
lila
Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
Ă quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-mĂȘme me trahis
Moi qui me traßne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
OĂč j'ai cru trouver un pays.
Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rĂȘver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part oĂč je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts Ă table
On faisait des chĂąteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pÎle et d'épaule
La piÚce était-elle ou non drÎle
Moi si j'y tenais mal mon rĂŽle
C'était de n'y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger prĂšs d'elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenĂȘtre
Leur chant triste entrait dans mon ĂȘtre
Et je croyais y reconnaĂźtre
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait Ă tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faĂence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel Ă tes cils
Lola qui t'en iras bientĂŽt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril Ă cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus
lila
Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les riviĂšres
C'est le décor du Connemara
Au printemps suivant, le ciel irlandais était en paix
Maureen a plongé nue dans un lac du Connemara
Sean Kelly s'est dit "je suis catholique", Maureen aussi
L'église en granit de Limerick, Maureen a dit oui
De Tipperary, Barry-Connelly et de Galway
Ils sont arrivés dans le comté du Connemara
Y avait les Connors, les O'Connolly, les Flaherty du Ring of Kerry
Et de quoi boire trois jours et deux nuits
LĂ -bas au Connemara
On sait tout le prix du silence
LĂ -bas au Connemara
On dit que la vie, c'est une folie
Et que la folie, ça se danse
Terre brûlée au vent
Des landes de pierres
Autour des lacs, c'est pour les vivants
Un peu d'enfer, le Connemara
Des nuages noirs qui viennent du nord
Colorent la terre, les lacs, les riviĂšres
C'est le décor du Connemara
On y vit encore au temps des Gaëls et de Cromwell
Au rythme des pluies et du soleil
Aux pas des chevaux
On y croit encore aux monstres des lacs
Qu'on voit nager certains soirs d'été
Et replonger pour l'éternité
On y voit encore
Des hommes d'ailleurs venus chercher
Le repos de l'Ăąme et pour le cĆur, un goĂ»t de meilleur
L'on y croit encore
Que le jour viendra, il est tout prĂšs
OĂč les Irlandais feront la paix autour de la Croix
LĂ -bas au Connemara
On sait tout le prix de la guerre
LĂ -bas au Connemara
On n'accepte pas
La paix des Gallois
Ni celle des rois d'Angleterre
lila
Colette
e me touche pas! j'ai chaud... Ecarte-toi de moi! Mais ne reste pas ainsi debout sur le seuil : tu arrĂȘtes, tu me voles le faible souffle qui bat de la fenĂȘtre Ă la porte, comme un lourd oiseau prisonnier...
J'ai chaud... je ne dors pas. Je regarde l'air noir de ma chambre close, oĂč chemine un rĂąteau d'or, aux dents Ă©gales, qui peigne lentement, lentement, l'herbe rase du tapis. Quand l'ombre rayĂ©e de la persienne attendra le lit, je me lĂšverai - peut-ĂȘtre... Jusqu'Ă cette heure-lĂ , j'ai chaud.
J'ai chaud. La chaleur m'occupe comme une maladie et comme un jeu. Elle suffit Ă remplir toutes les heures du jour et de la nuit. Je ne parle que d'elle; je me plains d'elle avec passion et douceur, comme d'une caresse impitoyable. C'est elle â regarde ! - qui m'a fait cette marque vive au menton, et cette joue giflĂ©e, et mes mains ne peuvent quitter les gantelets, couleur de pain roux, qu'elle peignit sur ma peau. Et cette poignĂ©e de grains d'or, tout brĂ»lants, qui m'a sablĂ© le visage, c'est elle, c'est encore elle...
Non, ne descends pas au jardin ; tu me fatigues. Le gravier va craquer sous tes pas, et je croirai que tu écrases un lit de petites braises. Laisse ! que j'entende le jet d'eau qui gicle maigre et va tarir et le halÚtement de la chienne couchée sur la pierre chaude. Ne bouge pas ! Depuis ce matin je guette, sous les feuilles évanouies de l'aristoloche, qui pendent comme des peaux, l'éveil du premier souffle de vent. Ah ! j'ai chaud ! Ah ! entendre, autour de notre maison, le bruit soyeux, d'éventail ouvert et refermé, d'un pigeon qui vole !
Je n'aime déjà plus le drap fin et froissé, si frais tout à l'heure à mes talons nus. Mais, au fond de ma chambre, il y a un miroir, tout bleu d'ombre, tout troublé de reflets...
Quelle eau tentante et froide !
Imagine, Ă t'y mirer, l'eau des Ă©tangs de mon pays ! Ils dorment ainsi sous l'Ă©tĂ©, tiĂšdes ici, glacĂ©s lĂ par la fusĂ©e d'une source profonde. Ils sont opaques et bleuĂątres, perfidement peuplĂ©s, et la couleuvre d'eau s'y enlace Ă la tige longue des nĂ©nuphars et des sagittaires... Ils sentent le jonc, la vase musquĂ©e, le chanvre vert... Rends-moi leur fraĂźcheur, leur brouillard oĂč se berce la fiĂšvre, rends-moi leur frisson, - j'ai si chaud...
Ou bien donne-moi - mais tu ne voudras pas! - un tout petit morceau de glace, dans le creux de l'oreille, et un autre là , sur mon bras, à la saignée... Tu ne veux pas ? tu me laisses désirer en vain, tu me fatigues...
Regarde, à présent, si la couleur du jour commence à changer, si les raies éblouissantes des persiennes deviennent bleues en bas, orangées en haut ? Penche-toi sur le jardin, raconte-moi la chaleur comme on raconte une catastrophe !
Le marronnier va mourir, dis ? Il tend vers le ciel des feuilles frites, couleur d'écaille jaspée... Et rien ne pourra sauver les roses, saisies par la flamme avant d'éclore... Des roses... des roses mouillées, gonflées de pluie nocturne, froides à embrasser...
Ah ! quitte la fenĂȘtre ! Reviens ! trompe ma langueur en me parlant de fleurs penchĂ©es sous la pluie ! Trompe-moi, dis que l'orage, lĂ -bas, enfle un dos violet, dis-moi que le vent, rampant, se dresse soudain contre la maison, en rebroussant la vigne et la glycine ; dis que les premiĂšres gouttes plombĂ©es vont entrer, obliques, par la fenĂȘtre ouverte !
Je les boirai sur mes mains, j'y goĂ»terai la poussiĂšre des routes lointaines, la fumĂ©e du nuage bas qui crĂšve sur la ville... Souviens-toi du dernier orage, de l'eau amĂšre qui chargeait les beaux soucis, de la pluie sucrĂ©e que pleurait le chĂšvrefeuille, et de la chevelure du fenouil, poudrĂ©e d'argent, oĂč nous sucions en mille gouttelettes la saveur d'une absinthe fine !...
Encore, encore ! j'ai si chaud ! Rappelle-moi le mercure vivace qui roule au creux des capucines quand l'averse s'éloigne, et sur la menthe pelucheuse... Evoque la rosée, la brise haute qui couche les cimes des arbres et ne touche pas mes cheveux... Evoque la mare cernée de moustiques et la ronde des rainettes... Oh ! je voudrai, sur chaque main, le ventre froid d'une petite grenouille !... J'ai chaud, si tu savais... Parle encore...
Parle encore, guéris ma fiÚvre ! Crée pour moi l'automne : donne-moi, d'avance le raisin froid qu'on cueille à l'aube et les derniÚres fraises d'octobre, mûres d'un seul cÎté... Oui, il me faudrait, pour l'écraser dans mes mains sÚches, une grappe de raisins oubliée sur la treille, un peu ridés de gelée... Si tu amenais, auprÚs de moi, deux beaux chiens au nez trÚs frais ? Tu vois, je suis toute malade, je divague.
Ne me quitte pas ! Assieds-toi, et lis-moi le conte qui commence par : « La princesse avait vu le jour dans un pays oĂč la neige ne dĂ©couvre jamais la terre, et son palais Ă©tait fait de glace et de givre... » De givre, tu entends ? de givre !... Quand je rĂ©pĂšte ce mot scintillant, il me semble que je mords dans une pelote de neige crissante, une belle pomme d'hiver façonnĂ©e par mes mains... Ah ! j'ai chaud !...
J'ai chaud, mais... quelque chose a remuĂ© dans l'air... Est-ce seulement cette guĂȘpe blonde ? Annonce-t-elle la fin de ce long jour ? Je m'abandonne Ă toi. Appelle sur moi le nuage, le soir, le sommeil. Tes doigts sous ma nuque y dĂ©mĂȘlent un moite dĂ©sordre de cheveux...
Penche-toi, évente, de ton souffle, mes narines, et presse, contre mes dents, le sang acide de la groseille que tu mords...
Je ne murmure presque plus, et tu ne saurais dire si c'est d'aise... Ne t'en va pas si je dors : je feindrai d'ignorer que tu baises mes poignets et mes bras, rafraßchis, emperlés comme le col des alcarazas bruns...
