tes doutes
Que tu saches que ton pĂšre sera toujours lĂ
Pour arracher les mauvaises herbes sur ta route
Qu'importe ce que dit ou pense le monde
Tu es la plus forte et la plus belle Ă mes yeux
Ne te laisse jamais rabaisser par les autres
N'oublie pas
Qu'elle avait ce regard innocent
Qui n'attendait qu'Ă ĂȘtre aimĂ©
Mais la vie fût autrement
Si fragile
Tous ces mots ont fini par la briser
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©e
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©e
Elle qui ne voulait qu'ĂȘtre aimĂ©
SOPRANO"Fragile"
Josephine22
L'hiver est un pays oĂč les bĂȘtes sauvages
Que l on croit mortes se réfugient dans leur légende :
Sangliers monstrueux, solitaires dix- cors,
Loups maigres survivants des récits de chasseurs,
Biches blondes si prĂšs des larmes, faons fragiles,
Et les licornes échappées des hautes lisses
Qui se deplacent, inquiétes, dans les bois nus,
Anxieuses que leur merveille ne périsse.
L'hiver...Louis Brauquier
lila
Sur mes cahiers dâĂ©colier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
JâĂ©cris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
JâĂ©cris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
JâĂ©cris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genĂȘts
Sur lâĂ©cho de mon enfance
JâĂ©cris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
JâĂ©cris ton nom
Sur tous mes chiffons dâazur
Sur lâĂ©tang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
JâĂ©cris ton nom
Sur les champs sur lâhorizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
JâĂ©cris ton nom
Sur chaque bouffĂ©e dâaurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
JâĂ©cris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de lâorage
Sur la pluie épaisse et fade
JâĂ©cris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
JâĂ©cris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
JâĂ©cris ton nom
Sur la lampe qui sâallume
Sur la lampe qui sâĂ©teint
Sur mes maisons réunies
JâĂ©cris ton nom
ux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
JâĂ©cris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
JâĂ©cris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
JâĂ©cris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
JâĂ©cris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lĂšvres attentives
Bien au-dessus du silence
JâĂ©cris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
JâĂ©cris ton nom
Sur lâabsence sans dĂ©sir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
JâĂ©cris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur lâespoir sans souvenir
JâĂ©cris ton nom
Et par le pouvoir dâun mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaßtre
Pour te nommer
Liberté.
Paul Eluard
lila
Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
à l'immense été
Des choses humaines
Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colĂšre
Deux bras ont suffi
Pour faire Ă ma vie
Un grand collier d'air
Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frÎle
Un souffle posé
Moins qu'une rosée
Contre mon épaule
Un front qui s'appuie
Ă moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers
Un tendre jardin
Dans l'herbe oĂč soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
RenaĂźt au parfum
Qui fait l'ombre douce
Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne
- Louis Aragon
lila
Il est certains esprits dont les sombres pensées
Sont dâun nuage Ă©pais toujours embarrassĂ©es ;
Le jour de la raison ne le saurait percer.
Avant donc que dâĂ©crire apprenez Ă penser.
Selon que notre idée est plus ou moins obscure,
Lâexpression la suit, ou moins nette, ou plus pure.
Ce que lâon conçoit bien sâĂ©nonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Surtout, quâen vos Ă©crits la langue rĂ©vĂ©rĂ©e
Dans vos plus grands excÚs vous soit toujours sacrée.
En vain vous me frappez dâun son mĂ©lodieux,
Si le terme est impropre, ou le tour vicieux ;
Mon esprit nâadmet pour un pompeux barbarisme,
Ni dâun vers ampoulĂ© lâorgueilleux solĂ©cisme.
Sans la langue, en un mot, lâauteur le plus divin
Est toujours, quoi quâil fasse, un mĂ©chant Ă©crivain.
Travaillez Ă loisir, quelque ordre qui vous presse,
Et ne vous piquez point dâune folle vitesse ;
Un style si rapide, et qui court en rimant,
Marque moins trop dâesprit, que peu de jugement.
Jâaime mieux un ruisseau qui sur la molle arĂšne
Dans un pré plein de fleurs lentement se promÚne,
Quâun torrent dĂ©bordĂ© qui, dâun cours orageux,
Roule, plein de gravier, sur un terrain fangeux.
HĂątez-vous lentement ; et, sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage :
Polissez-le sans cesse et le repolissez ;
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.
Câest peu quâen un ouvrage oĂč les fautes fourmillent,
Des traits dâesprit semĂ©s de temps en temps pĂ©tillent.
Il faut que chaque chose y soit mise en son lieu ;
Que le début, la fin répondent au milieu ;
Que dâun art dĂ©licat les piĂšces assorties
Nây forment quâun seul tout de diverses parties ;
Que jamais du sujet le discours sâĂ©cartant
Nâaille chercher trop loin quelque mot Ă©clatant.
Craignez-vous pour vos vers la censure publique ?
Soyez-vous Ă vous-mĂȘme un sĂ©vĂšre critique.
