
lila
« Nous ne savons pas ce que sera l'avenir, mais nous savons ce que nous souhaitons qu'il soit, et cela doit rester notre but...
Il faudrait se lever tous les jours avec un sentiment d'espoir et que la journée se termine avec l'impression d'un progrÚs.»
(Yehudi Menuhin)
lila
POUR delphinium:
Tous les jours de la s'maine sont vides et sonnent le creux
Y'a pire que la semaine
Y'a l'dimanche prétentieux qui veut paraßtre rose et jouer les généreux
Le dimanche qui s'impose comme un jour bienheureux
Je hais les dimanches!
Je hais les dimanches!
Dans la rue y'a la foule
Des millions de passants cette foule qui coule
D'un air indifférent
Cette foule qui marche
Comme Ă un enterrement
L'enterrement d'un dimanche qui est mort depuis longtemps
Je hais les dimanches!
Je hais les dimanches!
Tu travailles toute la s'maine et le dimanche aussi
C'est peut-ĂȘtre pour ça que je suis d'parti pris
Chéri, si simplement tu étais prÚs de moi
Je serais prĂȘte Ă aimer tout ce que je n'aime pas
Les dimanches de printemps
Tout flanqués de soleil
Qui effacent en brillant
Les soucis de la veille
Dimanche plein de ciel bleu et de rires d'enfants
De promenades d'amoureux aux timides serments
Et de fleurs aux branches
Et de fleurs aux branches
Et parmi la cohue
Des gens, qui, sans s'presser
Vont Ă travers les rues
Nous irions nous glisser
Tous deux, main dans la main
Sans chercher Ă savoir
Ce qu'il y aura demain n'ayant pour tout espoir
Que d'autres dimanches
Que d'autres dimanches
Et tous les honnĂȘtes gens
Que l'on dit bien pensants et ceux qui n'le sont pas
Et qui veulent qu'on le croit
Et qui vont à l'église parce que c'est la coutume
Qui changent de chemises et mettent un beau costume
Ceux qui dorment 20 heures car rien n'les en empĂȘche
Ceux qui s'lĂšvent de bonne heure pour aller Ă la pĂȘche
Ceux pour qui c'est le jour d'aller au cimetiĂšre
Et ceux qui font l'amour parce qu'ils n'ont rien Ă faire
Envieraient not' bonheur
Tout comme j'envie le leur
D'avoir des dimanches
De croire aux dimanches
D'aimer les dimanches
Quand je hais les dimanches
lila
Je suis la fille de celle qui Ă©crivit cette lettre, -cette lettre et tant dâautres que jâai gardĂ©es. Celle-ci en dix lignes, mâenseigne quâĂ soixante seize ans elle projetait et entreprenait des voyages, mais que lâĂ©closion possible, lâattente dâune fleur tropicale suspendait tout et faisait silence mĂȘme dans son coeur destinĂ© Ă lâamour. Je suis la fille dâune femme qui, dans un petit pays honteux, avare et resserrĂ©, ouvrit sa maison villageoise aux chats errants, aux chemineaux et aux servantes enceintes. Je suis la fille dâune femme qui, vingt fois dĂ©sespĂ©rĂ©e de manquer dâargent pour autrui, courut sous la neige fouetttĂ©e de vent crier de porte en porte, chez des riches, quâun enfant, prĂšs dâun Ăątre indigent, venait de naĂźtre sans langes, nu sur de dĂ©faillantes mains nues⊠PuissĂ©-je nâoublier jamais que je suis la fille dâune telle femme qui penchait, tremblante, toutes ses rides Ă©blouies entre les sabres dâun cactus sur une promesse de fleur, une telle femme qui ne cessa elle-mĂȘme dâĂ©clore, infatigablement, pendant trois quarts de siĂšcleâŠ
La Naissance du jour de Colette.
LILAS
J'ai la mémoire qui flanche
Jeanne Moreau
J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus trÚs bien
Comme il était trÚs musicien, il jouait beaucoup des mains
Tout entre nous a commencé par un trÚs long baiser
Sur la veine bleutée du poignet, un long baiser sans fin
J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus trÚs bien
Quel pouvait ĂȘtre son prĂ©nom et quel Ă©tait son nom
Il s'appelait, je l'appelai, comment l'appelait-on?
Pourtant c'est fou ce que j'aimais l'appeler par son nom
J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus trÚs bien
De quelle couleur étaient ses yeux, je crois pas qu'ils étaient bleus
Ătaient-ils verts, Ă©taient-ils gris Ă©taient-ils vertdigris?
Ou changeaient-ils tout le temps de couleur, pour un non, pour un oui?
J'ai la mĂ©moire qui flanche, je me souviens plus trĂšsâŠ
J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus trÚs bien
Lequel de nous deux s'est lassé de l'autre le premier
Ătait-ce moi, Ă©tait-ce lui, Ă©tait-ce donc moi ou lui?
Tout ce que je sais, c'est que depuis, je ne sais plus qui je suis
J'ai la mémoire qui flanche, je me souviens plus trÚs bien
VoilĂ qu'aprĂšs toutes ces nuits blanches, il ne reste plus rien
Rien qu'un petit air, qu'il sifflotait chaque jour en se rasant
Pa dou di dou da di dou di âȘâ«âȘâ«
LILAS
Le Marchand de bonheur
Je suis le vagabond
Le marchand de bonheur
Je n'ai que des chansons
Ă mettre dans les cĆurs
Vous me verrez passer, chacun Ă votre tour
Passer au vent léger, au moment de l'amour
J'ai les quatre saisons pour aller flĂąner
Et semer des moissons de baisers
J'ai l'automne et l'hiver, le ciel et la mer
Le printemps et l'été pour chanter
Vous ĂȘtes des enfants qui vous donnez du mal
Du mal pour vous aimer et du mal pour pleurer
Et moi j'arrive Ă temps, Ă temps c'est bien normal
Pour aller réparer ce que vous déchirez
J'ai les quatre saisons pour sécher vos pleurs
Et changer l'horizon de vos cĆurs
J'ai l'automne et l'hiver, le ciel et la me
Le printemps et l'été pour chanter
Je donne à bon marché de quoi rire de tout
De quoi rire de tout, plutĂŽt que d'en pleurer
Je ne demande rien pour me dédommager
Que voir sur mon chemin la joie que j'ai donné
J'ai les quatre saisons pour sécher vos pleurs
Et changer l'horizon de vos cĆurs
J'ai l'automne et l'hiver, le ciel et la mer
Le printemps et l'été pour chanter
Je suis le vagabond
Le marchand de bonheur
Je n'ai que des chansons
Ă mettre dans les cĆurs
Vous me verrez passer, chacun Ă votre tour
Passer au vent léger, au moment de l'amour
Paroliers : Broussolle Jean / Calvet Jean Pierre
lila
Albert Camus écrivit cette lettre à son instituteur, Louis Germain, aprÚs avoir reçu le prix Nobel de littérature :
« 19 novembre 1957
Cher Monsieur Germain,
J'ai laissĂ© s'Ă©teindre un peu le bruit qui m'a entourĂ© tous ces jours-ci avant de venir vous parler un peu de tout mon cĆur. On vient de me faire un bien trop grand honneur, que je n'ai ni recherchĂ© ni sollicitĂ©. Mais quand j'ai appris la nouvelle, ma premiĂšre pensĂ©e, aprĂšs ma mĂšre, a Ă©tĂ© pour vous. Sans vous, sans cette main affectueuse que vous avez tendue au petit enfant pauvre que j'Ă©tais, sans votre enseignement, et votre exemple, rien de tout cela ne serait arrivĂ©. Je ne me fais pas un monde de cette sorte d'honneur mais celui-lĂ est du moins une occasion pour vous dire ce que vous avez Ă©tĂ©, et ĂȘtes toujours pour moi, et pour vous assurer que vos efforts, votre travail et le cĆur gĂ©nĂ©reux que vous y mettiez sont toujours vivants chez un de vos petits Ă©coliers qui, malgrĂ© l'Ăąge, n'a pas cessĂ© d'ĂȘtre votre reconnaissant Ă©lĂšve.
Je vous embrasse, de toutes mes forces.»
Albert Camus