
lhuron
LES ÉPAVES.
Dans l'âpre souffle des hivers ,
Pareils à des noyés hâves ,
Voici venir du fond des mers ,
Les tristes , les vieilles épaves ...
Et c'étaient jadis des vaisseaux ,
Des vaisseaux bruns aux blanches voiles ,
Que berçait l'infini des eaux
Avec la chanson des étoiles .
C'étaient des bricks aux mâts hautains ,
Aux flancs rebondis , comme l'Arche ,
Etqui semblaient , dans les lointains ,
Un peuple de clochers en marche .
L'Océan vaste , avec lenteur ,
Les promenait sur son épaule ,
Des soleils lourds de l'Équateur
Aux frissonnantes nuits du pôle ;
E le soir , les marins assis ,
Balancés dans les vergues noires ,
Se racontaient de longs récits ,
Vieux refrains et vieilles histoires .
Et les mousses , rudes enfants ,
Dans leur sommeil plein de chimères ,
Rêvaient des retours triomphants
Vers les Pays , où sont les Mères ...
Anatole LE BRAZ : Chanson de la Bretagne .
lhuron
Beau poème d'un très grand poète qui , toute sa vie fut hanté par les gares et les trains , un pressentiment car il mourut écrasé par un train , en 1916 . Il fut le chantre des changements sociétaux dont il était témoin : exode rural , industrialisation de la Belgique , urbanisation outrancière ...
lila
Émile VERHAEREN
1855 - 1916
A la gloire du vent
- Toi qui t'en vas là-bas,
Par toutes les routes de la terre,
Homme tenace et solitaire,
Vers où vas-tu, toi qui t'en vas ?
- J'aime le vent, l'air et l'espace ;
Et je m'en vais sans savoir où,
Avec mon coeur fervent et fou,
Dans l'air qui luit et dans le vent qui passe.
- Le vent est clair dans le soleil,
Le vent est frais sur les maisons,
Le vent incline, avec ses bras vermeils,
De l'un à l'autre bout des horizons,
Les fleurs rouges et les fauves moissons.
- Le Sud, l'Ouest, l'Est, le Nord,
Avec leurs paumes d'or,
Avec leurs poings de glace,
Se rejettent le vent qui passe.
- Voici qu'il vient des mers de Naple et de Messine
Dont le geste des dieux illuminait les flots ;
Il a creusé les vieux déserts où se dessinent
Les blancs festons de sable autour des verts îlots.
Son souffle est fatigué, son haleine timide,
L'herbe se courbe à peine aux pentes du fossé ;
Il a touché pourtant le front des pyramides
Et le grand sphinx l'a vu passer.
- La saison change, et lentement le vent s'exhume
Vêtu de pluie immense et de loques de brume.
- Voici qu'il vient vers nous des horizons blafards,
Angleterre, Jersey, Bretagne, Ecosse, Irlande,
Où novembre suspend les torpides guirlandes
De ses astres noyés, en de pâles brouillards ;
Il est parti, le vent sans joie et sans lumière :
Comme un aveugle, il erre au loin sur l'océan
Et, dès qu'il touche un cap ou qu'il heurte une pierre,
L'abîme érige un cri géant.
- Printemps, quand tu parais sur les plaines désertes,
Le vent froidit et gerce encor ta beauté verte.
- Voici qu'il vient des longs pays où luit Moscou,
Où le Kremlin et ses dômes en or qui bouge
Mirent et rejettent au ciel les soleils rouges ;
Le vent se cabre ardent, rugueux, terrible et fou,
Mord la steppe, bondit d'Ukraine en Allemagne,
Roule sur la bruyère avec un bruit d'airain
Et fait pleurer les légendes, sous les montagnes,
De grotte en grotte, au long du Rhin.
- Le vent, le vent pendant les nuits d'hiver lucides
Pâlit les cieux et les lointains comme un acide.
- Voici qu'il vient du Pôle où de hauts glaciers blancs
Alignent leurs palais de gel et de silence ;
Apre, tranquille et continu dans ses élans,
Il aiguise les rocs comme un faisceau de lances ;
Son vol gagne les Sunds et les Ourals déserts,
S'attarde aux fiords des Suèdes et des Norvèges
Et secoue, à travers l'immensité des mers,
Toutes les plumes de la neige.
- D'où que vienne le vent,
Il rapporte de ses voyages,
A travers l'infini des champs et des villages,
On ne sait quoi de sain, de clair et de fervent.
Avec ses lèvres d'or frôlant le sol des plaines,
Il a baisé la joie et la douleur humaines
Partout ;
Les beaux orgueils, les vieux espoirs, les désirs fous,
Tout ce qui met dans l'âme une attente immortelle,
Il l'attisa de ses quatre ailes ;
Il porte en lui comme un grand coeur sacré
Qui bat, tressaille, exulte ou pleure
Et qu'il disperse, au gré des saisons et des heures,
Vers les bonheurs brandis ou les deuils ignorés.
- Si j'aime, admire et chante avec folie
Le vent,
Et si j'en bois le vin fluide et vivant
Jusqu'à la lie,
C'est qu'il grandit mon être entier et c'est qu'avant
De s'infiltrer, par mes poumons et par mes pores,
Jusques au sang dont vit mon corps,
Avec sa force rude ou sa douceur profonde,
Immensément il a étreint le monde.
Josephine22
lila a écrit :
du même:
Visions
Je vois passer tous mes baisers,
Toutes mes larmes dépensées ;
Je vois passer dans mes pensées
Tous mes baisers désabusés.
C'est des fleurs sans couleur aucune,
Des jets d'eau bleus à l'horizon,
De la lune sur le gazon,
Et des lys fanés dans la lune.
