
lhuron
SUR LE LIVRE DES AMOURS
DE Pierre de RONSARD.
Jadis , plus d'un amant , aux jardins de Bourgueil ,
A gravé plus d'un nom dans l'écorce qu'il ouvre,
Et plus d'un cœur sous l'or des hauts plafonds du Louvre
À l'éclat d'un sourire a tressailli d'orgueil .
Qu'importe ? Rien n'a dit leur ivresse ou leur deuil ;
Ils gisent tout entiers entre quatre ais de rouvre
Et nul n'a disputé , sous l'herbe qui les couvre ,
Leur inerte poussière à l'oubli du cercueil .
Tout meurt . Marie , Hélène et toi ,fière Cassandre,
Vos beaux corps ne seraient qu'une insensible cendre
- Les roses et les lys n'ont pas de lendemain -
Si Ronsard , sur la Seine ou sur la blonde Loire ,
N'eût tressé pour vos fronts , d'une immortelle main
Aux myrtes de l'Amour le laurier de la Gloire .
José Maria de HEREDIA : les Trophées .
lhuron
Pas du tout ,LILA J'apprécie ces poèmes d'abord pour la qualité du style , puis,
pour Victor HUGO :son art de renouveler l'épopée , genre qui s'était " encroûté " au fil des siècles avec l' ILIADE et l'ODYSSÉE . CHATEAUBRIAND , qui avait voulu écrire une épopée chrétienne , avec les MARTYRS ,n'a fait qu'imiter HOMÈRE .Par contre , si on saute les redites homériques fastidieuses , on a un roman historique absolument remarquable , initiateur des vocations d'Augustin THIERRY , et de l'immense Victor HUGO qui écrivait " Je veux être CHATEAUBRIAND ou rien ".
Pour HÉRÉDIA , en peu de mots il évoque tout un passé , de la reconquête espagnole aux légendes médiévales et le découverte d'un nouveau monde .
lhuron
LES CONQUÉRANTS.
Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaines ,
De Palos , de Moguer , routiers et capitaines
Partaient , ivres d'un rêve héroïque et brutal .
Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines ...
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Aux bords mystérieux du monde occidental.
Chaque soir , espérant des lendemains épiques ,
L'azur phosphorescent de la mer des Tropiques
Enchantait leur sommeil d'un mirage doré :
Ou , penchés à l'avant des blanches caravelles ,
Ils regardaient monter , en un ciel ignoré ,
Du fond de l'océan , des étoiles nouvelles .
José Maria de HEREDIA : Les Trophées .
lhuron
Le défilé de LEOU TCHAN.
Les vents d'ouest soufflent , violents.
L'oie sauvage crie , au fond du ciel glacé de lune matinale .
Glacés de lune matinale
Les chevaux trottent , dans un bruit cassé.
La trompette exhale des soupirs lents ...
Ne croyez pas qu'il soit de fer, ce défilé puissant :
Dès ce jour , à grands pas ,
Nous passerons par ses crête.
Nous le passerons par ses crêtes !
Ces monts verdâtres semblent une mer,
Ce soleil qui se meurt semble de sang.
MAO TSE TOUNG: à l'époque de la " GRANDE MARCHE ", le grand timonier renouait avec l'inspiration des aèdes grecs pour exalter le courage de ses hommes . Le passage de ce défilé fut une très grande victoire car il permit , aux communistes de gagner un territoire paisible où ils purent refaire leurs forces.
lila
LISONS GIONO
Triste défaite des corps qui ont perdu le goût de vivre parce qu'ils ont perdu la façon. C'est vrai que c'est presque toujours péjoratif, mais ils en seraient eux-mêmes, des poètes, c'est à dire de vrais hommes, s'ils avaient encore la vieille façon amoureuse, la naturelle façon amoureuse de faire la connaissance des choses. Je vais à pied. Du temps que je fais un pas la sève monte de trois pouces dans le tronc du chêne, le saxifrage du matin s'est relevé de deux lignes, le buis a changé mille fois le scintillement de toutes ses feuilles; l'alouette m'a vu et a eu le temps de se demander qu'est-ce que je suis, puis qui je suis; le vent m'a dépassé, est revenu autour de moi, est reparti. Du temps que je fais l'autre pas, la sève continue à monter, et le saxifrage à se relever, et l'alouette sait qui je suis et se le répète à tue-tête dans le cisaillement métallique de son bec dur; et ainsi, de pas en pas, pendant que la vie est la vie et que le pays est un vrai pays, et que la route ne va pas à quelque endroit mais est quelque chose.
lila
lhuron a écrit :
AU VIEUX ROSCOFF (Berceuse en Nord - Ouest mineur )
Trou de flibustiers , vieux nid
À corsaires , - dans la tourmente
Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves que le flot hante .
Ronfle à la mer , ronfle à la brise ,
Ta corne dans la brume grise,
Ton pied marin dans les brisants ...
- Dors : tu peux fermer ton œil borgne
Ouvert sur le large et qui lorgne
Les Anglais depuis trois cents ans ...
- Dors , vieille coque bien ancrée ;
Les margats et les cormorans
Les grands poètes d'ouragans
Viendront chanter à la marée ...
Dors , vieille fille à matelots :
Plus ne te soûleront ces flots
Qui te faisaient une ceinture
Dorée , aux nuits rouges de vin ,
De sang , de feu ! Dors ... sur ton sein
L'or ne fondra plus en friture .
Où sont les noms de tes amants ...
- La mer et la gloire étaient folles ! -
Noms de lascars ! noms de géants !
Crachés des gueules d'espingoles ...
Où battaient - ils ces pavillons
Écharpant le ciel en haillons !
Dors au ciel de plomb sur tes dunes ...
Dors : plus ne viendront ricocher
Les boulets morts sur ton clocher
Criblé - comme un prunier - de prunes ...
Dors : sous tes noires cheminées,
Écoute rêver tes enfants,
Mousses de quatre - vingt - dix ans
Épaves des belles années ...
Il dort ton bon canon de fer
À plat ventre aussi dans sa souille .
Grêlé par les lunes d'hiver ...
- Va : ronfle au vent , vieux ronfleur,
Tiens toujours ta gueule enragée
Braquée à l'Anglais ... et chargée
De maigre jonc - marin en fleur .
Tristan CORBIÈRE
Vous vous rêviez marin?
lhuron
Ô SOLDATS DE L'AN II
Ô soldats de l'AN II !ô guerres ! épopées !
Contre les rois tirant ensemble leurs épées
Prussiens , Autrichiens ,
Contre toutes les TYRS et toutes les SODOMES
Contre le czar du nord , contre ce chasseur d'hommes
Suivi de tous ses chiens ,
Contre l'Europe armée avec ses capitaines
Avec ses fantassins couvrant au loin les plaines
Avec ses cavaliers
Toute entière debout comme une hydre vivante
Ils chantaient , ils allaient , l'âme sans épouvante
Et les pieds sans souliers .
Au levant , au couchant , partout , au sud , au pôle
Avec de vieux fusil sonnant sur leur épaule
Passant torrents et monts ,
Sans repos , sans sommeil , coudes percés , sans vivres
Ils allaient , fiers , joyeux , et soufflant dans des cuivres
Ainsi que des démons !
La Liberté sublime emplissait leurs pensées
Flottes prises d'assaut , frontières effacées
Sous leurs pas souverains ,
Ô France , tous les jours , c'était quelque prodige
Chocs , rencontres , combats ; et Joubert sur l'Adige
Et Marceau sur le Rhin .
On battait l'avant - garde , on culbutait le centre
Dans la pluie et la neige et de l'eau jusqu'au ventre
Qn allait ! en avant !
Et l'un offrait la paix , et l'autre ouvrait ses portes ,
Et les trônes roulant comme des feuilles mortes
Se dispersaient au vent !
Oh ! que vous étiez grands au milieu des mêlées
Soldats ! L'œil plein d'éclairs , faces échevelées
Dans le noir tourbillon
Ils rayonnaient , debout , ardents , dressant la tête
Et comme les lions aspirant la tempête
Quand souffle l'Aquilon,
Eux , dans l'emportement de leurs luttes épiques ,
Ivres , ils savouraient les bruits héroïques ,
Le fer heurtant le fer,
La Marseillaise ailée et volant dans les balles ,
Les tambours , les obus , les bombes , les cymbales,
Et ton rire , ô Kléber !
La Révolution leur criait : " Volontaires
Mourez pour délivrer les peuples , vos frères !
Contents , ils disaient oui.
- Allez , mes vieux soldats , mes généraux imberbes !
Et l'on voyait marcher ces va - nu - pieds superbes
Sur le monde ébloui !
La tristesse et la peur leur étaient inconnues .
Ils eussent , sans nul doute , escaladé les nues
Si ces audacieux,
En retournant les yeux dans leur course olympique
Avaient vu derrière eux , le grande République
Leur montrant du doigt les cieux .
Victor HUGO: Les Châtiments.
Pour moi , le modèle du poème épique .
lhuron
AU VIEUX ROSCOFF (Berceuse en Nord - Ouest mineur )
Trou de flibustiers , vieux nid
À corsaires , - dans la tourmente
Dors ton bon somme de granit
Sur tes caves que le flot hante .
Ronfle à la mer , ronfle à la brise ,
Ta corne dans la brume grise,
Ton pied marin dans les brisants ...
- Dors : tu peux fermer ton œil borgne
Ouvert sur le large et qui lorgne
Les Anglais depuis trois cents ans ...
- Dors , vieille coque bien ancrée ;
Les margats et les cormorans
Les grands poètes d'ouragans
Viendront chanter à la marée ...
Dors , vieille fille à matelots :
Plus ne te soûleront ces flots
Qui te faisaient une ceinture
Dorée , aux nuits rouges de vin ,
De sang , de feu ! Dors ... sur ton sein
L'or ne fondra plus en friture .
Où sont les noms de tes amants ...
- La mer et la gloire étaient folles ! -
Noms de lascars ! noms de géants !
Crachés des gueules d'espingoles ...
Où battaient - ils ces pavillons
Écharpant le ciel en haillons !
Dors au ciel de plomb sur tes dunes ...
Dors : plus ne viendront ricocher
Les boulets morts sur ton clocher
Criblé - comme un prunier - de prunes ...
Dors : sous tes noires cheminées,
Écoute rêver tes enfants,
Mousses de quatre - vingt - dix ans
Épaves des belles années ...
Il dort ton bon canon de fer
À plat ventre aussi dans sa souille .
Grêlé par les lunes d'hiver ...
- Va : ronfle au vent , vieux ronfleur,
Tiens toujours ta gueule enragée
Braquée à l'Anglais ... et chargée
De maigre jonc - marin en fleur .
Tristan CORBIÈRE
