
lila
Moi, si j'étais un homme, je serais capitaine
D'un bateau vert et blanc
D'une élégance rare et plus fort que l'ébÚne
Pour les trop mauvais temps
Je t'emmĂšnerais en voyage
Dans les plus beaux pays du monde
Te ferais l'amour sur la plage
En savourant chaque seconde
OĂč mon corps engourdi s'enflamme
Jusqu'Ă s'endormir dans tes bras
Je suis femme et quand on est femme
On ne dit pas ces choses-lĂ
Je t'offrirais de beaux bijoux
Des fleurs pour ton appartement
Des parfums Ă vous rendre fou
Et juste à cÎté de Milan
Dans une ville qu'on appelle Bergame
Je te ferais construire une villa
Je suis femme et quand on est femme
On n'achĂšte pas ces choses-lĂ
Il faut dire que les temps ont changé
De nos jours, c'est chacun pour soi
Ces histoires d'amour démodées
N'arrivent qu'au cinéma
On devient économe
C'est dommage, moi j'aurais bien aimé
Un peu plus d'humour et de tendresse
Si les hommes n'étaient pas si pressés
De prendre maĂźtresse
Ah, si j'étais un homme
Je t'appellerais tous les jours
Rien que pour entendre ta voix
Je t'appellerais "mon amour"
Insisterais pour qu'on se voit
Et t'inventerais un programme
Ă l'allure d'un soir de gala
Je suis femme et quand on est femme
Ces choses-lĂ ne se font pas
Il faut dire que les temps ont changé
De nos jours, c'est chacun pour soi
Ces histoires d'amour démodées
N'arrivent qu'au cinéma
On devient économe
C'est dommage, moi j'aurais bien aimé
Oui, un peu plus d'humour et de tendresse
Si les hommes n'étaient pas si pressés
De prendre maĂźtresse
Ah, si j'étais un homme
Je serais romantique
lila
L'ardeur
Rire ou pleurer, mais que le cĆur
Soit plein de parfums comme un vase,
Et contienne jusqu'Ă l'extase
La force vive ou la langueur.
Avoir la douleur ou la joie,
Pourvu que le cĆur soit profond
Comme un arbre oĂč des ailes font
Trembler le feuillage qui ploie ;
S'en aller pensant ou rĂȘvant,
Mais que le cĆur donne sa sĂšve
Et que l'Ăąme chante et se lĂšve
Comme une vague dans le vent.
Que le cĆur s'Ă©claire ou se voile,
Qu'il soit sombre ou vif tour Ă tour,
Mais que son ombre et que son jour
Aient le soleil ou les étoiles...
Anna de Noailles.
lila
VIEILLIR EN BEAUTĂ... ET EN SAGESSE
« Ce n'est pas parce que je suis un vieux pommier que je donne de vieilles pommes. » â FĂ©lix Leclerc.
Vieillir en beautĂ©, câest vieillir avec son cĆur,
Sans remords, sans regret, sans regarder lâheure.
Aller de lâavant, arrĂȘter dâavoir peur,
Car Ă chaque Ăąge se rattache un bonheur.
Vieillir en beautĂ©, câest vieillir avec son corps,
Le garder sain en dedans, beau en dehors.
Ne jamais abdiquer devant un effort.
LâĂąge nâa rien Ă voir avec la mort.
Vieillir en beautĂ©, câest donner un coup de pouce
Ă ceux qui se sentent perdus dans la brousse,
Qui ne croient plus que la vie peut ĂȘtre douce
Et quâil y a toujours quelquâun Ă la rescousse.
Vieillir en beautĂ©, câest vieillir positivement.
Ne pas pleurer sur ses souvenirs dâantan.
Ătre fier dâavoir les cheveux blancs,
Car pour ĂȘtre heureux, on a encore le temps.
Vieillir en beautĂ©, câest vieillir avec amour,
Savoir donner sans rien attendre en retour,
Car oĂč que lâon soit, Ă lâaube du jour,
Il y a quelquâun Ă qui dire bonjour.
Vieillir en beautĂ©, câest vieillir avec espoir,
Ătre content de soi en se couchant le soir.
Et lorsque viendra le point de non-recevoir,
Se dire quâau fond, ce nâest quâun au revoir!
Ne regrette pas de vieillir.
C'est un privilÚge refusé à beaucoup !
lila
De Leopold.Sedar.SENGHOR
PoĂšme Ă mon frĂšre Blanc
Quand je suis né j étais noir
Quand j' ai grandi j étais noir
Quand je vais au soleil je suis noir
Quand je suis malade je suis noir
Quand j' ai peur je suis noir
Quand je mourrai je serai noir
Tandis que Toi..homme blanc
Quand tu es ne tu étais rose
Quand tu as grandi tu étais blanc
Quand tu es au soleil tu es rouge
Quand tu as froid tu es bleu
Quand tu as peur tu es vert
Quand tu es malade tu es jaune
Quand tu mourras tu seras gris
Alors..dis moi..de nous deux qui est l Homme de Couleur ?
lila
ENIVREZ-VOUS
Il faut ĂȘtre toujours ivre, tout est lĂ ; c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos Ă©paules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trĂȘve.
Mais de quoi? De vin, de poésie, ou de vertu à votre guise, mais enivrez-vous!
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossĂ©, vous vous rĂ©veillez, l'ivresse dĂ©jĂ diminuĂ©e ou disparue, demandez au vent, Ă la vague, Ă l'Ă©toile, Ă l'oiseau, Ă l'horloge; Ă tout ce qui fuit, Ă tout ce qui gĂ©mit, Ă tout ce qui roule, Ă tout ce qui chante, Ă tout ce qui parle, demandez quelle heure il est. Et le vent, la vague, l'Ă©toile, l'oiseau, l'horloge, vous rĂ©pondront, il est l'heure de s'enivrer ; pour ne pas ĂȘtre les esclaves martyrisĂ©s du temps, enivrez-vous, enivrez-vous sans cesse de vin, de poĂ©sie, de vertu, Ă votre guise.
(BAUDELAIRE Les petits poĂšmes en prose)