
lila
Vous ne saurez jamais que votre Ăąme voyage
Comme au fond de mon cĆur un doux cĆur adoptĂ©
Et que rien, ni le temps, d'autres amours, ni l'Ăąge
N'empĂȘcheront jamais que vous ayez Ă©tĂ©.
Que la beauté du monde a pris votre visage,
Vit de votre douceur, luit de votre clarté,
Et que le lac pensif au fond du paysage
Me redit seulement votre sérénité.
Vous ne saurez jamais que j'emporte votre Ăąme
Comme une lampe d'or qui m'éclaire en marchant;
Qu'un peu de votre voix a passé dans mon chant.
Doux flambeau, vos rayons, doux brasier, votre flamme
M'instruisent des sentiers que vous avez suivis,
Et vous vivez un peu puisque je vous survis.
- Marguerite Yourcenar, Les CharitĂ©s dâAlcippe
lila
Louis ARAGON â JE DIS LA PAIX
...
Je dis la paix pĂąle et soudaine
Comme un bonheur longtemps rĂȘvĂ©
Comme un bonheur quâon croit Ă peine
Avoir trouvé
Je dis la paix comme une femme
Jâouvrais la porte et tout Ă coup
Ses deux bras autour de mon Ăąme
Et de mon cou
Je dis la paix cette fenĂȘtre
Qui battit lâair un beau matin
Et le monde ne semblait ĂȘtre
Quâodeur du thym
Je dis la paix pour la lumiĂšre
Ă tes pas dans cette saison
Comme une chose coutumiĂšre
Ă la maison
Pour les oiseaux et les branchages
Verts et noirs au-dessus des eaux
Et les alevins qui sâengagent
Dans les roseaux
Je dis la paix pour les étoiles
Pour toutes les heures du jour
Aux tuiles des toits et pour toi
LâOmbre et lâamour
Je dis la paix aux jeux dâenfance
On court on saute on crie on rit
On perd le fil de ce quâon pense
Dans la prairie
Je dis la paix mais câest Ă©trange
Ce sentiment de peur que jâai
Car câest mon cĆur mĂȘme qui change
Léger léger
Je dis la paix vaille que vaille
Précaire fragile et sans voix
Mais câest lâabeille qui travaille
Sans quâon la voie
Rien quâun souffle parmi les feuilles
Une simple hésitation
Un rayon qui passe le seuil
Des passions
Elle vacille elle est peu sûre
Comme un pied de convalescent
Encore écoutant sa blessure
Son sang récent
La guerre a relĂąchĂ© ses rĂȘnes
La guerre a perdu la partie
Il en reste un son sourd qui traĂźne
Mal amorti
Ce sont les chars vers les casernes
Qui font encore un peu de bruit
Nous danserons dans les luzernes
JusquâĂ la nuit
Tu vas voir demain tu vas voir
Les écoliers dans les préaux
En ce beau temps Ă ne plus croire
La météo
On va bĂątir pour la jeunesse
Des maisons et des jours heureux
Et les amours voudront que naissent
Leurs fils nombreux
On reconstruira par le monde
Les merveilles incendiées
La vie aura la taille ronde
Sans mendier
Enfin veux-tu que jâĂ©numĂšre
Les Versailles que nous ferons
Les airs peuplés par les chimÚres
De notre front
Et lâimmense laboratoire
OĂč les miracles sont humains
Et la colombe de lâHistoire
Entre nos mains
Je sais je sais Tout est Ă faire
Dans ce siĂšcle oĂč la mort campait
Et va voir dans la stratosphĂšre
Si c'est la paix
Ăteint ici lĂ -bas qui couve
Le feu court on voit bien comment
Quelqu'un toujours donne Ă la louve
Un logement
Quelqu'un toujours quelque part rĂȘve
Sur la table d'ĂȘtre le poing
Et sous le manteau de la trĂȘve
Il fait le point
Je sais je sais ce qu'on peut dire
Et le danger d'ĂȘtre endormi
L'homme au Zénith et le navire
A l'ennemi
Je sais mais c'est la Paix quand mĂȘme
Le recul du monstre devant ce que je défend
Ce que j'aime toujours vivant
C'est la Paix dont les peuples savent obscurément
Tous plus ou moins contre le maĂźtre
Et pour l'esclave qu'elle est témoin
C'est la paix des peuples
OĂč sourd l'eau profonde des libertĂ©s
C'est aux sciences des tambours
Pour le mai planté
C'est la paix et couleur de la fleur
OĂč le meurtre porte son nom
A qui le voile de l'aveugle
Dit non
C'est la paix qui force le crime
Ă s'agenouiller dans l'aveu
Et qui crie avec les victimes
âCessez le feu!â
Cessez partout le feu sur l'homme et la nature
Sur la serre et le champ les jardins les pĂątures
Sur la table et le banc sur l'arbre et la toiture
Sur la mer des poissons et celle des mĂątures
Sur le ciel oĂč l'audace et l'oiseau s'aventurent
Sur le passĂ© de pierre oĂč rĂȘve la sculpture
Sur les choses d'ici sur les choses futures
Sur ce cĆur dans son cĆur qu'une mĂšre dĂ©fend
Cessez le feu partout sur la femme et l'enfant
....
Louis ARAGON â CHANSON DE LA PAIX ; Les Yeux et la MĂ©moire, 1954.
lila
Quand les hommes vivront dâamour
Chanson de Félix Leclerc, Gilles Vigneault et Robert Charlebois
Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misĂšre
Les soldats seront troubadours
Mais nous, nous serons morts mon frĂšre
Dans la grande chaĂźne de la vie
OĂč il fallait que nous passions
OĂč il fallait que nous soyons
Nous aurons eu la mauvaise partie
Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misĂšre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frĂšre
Dans la grande chaĂźne de la vie
Pour qu'il y ait un meilleur temps
Il faut toujours quelques perdants
De la sagesse ici bas c'est le prix
Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misĂšre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frĂšre
Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misĂšre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frĂšre
Quand les hommes vivront d'amour
Il n'y aura plus de misĂšre
Les soldats seront troubadours
Mais nous nous serons morts, mon frĂšre
lila
Une vie Ă retourner Ă lâĂ©cole chaque jour, Ă enseigner, Ă tenter de se faire respecter.
Une vie Ă corriger des copies le soir, le week-end, Ă annoter Ă lâencre rouge ou bleue turquoise « Peut mieux faire âŠÂ», Ă encourager « Des nets progrĂšs, continuez ! », Ă dĂ©celer les potentiels timides « Prenez confiance ! » avec des points dâexclamation pour donner un peu de poids Ă ses mots.
Une vie passé à lire encore et toujours, à chercher des nouvelles façons de les intéresser . Allumer la lumiÚre dans les yeux éteints.
Lutter contre les Ă©crans qui les happent, contre les rĂ©seaux qui schĂ©matisent, leur apprendre Ă penser par eux-mĂȘmes.
Les encourager Ă poser leurs questions maladroites, ne jamais se moquer.
Une vie Ă les regarder sâendormir en cours et Ă tenter de les rĂ©veiller.
Espérer arriver à les éveiller.
Une vie à répéter des consignes, à organiser des réunions parents-profs, à convoquer les élÚves qui perdent pied, à recevoir les parents jamais contents.
Une vie Ă subir les changements de ministres, de programmes, de consignes et de directeurs, Ă sâadapter en rĂąlant juste un peu.
Une vie Ă ĂȘtre dĂ©couragĂ© souvent, agrĂ©ablement surpris parfois. La sensation de rĂ©pĂ©ter toujours la mĂȘme chose. Se demander parfois pourquoi.
Une vie Ă tenter garder lâenthousiasme, Ă tout faire pour ne pas devenir un prof aigri et blasĂ©. Continuer dây croire. Prendre du plaisir Ă transmettre.
Une vie à écouter des exposés maladroits annÎnés par des voix qui muent, à supporter les « euh, donc, voilà ", à répéter "pas de portable en cours".
Donner des petits cours pour arrondir les fins de mois, dire « avec mon petit salaire de prof, je ne peux pas me le permettre ». Caculer chaque dépense mais se donner sans compter.
Expliquer, rĂ©pĂ©ter, Ă©couter, parler, lire, Ă©crire, ĂȘtre fatiguĂ© .
La fĂȘte de fin dâannĂ©e. Tant de fĂȘtes de fins dâannĂ©es, tous ces Ă©lĂšves croisĂ©s, tous ces collĂšgues enseignants.
Le cafĂ© quâon partage Ă la va-vite pour se donner du courage avant dâaller les affronter.
Des remerciements parfois des annĂ©es plus tard quand on croise un ancien Ă©lĂšve au marchĂ©, « Vous avez Ă©tĂ© important pour moi, Monsieur vous savez » , quelques mots murmurĂ©s comme dans un souffle et lâhommes sâĂ©loigne un peu gĂȘnĂ© avec sa femme et la poussette du petit. Les petits mots Ă la fin de lâannĂ©e griffonnĂ©s sur un bout de papier quâils ont Ă©crit Ă plusieurs, le cadeau collectif, un livre quâon a dĂ©jĂ lu, souvent. Remercier, se dire que tout cela nâest pas vain. Que ça valait le coup de se fatiguer comme ça.
Juste envie de pleurer quand je regarde la photo de ce professeur.
Aurevoir monsieur Dominique Bernard.
( Anne Roumanoff 14 octobre 2023)
lila
Pardonner quelqu'un ne veut pas dire pardonner son comportement.
Ce n'est pas non plus oublier la façon dont il t'a blessĂ© et mĂȘme pas lui laisser te faire du mal.
Pardonner signifie faire la paix avec ce qui s'est passé.
Cela signifie reconnaßtre ta blessure, en te donnant la permission de la ressentir et de comprendre que cette douleur ne te sert plus à présent.
Ăa veut dire laisser aller la douleur et le ressentiment pour pouvoir guĂ©rir et avancer.
Le pardon est un cadeau Ă toi-mĂȘme. Câest une dĂ©cision, TA dĂ©cisionâŠ.
Il te libÚre du passé et te permet de vivre dans le temps présent.
Quand tu te pardonnes et que tu pardonnes aux autres, tu deviens vraiment libre. Tu te dĂ©tachesâŠ
Pardonner signifie libĂ©rer un prisonnier et dĂ©couvrir que ce prisonnier câĂ©tait toi. đ
Padre Pio
lila
Graver l'écorce
Jusqu'Ă saigner
Clouer les portes
S'emprisonner
Vivre des songes
Ă trop veiller
Prier des ombres
Et tant marcher
J'ai beau me dire
Qu'il faut du temps
J'ai beau l'écrire
Si noir sur blanc
Quoi que je fasse
OĂč que je sois
Rien ne t'efface
Je pense Ă toi
Passent les jours
Vides sillons
Dans la raison
Et sans amour
Passe ma chance
Tournent les vents
Reste l'absence
Obstinément
J'ai beau me dire
Que c'est comme ça
Que sans vieillir
On n'oublie pas
Quoi que je fasse
OĂč que je sois
Rien ne t'efface
Je pense Ă toi
Et quoi que j'apprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi
Y a pas de haine
Y a pas de rois
Ni dieu ni chaĂźnes
Qu'on ne combat
Mais que faut-il?
Quelle puissance?
Quelle arme brise
L'indifférence?
Oh, c'est pas juste
C'est mal écrit
Comme une injure
Plus qu'un mépris
Quoi que je fasse
OĂč que je sois
Rien ne t'efface
Je pense Ă toi
Et quoi que j'apprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi
Et pas toi
Pas toi
