
lila
"Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles,
Une voix, comme un tambour, voilée
Parvient pourtant, distinctement, jusqu'Ă nous.
Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lĂšvres le sourire.
Je l'écoute. Ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.
Et vous ? Ne l'entendez-vous pas ?
Elle dit "La peine sera de courte durée"
Elle dit "La belle saison est proche."
Ne l'entendez-vous pas ?
Robert Desnos
lila
đ¶Dâavoir vĂ©cu le cul
Dans l'herbe tendre
Et d'avoir su m'étendre
Quand j'étais amoureux
J'aurais vécu obscur
Et sans esclandre
En gardant le cĆur tendre
Le long des jours heureux
đ¶
Pour faire des vieux os
Faut y aller mollo
Pas abuser de rien
Pour aller loin
Pas se casser le cul
Savoir se fendre
De quelques baisers tendres
Sous un coin de ciel bleu
đ¶
Pas se casser le cul
Savoir se fendre
De quelques baisers tendres
Sous un coin de ciel bleuđ¶
MICHEL SIMON
lila
Ceux qui nous attendaient, se sont lassĂ©s dâattendre,
Et sont morts sans savoir que nous allions venir,
Ont refermĂ© leurs bras quâils ne peuvent plus tendre,
Nous lĂ©guant un remords au lieu dâun souvenir.
Les priĂšres, les fleurs, le geste le plus tendre,
Sont des présents tardifs que rien ne peut bénir;
Les vivants par les morts ne se font pas entendre;
La mort, quand vient la mort, nous joint sans nous unir.
Nous ne connaĂźtrons pas la douceur de leurs tombes.
Nos cris, lancés trop tard, se fatiguent, retombent,
PénÚtrent sans écho la sourde éternité;
Et les morts dédaigneux, ou forcés de se taire,
Ne nous écoutent pas, au seuil noir du mystÚre,
Pleurer sur un amour qui nâa jamais Ă©tĂ©.
Marguerite Yourcenar
lila
Le Comte De Guiche propose à Cyrano de devenir son poÚte officiel. Il refuse avec force et ses amis sont dépités.
Le Bret.
Si tu laissais un peu ton Ăąme mousquetaire
La fortune et la gloireâŠ
Cyrano.
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et sâen fait un tuteur en lui lĂ©chant lâĂ©corce,
Grimper par ruse au lieu de sâĂ©lever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? Se changer en bouffon
Dans lâespoir vil de voir, aux lĂšvres dâun ministre,
NaĂźtre un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. DĂ©jeuner, chaque jour, dâun crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? Une peau
Qui plus vite, Ă lâendroit des genoux, devient sale ?
ExĂ©cuter des tours de souplesse dorsale ?âŠ
Non, merci. Dâune main flatter la chĂšvre au cou
Cependant que, de lâautre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci ! Se pousser de giron en giron,
Devenir un petit grand homme dans un rond,
Et naviguer, avec des madrigaux pour rames,
Et dans ses voiles des soupirs de vieilles dames ?
Non, merci ! Chez le bon éditeur de Sercy
Faire éditer ses vers en payant ? Non, merci !
Sâaller faire nommer pape par les conciles
Que dans les cabarets tiennent des imbéciles ?
Non, merci ! Travailler Ă se construire un nom
Sur un sonnet, au lieu dâen faire dâautres ? Non,
Merci ! Ne dĂ©couvrir du talent quâaux mazettes ?
Ătre terrorisĂ© par de vagues gazettes,
Et se dire sans cesse : « Oh, pourvu que je sois
Dans les petits papiers du Mercure François ? »âŠ
Non, merci ! Calculer, avoir peur, ĂȘtre blĂȘme,
PrĂ©fĂ©rer faire une visite quâun poĂšme,
Rédiger des placets, se faire présenter ?
Non, merci ! non, merci ! non, merci ! Mais⊠chanter,
RĂȘver, rire, passer, ĂȘtre seul, ĂȘtre libre,
Avoir lâĆil qui regarde bien, la voix qui vibre,
Mettre, quand il vous plaĂźt, son feutre de travers,
Pour un oui, pour un non, se battre, â ou faire un vers !
Travailler sans souci de gloire ou de fortune,
Ă tel voyage, auquel on pense, dans la lune !
NâĂ©crire jamais rien qui de soi ne sortĂźt,
Et modeste dâailleurs, se dire : mon petit,
Sois satisfait des fleurs, des fruits, mĂȘme des feuilles,
Si câest dans ton jardin Ă toi que tu les cueilles !
Puis, sâil advient dâun peu triompher, par hasard,
Ne pas ĂȘtre obligĂ© dâen rien rendre Ă CĂ©sar,
Vis-Ă -vis de soi-mĂȘme en garder le mĂ©rite,
Bref, dĂ©daignant dâĂȘtre le lierre parasite,
Lors mĂȘme quâon nâest pas le chĂȘne ou le tilleul,
Ne pas monter bien haut, peut-ĂȘtre, mais tout seul !
lila
En ce mois de Mai, oĂč nous pouvons faire ce qu'il nous plaĂźt, pourquoi ne pas dĂ©poser les poids du passĂ© ou du prĂ©sent que nous portons ?