Lasses et lourdes de sommeil,
Je vois sous mes paupières closes,
Les corbeaux au milieu des rosés,
Et les malades au soleil,
Et lent sur mon âme indolente,
L'ennui de ces vagues amours
Luire immobile et pour toujours,
Comme une étoile pâle et lente.
MAGNIFIQUE . MERCI..LILA
Ces vers nous touchent au cœur 😍
lila
du même:
Visions
Je vois passer tous mes baisers,
Toutes mes larmes dépensées ;
Je vois passer dans mes pensées
Tous mes baisers désabusés.
C'est des fleurs sans couleur aucune,
Des jets d'eau bleus à l'horizon,
De la lune sur le gazon,
Et des lys fanés dans la lune.
Lasses et lourdes de sommeil,
Je vois sous mes paupières closes,
Les corbeaux au milieu des rosés,
Et les malades au soleil,
Et lent sur mon âme indolente,
L'ennui de ces vagues amours
Luire immobile et pour toujours,
Comme une étoile pâle et lente.
Josephine22
lila a écrit :
Chasses lasses
Mon âme est malade aujourd'hui,
Mon âme est malade d'absences,
Mon âme a le mal des silences,
Et mes yeux l'éclairent d'ennui.
J'entrevois d'immobiles chasses,
Sous les fouets bleus des souvenirs,
Et les chiens secrets des désirs,
Passent le long des pistes lasses.
À travers de tièdes forêts,
Je vois les meutes de mes songes,
Et vers les cerfs blancs des mensonges,
Les jaunes flèches des regrets.
Mon Dieu, mes désirs hors d'haleine,
Les tièdes désirs de mes yeux,
Ont voilé de souffles trop bleus
La lune dont mon âme est pleine.
MAETERLINCK
MAGNIFIQUE...j adore LILA...
On se retrouve BEAUCOUP dans ces beaux vers...
Mon Dieu mes désirs hors d haleine 😍
Merci 😘
lila
Chasses lasses
Mon âme est malade aujourd'hui,
Mon âme est malade d'absences,
Mon âme a le mal des silences,
Et mes yeux l'éclairent d'ennui.
J'entrevois d'immobiles chasses,
Sous les fouets bleus des souvenirs,
Et les chiens secrets des désirs,
Passent le long des pistes lasses.
À travers de tièdes forêts,
Je vois les meutes de mes songes,
Et vers les cerfs blancs des mensonges,
Les jaunes flèches des regrets.
Mon Dieu, mes désirs hors d'haleine,
Les tièdes désirs de mes yeux,
Ont voilé de souffles trop bleus
La lune dont mon âme est pleine.
MAETERLINCK
Josephine22
OH..MERCI MON AMI LHURON...EXCELLENT...
tu tombe a pic....ça fait du bien d avoir des Amis de bonne humeur
tu nous gâtes!!!
même le glossaire... j aime bien " tu m as gaté le paysage "
on n a pas eu besoin de demander!
Tu vas me manquer 💚
a nanterre je n ai pas internet..j espère avoir de la lecture à rattraper en rentrant..j en aurai besoin 😕 😃
lhuron
MARIE DOMINIQUE .
J'étais un soldat de marine
J'venais de m'engager pour cinq ans ,
J'avais vingt ans , belle poitrine
Comme dans l'refrain du régiment .
Dans un bistrot près de Lourcine ,
Lesanciens m'en faisaient un plat :
Tu verras c'que c'est qu'l'Indochine
Écoute la chanson d'un soldat .
REFRAIN :
Marie , Marie Dominique
Que foutais tu à Saïgon ?
Ça ne pouvait rien faire de bon
Marie Dominique .
Je n'étais qu'un cabot - clairon*
Mais je me rappelle ton nom
Marie Dominique !
Est - ce l'écho de tes prénoms,
Ou le triste appel du clairon ?
Marie Dominique .
Je ne savais pas que la chance
Ne fréquentait pas les cagnats*
Et qu'en dehors de la cuistance*
Tout le reste ne valait pas ça !
Tu m'as fait comprendre ces choses
Avec tes petits airs insolents
Et j'n'sais quelle apothéose
Fut le plus clair d'mes tourments !
REFRAIN
Ce fut Marie la Tonkinoise
Qui voulut faire notre bonheur
En m'faisant passer sous la toise
Dans l'vieux Cholon ou bien ailleurs.
Tu étais rusée comme un homme ,
Mais ton but , j'l'voyais pas bien :
Avec ta morale à la gomme
Au cours de la piastre à Nankin .
REFRAIN
Tu m'as gâté le paysage
Et l'avenir quand sur le transport
Je feuilletais de belles images
Peintes comme des Bouddhas en or .
Où sont les buffles dans la rizière,
Les sampans, l'arroyo brumeux ,
Les congayes aux petites manières
Devant le pouvoir de tes yeux ?
Pierre MAC ORLAN .
Créée par Monique MORELLI , cette chanson fait partie du répertoire officiel de l' Armée française .
cabot clairon: caporal clairon en argot militaire.
cuistance : la cuisine en argot militaire.
les cagnats : abris sommaires pour les soldats en campagne ; par extension : les casernes.
Josephine22
lila a écrit :
"QUAND LE DERNIER ARBRE SERA ABATTU, LA DERNIÉRE RIVIÉRE EMPOISONNÉE, LE DERNIER POISSON CAPTURÉ, ALORS LE VISAGE PÂLE S'APERCEVRA QUE L'ARGENT NE SE MANGE PAS..."
Cette pensée, toujours d’actualité nous la devons à SITTING BULL (1831-1890), grand chef Sioux…
😍 MERCI LILA
