
lila
RĂȘvĂ© pour l'hiver
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue Ă©gratignĂ©e âŠ
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou ...
Et tu me diras : "Cherche !", en inclinant la tĂȘte,
- Et nous prendrons du temps Ă trouver cette bĂȘte
- Qui voyage beaucoup ...
Arthur Rimbaud
Poésies
lila
Vieillissant, je ne me dis pas que les promenades en bord de mer seront de moins en moins nombreuses mais je me dis que les attaques de la nostalgie vont se faire de plus en plus frĂ©quentes. Et câest normal car jâai plus de passĂ© que dâavenir, donc dans lâĂ©quilibre de mon psychisme, il y a davantage de choses faites que de choses Ă faire. La tentation est grande de se laisser rattraper par le souvenir. Mais je veux encore me fabriquer des moments et non pas en revivre. Le jour oĂč je vais disparaĂźtre, jâaurai Ă©tĂ© poli avec la vie car je lâaurai bien aimĂ©e et beaucoup respectĂ©e.
Je nâai jamais considĂ©rĂ© comme chose nĂ©gligeable lâodeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis.
Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà . Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés.
Le passĂ© câest bien, mais lâexaltation du prĂ©sent, câest une façon de se tenir, un devoir.
Dans notre civilisation, on maltraite le prĂ©sent, on est sans cesse tendu vers ce que lâon voudrait avoir, on ne sâĂ©merveille plus de ce que lâon a. On se plaint de ce que lâon voudrait avoir. DrĂŽle de mentalitĂ© !
Se contenter, ce nâest pas pĂ©joratif. Revenir au bonheur de ce que lâon a, câest un savoir-vivre.
Promenades en bord de mer et étonnements heureux de Olivier de Kersauson.
lila
Janvier est revenu
Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !
Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !
Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon Ăąme ;
Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.
Sois toujours grave et douce, ĂŽ toi que j'idolĂątre ;
Que ton humble auréole éblouisse les yeux !
Comme on verse un lait pur dans un vase d'albĂątre,
Emplis de dignité ton coeur religieux.
Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protÚge.
Brave l'hiver. BientĂŽt mai sera de retour.
Dieu, pour effacer l'Ăąge et pour fondre la neige,
Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.
Victor Hugo
DerniĂšre gerbe
Josephine22
C'est là que j'ai été élevé, compagnon des flots et des vents.
CHATEAUBRIAND
La mer, c'est le coeur du monde...Vouloir visiter les océans, c'est aller se frotter aux couleurs de l'absolu.
Olivier de KERSAUSON
Je suis fille de l'eau.
Quand je suis au bord de la mer, je me sens emportée et deviens oiseau.
Mon esprit s'envole, en dehors du temps, de mon corps, c'est comme la mort de mes souffrances.
Petite et grande à la fois, mon ùme frétille sur le rivage du tout possible.
Nicole Dubus Vaillant
Josephine22
L'EQUIPAGE
Cent cinquante matelots, un bonnet rouge sur les oreilles, une chemise couleur de sang sur de larges épaules, se pressaient sur le pont du navire, dont le plabord étai garni de seize caronnades de 12.
Il fallait entendre ces voix brutales qui se confondaient, ces propos durs qui se croisaient !
Et ces visages de bronze, ces mains goudronnées et cette confusion de paroles, cette bigarrure de couleurs et d'effets !..Tout cela était de l'harmonie pour mes oreilles, mes yeux et mes mains qui se pressaient presque avec délices sur les manoeuvres, sur les batteries des caronnades ou la roue du gouvernail.
Au bout de quelques heures de navigation, je ne pensais plus Ă mes parents.
" Je sentais que le bord était devenu ma Maison,..l'Equipage ma Famille...Et la Mer ma Patrie."
Edouard CORBIERE
"Le Négrier"
issu de : Les Ecrivains des Mers et des Océans"
de : Nicole DUBU VAILLANT
lila
En hiver
Le sol trempé se gerce aux froidures premiÚres,
La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,
Des coussinets de laine irisés de lumiÚres.
Passent dans les champs nus les plaintes coutumiĂšres,
à travers le désert des silences dolents,
OĂč de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents
Et sâen viennent de faim rĂŽder prĂšs des chaumiĂšres.
Mais depuis que le ciel de gris sâĂ©tait couvert,
Dans la ferme riait une gaietