
Capusa
Le Liseron
Dans les blés mûrs, un soir de fête,
La jeune fille me cueillit ;
Dans ses cheveux noirs, sur sa tête.
Ma blanche étoile rejaillit.
Fleur domestique et familière,
Je m’y collais, comme le lierre
Se colle au front du dahlia ;
Sa joue en fut tout embellie ;
Puis j’en tombai froide et pâlie :
Son pied distrait me balaya.
Mais le matin, sous sa fenêtre,
Un passant me vit par hasard,
Se pencha pour me reconnaître,
Et me couva d’un long regard.
« Viens ; dit-il, pauvre fleur sauvage.
Viens, mon amour et mon image,
Objet d’envie et de dédain,
Viens sécher sur mon cœur posée :
Mes larmes seront ta rosée,
Mon âme sera ton jardin ! »
Depuis ce jour, rampant dans l’herbe,
Je m’enlace autour d’autres fleurs ;
J’abrite leur tige superbe
Et je relève leurs couleurs ;
Et quelquefois les jeunes filles
Me fauchent avec leurs faucilles,
Pour faire un nuage à leur front :
Je nais pâle et toute fanée,
Je suis le lierre d’une année.
Foulez les pauvres liserons !
Alphonse de Lamartine, Recueillements poétiques, 1839
Capusa
Jour d’automne
Froid monotone
Et mon amour absent.
C’était des vallons et des bosses
Des ruissellements, des tourments
Sautillements de cygne blanc
Ecartelé après sa trace
Amour passionnel ou chimère
Des temps modernes loin des sous-bois.
Retrouver l’arbre paisible, l’automne
Des creux, des falaises dans mon tronc
La mousse frémissante et mouillée
Portant quelques feuilles brunes gisantes
Feuilles endormies trempées de pluie
Tantôt vertes, tantôt jaunissantes
Emportées par le cours du ru
Dans son murmure entre les blocs
Presque en quinconces…
Enfin le calme après l’orage.
Leïla
Capusa
"La petite feuille est sans amie.
Elle s'ennuie.
Les autres feuilles sont parties,
le vent les a emportées ...
Elle les a vu courir comme des folles
désirant dans un dernier élan voler comme les oiseaux.
Triste destin,
elles sont allées mourir sur le sol.
Tu viens me cueillir, Jeremy ?
Quand on est feuille et qu'on est belle,
c'est triste de vieillir ...
Prends- moi doucement dans ta main,
fais-moi vivre ma dernière journée
avant de me laisser sécher entre deux feuilles de ton cahier.
Pour que les années suivantes,
tu te remémores notre rencontre."
Jordan Ray.