
lhuron
MORT DE RIMBAUD .
( à Georges GALLIAN )
Je voudrais qu'en mangeant des moules au bistrot Du Port,
TU t'imagines que c'est aujourd'hui qu'est mort RIMBAUD .
Dans ce gobelet de bois
prends le soleil de la fenêtre
un impondérable bien être
descend ce matin sur toi .
Le bonheur parait si facile ...
comme on cueillerait un fruit
je tends la main vers la ville
mon amour et mon souci .
Le port gris est une estampe
la mer signe d'un bouquet
et dans l'eau les îles trempent
leurs pieds blancs . Au parapet
tu t'accoudes nonchalante
ma belle amie et j'ai mal
de te voir sans épouvante
regarder cet hôpital .
Ah ! par ces mille ouvertures
quels désirs extasiés
vers l'horizon des mâtures
n'ont rendu leurs mains liées !
Ils recevaient de l'espace
les promesses d'Orient
le soleil leur donnait la grâce
tous les soirs d'être couchant .
Un jour il faisait la sieste
au pavillon Sud là - bas
j'attends dit sa sœur je reste
c'est Dieu qui le veilla .
Regarde le matin repeint les tartanes
une femme à grande eau lave le trottoir
les ordures et le sang de la nuit courtisane.
Nos corps sont innocents . Nous tenons tout l'espoir .
Dans le ciel neuf traînent des lambeaux de cadavres
un haleur inconnu les tire à l'horizon
les grands décomposés lents et tristes s'en vont
à regret en sachant la peine qui les navre .
Tout semble dire encor qu'il n'a pas pu mourir
au creux d'un jour pareil sans que ne le retiennent
de leurs bras éperdus autour du souvenir
les vergues bénisseuses et les mâts de misaine .
Ô tous les beaux voiliers en qui les paysages
sont embaumés et ne cessent pas de languir
inactifs dans l'après - midi des carénages
épanouis de voiles blanches pour partir ,
Se peut - il qu'un midi de ces midis torrides
où le Port tout entier nous devient fraternel
quand je sens moites lourds les quais les bateaux vides
et que la foule chaude est un contact charnel ,
Vous l'avez laissé s'en aller à la dérive
dans le vaisseau maudit de son lit d'hôpital
sur lamer angoissante qui chasse les rives
sans carte sans copains sans barre et sans fanal !
Pilote du schooner fantôme de la nuit
qui l'a crucifié contre la croix australe
corps tordu mutilé rosace sidérale
que les oiseaux de mer enlacent dans leurs cris ?
Immobile fixé comme le dernier phare
transmetteur des clartés fulgurantes de Dieu
sur la borne du monde et le seuil de l'adieu
protège du récif notre pauvre gabare .
Un pot de géranium net comme un coup de sabre
s'appuie sur le Port attendri.
La chaleur tombe. On voit les marins de l'escadre
en voiture les yeux ravis .
Dans les cafés vient se garer la lymphatique
foule qui boit l'apéritif
dans les bars on entend les pianos mécaniques
roter des airs rétifs .
Et la nuit glisse sur les globes électriques .
Des sirènes au loin souffrent dans le brouillard
un camelot crie le journal . Retour d'Afrique
Rimbaud est mort ce soir .
Louis BRAUQUIER : Au Bar d'Escale.
Josephine22
La vie aura passé comme un grand château triste que tous les vents traversent
Les courants d air claquent les portes et pourtant aucune chambre n est fermée
Il s y assied des inconnus pauvres et las certains armés
Les herbes ont poussé dans les fossés si bien qu on n' en peut plus baisser la herse
Quand j étais jeune on me racontait que bientôt viendrait la victoire des anges
Ah comme j' y ai cru..comme j'y ai cru..puis voilà je suis devenu vieux
Le temps des jeunes gens leur est une mèche toujours retombant dans leurs yeux
Et ce qu il en reste aux vieillards est trop lourd et trop court que pour eux le vent change
J écrirai ces vers à bras grands ouverts qu on sente mon cœur quatre fois y battre
Quitte à en mourir je depasserai ma gorge et ma voix mon souffle et mon chant
Je suis le faucheur ivre de faucher qu on voit dévaster sa vie et son champ
Et tout haletant du temps qu il y perd qui bat et rebat sa faux comme plâtre.
Extrait de ÉPILOGUE..chanson de Jean FERRAT
D après le poème de Louis Aragon
Je me tiens sur le seuil de la vie et de la mort
Jean FERRAT l interprète avec toute son âme !!!
lhuron
NUIT ET BROUILLARD .
Ils étaient vingt et cent ils étaient des milliers
Nus et maigres tremblants dans des wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers vingt et cent
Ils se croyaient des hommes , n'étaient plus que des ombres
Depuis longtemps leurs dés avaient été jetés
Dès que la main retombe il ne reste plus qu'une ombre
Ils ne devaient jamais plus revoir un été
La fuite sans hâte et monotone du temps
Survivre encore un jour une heure obstinément
Combien de tours de roues d'arrêts de départs
Qui n'en finissent pas de distiller l'espoir
Ils s'appelaient Jean - Pierre Natacha ou Samuel
Certains priaient Jésus Jéovah ou Vichnou
D'autres ne priaient pas mais qu'importe le ciel
Ils voulaient simplement ne plus vivre à genoux
Ils n'arrivaient pas tous à la fin du voyage
Ceux qui sont revenus peuvent - ils être heureux
Ils essaient d'oublier étonnés qu'à leur âge
Les veines de leurs bras soient devenues si bleues
Les Allemands guettaient du haut des miradors
La lune se taisait comme vous vous taisiez
En regardant au loin en regardant dehors
Votre chair tendre à leurs chiens policiers
On me dit à présent que ces mots n'ont plus cours
Qu'il vaut mieux ne chanter que des chansons d'amour
Que le sang sèche vite en entrant dans l'Histoire
Et qu'il ne sert à rien de prendre une guitare
Mais qui donc est de taille à pouvoir m'arrêter
L'ombre s'est faite humaine aujourd'hui c'est l'été
Je twisterais les mots s'il fallait les twister
Pour qu'un jour les enfants sachent qui vous étiez
Vous étiez vingt et cent vous étiez des milliers
Nus et maigres tremblants dans ces wagons plombés
Qui déchiriez la nuit de vos ongles battants
Vous étiez des milliers vous étiez vingt et cent
Paroles et Musique de Jean FERRAT .
Josephine22
Ciel sans nuage, monde étoilé de bruyère
Pourpre digitale, genêt jaune,
Nous deux nous frayant passage au centre,
Secouant le miel,foulant des parfums.
Les foules d abeilles sont ivres de trèfle,
Les foules d alouettes chantent matines, attardées,
Et remercient le Seigneur pour cette vie si belle..
Jean INGELOW
(en JUIN dans le journal d EDITH HOLDEN)
Le bosquet entrelacé
Ou le chévrefeuille, mûri par le soleil,
Interdit au soleil de pénétrer.
"Beaucoup de bruit pour rien"SHAKESPEARE
Josephine22
lhuron a écrit :
Désolé , JOSÉPHINE : BREST et la presqu'île , nous n'y sommes jamais alléS . Par contre , nous avons vu beaucoup de carcasses de bateaux qui pourissaient à DOUARNENEZ , PENMARC'H, LE GUILVINEC, CONCARNEAU ... Mais le souvenir le plus impressionnant reste le " dépeçage " du cuirassé le "JEAN BART " , un monstre de la marine , dans un bassin de LA SEYNE SUR MER : c'est un spectacle qui prend aux tripes .
Je veux bien te croire...😥
lhuron
LES POISSONS
Mémoire des poissons dans les criques profondes ,
Que puis - je faire ici de vos lents souvenirs ?
Je ne sais rien de vous qu'un peu d'écume et d'ombre
Et qu'un jour , comme moi , il vous faudra mourir .
Alors que venez - vous interroger mes rêves
Comme si je pouvais vous être de secours ?
Allez en mer , laissez - moi sur ma terre sèche ;
Nous ne sommes pas faits pour mélanger nos jours .
Jules SUPERVIELLE : Amis méconnus .
Un petit must pour faire passer ce dimanche plein d'orages , d'éclairs , de roulements de tonnerre et de trombes d'eau !
JOSÉPHINE , tu as écrit que tu aimais les poèmes sur la mer . Permets - moi de te recommander , si tu ne l'as pas :
CENT POÈMES DE LA MER aux Éditions OMNIBUS .
lhuron
Désolé , JOSÉPHINE : BREST et la presqu'île , nous n'y sommes jamais alléS . Par contre , nous avons vu beaucoup de carcasses de bateaux qui pourissaient à DOUARNENEZ , PENMARC'H, LE GUILVINEC, CONCARNEAU ... Mais le souvenir le plus impressionnant reste le " dépeçage " du cuirassé le "JEAN BART " , un monstre de la marine , dans un bassin de LA SEYNE SUR MER : c'est un spectacle qui prend aux tripes .
