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chantoon - 16 janvier 2014 05:47

montreal
AprĂšs lâhiver
Nâattendez pas de moi que je vais vous donner
Des raisons contre Dieu que je vois rayonner ;
La nuit meurt, lâhiver fuit ; maintenant la lumiĂšre,
Dans les champs, dans les bois, est partout la premiĂšre.
Je suis par le printemps vaguement attendri.
Avril est un enfant, frĂȘle, charmant, fleuri ;
Je sens devant lâenfance et devant le zĂ©phyre
Je ne sais quel besoin de pleurer et de rire ;
Mai complĂšte ma joie et sâajoute Ă mes pleurs.
Jeanne, George, accourez, puisque voilĂ des fleurs.
Accourez, la forĂȘt chante, lâazur se dore,
Vous nâavez pas le droit dâĂȘtre absents de lâaurore.
Je suis un vieux songeur et jâai besoin de vous,
Venez, je veux aimer, ĂȘtre juste, ĂȘtre doux,
Croire, remercier confusément les choses,
Vivre sans reprocher les épines aux roses,
Ătre enfin un bonhomme acceptant le bon Dieu.
à printemps ! bois sacrés ! ciel profondément bleu !
On sent un souffle dâair vivant qui vous pĂ©nĂštre,
Et lâouverture au loin dâune blanche fenĂȘtre ;
On mĂȘle sa pensĂ©e au clair-obscur des eaux ;
On a le doux bonheur dâĂȘtre avec les oiseaux
Et de voir, sous lâabri des branches printaniĂšres,
Ces messieurs faire avec ces dames des maniĂšres.
26 juin 1878
Victor Hugo
montreal
Du besoin de sâunir aprĂšs le dĂ©part des Ă©trangers
Ă toi que lâunivers adore,
Ă toi que maudit lâunivers,
Fortune, dont la main, du couchant Ă lâaurore,
Dispense les lauriers, les sceptres et les fers,
Ton aveugle courroux nous garde-t-il encore
Des triomphes et des revers?
Nos malheurs trop fameux proclament ta puissance;
Tes jeux furent sanglans dans notre belle France;
Le peuple mieux instruit, mais trop fier de ses droits,
Sur les débris du trÎne établit son empire,
Poussa la libertĂ© jusquâau mĂ©pris des lois,
Et la raison jusquâau dĂ©lire.
BientÎt au premier rang porté par ses exploits,
Un roi nouveau brisa dâun sceptre despotique
Les faisceaux de la république,
Tout dégouttans du sang des rois.
Pour affermir son trĂŽne, il lassa la victoire,
Dâun peuple gĂ©nĂ©reux prodigua la valeur;
LâEurope quâil bravait a flĂ©chi sous sa gloire;
Elle insulte Ă notre malheur.
Câest quâils ne vivent plus que dans notre mĂ©moire
Ces guerriers dont le nord a moissonné la fleur.
O désastre! O pitié! Jour à jamais célÚbre,
OĂč ce cri sâĂ©leva dans la patrie en deuil;
Ils sont morts, et Moscow fut le flambeau funĂšbre
Qui prĂȘta ses clartĂ©s Ă leur vaste cercueil.
Ces rĂšgnes dâun moment, et les chutes soudaines
De ces trĂŽnes dâun jour lâun sur lâautre croulans,
Ont laissé des levains de discorde et de haines
Dans nos esprits plus turbulens.
Cessant de comprimer la fiĂšvre qui lâagite,
Le fier républicain, sourd aux leçons du temps,
Appelle avec fureur, dans ses rĂȘves ardens,
Une liberté sans limite;
Mais cette liberté fut féconde en forfaits;
Cet ocĂ©an trompeur, qui nâa point de rivages,
Nâest connu jusquâĂ nous que par de grands naufrages
Dans les annales des Français.
<< Que nos maux, direz-vous, nous soient du moins utiles; Opposons une digue aux tempĂȘtes civiles; Que deux pouvoirs rivaux, lâun Ă©manĂ© des rois, Lâautre sorti du peuple et garant de ses droits, Libres et dĂ©pendans, offrent au rang suprĂȘme Un rempart contre nous, un frein contre lui-mĂȘme. >>
Vainement la raison vous dicte ces discours;
LâĂ©goĂŻsme et lâorgueil sont aveugles et sourds;
Cet amant du passé, que le présent irrite,
Jaloux de voir ses rois dâentraves dĂ©gagĂ©s,
Le front baissé, se précipite
Sous la verge des préjugés.
Quoi! Toujours des partis proclamés légitimes,
Tant quâils rĂšgnent sur nos dĂ©bris,
Lâun par lâautre abattus, proscrivant ou proscrits,
Tour Ă tour tyrans ou victimes!
Empire malheureux! VoilĂ donc ton destin! âŠ
Français, ne dites plus : << La France nous est chÚre; >>
Elle désavoûrait votre amour inhumain.
Cessez, enfans ingrats, dâembrasser votre mĂšre,
Pour vous étouffer dans son sein.
Contre ses ennemis tournez votre courage;
Au conseil des vainqueurs son sort est agité;
Ces rois qui lâencensaient fiers de leur esclavage,
Vont lui vendre la liberté.
Non, ce nâest pas en vain que sa voix nous appelle;
Et, sâils ont prĂ©tendu, par dâinfames traitĂ©s,
Imprimer sur nos fronts une tache éternelle;
Si de leur doigt superbe ils marquent les cités
Que veut se partager une ligue infidĂšle;
Si la foi des sermens nâest quâun garant trompeur;
Si, le glaive Ă la main, lâiniquitĂ© lâemporte;
Si la France nâest plus, si la patrie est morte,
Mourons tous avec elle, ou rendons-lui lâhonneur.
Quâentends-je? Et dâoĂč vient cette ivresse
Qui semble croĂźtre dans son cours?
Quels chants, quels transports dâallĂ©gresse!
Quel bruyant et nombreux concours!
De nos soldats la foule au loin se presse;
Dâune nouvelle ardeur leurs yeux sont embrasĂ©s;
Plus dâanglais parmi nous! Plus de joug! Plus dâentraves!
Levez plus fiĂšrement vos fronts cicatrisĂ©sâŠ
Oui, lâĂ©tranger sâĂ©loigne; oui, vos fers sont brisĂ©s;
Soldats, vous nâĂȘtes plus esclaves!
Reprends ton orgueil,
Ma noble patrie;
Quitte enfin ton deuil,
Liberté chérie;
Liberté, patrie,
Sortez du cercueil!
Dâun vainqueur insolent mĂ©prisons les injures;
Riches des étendards conquis sur nos rivaux,
Nous pouvons à leurs yeux dérober nos blessures
En les cachant sous leurs drapeaux.
Voulons-nous enchaĂźner leurs fureurs impuissantes?
Soyons unis, français; nous ne les verrons plus
Nous dicter dâAlbion les dĂ©crets absolus,
Arborer sur nos tours ses couleurs menaçantes.
Nous ne les verrons plus, le front ceint de lauriers,
Troublant de leur aspect les fĂȘtes du gĂ©nie,
Chez MelpomĂšne et Polymnie
Usurper une place oĂč siĂ©geaient nos guerriers.
Nous ne les verrons plus nous accorder par grace
Une part des trésors flottans sur nos sillons.
Soyons unis; jamais leurs bataillons
De nos champs envahis ne couvriront la face;
La France dans son sein ne les peut endurer,
Et ne les recevrait que pour les dévorer.
Ah! Ne lâoublions pas; naguĂšre, dans ces plaines
OĂč le sort nous abandonna,
Nous nâavions pas portĂ© des ames moins romaines
Quâaux champs de Rivoli, de Fleurus, dâIĂ©na;
Mais nos divisions nous y forgeaient des chaĂźnes.
Effrayante leçon qui doit unir nos coeurs
Par des liens indestructibles;
Le courage fait des vainqueurs;
La concorde, des invincibles.
Henri, divin Henri, toi qui fus grand et bon,
Qui chassas lâespagnol et finis nos misĂšres,
Les partis sont dâaccord en prononçant ton nom;
Henri, de tes enfans fais un peuple de frĂšres.
Ton image déjà semble nous protéger,
Tu renais; avec toi renaĂźt lâindĂ©pendance;
Ă roi le plus français dont sâhonore la France,
Il est dans ton destin de voir fuir lâĂ©tranger!
Et toi, son digne fils, aprĂšs vingt ans dâorage,
RĂšgne sur des sujets par toi-mĂȘme ennoblis.
Leurs droits sont consacrés dans ton plus bel ouvrage.
Oui, ce grand monument, affermi dâĂąge en Ăąge,
Doit couvrir de son ombre et le peuple et les lis.
Il est des opprimĂ©s lâasile impĂ©rissable,
La terreur du tyran, du ministre coupable,
Le temple de nos libertés.
Que la France prospĂšre en tes mains magnanimes,
Que tes jours soient sereins, tes décrets respectés,
Toi, qui proclames ces maximes;
à rois, pour commander, obéissez aux lois;
Peuple, en obéissant, sois libre sous tes rois!
Casimir Delavigne (1793-1843),
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Fleurs dâaurore
Comme au printemps de lâautre annĂ©e,
Au mois des fleurs, aprĂšs les froids,
Par quelque belle matinée,
Nous irons encore sous bois.
Nous y verrons les mĂȘmes choses,
Le mĂȘme glorieux rĂ©veil,
Et les mĂȘmes mĂ©tamorphoses
De tout ce qui vit au soleil.
Nous y verrons les grands squelettes
Des arbres gris, ressusciter,
Et les yeux clos des violettes
Ă la lumiĂšre palpiter.
Sous le clair feuillage vert tendre,
Les tourterelles des buissons,
Ce jour-lĂ , nous feront entendre
Leurs lentes et molles chansons.
Ensemble nous irons encore
Cueillir dans les prés, au matin,
De ces bouquets couleur dâaurore
Qui fleurent la rose et le thym.
Nous y boirons lâodeur subtile,
Les capiteux aromes blonds
Que, dans lâair tiĂšde et pur, distille
La flore chaude des vallons.
Radieux, secouant le givre
Et les frimas de lâan dernier,
Nos chers espoirs pourront revivre
Au bon vieux soleil printanier.
En attendant que tout renaisse,
Que tout aime et revive un jour,
Laisse nos rĂȘves, ĂŽ jeunesse,
Sâenvoler vers tes bois dâamour !
ChĂšre idylle, tes primevĂšres
Ăclosent en toute saison ;
Elles narguent les froids sévÚres
Et percent la neige Ă foison.
Ăternel renouveau, tes sĂšves
Montent mĂȘme aux coeurs refroidis,
Et tes capiteuses fleurs brĂšves
Nous grisent comme au temps jadis.
Oh ! oui, nous cueillerons encore,
Aussi frais quâĂ lâautre matin,
Ces beaux bouquets couleur dâaurore
Qui fleurent la rose et le thym.
Nérée Beauchemin
mistouflette
A l'automne de ma Vie
L'Automne de ma Vie
Je la rĂȘve explosive
Tous mes sens en partage
Pour mieux me sentir Femme
Je la rĂȘve en douceur
En tendresse, en chaleur
En abandon total
Pour mieux rendre les armes
L'Automne de ma vie
Pour ma toute fin de vie
Je la rĂȘve avec Toi
Je l'espĂšre prĂšs de Toi
Je pose mes bagages
Il n'y a plus d'orages
Le ciel est toujours bleu
Un vrai feu d'artifice
Explose dans nos yeux
Mistou 10 Mars 2017
mistouflette
LA FEUILLE ET LE CRAYON
La page blanche attend
Depuis bien trop longtemps
Elle a convié son ami le crayon
Qui n'a pas répondu à son invitation.
Elle se sent trahie,
Elle est anéantie
Elle est presque en colĂšre
Elle vit un vrai calvaire
Ce tout petit crayon
Qui n'en fait qu'Ă sa tĂȘte
A décidé de faire grÚve
Sans donner la moindre raison
La feuille lui propose
D'écrire de la prose
"D'accord" dit le crayon
J'y mets une condition
Cette si jolie page blanche
Et son gentil crayon
Se sont dit "Oui" ce soir
Leurs cĆurs au diapason
Mistou 7 Mars 2017
montreal
Aux femmes
Sâil arrivait un jour, en quelque lieu sur terre,
Quâune entre vous vraiment comprĂźt sa tĂąche austĂšre,
Si, dans le sentier rude avançant lentement,
Cette Ăąme sâarrĂȘtait Ă quelque dĂ©vouement,
Si câĂ©tait la BontĂ© sous les cieux descendue,
Vers tous les malheureux la main toujours tendue,
Si lâĂ©poux, si lâenfant Ă ce cĆur ont puisĂ©,
Si lâespoir de plusieurs sur Elle est dĂ©posĂ©,
Femmes, enviez-la. Tandis que dans la foule
Votre vie inutile en vains plaisirs sâĂ©coule,
Et que votre cĆur flotte, au hasard entraĂźnĂ©,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la. Quâil souffre ou combatte, câest Elle
Que lâhomme Ă son secours incessamment appelle,
Sa joie et son appui, son trésor sous les cieux,
Quâil pressentait de lâĂąme et quâil cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc quâun vent du ciel ramĂšne
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche dâolivier a rapportĂ© lâamour.
Et que votre cĆur flotte, au hasard entraĂźnĂ©,
Elle a sa foi, son but et son labeur donné.
Enviez-la ! Quâil souffre ou combatte, câest Elle
Que lâhomme Ă son secours incessamment appelle,
Sa joie et son espoir, son rayon sous les cieux,
Quâil pressentait de lâĂąme et quâil cherchait des yeux,
La colombe au cou blanc quâun vent du ciel ramĂšne
Vers cette arche en danger de la famille humaine,
Qui, des saintes hauteurs en ce morne séjour,
Pour branche dâolivier a rapportĂ© lâamour.
Louise Ackermann, Paris, 1835
