
martinemdh
Jupiter dit un jour : Que tout ce qui respire
S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur.
Si dans son composé quelqu'un trouve à redire,
Il peut le déclarer sans peur :
Je mettrai remède à la chose.
Venez, Singe ; parlez le premier, et pour cause.
Voyez ces animaux, faites comparaison
De leurs beautés avec les vôtres :
Êtes-vous satisfait ? Moi ? dit-il, pourquoi non ?
N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres ?
Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché ;
Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché :
Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre.
L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre.
Tant s'en faut : de sa forme il se loua très fort ;
Glosa (1) sur l' Éléphant, dit qu'on pourrait encor
Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles ;
Que c'était une masse informe et sans beauté.
L' Éléphant étant écouté,
Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles :
Il jugea qu'à son appétit (2)
Dame Baleine était trop grosse.
Dame Fourmi trouva le Ciron (3) trop petit,
Se croyant, pour elle, un colosse.
Jupin (4) les renvoya s'étant censurés tous,
Du reste , contents d'eux ; mais parmi les plus fous
Notre espèce excella ; car tout ce que (5) nous sommes,
Lynx (6) envers nos pareils, et taupes (7) envers nous,
Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes
On se voit d'un autre œil qu'on ne voit son prochain.
Le Fabricateur souverain
Nous créa Besaciers (8) tous de même manière,
Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui
Il fit pour nos défauts la poche de derrière,
Et celle de devant pour les défauts d'autrui.
martinemdh
La lune blanche
luit dans les bois
de chaque branche part une voix
vers la ramée
O bien aimée
l'étang reflète
profond miroir
la silhouette d'un saule noir
ou le vent pleure
rêvons c'est l'heure
un vaste et tendre apaisement
semble descendre du firmament
que l'astre irise
c'est l'heure exquise Verlaine
martinemdh
La mer est en bleu entre les rochers bruns
Je l'aurais aimée en orange
Ou même en arc-en-ciel comme les embruns
Etranges
Je voudrais changer les couleurs du temps
Changer les couleurs du monde
Le soleil levant
La rose des vents
Le sens où tournera ma ronde
Et l'eau d'une larme et tout l'océan
Qui gronde
J'ai brossé les rues et les bancs
Paré les villes de rubans
Peint la Tour Eiffel rose-chair
Marié le métro à la mer...
Guy Béart
martinemdh
Quelquefois
Si douces
Quand la vie me touche
Comme nous tous
Alors si douces
Quelquefois
Si dures
Que chaque blessure
Longtemps me dure
Longtemps me dure
Femmes, je vous aime
Femmes, je vous aime
Je n'en connais pas de faciles
Je n'en connais que de fragiles
Et difficiles
Oui, difficiles
Quelquefois
Si drôles
Sur un coin d'épaule
Oh oui, si drôles
Regard qui frôle
Quelquefois
Si seules
Parfois elles le veulent
Oui mais, si seules
Oui mais si seules
Femmes, je vous aime
Femmes, je vous aime
Vous êtes ma mère, je vous ressemble
Et tout ensemble mon enfant
Mon impatience
Et ma souffrance
Femmes, je vous aime
Femmes, je vous aime
Si parfois ces mots se déchirent
C'est que je n'ose pas vous dire
Je vous désire
Ou même pire
O, femmes
Femmes
martinemdh
> > La cigale et la fourmi version 2020
> La France ayant chanté toutes ces années
> > > > > Se trouva fort dépourvue quand le coronavirus fut venu
> > > > > Pas un seul masque, test, ou respirateur
> > > > > Elle alla crier Famine chez la Chine sa voisine
> > > > > La priant de lui vendre quelque masques pour se sauver
> > > > > Jusqu'à la prochaine épidémie je vous paierai , lui dit-elle
> > > > > Avant les vacances, foi de bobos, intérêt et principal
> > > > > La Chine est très vendeuse, c'est là son principal atout
> > > > > Que faisiez-vous au temps chaud
> > > > > Dit-elle à cette emprunteuse
> > > > > Nuit et jour à tout-venant je chantais, je dansais, je me promenais
> > > > > Je fabriquais des feux d’artifice, des paquebots pour me promener
> > > > > Des stades, des salles de concerts, des médiathèques, des stations de ski des émissions de télé pour m’amuser
> > > > > Je payais des sportifs, des artistes et des politiques à volonté
> > > > > Oubliant infirmières et personnels de santé
> > > > > Que dois-je faire ? Continuer ?
> > > > > Ah vous chantiez, j'en suis fort aise
> > > > > Et bien ! Confinez-vous maintenant
martinemdh
Comme toute chose en ce monde,
Le Temps a de multiples visages...
Il passe sans compter les secondes,
Mais nous libère peu à peu de la cage !
Il nous permet d'exister,
Nous force toujours à avancer,
Nous entraîne irrémédiablement vers l'après,
Mais nous donne l'Instant à aimer.
Que serions-nous sans l'Instant ?
Certains rêvent d'éternité,
Mais quel fardeau pourtant,
Là aucune sérénité...
Les étapes sont nos marches,
La projection de l'Inconnu
Dessine les portes de l'Arche
D'un autre royaume au-delà des nues...
L'immobilité ne résiste pas,
Le Temps toujours passe,
La vie lui doit son pas,
Soumise de guerre lasse.
Alors aimons l'Instant,
Vivons-le intensément,
Alors soyons présents,
Soyons le Temps !
Martine
martinemdh
Tout conjugue le verbe aimer. Voici les roses.
Je ne suis pas en train de parler d'autres choses.
Premier mai ! l'amour gai, triste, brûlant, jaloux,
Fait soupirer les bois, les nids, les fleurs, les loups ;
L'arbre où j'ai, l'autre automne, écrit une devise,
La redit pour son compte et croit qu'il l'improvise ;
Les vieux antres pensifs, dont rit le geai moqueur,
Clignent leurs gros sourcils et font la bouche en coeur ;
L'atmosphère, embaumée et tendre, semble pleine
Des déclarations qu'au Printemps fait la plaine,
Et que l'herbe amoureuse adresse au ciel charmant.
A chaque pas du jour dans le bleu firmament,
La campagne éperdue, et toujours plus éprise,
Prodigue les senteurs, et dans la tiède brise
Envoie au renouveau ses baisers odorants ;
Tous ses bouquets, azurs, carmins, pourpres, safrans,
Dont l'haleine s'envole en murmurant : Je t'aime !
Sur le ravin, l'étang, le pré, le sillon même,
Font des taches partout de toutes les couleurs ;
Et, donnant les parfums, elle a gardé les fleurs ;
Comme si ses soupirs et ses tendres missives
Au mois de mai, qui rit dans les branches lascives,
Et tous les billets doux de son amour bavard,
Avaient laissé leur trace aux pages du buvard !
Les oiseaux dans les bois, molles voix étouffées,
Chantent des triolets et des rondeaux aux fées ;
Tout semble confier à l'ombre un doux secret ;
Tout aime, et tout l'avoue à voix basse ; on dirait
Qu'au nord, au sud brûlant, au couchant, à l'aurore,
La haie en fleur, le lierre et la source sonore,
Les monts, les champs, les lacs et les chênes mouvan
