
lhuron
LE HUCHIER DE NAZARETH .
Le bon maĂźtre huchier , pour finir un pressoir ,
Courbé sur l'établi depuis l'aurore ahane ,
Maniant tour à tour le rabot , le bédane
Et la rùpe grinçante et le dur polissoir .
Aussi , non sans plaisir , a - t - il vu , vers le soir ,
S'allonger jusqu'au seuil l'ombre du grand platane
OĂč madame la Vierge et sa mĂšre sainte Anne
Et Monseigneur Jésus prÚs de lui vont s'asseoir .
L'air est brillant et pas une feuille ne bouge ;
Et saint Joseph , trÚs las , a laissé choir la gouge
En s'essuyant le front au coin du tablier ;
Mais l'Apprenti divin qu'une gloire enveloppe
Fait toujours , dans le fond obscur de l'atelier ,
Voler les copeaux d'or au fil de sa varlope .
J.M. DE HEREDIA : Les Trophées : le Moyen ùge & la Renaissance.
lila
En ce temps de Noël, mes pensées vont vers les paroles de l'Abbé Pierre:
« Je continuerai Ă croire, mĂȘme si tout le monde perd espoir.
Je continuerai Ă aimer, mĂȘme si les autres distillent la haine.
Je continuerai Ă construire, mĂȘme si les autres dĂ©truisent.
Je continuerai Ă parler de paix, mĂȘme au milieu dâune guerre.
Je continuerai Ă illuminer, mĂȘme au milieu de lâobscuritĂ©.
Je continuerai Ă semer, mĂȘme si les autres piĂ©tinent la rĂ©colte.
Et je continuerai Ă crier, mĂȘme si les autres se taisent.
Et je dessinerai des sourires sur des visages en larmes.
Et jâapporterai le soulagement, quand on verra la douleur.
Et jâoffrirai des motifs de joie lĂ oĂč il nây a que tristesse.
Jâinviterai Ă marcher celui qui a dĂ©cidĂ© de sâarrĂȘterâŠ
Et je tendrai les bras à ceux qui se sentent épuisés. »
lila
La légende des Cigales
L'histoire a lieu au temps oĂč les Anges venaient passer leurs vacances en terre provençale.
Un jour, ils arrivĂšrent au grand soleil et furent surpris de ne point rencontrer Ăąme qui vive, et de trouver de nombreuses terres en friche.
Fort surpris, ils allÚrent frapper à la maison de Dieu et furent encore plus surpris de trouver le Curé, non pas en priÚre mais dans une sieste majestueuse.
Celui-ci leur expliqua que le seigneur leur dispensant le soleil en abondance les gens du coin se mettaient à l'ombre des oliviers pour se préserver de ses terribles rayons.
L'un des Anges demanda : mais quand travaillent-ils alors ?
A la fraßche, répondit le Curé. Un peu le matin, un peu le soir.
Voilà ce qui explique l'état des champs.
Ils s'en retournĂšrent au Ciel conter leur aventure Ă Dieu, qui dĂ©cida de crĂ©er une espĂšce d'insecte "tambourinaire" qui, quand brillerait le soleil, ferait de la musique pour empĂȘcher les gens du pays de dormir.
Et c'est ainsi que naquirent les cigales.
lila
En Provençal, un copié-collé...
" La legendo di Cigalo
L'istĂČri se tĂšn dĂłu tĂšms mounte lis Ange venien passa si vacanço en terro prouvençalo.
Un jour, arribĂšron au grand soulĂšu e fuguĂšron sousprĂšs de pas rencountra amo qui vivo, e de trouba de noumbruso terro en erme.
Fort sousprĂšs, anĂšron pica Ă l'oustau de Dieu e fuguĂšron encaro mai sousprĂšs de trouba lou Cura, non pas en preguiĂšro mai dins un miejour majestuous.
AquÚu ié espliquÚron que lou segnour ié dounant lou soulÚu en aboundanci li gens d'aqui se metavian à l'oumbro dis óulivié pÚr s'engarda de si terrible raioun.