Lâignorance toujours est prĂȘte Ă sâadmirer.
Faites-vous des amis prompts Ă vous censurer ;
Quâils soient de vos Ă©crits les confidents sincĂšres,
Et de tous vos défauts les zélés adversaires.
DĂ©pouillez devant eux lâarrogance dâauteur ;
Mais sachez de lâami discerner le flatteur :
Tel vous semble applaudir, qui vous raille et vous joue.
Aimez quâon vous conseille et non pas quâon vous loue.
Un flatteur aussitÎt cherche à se récrier :
Chaque vers quâil entend le fait extasier.
Tout est charmant, divin : aucun mot ne le blesse ;
Il trépigne de joie, il pleure de tendresse ;
Il vous comble partout dâĂ©loges fastueux :
La vĂ©ritĂ© nâa point cet air impĂ©tueux.
Un sage ami, toujours rigoureux, inflexible,
Sur vos fautes jamais ne vous laisse paisible :
Il ne pardonne point les endroits négligés,
Il renvoie en leur lieu les vers mal arrangés,
Il rĂ©prime des mots lâambitieuse emphase ;
Ici le sens le choque, et plus loin câest la phrase.
Votre construction semble un peu sâobscurcir ;
Ce terme est équivoque, il le faut éclaircir.
Câest ainsi que vous parle un ami vĂ©ritable.
Boileau, Art poétique, Chant I, v. 147-207
Peut ĂȘtre une image de 1 personne
lila
"Un poĂšme d'une perfection, d'une musique et d'un charme si rares, que ce serait le chef-d'Ćuvre de MallarmĂ© s'il y en avait un". Paul ValĂ©ry
Ă rĂȘveuse, pour que je plonge
Au pur délice sans chemin,
Sache, par un subtil mensonge,
Garder mon aile dans ta main.
Une fraßcheur de crépuscule
Te vient Ă chaque battement
Dont le coup prisonnier recule
Lâhorizon dĂ©licatement.
Vertige ! Voici que frissonne
Lâespace comme un grand baiser
Qui, fou de naĂźtre pour personne,
Ne peut jaillir ni sâapaiser.
Sens-tu le paradis farouche
Ainsi quâun rire enseveli
Se couler du coin de ta bouche
Au fond de lâunanime pli ?
Le sceptre des rivages roses
Stagnants sur les soirs dâor, ce lâest,
Ce blanc vol fermé que tu poses
Contre le feu dâun bracelet.
Autre éventail de Mademoiselle Mallarmé, Stéphane Mallarmé, la Revue critique, 1884
lila
« Que tout était féerique et simple, parmi cette faune de la maison
natale... Je verserai ma mince contribution au trĂ©sor des connaissances humaines, en mentionnant lâaraignĂ©e que ma mĂšre avait â comme disait papa â dans son plafond, cette mĂȘme annĂ©e qui fĂȘta mon seiziĂšme printemps. Une belle araignĂ©e des jardins, ma foi, le ventre en gousse dâail, barrĂ© dâune croix historiĂ©e. Elle dormait ou chassait, le jour, sur sa toile tendue au plafond de la chambre Ă coucher. La nuit, vers trois heures, au moment oĂč lâinsomnie quotidienne rallumait la lampe, rouvrait le livre au chevet de ma mĂšre, la grosse araignĂ©e sâĂ©veillait aussi, prenait ses mesures dâarpenteur et quittait le plafond au bout dâun fil, droit au-dessus de la veilleuse Ă huile oĂč tiĂ©dissait, toute la nuit, un bol de chocolat. Elle descendait, lente, balancĂ©e mollement comme une grosse perle, empoignait de ses huit pattes le bord de la tasse, se penchait tĂȘte premiĂšre, et buvait jusquâĂ satiĂ©tĂ©. Puis, elle remontait, lourde de chocolat crĂ©meux, avec les haltes, les mĂ©ditations quâimposent un ventre trop chargĂ©, et reprenait sa place au centre de son grĂ©ement de soie... »
(La Maison de Claudine, 1922)
LILAS
La vie est un songe.
Recueil : La vie (1663)
Tout n'est plein ici bas que de vaine apparence,
Ce qu'on donne Ă sagesse est conduit par le sort,
L'on monte et l'on descend avec pareil effort,
Sans jamais rencontrer l'état de consistance.
Que veiller et dormir ont peu de différence,
Grand maĂźtre en l'art d'aimer, tu te trompes bien fort,
En nommant le sommeil l'image de la mort,
La vie et le sommeil ont plus de ressemblance.
Comme on rĂȘve en son lit, rĂȘver en la maison,
Espérer sans succÚs, et craindre sans raison,
Passer et repasser d'une Ă une autre envie,
Travailler avec peine et travailler sans fruit,
Le dirai-je, mortels, qu'est-ce que cette vie ?
C'est un songe qui dure un peu plus qu'une nuit.
Jacques Vallée Des Barreaux
