
CANDIDE
À une femme
Enfant ! si j'étais roi, je donnerais l'empire,
Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux
Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,
Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,
Pour un regard de vous !
Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec les ondes,
Les anges, les démons courbés devant ma loi,
Et le profond chaos aux entrailles fécondes,
L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,
Pour un baiser de toi !
Victor Hugo
CANDIDE
Les masques
As-tu vu mon nez
Tout enluminé ?
As-tu vu ma bosse Mon ami Pierrot ?
Ma moustache en roc Et mon air féroce ? Cuic, oh ! oh ! oh ! oh ! Monsieur Carnaval
Qui les mène au bal S'élance et lance
De longs serpentins
Sur leurs rires enfantins Entrez dans la danse Mon ami pierrot
Cuic, oh ! oh ! oh ! oh !
Edmond ROCHER
Les masques
As-tu vu mon nez
Tout enluminé ?
As-tu vu ma bosse Mon ami Pierrot ?
Ma moustache en roc Et mon air féroce ? Cuic, oh ! oh ! oh ! oh ! Monsieur Carnaval
Qui les mène au bal S'élance et lance
De longs serpentins
Sur leurs rires enfantins Entrez dans la danse Mon ami pierrot
Cuic, oh ! oh ! oh ! oh !
Edmond ROCHER
CANDIDE
Matin, j'ai tout aimé, et j'ai tout trop aimé;
À l'heure où les humains vous demandent la force
Pour aborder la vie accommodante ou torse,
Rendez mon coeur pesant, calme et demi-fermé.
Les humains au réveil ont besoin qu'on les hèle,
Mais mon esprit aigu n'a connu que l'excès;
Je serais tel qu'eux tous, Matin! s'il vous plaisait
De laisser quelquefois se reposer mon zèle.
C'est par mon étendue et mon élan sans frein
Que mon être, cherchant ses frères, les dépasse,
Et que je suis toujours montante dans l'espace
Comme le cri du coq et l'ouragan marin !
L'univers chaque jour fit appel à ma vie,
J'ai répondu sans cesse à son désir puissant
Mais faites qu'en ce jour candide et fleurissant
Je demeure sans voeux, sans voix et sans envie.
Atténuez le feu qui trouble ma raison,
Que ma sagesse seule agisse sur mon coeur,
Et que je ne sois plus cet éternel vainqueur
Qui, marchant le premier, sans prudence et sans peur,
Loin des chemins tracés, des labours, des maisons,
Semble un dieu délaissé, debout sur l'horizon...
Anna de Brancovan, comtesse de Noailles
chocolatte
Les yeux d'Elsa
Louis Aragon
Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa.
chocolatte
Billet doux
L’heure qui rode dans le vent
Emporte nuit et crépuscule
Sur ses ailes tissées d’argent
Le rêve devient libellule
Au verso des journées aphones
Je cueille le carmin du soir
Le temps n’est jamais fini et trône
Sur des soieries ourlées d’espoir
Entre les ombres j’ai trouvé
Des silences où je griffonne
Des mots et le ciel déserté
S’allume enfin et fanfaronne
Ma pensée apprivoise ton cœur
Et fuit par delà les ratures
Soulève un alphabet en sueur
Pour renouer avec l’écriture
J’accoste alors sur ton ilot
Avec des malles de promesses
Entre les pages mon rafiot
Amarre une encre de tendresse
Si toutefois ce doux billet
Était recouvert par l’écume
Je cacherais dans mon corset
Les derniers sanglots de ma plume
chocolatte
Collection poésie comme j'aime..
Comme le printemps
À caresser la neige qui se fane
Sur la rambarde du ciel amaigri
L’hiver laisse partir sa caravane
Entre collines et chemins fleuris
Au cœur du temps un frisson se réveille
Brode des rêves aux lampions du jour
Toute voile dehors, le temps faseille
Et semble vouloir nous faire la cour
Tout proche sous la bise en filigrane
S’effeuille le sel des nuits en lambeaux
Une lune en habit de courtisane
Range dans la penderie son manteau
Les coupes de givre sont ébréchées
Laissant deviner les premiers bourgeons
Dans l’errance les ombres décimées
Conspirent mais s’enfuient de l’horizon
Si la lumière perce les nuages
Sur les eaux vives des constellations
Les heures s’affolent et leur ramage
Se vêt d’odeurs de printemps à foison
CANDIDE
C'est presque l'invisible qui luit
C'est presque l'invisible qui luit
au-dessus de la pente ailée ;
il reste un peu d'une claire nuit
à ce jour en argent mêlée.
Vois, la lumière ne pèse point
sur ces obéissants contours
et, là-bas, ces hameaux, d'être loin,
quelqu'un les console toujours.
Rainer Maria Rilke (1875-1926)
chocolatte
JE SUIS
Je suis la pluie qui recouvre la lande esseulée
Je suis le vent qui dénude les arbres fragiles
Je suis le désordre qui habite tes pensées
Je suis le trouble qui court, tel un reptile
Sur ton âme égarée dans la douce folie
Je suis le mystère qui pénètre ta chair
Je suis le désir accroché à aujourd'hui
Je suis le silence qui parle à la terre
Je suis les pleurs qui agonisent à l'infini
Je suis l'île qui accueille les faux départs
Je suis l'asphalte de l'amour désemparé
Je suis la clairière d'un triste pouvoir
Je suis l'arme qui annihile le passé
Je suis l'écran qui cache les mots
Je suis la lumière qui cogne
Au coeur de l'émoi tendre et chaud
Je suis le désespoir qui rogne
Les attentes dénudées du coeur
Je suis la tentation déchirante
Je suis la fièvre qui allume la passion
Je suis l'absence impertinente
Je suis le crépuscule de la raison
Je suis la démesure dans le charnel
Je suis l'exil de l'esprit
Je suis la flétrissure dans l'irréel
Je suis le déchirement de la vie
Je suis le feu qui consume
Le brasier de ton regard
Je suis cette pauvre plume
Qui écrit pour toi, trop tard
Poésie française
chocolatte
Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la nature, heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud
