
lhuron
L'ÉCLATANTE VICTOIRE DE SARREBRÜCK .
(Gravure belge, brillamment coloriée , se vend à CHARLEROI 35centimes )
Au milieu , l'Empereur , dans une apothéose
Bleue et jaune , s'en va , raide , sur son dada
Flamboyant ; très heureux , car il voit tout en rose ,
Féroce comme César et doux comme un papa .
En bas , les bons Pioupious* qui faisaient la sieste
Près des tambours dorés et des rouges canons ,
Se lèvent gentiment . Pitou remet sa veste
Et , tourné vers le Chef , s'étourdit de grands noms .
À droite , Dumanet , appuyé sur la crosse
De son chassepot* , sent frémir sa nuque en brosse
Et : « Vive l'Empereur ! » . Son voisin reste coi ...
Un shako surgit , comme un soleil noir , - Au centre ,
Boquillon , rouge et bleu , très naïf , sur son ventre ,
Se dresse et , présentant ses derrières ... " DE QUOI ? "
Arthur RIMBAUD .
PIOUPIOU : ARGOT , FANTASSIN
CHASSEPOT: FUSIL QUI ÉQUIPAIT L'ARMÉE FRANÇAISE EN 1870.
lhuron
LES MAINS DE JEANNE - MARIE .
Jeanne - Marie a des mains fortes
Mains sombres que l'été tanna ,
Mains pâles comme des mains mortes :
Sont - ce des mains de Juana ?
Ont - elles pris des crèmes brunes
Sur des mares des voluptés ?
Ont - elles trempé dans des lunes
Aux étangs de sérénités ?
Ont - elles bu des cieux barbares
Calmes sur des genoux charmants ?
Ont - elles roulé des cigares
Ou trafiqué des diamants ?
Sur les pieds ardents des Madones
Ont -elles fané des fleurs d'or ?
C'est le sang noir des belladones
Qui dans leur paume éclate et dort .
Mains chasseresses des diptères
Dont bombinent les bleuisons
Aurorales , vers les nectaires ?
Mains décanteuses de poisons ?
Oh ! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un rêve inouï des Asies
Des Khenghavars ou des Sions ?
Ces mains n'ont pas vendu d'orange
Ni bruni les pieds des dieux;
Ces mains n'ont pas lavé les langes
Des lourds petits enfants sans yeux .
Ce ne sont pas des mains de cousines
Ni d'ouvrières aux gros fronts
Que brûle , aux bois puant l'usine
Un soleil ivre de goudrons !
Ce sont des ployeuses d'échines
Des mains qui ne font jamais mal,
Pus fatales que des machines ,
Plus fortes que tout un cheval !
Ça serrerait vos cous , ô femmes
Mauvaises , ça broierait vos mains,
Femmes nobles , vos mains infâmes
Pleines de blancs et de carmins !
L'éclat de ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis !
Dans leurs phalanges savoureuses
Le grand soleil met un rubis !
Une tache de populace
Les brunit comme un sein d(hier !
Le dos de ces mains est la place
Qu'en baisa tout Révolté fier !
Elles ont pâli,merveilleuses
Au grand soleil d'amour chargé,
Sur le bronze des mitrailleuses
À travers Paris , insurgé !
Ah ! quelque fois ,ô Mains sacrées,
À vos poings , Mains où tremblent nos
Lèvres jamais désenivrées ,
Crie une chaîne aux clairs anneaux !
Et c'est un soubresaut étrange
Dans nos êtres , quand ,quelquefois
On veut vous déhâler , Mains d'ange ,
En vous faisant saigner les doigts !
Arthur RIMBAUD .
Il voulait rejoindre le Paris de la Commune, mais fut arrêté dans sa fugue par les gendarmes.Selon certains biographes , il fait allusion à cet épisode de sa vie dans" Ma bohême " : " Je m'en allais , les poings dans mes poches crevées ..." À prendre avec réserves car on n'a jamais pu démontrer avec certitude la véracité de cette assertion .
Josephine22
Merci Lila et Ami Lhuron pour ces beaux textes.. 😍
Poignant LE CAPITAINE AU MUR....Jean Baptiste Clément était vénéré dans les Ardennes
Mon grand père mouleur à la main en Fonderie m en parlait très souvent..
Et il chantait LE TEMPS DES CERISES de sa belle voix de ténor...un bonheur à la fin de nos repas de fêtes
lhuron
LE CAPITAINE" AU MUR " a été composé par J.B.CLÉMENT en 1871 et fait allusion aux 147 Communards fusillés au mur du cimetière du père LACHAISE le 28 mai 1871 et au delà , aux massacres aveugles auxquels se sont livrés les soldats versaillais durant la Semaine Sanglante ( 25 000 morts au moins ) Ce poème a été mis en musique par Max RONGIER .
Au mur
disait le capitaine
d'une bouche pleine
et buvant dur .
au mur
Qu'avez - vous fait ?
Je suis des vôtres
je suis vicaire à Saint Bernard
j'ai du pour échapper aux autres
rester huit jours dans un placard
Qu'avez - vous fait ?
Oh ! pas grand chose
de la misère et des enfants
il est temps que je me repose
j'ai soixante - dix
allons - y tout de suite
et fusillez - moi vite .
Au mur
disait le capitaine
la bouche pleine
et buvant dur
au mur
Qu'avez - vous fait ?
Voici la liste
avec les noms de cent coquins
femmes et enfants de communistes
fusillez -moi vite tous ces coquins
Qu'avez - vous fait ?
je suis la veuve
d'un officier
mort au Bourget
et tenez voici la preuve
regardez s'il vous plaît
au bras je porte encore
mon brassard tricolore .
Au mur
disait
le capitaine
mort au Bourget
Au mur
disait le capitaine
la bouche pleine
et buvant dur
au mur
Qu'avez - vous fait ?
Quatre blessures
six campagnes et deux congés
je leur en ai fait voir de dures
je suis Lorrain ils sont vengés
Moi j'étais dans une ambulance
les femmes ne se battent pas
j'ai soigné sans différence
fédérés et soldats
Moi je m'appelle Auguste
et 'ai seize ans tout juste .
Au mur
disait le capitaine
la bouche pleine
et buvant dur
au mur
Qu'avez -vous fait ?
Oh ! je suis mort
un soldat sans doute enivré
a tué mon père à la porte
et mon crime est d'avoir pleuré .
Qu'avez- vous fait ?
Sale charogne
fais -moi vite trouer la peau
car j'en ai fait de la besogne
avec mon Chassepot !
et d'un tu vois ma lune
et deux Vive la Commune .
Au mur!
disait le capitaine
la bouche pleine
et buvant dur.
Au mur!
