
lila
Je fais souvent ce rĂȘve Ă©trange et pĂ©nĂ©trant
Dâune femme inconnue, et que jâaime, et qui mâaime,
Et qui nâest, chaque fois, ni tout Ă fait la mĂȘme
Ni tout Ă fait une autre, et mâaime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon coeur transparent
Pour elle seule, hĂ©las! cesse dâĂȘtre un problĂšme
Pour elle seule, et les moiteurs de mon front blĂȘme,
Elle seule les sait rafraĂźchir, en pleurant.
Est-elle brune, blonde ou rousse? Je lâignore.
Son nom? Je me souviens quâil est doux et sonore,
Comme ceux des aimés que la vie exila.
Son regard est pareil au regard des statues,
Et, pour sa voix, lointaine, et calme, et grave, elle a
Lâinflexion des voix chĂšres qui se sont tues.
Paul Verlaine, PoĂšmes saturniens"
lila
Le vieux et son chien
S'il était le plus laid
De tous les chiens du monde,
Je l'aimerais encore
Ă cause de ses yeux.
Si j'étais le plus vieux
De tous les vieux du monde,
L'amour luirait encore
Dans le fond de ses yeux.
Et nous serions tous deux
Lui si laid, moi si vieux,
Un peu moins seuls au monde,
Ă cause de ses yeux.
P. MENANTEAU"
lila
Il a neigé sur Yesterday
Le soir oĂč ils se sont quittĂ©s
Le brouillard sur la mer s'est endormi
Et Yellow Submarine fût englouti
Et Jude habite seule, un cottage Ă Chelsea
John et Paul, je crois sont les seuls
à qui elle ait écrit
Le vieux sergent Pepper's a perdu ses médailles
Au dernier refrain d'Hello, Goodbye
Hello, Goodbye
Il a neigé sur Yesterday
Le soir oĂč ils nous ont quittĂ©
Penny Lane aujourd'hui a deux enfants
Mais il pleut sur l'Ăźle de Wight au printemps
Eleonor Rigby, vos quatre musiciens
Viennent séparement vous voir
Quand ils passent Ă Dublin
Vous parler de Michelle
La belle des années tendres
De ces mots qui vont si bien ensemble
Si bien ensemble
Il a neigé sur Yesterday
Le soir oĂč ils se sont quittĂ©s
Penny Lane, c'est déja loin maintenant
Mais jamais elle n'aura de cheveux blancs
Il a neigé sur Yesterday
Cette annĂ©e lĂ , mĂȘme en Ă©tĂ©
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n'était pas de froid
Il a neigé sur Yesterday
Cette annĂ©e lĂ , mĂȘme en Ă©tĂ©
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n'était pas de froid
Il a neigé sur Yesterday
Cette annĂ©e lĂ , mĂȘme en Ă©tĂ©
En cueillant ces fleurs
Lady Madonna a tremblé
Mais ce n'était pas de froid
Il a neigé sur Yesterday...
lila
EN SOUVENIR DE NOS SOLDATS DE 1914
Le 30 mai 1917
Léonie chérie,
J'ai confié cette derniÚre lettre à des mains amies en espérant qu'elle t'arrive un jour afin que tu saches la vérité et parce que je veux aujourd'hui témoigner de l'horreur de cette guerre.
Quand nous sommes arrivés ici, la plaine était magnifique. Aujourd'hui, les rives de l'Aisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversée, brûlée. Le paysage n'est plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchées de premiÚre ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelés, c'est la guerre des mines avec la perspective de sauter à tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, épaisse, collante dont il est impossible de se débarrasser. Les tranchées s'écroulent sous les obus et mettent à jour des corps, des ossements et des crùnes, l'odeur est pestilentielle.
Tout manque : l'eau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillĂ©s, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la longueur des boyaux Ă parcourir. Nous n'avons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer.
Nous partons au combat l'épingle à chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffés d'un casque en tÎle d'acier lourd et incommode mais qui protÚge des ricochets et encombrés de tout l'attirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participé à des offensives à outrance qui ont toutes échoué sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissé exténués et désespérés. Les malheureux estropiés que le monde va regarder d'un air dédaigneux à leur retour, auront-ils seulement droit à la petite croix de guerre pour les dédommager d'un bras, d'une jambe en moins ? Cette guerre nous apparaßt à tous comme une infùme et inutile boucherie.
Le 16 avril, le général Nivelle a lancé une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un échec, un désastre ! Partout des morts ! Lorsque j'avançais les sentiments n'existaient plus, la peur, l'amour, plus rien n'avait de sens. Il importait juste d'aller de l'avant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes d'accÚs boisées, étaient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil à l'épaule j'errais, la sueur dégoulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausée. Un vrai charnier s'étendait à mes pieds. J'ai descendu la butte en enjambant les corps désarticulés, une haine terrible s'emparant de moi.
Cet assaut a semé le trouble chez tous les poilus et forcé notre désillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de l'état major. Tous les combattants désespÚrent de l'existence, beaucoup ont déserté et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter à déposer les armes. La semaine derniÚre, le régiment entier n'a pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchée, nous avons refusé de continuer à attaquer mais pas de défendre.
Alors, nos officiers ont Ă©tĂ© chargĂ©s de nous juger. J'ai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombĂ©e : je vais ĂȘtre fusillĂ© pour l'exemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus d'obtempĂ©rer. En nous exĂ©cutant, nos supĂ©rieurs ont pour objectif d'aider les combattants Ă retrouver le goĂ»t de l'obĂ©issance, je ne crois pas qu'ils y parviendront.
Comprendras-tu Léonie chérie que je ne suis pas coupable mais victime d'une justice expéditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliés de l'histoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandés, à l'aube, agenouillé devant le peloton d'exécution. Je regrette tant ma Léonie la douleur et la honte que ma triste fin va t'infliger.
C'est si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon dĂ©part au combat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourd'hui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner.
Promets-moi mon amour de taire à ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son pÚre est tombé en héros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mémoire des poilus fusillés pour l'exemple est réhabilitée, mais je n'y crois guÚre, alors seulement, et si tu le juges nécessaire, montre-lui cette lettre.
Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier.
Promets-moi aussi ma douce LĂ©onie, lorsque le temps aura lissĂ© ta douleur, de ne pas renoncer Ă ĂȘtre heureuse, de continuer Ă sourire Ă la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous mĂ©ritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon dernier rĂ©confort avant la fin.
EugĂšne, ton mari qui t'aime tant.
Josephine22
Il est sur ma montagne une épaisse bruyÚre
OĂč les pas du chasseur ont peine Ă se plonger,
Qui plus haut que nos fronts lĂšve sa tĂȘte altiĂšre,
Et garde dans la nuit le pùtre et l'étranger,
Viens y cacher l'amour et ta divine faute;
Si l'herbe est agitée ou n'est pas assez haute,
J'y roulerai pour toi la maison du Berger.
Elle va doucement avec ses quatre roues,
Son toit n'est pas plus haut que ton front et tes yeux;
La couleur du corail et celle de tes joues
Teignent le char nocturne et ses muets essieux.
Le seuil est parfumé, l'alcÎve est large et sombre,
Et lĂ , parmi les fleurs, nous trouverons dans l'ombre
Pour nos cheveux unis, un lit silencieux.
Alfred DE VIGNY
extrait de LETTRE A EVA
La Maison du Berger
lila
Anna de Noailles, Le cĆur innombrable, 1901.
Voici venu le froid radieux de septembre :
Le vent voudrait entrer et jouer dans les chambres ;
Mais la maison a lâair sĂ©vĂšre, ce matin,
Et le laisse dehors qui sanglote au jardin.
Comme toutes les voix de lâĂ©tĂ© se sont tues !
Pourquoi ne met-on pas de mantes aux statues ?
Tout est transi, tout tremble et tout a peur ; je crois
Que la bise grelotte et que lâeau mĂȘme a froid.
Les feuilles dans le vent courent comme des folles ;
Elles voudraient aller oĂč les oiseaux sâenvolent,
Mais le vent les reprend et barre leur chemin
Elles iront mourir sur les étangs demain.
Le silence est léger et calme ; par minute
Le vent passe au travers comme un joueur de flûte,
Et puis tout redevient encor silencieux,
Et lâAmour qui jouait sous la bontĂ© des cieux
Sâen revient pour chauffer devant le feu qui flambe
Ses mains pleines de froid et ses frileuses jambes,
Et la vieille maison quâil va transfigurer
Tressaille et sâattendrit de le sentir entrer.