
lila
J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.
Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
De vers, de billets doux, de procès, de romances,
Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
C'est une pyramide, un immense caveau,
Qui contient plus de morts que la fosse commune.
- Je suis un cimetière abhorré de la lune,
Où comme des remords se traînent de longs vers
Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
Où gît tout un fouillis de modes surannées,
Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.
Rien n'égale en longueur les boiteuses journées,
Quand sous les lourds flocons des neigeuses années
L'ennui, fruit de la morne incuriosité,
Prend les proportions de l'immortalité.
- Désormais tu n'es plus, ô matière vivante !
Qu'un granit entouré d'une vague épouvante,
Assoupi dans le fond d'un Saharah brumeux ;
Un vieux sphinx ignoré du monde insoucieux,
Oublié sur la carte, et dont l'humeur farouche
Ne chante qu'aux rayons du soleil qui se couche.
Charles Baudelaire.
lila
Dedans Paris, ville jolie,
Un jour, passant mélancolie,
Je pris alliance nouvelle
A la plus gaie demoiselle
Qui soit d’ici en Italie.
D’honnêteté elle est saisie
Et crois (selon ma fantaisie)
Qu’il n’en est guère de plus belle
Dedans Paris
. Je ne vous la nommerai mie,
Sinon, que c’est ma grande Amie, Car l’alliance se fit telle,
Par un doux baiser, que j’eus d’elle
Sans penser aucune infamie,
Dedans Paris.
Clément Marot
lila
Ballade des dames du temps jadis de François Villon
Dites-moi où, n'en quel pays,
Est Flora la belle Romaine,
Archipiades, ni Thais,
Qui fut sa cousine germaine,
Écho parlant quand bruit on mène
Dessus rivière ou sus étang,
Qui beauté eut trop plus qu'humaine.
Mais où sont les neiges d'antan ?
Où est la très sage Hélois,
Pour qui châtré fut et puis moine
Pierre Esbaillart à Saint Denis ?
Pour son amour eut cette essoyne.
Semblablement où est la reine
Qui commanda que Buridan
Fut jeté en un sac en Seine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
La reine Blanche comme lys
Qui chantait à voix de sirène,
Berthe au grand pied, Bietris, Alis,
Haremburgis qui tint le Maine,
Et Jeanne la bonne Lorraine
Qu'Anglais brulèrent à Rouen ;
Où sont-ils, où, Vierge souv'raine ?
Mais où sont les neiges d'antan ?
Prince, n'enquerrez de semaine
Où elles sont, ni de cet an,
Qu'à ce refrain ne vous ramène :
Mais où sont les neiges d'antan
lila
La Complainte de Rutebeuf
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Ce sont amis que vent me porte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
Avec le temps qu'arbre défeuille
Quand il ne reste en branche feuille
Qui n'aille à terre
Avec pauvreté qui m'atterre
Qui de partout me fait la guerre
Au temps d'hiver
Ne convient pas que vous raconte
Comment je me suis mis à honte
En quelle manière
Que sont mes amis devenus
Que j'avais de si près tenus
Et tant aimés
Ils ont été trop clairsemés
Je crois le vent les a ôtés
L'amour est morte
Le mal ne sait pas seul venir
Tout ce qui m'était à venir
M'est advenu
Pauvre sens et pauvre mémoire
M'a Dieu donné, le roi de gloire
Et pauvre rente
Et droit au cul quand bise vente
Le vent me vient, le vent m'évente
L'amour est morte
Ce sont amis que vent emporte
Et il ventait devant ma porte
Les emporta
lila
Choco ,je me demande si les chansons sont admises
En voilà une pour nous souvenir de Marie Laforêt
Je ne sais plus parler aux hirondelles
Je ne sais plus rien de l'odeur des sous-bois
Je ne vais plus cueillir les asphodèles
Mon ciel et ma terre, c'est toi
Je ne sais plus les frissons des ablettes
Dans l'eau des étangs il y a
Des tourbillons qui me tournent la tête
Qui n'arrêtent pas de me parler de toi.
Je n'irai plus aux champs, ma tourterelle
Je n'irai plus voir la couleur des étés
Je n'ai plus besoin de tant de lumière
Il est mon soleil et mon blé
Et quand la nuit s'étendra sur le monde
J'attendrai, je resterai là
Car je connais des étoiles qui tombent
Traînant derrière elles des longs vœux de joie.
Ô mon amour, mon tout, ma ritournelle
Mon petit enfant et le meilleur de moi
Emporte-moi, comme on porte une reine
Car maintenant je n'ai que toi
Je t'ai donné mes bouquets d'asphodèles
Mes étangs, mes blés et mes bois
Tout mon passé s'envole et tire l'aile
Je te donne tout pour me donner à toi.
chocolatte
L'enfant de la plage
Un homme se baladait un jour sur une plage.
C'était la marée basse et la plage était couverte de millions d'étoiles de mer qui séchaient au soleil.
Tout à coup, l'homme aperçoit un enfant qui ramasse des étoiles de mer et les remets à l'eau.
- mais que fais-tu là mon bonhomme ? demande l'adulte
- je sauve les étoiles de mer ! répond l'enfant !
- c'est ridicule, regarde autour de toi ! Des millions d'étoiles sont en train de mourir au soleil, déjà !
Tu ne pourras jamais toutes les sauver, et ce que tu fais ne change rien!"
Imperturbable, l'enfant ramasse encore une étoile qui gigote et la pose dans l'eau, puis dit à l'homme :
- regardez celle-là ! Pour elle, ce que j'ai fait change tout!...
lila
PRESENTATION DE LA BEAUCE A NOTRE DAME DE CHARTRES
Etoile de la mer voici la lourde nappe Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume de nos greniers comblés, Voici votre regard sur cette immense chape
Et Voici votre voix sur cette lourde plaine
Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés, Voici le long de nous nos poings désassemblés Et notre lassitude et notre force pleine.
Etoile du matin, inaccessible reine,
Voici que nous marchons vers votre illustre cour, Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l'océan de notre immense peine.
Un sanglot rôde et court par delà l'horizon.
A peine quelques toits font comme un archipel. Du vieux clocher retombe une sorte d'appel.
L'épaisse église semble une basse maison.
Ainsi nous naviguons vers notre cathédrale.
De loin en loin surnage un chapelet de meules. Rondes comme des tours, opulentes et seules Comme un rang de châteaux sur une barque amirale
Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux. Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux Un reposoir sans fin pour l'âme solitaire.
Vous nous voyez marcher sur cette route droite, Tout poudreux, tout crottés, la pluie entre les dents Sur ce large éventail ouvert à tous les vents
la route nationale est notre porte étroite
Nous allons devant nous, les mains le long des poches, Sans aucun appareil, sans fatras, sans discours
D'un pas toujours égal, sans hâte, ni recours,
Des champs les plus présents vers les champs les plus proches
Vous nous voyez marcher, nous sommes la piétaille Nous n'avançons, jamais que d'un pas à la fois. Mais vingt siècles de peuple et vingt siècles de rois, Et toute leur séquelle et toute leur volaille
Et leurs chapeaux à plume avec leur valetaille
Ont appris ce que c'est que d'être familiers
Et comme ont peut marcher, les pieds dans ses souliers, Vers un dernier carré le soir d'une bataille
Nous sommes nés pour vous au bord de ce plateau, Dans le recourbement de notre blonde Loire,
Et ce fleuve de sable et ce fleuve de gloire
N'est là que pour baiser, votre auguste manteau.
Voici la nudité, le reste est, vêtement. Voici le vêtement, tout le reste est parure. Voici la pureté, tout le reste est souillure. Voici la pauvreté tout le reste est ornement .
Voici la seule force et le reste est faiblesse. Voici l'arête unique et le reste est bavure. Et la seule noblesse et le reste est ordure. Et la seule grandeur et le reste est bassesse.
Voici la seule foi qui ne soit point parjure. Voici le seul élan qui sache un peu monter. Voici le seul instant qui vaille de compter. Voici le seul propos qui s'achève et qui dure.
Voici le monument, tout le reste est doublure. Et voici notre amour et notre entendement.
Et notre port de tête et notre apaisement.
Et le rien de dentelle et l'exacte moulure.
Voici le beau serment le reste est forfaiture. Voici l'unique prix de nos arrachements.
Le salaire payé de nos retranchements. Voici la vérité le reste est imposture.
Voici le firmament, le reste est procédure. Et vers le tribunal voici l'ajustement.
Et vers le paradis, voici l'achèvement.
Et la feuille de pierre et l'exacte nervure.
Nous resterons cloués sur la chaise de paille.
Et nous n'entendrons pas et nous ne verrons pas Le tumulte des voix, le tumulte des pas,
Et dans la salle en bas l'innocente ripaille.
Ni les souliers venus pour le jour du marché. Ni la feinte colère et l'éclat des jurons :
Car nous contemplerons, et nous méditerons D'un seul embrasement la flèche sans péché
Nous ne sentirons pas ni nos faces raidies, Ni la faim ni la soif ni nos renoncements, Ni nos raides genoux ni nos raisonnements, Ni dans nos pantalons nos jambes engourdies.
Association Notre Dame de Chrétienté
chocolatte
Feuille d'automne
Feuille d'automne
Bijou vermeil
Qui tourbillonne
Dans le soleil,
Flambe l' automne
Pourpres et ors
Qui vermillonnent
Tel un trésor.
Feuille dansante
Dans le vent fou
Qui, frissonnante
Tombe à genoux
En la supplique
Des feux mourants,
Mélancoliques
Dans leurs tourments.
Sème l' automne
Sur les étangs
Combien s'étonne
Le cygne blanc
Qui, sous les aunes
S' en va glissant.
L'air monotone
Va s'imprégnant.
Dans les vallées
Au cœur saignant
Taches rouillées
Feuilles de sang,
Les feuilles mortes,
Les souvenirs
Vont en cohorte
Semblant s'unir.
Ces fleurs du rêve
Tombent en pleurs
Avec la sève
D' anciens bonheurs.
Les feuilles mortes,
Leurs parfums lourds
Ferment la porte
De nos amours.
Charlotte Serre
CANDIDE
"On voit tout le temps, en automne,
Quelque chose qui vous étonne,
C’est une branche, tout à coup,
Qui s’effeuille dans votre cou.
C’est un petit arbre tout rouge,
Un, d’une autre couleur encor,
Et puis, partout, ces feuilles d’or
Qui tombent sans que rien ne bouge.
Nous aimons bien cette saison,
Mais la nuit si tôt va descendre !
Retournons vite à la maison
Rôtir nos marrons dans la cendre."
Lucie DELARUE-MARDRUS
scoubidou51
LA RUMEUR Yves Duteil
La rumeur ouvre ses ailes
Elle s'envole à travers nous
C'est une fausse nouvelle
Mais si belle, après tout
Elle se propage à voix basse
À la messe et à midi
Entre l'église et les glaces
Entre confesse et confit
La rumeur a des antennes
Elle se nourrit de cancans
Elle est bavarde et hautaine
Et grandit avec le temps
C'est un arbre sans racines
À la sève de venin
Avec des feuilles d'épines
Et des pommes à pépins
Ça occupe, ça converse
Ça nourrit la controverse
Ça pimente les passions
Le sel des conversations...
La rumeur est un microbe
Qui se transmet par la voix
Se déguise sous la robe
De la vertu d'autrefois
La parole était d'argent
Mais la rumeur est de plomb
Elle s'écoule, elle s'étend
Elle s'étale, elle se répand
C'est du miel, c'est du fiel
On la croit tombée du ciel
Jamais nul ne saura
Qui la lance et qui la croit...
C'est bien plus fort qu'un mensonge
Ça grossit comme une éponge
Plus c'est faux, plus c'est vrai
Plus c'est gros et plus ça plaît
Calomnie, plus on nie
Plus elle enfle se réjouit
Démentir, protester,
C'est encore la propager
Elle peut tuer sans raison
Sans coupable et sans prison
Sans procès ni procession
Sans fusil ni munitions...
C'est une arme redoutable
Implacable, impalpable
Adversaire invulnérable
C'est du vent, c'est du sable
Elle rôde autour de la table
Nous amuse ou nous accable
C'est selon qu'il s'agit
De quiconque ou d'un ami
Un jour elle a disparu
Tout d'un coup, dans les rues
Comme elle était apparue
À tous ceux qui l'avaient crue...
La rumeur qui s'est tue
Ne reviendra jamais plus
Dans un coeur, la rancoeur
Ne s'en ira pas non plus.
chocolatte
Nous avons chacun un rôle à jouer pour instaurer un climat de paix authentique.
Si en tant qu'individu, on parvient à désamorcer ses bombes intérieures
- en neutralisant ses pensées et ses émotions négatives
et en cultivant ses qualités positives -,
on créé les conditions favorables au désarmement extérieur. »
Dalaï-Lama.
« La terre est ma patrie et l'humanité ma famille. »
Khalil Gibran
« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères,
sinon nous allons mourir comme des idiots! »
Martin Luther King
« Je fais le rêve, qu'un jour les hommes,
se lèveront et comprendront enfin,
qu'ils sont faits pour vivre ensemble comme des frères.
Je fais le rêve, qu'un jour,
chaque homme différent dans le monde entier,
sera jugé pour sa valeur personnelle,
non sur la couleur de sa peau ou de son appartenance religieuse
et que les hommes respecteront
la dignité de la personne humaine...
Ce serait merveilleux !
Les étoiles pourront enfin chanter ensemble ! »
Martin Luther King
« Faites le bien, par petits bouts, là où vous êtes ;
car ce sont tous ces petits bouts de bien,
une fois assemblés, qui transforment le monde. »
Desmond Tutu
La règle de la nature
Rien dans la nature ne vit pour soi-même.
Les rivières ne boivent pas leur eau.
Les arbres ne mangent pas leurs propres fruits.
Le soleil ne brille pas pour lui-même.
Une fragrance de fleur n’est pas pour elle-même.
Vivre les uns pour les autres est la règle de la Nature…
Ce qui compte, chez un homme,
ce n'est pas la couleur de sa peau ou la texture de sa chevelure,
mais la texture et la qualité de son âme.
Martin Luther King
