
Capusa06
Trêve
Entre le Temps et moi
un pacte
pendant l’entracte
avant l’incendie de l’âme
qu’aucune heure n’éteindra
celui de s’aimer
malgré la trahison des rides
à la Cène de l’insouciance
malgré la proximité de la mort
sa présence aride
si perceptible sur mon corps
celui de dire au fuyard
de cesser de haïr
son frère humain si friable
de s’asseoir avec lui
à la même table
et d’un revers de main
briser le sablier
pour enfin reconnaître
que nous sommes des alliés
Kamal Zerdoumi
Capusa06
Dans vos yeux
Dans vos yeux
J’ai lu l’aveu de votre âme
En caractères de flamme
Et je m’en suis allé joyeux
Bornant alors mon espace
Au coin d’horizon qui passe
Dans vos yeux.
Dans vos yeux
J’ai vu s’amasser l’ivresse
Et d’une longue caresse
J’ai clos vos grands cils soyeux.
Mais cette ivresse fut brève
Et s’envola comme un rêve
De vos yeux.
Dans vos yeux
Profonds comme des abîmes
J’ai souvent cherché des rimes
Aux lacs bleus et spacieux
Et comme en leurs eaux sereines
J’ai souvent noyé mes peines
Dans vos yeux.
Dans vos yeux
J’ai vu rouler bien des larmes
Qui m’ont mis dans les alarmes
Et m’ont rendu malheureux.
J’ai vu la trace des songes
Et tous vos petits mensonges
Dans vos yeux.
Dans vos yeux
Je ne vois rien à cette heure
Hors que l’Amour est un leurre
Et qu’il n’est plus sous les cieux
D’amante qui soit fidèle
A sa promesse… éternelle
Dans vos yeux.
Gaston Couté
Capusa06
Le doux bonheur n’est plus
Dans les vastes forêts j’aime venir encore,
Je me plais à flâner sous les arbres feuillus ;
Mais si le lieu m’enchante un ennui me dévore :
Les enfants sont partis, le doux bonheur n’est plus.
À l’orée des sous-bois comme avant je frissonne,
Je m’enivre d’espoir, de rêves éperdus ;
Mais un écho lointain funestement résonne :
Les amies m’ont quittée, le doux bonheur n’est plus.
La pénombre est remplie de promesses nouvelles,
Je sens des grandes joies, des songes inconnus ;
L’amour est toujours là, la vie est toujours belle…
Mais le long des sentiers, le doux bonheur n’est plus.
Isabelle Callis-Sabot
Capusa06
Unique religion
On aura une vie sublime
Qui n’existe pas dans les films
Une vie ensoleillée sans averse
De rires et de sucreries diverses
Notre palais sera de bois
Niché au cœur d’une forêt
Sous les pins maritimes, nos secrets
A l’abri de tout juge, toute lois
Il n’y aura qu’une saison
Aucune espèce végétale ne se fanera
Nous aurons pour unique religion
La paix, l’amour et l’immense joie
Cette vie, on l’aura fabriquée
A coup de silence et de volonté
Dans ce monde qui se bouscule
Nous arrêterons nos pendules
Thomas Chaline
Capusa06
Silence
…Silence d’un mot, Silence d’une larme
Silence d’un frisson au-dessous d’une trame
D’une rage enfermée tout au fond
De l’obscure, isolée, dans l’abysse profond
Silence d’une décennie
De l’effroi qui les a désunies
Silence d’âmes lassées de tout
De dictateurs avides surtout…
Rhita Benjelloun
Capusa06
Printemps
Voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L’oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l’ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.
Victor Hugo
Capusa06
Sensation
Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, – heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud
