
lila
Je t'écris du bord de l'eau, de là où la mer de novembre se fait déchaînée, où la pluie qui n'en finit pas de tomber inonde terre et ciel, où nous avions l'habitude de tout nous dire. De là où tu es, pourras-tu m'éviter la dérive, le naufrage, la noyade ? Je t'écris du bord de l'eau où il fait si froid et si seul. Sur cette mer en colère ballote mon âme en détresse. Du creux au sommet de la vague, elle cherche la lumière salvatrice d'un phare, l'appel réconfortant d'une corne de brume, mais elle ne voit rien, n'entend rien. Je t'écris du bord de l'eau où un brouillard dense et impénétrable enveloppe de sa cape vaporeuse toutes créations et créatures, même celles dépourvues de nageoires. Je t'écris du bord de l'eau pour que tu saches, pour que tu comprennes que. Voilà que je sens la marée monter en moi, le sel de la souffrance emplir mes yeux, l'amertume prendre ses aises dans ma bouche et sur mes lèvres. Je suis désolée.