L'un dis Ange demandĂš : mai quand travaian dounc ?
A la fresco, respoundÚ lou Cura. Un pichot pau lou matin, un pichot pau pÚr vÚspre. Veici ço qu'esplico l'estat di champ.
S'entourÚron au CiÚu counta sis aventuro à DiÚu, que decidÚ de crea un espÚci d'insÚite "tambourinaïre" que, quand lusirié lou soulÚu, farié de la musico pÚr empecha li gÚnt dóu païs de dourmi.
Es ansin que nasquĂšron li cigalo. "
lila
"Etre marseillais Par Fortuné Cadet
Mais, ĂȘtre Marseillais - ĂŽ bonheur sans Ă©gal !
C'est naĂźtre en plein soleil, par un coup de mistral
Dans la plus belle ville et sans y prendre garde,
Voir, en ouvrant les yeux, la Vierge de la Garde !
Que l'on soit du Canet ou de la Porte d'AĂŻ,
C'est grandire en tétant un quignon frotté d'ail ;
C'est aimer son quartier oĂč, niston on fourmille
En jouant Ă la raie, Ă morfion, aux billes ;
C'est tailler son école ;
aller en tourbillon Chouner aux Catalans ;
faire le bataillon ;
C'est marcher dans la rue plus fier qu'un santibelli
Et montrer aux passants un vaste chichibelli ;
C'est, lorsque l'on devient un jeune, un peu plus tard ;
Etre un type à la coule et aller au pétard ;
C'est aimer simplement nos petites nistonnes
Avec leurs yeux de braise et leurs airs airs de madones ;
Aller au baletti, faire les petits pas ;
Filer la rente Ă Choise entre deux mazurkas ;
Se saper en rupin, se coiffer d'une bĂąche ;
Faire voir que pour tout on est Ă la renache ;
Mangea tres soou de muscle en passant sur le Quai ;
*Avoir du bon pastis dans sa piaule planqué,
DĂ©gotter une rague oĂč le roucaou y pite ;
Avoir des mouredus, des piades qui s'agitent ;
Savoir faire avec art un aĂŻoli puissant,
Une rouille, un coulis, surtout, avoir l'assent !
C'est aimer le soleil, notre belle Corniche ;
Balader en tramways auprĂšs d'une bibiche ;
Aller au cabanon ;
pas forcer le jeudi
Et pour se reposer, l'Alcazar le lundi
; C'est la mer, la jetée et notre CanebiÚre ;
On a beau la chiner mais elle est lĂ , trĂšs fiĂšre,
Elle commence au Cours pour finir à l'ékin.
Et le ciel le plus bleu lui sert de baldaquin !
Ah ! vous pouvez blaguer les gens de la Provence,
Notre langue est de race, elle tient de France ;
Si l'on met pas les points sur le i en parlant,
Nous les mettons ailleurs quand on est insolent.
«Té mon bon !» «quÚs aco ?» sont des mots hors d'usage
Le Marseillais, peut-ĂȘtre, est simple en son langage,
Mais il est naturel, sincĂšre, honnĂȘte et franc
Et ne dit jamais : Noir quand il a pensé : Blanc !
C'est accrocher partout un peu de sa jeunesse
En galéjant toujours et, quand vient la vieillesse
S'en aller lentement d'un pas triste et lassé
Vivant les souvenirs d'un si joyeux passé
Avec sa bonne vieille Ă qui l'on est fidĂšle
Puis, un soir sans regrets, c'est fermer la parpelle
Dans ce joly pays aux coins ensoleillés...
Et voilĂ ce que c'est que d'ĂȘtre Marseillais"
lila
Le temps sâest Ă©coulĂ© comme une riviĂšre, je ne lâai pas vu passer ! Jâai comptĂ© mes annĂ©es et jâai dĂ©couvert que jâai moins de temps Ă vivre ici que je nâen ai dĂ©jĂ vĂ©cu. Je nâai dĂ©sormais pas le temps pour des rĂ©unions interminables, oĂč on discute de statuts, de rĂšgles, de procĂ©dures et de rĂšgles internes, sachant quâil ne se combinera rien⊠Je nâai pas le temps de supporter des gens absurdes qui, en dĂ©pit de leur Ăąge, nâont pas grandi. Je nâai pas le temps de nĂ©gocier avec la mĂ©diocritĂ©. Je ne veux pas ĂȘtre dans des rĂ©unions oĂč les gens et leur ego dĂ©filent. Les gens ne discutent pas du contenu, Ă peine des titres. Mon temps est trop faible pour discuter de titres. Je veux vivre Ă cĂŽtĂ© de gens humains, trĂšs humains. Qui savent sourire de leurs erreurs. Qui ne se glorifient pas de victoires. Qui dĂ©fendent la dignitĂ© humaine et qui ne souhaitent quâĂȘtre du cĂŽtĂ© de la vĂ©ritĂ© et de lâhonnĂȘtetĂ©. Lâessentiel est ce qui fait que la vie vaut la peine dâĂȘtre vĂ©cue. Je veux mâentourer de gens qui savent arriver au cĆur des gens. Les gens Ă qui les coups durs de la vie ont appris Ă grandir avec des caresses minces dans lâĂąme. Oui⊠Jâai hĂąte⊠de vivre avec intensitĂ©, que seule la maturitĂ© peut me donner. Jâexige de ne pas gaspiller un bonbon de ce quâil me reste⊠Je suis sĂ»r quâils seront plus dĂ©licieux que ceux que jâai mangĂ©s jusquâĂ prĂ©sent â personne nây Ă©chappe, riche, pauvre, intelligent, dĂ©muni ⊠â
~André-Gide~
lila
Sur le long chemin
Tout blanc de neige blanche
Un vieux monsieur s'avance avec sa canne dans la main
Et tout lĂ -haut le vent
Qui siffle dans les branches
Lui souffle la romance qu'il chantait petit enfant
Oh! Vive le vent, vive le vent
Vive le vent d'hiver!
Qui s'en va, sifflant, soufflant
Dans les grand sapins verts
Oh! Vive le temps, vive le temps
Vive le temps d'hiver!
Boule de neige et jour de l'an et bonne année grand-mÚre
Joyeux, joyeux Noël
Aux mille de bougies
Qu'on chante vers le ciel le cloches de la nuit
Et dans chaque maison
Il flotte un air de fĂȘte
Partout la table et prĂȘte e l'on entend la mĂȘme chanson
Oh! Vive le vent, vive le vent
Vive le vent d'hiver!
Qui s'en va, sifflant, soufflant
Dans les grand sapins verts
Oh! Vive le temps, vive le temps
Vive le temps d'hiver!
Boule de neige et jour de l'an et bonne année grand-mÚre
Et le vieux monsieur descend vers le village
C'est l'heure oĂč tout est sage et l'ombre danse au coin du feu
Mais dans chaque maison
Il flotte un air de fĂȘte
Partout la table est prĂȘte et l'on entend la mĂȘme chanson
Oh! Vive le vent, vive le vent
Vive le vent d'hiver!
Qui s'en va, sifflant, soufflant
Dans les grand sapins verts
Oh! Vive le temps, vive le temps
Vive le temps d'hiver!
Qui rapporte aux vieux enfants leurs souvenirs d'hier
Sur le long chemin
Tout blanc de neige blanche
Un vieux monsieur s'avance avec sa canne dans la main
Et tout lĂ -haut le vent
Qui siffle dans les branches
Lui souffle la romance qu'il chantait petit enfant
Oh! Vive le vent, vive le vent
Vive le vent d'hiver!
Qui s'en va, sifflant, soufflant
Dans les grand sapins verts
Oh! Vive le temps, vive le temps
Vive le temps d'hiver!
Boule de neige et jour de l'an et bonne année grand-mÚre
lila
Voici venir lâHiver, tueur des pauvres gens.
Ainsi quâun dur baron prĂ©cĂ©dĂ© de sergents,
Il fait, pour lâannoncer, courir le long des rues
La gelée aux doigts blancs et les bises bourrues.
On entend haleter le souffle des gamins
Qui se sauvent, collant leurs lĂšvres Ă leurs mains,
Et tapent fortement du pied la terre sĂšche.
Le chien, sans rien flairer, file ainsi quâune flĂšche.
Les messieurs en chapeau, raides et boutonnés,
Font le dos rond, et dans leur col plongent leur nez.
Les femmes, comme des coureurs dans la carriĂšre,
Ont la gorge en avant, les coudes en arriĂšre,
Les reins cambrĂ©s. Leur pas, dâun mouvement coquin,
Fait onduler sur leur croupe leur troussequin.
Oh ! comme câest joli, la premiĂšre gelĂ©e !
La vitre, par le froid du dehors flagellée,
Ătincelle, au dedans, de cristaux dĂ©licats,
Et papillotte sous la nacre des micas
Dont le dessin fleurit en volutes dâacanthe.
Les arbres sont vĂȘtus dâune faille craquante.
Le ciel a la pĂąleur fine des vieux argents.
Voici venir lâHiver, tueur des pauvres gens.
Voici venir lâHiver dans son manteau de glace.
Place au Roi qui sâavance en grondant, place, place !
Et la bise, Ă grands coups de fouet sur les mollets,
Fait courir le gamin. Le vent dans les collets
Des messieurs boutonnĂ©s fourre des cents dâĂ©pingles.
Les chiens au bout du dos semblent traĂźner des tringles.
Et les femmes, sentant des petits doigts fripons
Grimper sournoisement sous leurs derniers jupons,
Se cognent les genoux pour mieux serrer les cuisses.
Les maisons dans le ciel fument comme des Suisses.
PrĂšs des chenets joyeux les messieurs en chapeau
Vont sâasseoir ; la chaleur leur dĂ©tendra la peau.
Les femmes, relevant leurs jupes Ă mi-jambe,
Pour garantir leur teint de la bûche qui flambe
Ătendront leurs deux mains longues aux doigts rosĂ©s,
Quâun tendre amant fera mollir sous les baisers.
Heureux ceux-lĂ quâattend la bonne chambre chaude !
Mais le gamin qui court, mais le vieux chien qui rĂŽde,
Mais les gueux, les petits, le tas des indigentsâŠ
Voici venir lâHiver, tueur des pauvres gens.
Jean Richepin, La chanson des gueux
lila
Les Rois Mages
Ils perdirent l'étoile, un soir ; pourquoi perd-on
L'étoile ? Pour l'avoir parfois trop regardée,
Les deux rois blancs, étant des savants de Chaldée,
TracĂšrent sur le sol des cercles au bĂąton.
Ils firent des calculs, grattĂšrent leur menton,
Mais l'étoile avait fui, comme fuit une idée.
Et ces hommes dont l'Ăąme eĂ»t soif d'ĂȘtre guidĂ©e
PleurĂšrent, en dressant des tentes de coton.
Mais le pauvre Roi noir, méprisé des deux autres,
Se dit "Pensons aux soifs qui ne sont pas les nĂŽtres,
Il faut donner quand mĂȘme Ă boire aux animaux."
Et, tandis qu'il tenait son seau d'eau par son anse,
Dans l'humble rond de ciel oĂč buvaient les chameaux
Il vit l'étoile d'or, qui dansait en silence.
Edmond ROSTAND (1868-1918)
lila
Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune
On croirait voir vivre
Et mourir la lune
Comme des nuées
Flottent gris les chĂȘnes
Des forĂȘts prochaines
Parmi les buées
Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune
On croirait voir vivre
Et mourir la lune
Corneille poussive
Et vous, les loups maigres
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive?
Dans l'interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable
VERLAINE
