
martinemdh
Les hauts talons luttaient avec les longues jupes
en sorte que selon le terrain et le vent
parfois luisaient des bas de jambes ,trop souvent
interceptés et nous aimions ce jeu de dupes
parfois aussi le dard d'un insecte jaloux
inquiétait le col des belles sous les branches
et c'était des éclairs soudains de nuques blanches
et ce régal comblait nos jeunes yeux de fous
le soir tombait ,un soir équivoque d'automne
les belles ,se penchant rêveuses à nos bras
dirent alors des mots si spéciaux,tout bas ,
que notre âme ,depuis ce temps ,tremble et s'étonne
Verlaine
baobab
Au point du jour quand je m'éveille
Je la touche et je m'émerveille
Qu'elle soit toujours auprès de moi
Et je caresse son corps de soie.
Nombreuses,les saisons ont passé,
Dans sa maison je suis resté
Et j'y coule des jours heureux
Et je ferais bien des envieux.
Et tous les soirs quand je m'endors
Je pense à mon bonheur,encore
et encore,jusqu'au lendemain
Qui nous verra main dans la main.
Août 2003
martinemdh
Les fleurs
Stéphane Mallarmé
Des avalanches d’or du vieil azur, au jour
Premier et de la neige éternelle des astres
Jadis tu détachas les grands calices pour
La terre jeune encore et vierge de désastres,
Le glaïeul fauve, avec les cygnes au col fin,
Et ce divin laurier des âmes exilées
Vermeil comme le pur orteil du séraphin
Que rougit la pudeur des aurores foulées,
L’hyacinthe, le myrte à l’adorable éclair
Et, pareille à la chair de la femme, la rose
Cruelle, Hérodiade en fleur du jardin clair,
Celle qu’un sang farouche et radieux arrose !
Et tu fis la blancheur sanglotante des lys
Qui roulant sur des mers de soupirs qu’elle effleure
A travers l’encens bleu des horizons pâlis
Monte rêveusement vers la lune qui pleure !
Hosannah sur le cistre et dans les encensoirs,
Notre Dame, hosannah du jardin de nos limbes !
Et finisse l’écho par les célestes soirs,
Extase des regards, scintillement des nimbes !
Ô Mère qui créas en ton sein juste et fort,
Calices balançant la future fiole,
De grandes fleurs avec la balsamique Mort
Pour le poète las que la vie étiole.
Stéphane Mallarmé, Vers et Prose, 1893
