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chantoon - 16 janvier 2014 05:47

martinemdh
Montreal ce matin nous a parlé de l'écrivain Henry James que je ne connaissais que de nom ....un petit poÚme de lui pour l'anniversaire de sa mort ..
" Un loup blanc sort soudain d'un sombre bois
Et je me sens perdu complĂštement aux abois
Ce qui me fait peur c'est qu'il ne semble avoir aucune attache
Je me demande précipitamment ce que cela cache
Mais il marche tranquillement sur le chemin
Il n'a l'air ni méchant ni malin
Il vient vers moi et d'une voix étrangement familÚre
Mon ami pouvez-vous m'indiquer la lisiĂšre
Je lui montre l'arbre le plus proche qui est aussi le plus haut
Je sens que je commence Ă avoir chaud
Le soleil est au-dessus de moi Ă la verticale
Tant pis je prends mon vélo il faut que je pédale
Il faut que je m'enfuie de ce monde de fous
OĂč les messagers s'incarnent dans des loups
Moi je veux simplement comprendre
Sans vouloir à tout prix dans plusieurs vies me répandre
J'aime les chemins les plus courts
Et ceux qui
ne rencontrent pas trop de carrefours
Sauf si les directions indiquées sont claires
Et qu'elles ne me demandent pas de revenir en arriĂšre "
martinemdh
l reste du beurre sur ma tartine
Faut retomber du bon cÎté
En cacahuĂšte ou en sardine
Mieux vaut éviter de s'étaler
C'est le silence dans la cuisine
J'ai la mie de pain effacée
Il reste du beurre sur ma tartine
Pour du bon cÎté s'échouer
Il reste du beurre sur ma tartine
Et ma confiture s'est barrée
Dans mes yeux ça dégouline
C'est mon cÎté sucré salé
Il manque ton parfum amandine
Pour te tremper dans mon café
Et la radio me baratine
Sur l'amour des produits laitiers Ăa manque de douceur sur ma tartine
Et mon grille-pain s'est arrĂȘtĂ©
Le croustillant de mes matines
De la compote édulcorée
J'ai pourtant pris des vitamines
Mais rien n'vaut l'amour Ă croquer
J'ai le frigo en lĂšche-vitrine
Et ton pot vide Ă regarder
J'ai mis de l'humeur sur ma tartine
Du bon cÎté, je dois l'avouer
AmĂšne ta fraise, ta bonne mine
Ma confiture adorée
Un bout de beurre sur mes babines
Du miel pour ton ours mal léché
Sans toi ma vie est margarine
Et l'avenir pasteurisé...
martinemdh
Il a neigé dans l'aube rose,
Si doucement neigé
Que le chaton noir croit rĂȘver.
C'est Ă peine s'il ose
Marcher.
Il a neigé dans l'aube rose
Si doucement neigé
Que les choses
Semblent avoir changé
Et le chaton noir n'ose
S'aventurer dans le verger
Se sentant soudain étranger
A cette blancheur oĂč se posent
Comme pour le narguer,
Des moineaux effrontés.
martinemdh
La plainte du bois
Dans l'ùtre flamboyant le feu siffle et détone,
Et le vieux bois gémit d'une voix monotone.
Il dit qu'il était né pour vivre dans l'air pur,
Pour se nourrir de terre et s'abreuver d'azur,
Pour grandir lentement et pousser chaque année
Plus haut, toujours plus haut, sa tĂȘte couronnĂ©e,
Pour parfumer avril de ses grappes de fleurs,
Pour abriter les nids et les oiseaux siffl
eurs,
Pour jeter dans le vent mille chansons joyeuses,
Pour vĂȘtir tour Ă tour ses robes merveilleuses,
Son manteau de printemps de fins bourgeons couvert,
Et la pourpre en automne, et l'hermine en hiver.
Il dit que l'homme est dur, avare et sans entrailles,
D'avoir Ă coups de hache et par d'Ăąpres entailles
TuĂ© l'arbre ; car l'arbre est un ĂȘtre vivant.
Il dit comme il fut bon pour l'homme bien souvent,
Qu'Ă nos jeunes amours et nos baisers sans nombre
Il a prĂȘtĂ© l'alcĂŽve obscure de son ombre,
Qu'il nous couvrait le jour de ses frais parasols
Et nous berçait la nuit aux chants des rossignols,
Et qu'ingrats, oubliant notre amour, notre enfance,
Nous coupons sans pitié le géant sans défense.
Et dans l'Ăątre en brasier le bois geint et se tord.
Ă bois, tu n'es pas sage et tu te plains Ă tort.
Nos mains en te coupant ne sont pas assassines.
Enchaßné, subissant l'entrave des racines,
Tu vĂ©gĂ©tais au mĂȘme endroit, sans mouvement,
Et conjoint à la terre inséparablement.
Toi qui veux ĂȘtre libre et qui proclames l'arbre
Vivant, tu demeurais planté là comme un marbre,
Captif en ton écorce ainsi qu'en un réseau,
Et tu ne devinais l'essor que par l'oiseau.
Nous t'avons dĂ©livrĂ© du sol oĂč tu te rives,
Et te voilĂ flottant sur l'eau, voyant des rives
Avec leurs bateliers, leurs maisons, leurs chevaux.
à les cieux différents ! les horizons nouveaux !
Que de biens inconnus tu vas enfin connaĂźtre !
Quel souffle d'aventure étrange te pénÚtre !
Mais tout cela n'est rien. Car tu rampes encor.
Qu'on le fende et le brûle, et qu'il prenne l'essor !
Et le feu furieux te dévore la fibre.
Ah ! tu vis maintenant, tu vis, te voilĂ libre !
Plus haut que les parfums printaniers de tes fleurs,
Plus haut que les chansons de tes oiseaux siffleurs,
Plus haut que tes soupirs, plus haut que mes paroles,
Dans la nue et l'espace infini tu t'envoles !
Vers ces roses vapeurs oĂč le soleil du soir
S'éteint comme une braise au fond d'un encensoir,
Vers ce firmament bleu dont la gloire allumée
Absorbe avec amour ton ùme de fumée,
Vers ce mystérieux et sublime lointain
OĂč viendra s'Ă©veiller demain le frais matin,
OĂč luiront cette nuit les splendeurs sidĂ©rales,
Monte, monte toujours, déroule tes spirales,
Monte, évanouis-toi, fuis, disparais ! Voici
Que ton dernier flocon flotte seul, aminci,
Et se fond, se dissout, s'en va. Tu perds ton ĂȘtre ;
Aucun oeil à présent ne peut te reconnaßtre ;
Et toi qui regrettais le grand ciel et l'air pur,
Ă vieux bois, tu deviens un morceau de l'azur.
martinemdh
Le vent dans lâĂźle
Le vent est un cheval:
écoute comme il court
travers mer et ciel.
Pour mâemmener : Ă©coute
comme il parcourt le monde
pour mâemmener au loin.
Cache-moi dans tes bras,
cette nuit solitaire,
tandis que la pluie blesse
Ă la mer, Ă la terre,
innombrable, sa bouche.
Entends comme le vent
mâappelle en galopant
pour mâemmener au loin.
Ton front contre mon front,
ta bouche sur ma bouche,
nos deux corps amarrés
Ă lâamour qui nous brĂ»le,
laisse le vent passer,
quâil ne mâemporte pas.
Laisse courir le vent
dâĂ©cume couronnĂ©,
quâil mâappelle et me cherche
en galopant dans lâombre,
tandis que moi, plongé
au fond de tes grands yeux,
cette nuit solitaire,
amour, reposerai.
(Pablo Neruda)
martinemdh
Pour un peu de tendresse
Je donnerais les diamants
Que le diable caresse
Dans mes coffres d'argent
Pourquoi crois-tu la belle
Que les marins au port
Vident leurs escarcelles
Pour offrir des trésors
A de fausses princesses
Pour un peu de tendresse
Pour un peu de tendresse
Je changerais de visage
Je changerais d'ivresse
Je changerais de langage
Pourquoi crois-tu la belle
Qu'au sommet de leurs chants
Empereurs et ménestrels
Abandonnent souvent
Puissances et richesses
Pour un peu de tendresse
Pour un peu de tendresse
Je t'offrirais le temps
Qu'il reste de jeunesse
A l'été finissant
Pourquoi crois-tu la belle
Que monte ma chanson
Vers la claire dentelle
Qui danse sur ton front
Penché vers ma détresse
Pour un peu de tendresse
martinemdh
...
En argot les hommes appellent les oreilles des feuilles
câest dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique
mais la langue verte des arbres est un argot bien plus ancien
Qui peut savoir ce quâils disent lorsquâils parlent des humains
Quand un enfant de femme et dâhomme
adresse la parole Ă un arbre
lâarbre rĂ©pond
lâenfant entend
Plus tard lâenfant
parle arboriculture
avec ses maitres et ses parents
Il nâentend plus la voix des arbres
il nâentend plus leur chanson dans le vent
pourtant parfois une petite fille
pousse un cri de détresse
dans un square de ciment armé
dâherbe morne et de terre souillĂ©e
Est-ce⊠oh⊠est-ce
la tristesse dâĂȘtre abandonnĂ©e
qui me fait crier au secours
ou la crainte que vous mâoubliiez
arbre de ma jeunesse
ma jeunesse pour de vrai
Dans lâoasis du souvenir
une source vient de jaillir
est-ce pour me faire pleurer
JâĂ©tais si heureuse dans la foule
la foule verte de la forĂȘt
avec la crainte de me perdre
et la crainte de me retrouver
Nâoubliez pas votre petite amie
arbres de ma forĂȘt.
Jacques Prévert, "Arbres" (Histoires)
martinemdh
Ode aux fruits
Lorsque je mange des fruits, Mon coeur se réjouit;
Avec les ananas, je retrouve la joie;
Les cerises et les airelles Me donnent des ailes;
Les poires me font parfois voir tout en noir;
Mais les mûres bien vite me rassurent;
Les oranges me portent aux anges;
Et les raisins Me rendent serein;
Pour moi la vie Est une grande salade de fruits.
martinemdh
Arthur RIMBAUD
Le buffet
C'est un large buffet sculptĂ© ; le chĂȘne sombre,
TrĂšs vieux, a pris cet air si bon des vieilles gens ;
Le buffet est ouvert, et verse dans son ombre
Comme un flot de vin vieux, des parfums engageants ;
Tout plein, c'est un fouillis de vieilles vieilleries,
De linges odorants et jaunes, de chiffons
De femmes ou d'enfants, de dentelles flétries,
De fichus de grand'mĂšre oĂč sont peints des griffons ;
- C'est là qu'on trouverait les médaillons, les mÚches
De cheveux blancs ou blonds, les portraits, les fleurs sĂšches
Dont le parfum se mĂȘle Ă des parfums de fruits.
Ă buffet du vieux temps, tu sais bien des histoires,
Et tu voudrais conter tes contes, et tu bruis
Quand s'ouvrent lentement tes grandes portes noires.
martinemdh
Rire ou pleurer, mais que le cĆur
Soit plein de parfums comme un vase,
Et contienne jusquâĂ lâextase
La force vive ou la langueur.
Avoir la douleur ou la joie,
Pourvu que le cĆur soit profond
Comme un arbre oĂč des ailes font
Trembler le feuillage qui ploie ;
Sâen aller pensant ou rĂȘvant,
Mais que le coeur donne sa sĂšve
Et que lâĂąme chante et se lĂšve
Comme une vague dans le vent.
Que le cĆur sâĂ©claire ou se voile,
Quâil soit sombre ou vif tour Ă tour,
Mais que son ombre et que son jour
Aient le soleil ou les Ă©toilesâŠ
Anna de Noailles, Le cĆur innombrable
martinemdh
Quel jour sommes-nous ?
Quel jour sommes-nous ?
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Nous nous aimons et nous vivons
Nous vivons et nous nous aimons
Et nous ne savons pas ce que c'est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c'est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c'est que l'amour
