
Capusa
Les pivoines
Elle avait une robe où fleurissait, candide
La pivoine en bouquets, et je riais alors
De la voir si jolie. Ma main étreint le vide
Aujourd’hui, et mes yeux la cherchent au-dehors
Mais ils ne trouvent plus sa démarche légère
Qui faisait s’envoler les papillons soyeux
Dans l’azur délicat d’un matin de lumière
Où s’épanouissait son beau rire joyeux.
La pivoine languit au jardin délaissé
Et ses pétales lourds s’effeuillent sur la terre
Rien ne saura guérir mon âme solitaire…
Quand je pense à ce jour où elle m’a laissé,
Je revois le rosier où brillait la cétoine
Et, au jardin d’été, la splendeur des pivoines.
Michèle Corti
Capusa
Les bégonias
Ce sont les bégonias clairs
couleur de fruits, couleur de chair,
couleur de coquillages pâles.
Bégonias aux lourds pétales
couleur de perles et d’opales
– couleur des fleurs aussi qui moururent hier –
Ce sont les bégonias pâles.
Bégonias si grands ouverts
sentez-vous les doigts de l’hiver
menacer votre cœur ouvert ?
Et vous dont la pourpre est si vive,
bégonias couleur de sang
couleur du soleil qui descend
vers la mer qu’une houle avive –
Bégonias éblouissants
qui parlez de gloire et de sang
au bout de tiges mutilées,
sentez-vous tout ce que l’on sent
quand le vent, le brouillard, la pluie ou la gelée
se glissent le long des allées ?
Ciseaux du jardinier… que n’ont-ils fait déjà !
Tiges molles qu’on déchargea
d’une orgueilleuse fleur fanée…
C’est bien fini pour cette année.
Vos haillons de velours se dispersent déjà.
Sur vos têtes découronnées
un nom, barbare un peu, dira que vous étiez
de cette pâleur fine ou de ce rouge altier
que les soirs d’automne exagèrent.
Bégonias d’âme étrangère,
fleurs de luxe, fleurs qu’on aima
comme on aime d’autres climats
dans l’air un peu trouble des serres –
Fleurs des jardins aux grilles d’or,
voici l’heure, l’heure où l’on dort
au fond des grands palais de verre.
C’est l’heure des graines qu’on serre,
des bulbes roses et velus
gardant, de fleurs qui ne sont plus,
le germe frêle sous la terre.
Fleurs trop doubles ; fleurs sans parfum,
sans arôme léger, aucun,
mais d’une beauté de mystère,
feuillages verts, feuillages bruns,
rameaux de corail un à un,
couchés dans les massifs défunts,
c’est l’heure des prisons de verre.
Dormez. Le vent souffle dehors
et tant de beaux rêves sont morts
d’une mort sans réveil possible !
Cœurs tendres ou cœurs impassibles,
j’aime vous savoir endormis
dans le terreau fin des semis
cependant que le long des vitres impassibles
le vent qui souffre, le vent fou
emporte des haillons là-bas, je ne sais où…
Sabine Sicaud, Les poèmes de Sabine Sicaud, 1958 (Recueil posthume)
FAE
Bonsoir à tous ! 😃
Je me permets de reprendre ces paroles citées par Misterprof sur un autre jeu :
"Tristesse adieu tristesse un soir de carnaval oui mais le bonheur n' est qu' une larme qui tremble sur le bord de chaque fleur brillant dans l 'ombre à la fin elle tombe ce sont les premiers pleurs de notre cœur."
Isabelle Aubret : Adieu tristesse.
FAE
"Louise-Victorine Choquet nait à Paris le 30 novembre 1813. Elle passe une enfance solitaire à la campagne près de Montdidier au sud-est d’Amiens.
Sa mère essaye de lui donner une éducation catholique selon les convenances de l’époque, tandis que son père, homme de lettres et fervent admirateur des encyclopédistes, ouvre l’esprit de la jeune Louise à la littérature.
Envoyée en pension à Paris, elle découvre les œuvres des poètes anglais, Byron et Shakespeare, et allemands, Goethe et Schiller, ainsi que celles entre autres de Victor Hugo, d’Alfred de Musset et d’Alfred de Vigny. Son esprit se libère, elle commence à écrire en s’éloignant des conventions imposées par la religion.
En 1838, à la mort de son père, « le meilleur de pères », elle part à Berlin. Dans cette ville elle vit un moment de rêve. Elle découvre le tourbillon de la vie berlinoise rythmée par les questions philosophiques et littéraires.
De retour en France trois ans plus tard, à la mort de sa mère, elle rencontre Paul Ackermann qui tombe amoureux d’elle. N’ayant pas le courage de le repousser, elle l’épouse en 1843. Bien que de convenance, ce mariage se révèle, selon ses propres mots « exquis », et, deux ans plus tard, à la mort de son époux Louise Ackermann est profondément affectée. Elle va alors vivre avec une de ses sœurs à Nice où elle achète une propriété à la campagne. L’isolement de sa nouvelle demeure fait renaître son inspiration poétique. En 1855 elle publie Contes, suivi de Contes et poésies en 1862 et de Poésies, premières poésies, poésies philosophiques en 1874.
Cette dernière publication retient l’attention des critiques littéraires. Ces poèmes sont marqués par un certain pessimisme romantique, peut-être réminiscence de son aventure allemande, et par un élan de révolte contre la souffrance humaine puisant dans la foi en l’esprit humain et en son indépendance. La puissance de ses vers se concentre sur la condition et acceptation de la condition humaine, refusant toute prétention religieuse et scientifique de connaissance de la Vérité.
Peu de temps après la publication de ce volume, Louise-Victorine Ackermann s’installe à Paris.
Elle meurt à Nice le 3 août 1890."
FAE
"Tout est fleur aujourd’hui, tout sera miel demain. Ils revenaient déjà vers la ruche immortelle ; Un vent du ciel soufflait, prêt à les soulever. Au milieu des parfums la Mort brise leur aile ; Chargés comme l’abeille, ils périssent comme elle Sur le butin doré qu’ils n’ont pas pu sauver. "
Louise Ackermann
Capusa
La rose
Quand la rose s'entr'ouvre, heureuse d'être belle,
De son premier regard elle enchante autour d'elle
Et le bosquet natal et les airs et le jour.
Dès l'aube elle sourit ; la brise avec amour
Sur le buisson la berce, et sa jeune aile errante
Se charge en la touchant d'une odeur enivrante ;
Confiante, la fleur livre à tous son trésor.
Pour la mieux respirer en passant on s'incline ;
Nous sommes déjà loin, mais la senteur divine
Se répand sur nos pas et nous parfume encor.
Louise Ackermann.
FAE
Bonsoir à tous ! 😃
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fut de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfère les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule, il coule, il se mêle
À la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda"
Louis Aragon, La diane Française
FAE
Bonsoir à tous ! 😃
"Les paupières des fleurs, de larmes toujours pleines,
Ces visages brumeux qui, le soir, sur les plaines
Dessinent les vapeurs qui vont se déformant,
Ces profils dont l’ébauche apparaît dans le marbre,
Ces yeux mystérieux ouverts sur les troncs d’arbre,
Les prunelles de l’ombre et du noir firmament
Qui rayonnent partout et qu’aucun mot ne nomme,
Sont les regards de Dieu, toujours surveillant l’homme,
Par le sombre penseur entrevus vaguement."
Victor Hugo