C'est l'invitation de cette semaine, apprenons à lùcher ce que nous avons pris sur notre dos, sur nos épaules.
Que ce soit par habitude, par obligation, pour aider, pour exister, pour ĂȘtre aimĂ©,...
Déposons les et libérons nous de ces fardeaux.
Ils nous ralentissent dans notre avancée, dans notre évolution.
En avons nous seulement conscience ?
Choisissons le dépouillement, adoptons une nouvelle rÚgle d'hygiÚne énergétique : couper les liens énergétiques négatifs et nocifs chaque soir ou à chaque douche ou encore chaque semaine.
Ressentons ces liens qui s'installent et qui nous limitent !
Choisissons la légÚreté.
lila
Une des choses les plus difficiles Ă accepter pour bien des humains, câest de reconnaĂźtre quâun cycle vient de se conclure, quâune boucle vient dâĂȘtre bouclĂ©e.
Par exemple, tous les signes sont lĂ pour que nous changions dâemploi : nous nâavons pas la promotion que nous espĂ©rions, la compagnie pour laquelle nous travaillons a Ă©tĂ© vendue, un nouveau patron avec lequel nous nâavons pas dâaffinitĂ©s vient dâentrer en poste, mais nous persistons Ă demeurer sur place, espĂ©rant sans doute que les choses redeviennent comme avant.
Ou alors, notre relation de couple sâĂ©tiole, la personne que nous aimions ne nous allume plus autant, nous nous sentons comme frĂšre et sĆur ou une tierce personne vient sâimmiscer dans notre vie. Bien que nous ne nous sentions plus amoureux, nous ne voulons pas sortir de la relation mĂȘme si nous nây sommes plus heureux. MalgrĂ© des discussions franches avec notre partenaire, la situation inconfortable demeure, et aucun des deux nâest prĂȘt Ă renoncer Ă ce quâil est pour dĂ©bloquer la situation.
Parfois, câest un ami que nous avons depuis des dizaines dâannĂ©es mais dont nos chemins se sont tellement Ă©cartĂ©s que ce qui nous unissait nâest plus quâun petit point minuscule dans lâĂ©tendue de lâunivers.
Dâautres fois, câest une passion que nous avions mais que nous maintenons artificiellement en vie car nous y avons tant investi, mĂȘme cette passion ne nous rapporte plus rien, ni Ă©motion, ni avantage quelconque.
La vie fonctionne par cycle : Ă©tĂ©, automne, hiver, printemps. Jour et nuit. Naissance, croissance, dĂ©clin, dĂ©cĂšs. Et mĂȘme si nous voulons quâil en soit autrement, lorsquâun cycle est terminĂ©, ce nâest pas la fin du monde, câest le dĂ©but dâun nouveau cycle.
Nous souffrons Ă vouloir maintenir coĂ»te que coĂ»te un cycle qui est dĂ©jĂ terminĂ©, une boucle complĂštement bouclĂ©e. Nous voudrions que les choses redeviennent comme avant. Nous nous entĂȘtons Ă perpĂ©tuer ce qui ne nous rend plus heureux. Et nous souffrons.
La nature ne revient jamais en arriĂšre. Lorsquâun cycle se termine, un nouveau cycle commence. Une nouvelle histoire naĂźt. Une nouvelle relation apparaĂźt. Un nouvel emploi se prĂ©sente. De nouveaux amis font irruption dans notre vie. Vouloir mettre un frein Ă cela, câest comme vouloir empĂȘcher les vagues de se dĂ©poser sur la plage.
Quand un cycle se conclut, soyons heureux plutĂŽt que de rĂ©sister : cela signifie quâun nouveau cycle porteur dâespoir dĂ©bute afin que nous puissions poursuivre notre Ă©volution. Car tout ce qui stagne rĂ©gresse, tout ce qui suit le courant de la vie avance.
lila
Le passĂ© nâest plus, lâavenir nâa pas encore surgi, et le prĂ©sent, paradoxalement, est Ă la fois insaisissable, puisquâil ne sâimmobilise jamais, et immuable â comme lâĂ©crivait un physicien cĂ©lĂšbre, "le prĂ©sent est la seule chose qui nâait pas de fin".
Cultiver la pleine conscience du moment prĂ©sent ne signifie pas que lâon ne doit pas tenir compte des leçons du passĂ© ni faire des projets pour lâavenir, mais que lâon doit vivre lucidement lâexpĂ©rience actuelle qui les englobe.
Matthieu Ricard
lila
« đčđđđđđ đđđ đđĂ©đđđđđđđđ đđ đđđđđđđđđ đđđ đđđđđđđ. đŽđđđđđđđ-đđđđ đđđ đđđđđ đđđđ đđđđđđ đđđ đđđđđđ... »
Apollinaire
