
Josephine22
Je vais faire mon bonheur
De mille bonheurs terrestres
Je vais relever mon col
Dans les rues livrées au vent.
Je monterai des étages,
J entrerait chez mes amis,
Chez d encor trĂšs jeunes gens
Aux cĆurs dĂ©sintĂ©ressĂ©s.
Je parlerai dans ma langue,
Me tairai dans mon silence,
Puis je serrerai des mains
Et descendrai vers le port.
Je rencontrerai intacte
Ma jeunesse, au goût de l air
Qui voudra savoir peut-ĂȘtre
Ce que je suis devenu.
J emmĂšnerai ce jeune homme
Dans de respectables bars
Et, pour lui, je penserai
Tout bas et tout ira bien.
lila
Le bec dâun sĂ©cateur claque au long des allĂ©es de rosiers. Un autre lui rĂ©pond, dans le verger. Il y aura tout Ă lâheure sous la roseraie une jonchĂ©e de surgeons tendres, rouges dâaurore au sommet, verts et juteux Ă la base. Dans le verger, les raides baguettes dâabricotier, sacrifiĂ©es, brĂ»leront, une heure encore, leur petite flamme de fleur avant de mourir, et les abeilles nâen laisseront rien perdreâŠ
La colline fume de pruniers blancs, chacun dâeux immatĂ©riel et pommelĂ© comme une nue ronde. Ă cinq heures et demie du matin, sous le rayon horizontal et la rosĂ©e, le blĂ© jeune est dâun bleu incontestable, et rouge la terre ferrugineuse, et rose de cuivre les pruniers blancs. Ce nâest quâun moment, un fĂ©erique mensonge de lumiĂšre, qui passe en mĂȘme temps que la premiĂšre heure du jour. Tout croĂźt avec une hĂąte divine. La moindre crĂ©ature vĂ©gĂ©tale darde son plus grand effort vertical. La pivoine, sanguine en son premier mois, pousse dâun tel jet que ses hampes, ses feuilles Ă peine dĂ©pliĂ©es traversent, emportent et suspendent dans lâair leur suprĂȘme croĂ»te de terre comme un toit crevĂ©.
COLETTE
Josephine22
J ai la nostalgie d une plaine d herbes,
Je regrette confusément de petits chevaux,
Des camps levés dans de tristes matins glaciaires,
Des fleuves traversés qui n'avaient pas de noms,
Les marches forcées vers des villes à coupoles,
Et des villages blancs défendus par des pieux.
Je regrette mes voisins,les compagnons de la horde,
Et plus que tout celui qui vivait prĂšs de moi,
Celui dont le genou touchait mon genou nu,
Celui dont j entendais le souffle et dont l odeur
Se mĂȘle Ă mon regret de cette plaine d herbes.
Louis Brauquier
Josephine22
J ai navigué sur toutes les eaux qui peuvent porter une frégate.
J ai vu des villes merveilleuses plus brillantes et mieux peintes que des tapis de Chiraz.
J ai vu ruisseler des perles en cascades, et j ai bu du thé dans des tasses plus douces et
Plus transparentes que des pétales de roses.
L énumération des tableaux de cette ancienne féerie serait longue et variée.
M. Burns...l'ancre de Miséricorde...
Pierre Mac Orlan
lila
Je n'aurais jamais cru qu'on se rencontrerait
Le hasard est curieux, il provoque les choses
Et le destin pressé, un instant prend la pause
Non je n'ai rien oublié
Je souris malgré moi, rien qu'à te regarder
Si les mois, les annĂ©es marquent souvent les ĂȘtres
Toi, tu n'as pas changĂ©, la coiffure peut-ĂȘtre
Non je n'ai rien oublié
Rien oublié
Marié, moi, allons donc, je n'en ai nulle envie
J'aime ma liberté, et puis, de toi à moi
Je n'ai pas rencontré la femme de ma vie
Mais allons prendre un verre, et parle-moi de toi
Que fais-tu de tes jours, es-tu riche et comblée?
Tu vis seule Ă Paris, mais alors ce mariage?
Entre nous, tes parents ont dĂ» crever de rage
Non je n'ai rien oublié
Qui m'aurait dit qu'un jour, sans l'avoir provoqué
Le destin tout Ă coup, nous mettrait face Ă face
Je croyais que tout meurt, avec le temps qui passe
Non je n'ai rien oublié
Je ne sais trop que dire, ni par oĂč commencer
Les souvenirs foisonnent, envahissent ma tĂȘte
Et mon passé revient du fond de sa défaite
Non je n'ai rien oublié
Rien oublié
Ă l'Ăąge oĂč je portais que mon coeur pour toute arme
Ton pĂšre ayant pour toi, bien d'autres ambitions
A brisé notre amour et fait jaillir nos larmes
Pour un mari choisi, sur sa situation
J'ai voulu te revoir, mais tu étais clÎitrée
Je t'ai écrit cent fois, mais toujours sans réponse
Cela m'a pris longtemps, avant que je renonce
Non je n'ai rien oublié
L'heure court et déjà le café va fermer
Oui, viens j'te raccompagne Ă travers les rues mortes
Comme au temps des baisers qu'on volait sous ta porte
Non, non je n'ai rien oublié
Chaque saison était notre saison d'aimer
Et nous ne redoutions ni l'hiver, ni l'automne
C'est toujours le printemps quand nos vingt ans résonnent
Non, non je n'ai rien oublié
Rien oublié
Cela m'a fait du bien de sentir ta présence
Je me sens différent, comme un peu plus léger
On a souvent besoin d'un bain d'adolescence
C'est doux de revenir aux sources du passé
Je voudrais, si tu veux, sans vouloir te forcer
Te revoir Ă nouveau, enfin, si c'est possible
Si tu en as envie, si tu es disponible
Si tu n'as rien oublié
Comme moi qui n'ai rien oublié