Extrait de : Le voyage égoïste
lila
J'ai retrouvĂ© ta lettre oĂč tu disais peut-ĂȘtre un jour on sera trop vieux
Pour s'écrire des poÚmes, pour se dire que l'on s'aime, se regarder dans les yeux
Tu parlais de naufrage, d'un corps qui n'a plus d'Ăąge et qui s'en va doucement
De la peur de vieillir et d'avoir Ă subir, l'impertinence du temps
De n'plus pouvoir s'aimer si la mémoire s'en va et qu'on n'se reconnaßt plus
Et perdre me disais-tu le plaisir de me plaire, l'envie de me séduire
Peur de la dépendance
Et de finir sa vie dans une maison de retraite
De la fin qui commence
De l'esprit qui divague
Peur de n'plus pouvoir un jour, rire Ă mes blagues
Mais tout ça c'est des bĂȘtises, est-ce que tu rĂ©alises, on sera jamais trop vieux
Pour s'écrire des poÚmes, pour se dire que I'on s'aime, se regarder dans les yeux
Et je veillerai sur toi et tu veilleras sur moi, ce sera jamais fini
On s'dira "mon amour" jusqu'Ă la fin des jours, et le jour et la nuit
Et le jour et la nuit
Et leur maison d'retraite ça j'te jure sur ma tĂȘte, nous on ira jamais
On dormira dehors, on regardera les étoiles
On vivra libres et dignes
On s'tiendra par la main comme Ă nos 18 ans qu'on marchait tous les deux sur des sentiers perdus
Au début du printemps
Et on pourra toujours raconter des bĂȘtises et dire n'importe quoi
On vivra libres et dignes
Et si l'on doit partir un jour aprĂšs le dernier mot, du tout dernier poĂšme
On partira ensemble, tu comprends
On sera jamais trop vieux
Pour se dire que l'on s'aime
Se regarder dans les yeux
On sera jamais trop vieux
Pour se dire que l'on s'aime
Se regarder dans les yeus
Michel Jonasz
lila
ETAT D'ESPRIT
Charlie Chaplin
a lu ce poĂšme le 16 avril 1959, Ă son 70 Ăšme anniversaire.
"Quand jâai commencĂ© Ă mâaimer
jâai compris que la douleur et la peine Ă©motionnelles sont des signaux m'avertissant que je vivais Ă lâencontre de ma propre vĂ©ritĂ©.
Aujourdâhui, je sais que cela sâappelle L'authenticitĂ©.
Quand jâai commencĂ© Ă mâaimer
jâai compris combien je pouvais offenser quelquâun en essayant de lui imposer mes dĂ©sirs tout en sachant que ce n'Ă©tait pas le bon moment et que cette personne n'Ă©tait pas disposĂ©e Ă cela. Et mĂȘme quand cette personne n'Ă©tait autre que moi-mĂȘme.
Aujourdâhui, je sais que cela sâappelle Le respect.
jâai arrĂȘtĂ© de rĂȘver dâune autre vie et jâai pu voir que tout ce qui m'entourait m'invitait Ă grandir.
Aujourdâhui, je sais que cela sâappelle La maturitĂ©.
Quand jâai commencĂ© Ă mâaimer
jâai compris que jâĂ©tais toujours au bon endroit au bon moment.
Et jâai compris que tout ce qui se passe est juste.
Ă partir de lĂ , jâai connu une paix profonde.
Aujourdâhui je sais que cela sâappelle La confiance en soi.
Quand jâai commencĂ© Ă mâaimer
j'ai rejettĂ© tout ce qui nâĂ©tait pas sain pour moi :
la nourriture, les gens, les choses, les situations, tout ce qui me tirait vers le bas et mâĂ©cartait de moi mĂȘme.
Au dĂ©but jâappelais cela de lâ « Ă©goĂŻsme sain »,
Mais aujourdâhui, je sais que cela sâappelle L'amour de soi.
Quand jâai commencĂ© Ă mâaimer
jâai arrĂȘtĂ© de toujours vouloir avoir raison,
et dÚs lors je me suis moins trompé.
Aujourdâhui, j'ai compris que cela sâappelle L'humilitĂ©.
Quand jâai commencĂ© Ă mâaimer
jâai cessĂ© de vivre dans le passĂ© et de mâinquiĂ©ter pour mon avenir.
Maintenant je me concentre sur mon prĂ©sent, lĂ oĂč tout prend place. Ainsi je vis chaque jour pleinement et jâappelle cela L'apaisement.
jâai reconnu que mon esprit pouvait me rendre malade.
Jâavais dĂšs lors appelĂ© au secours les forces du cĆur que mon esprit a accueilli comme un partenaire de valeur.
Aujourdâhui jâappelle ce lien La sagesse du cĆur.
Nous nâavons nul besoin de craindre les discussions, les conflits et les problĂšmes avec nous-mĂȘmes et avec dâautres puisque mĂȘme les Ă©toiles se tĂ©lescopent parfois et crĂ©ent de nouveaux mondes.
Aujourdâhui je sais, cela s'appelle La Vie." đ
Charlie Chaplin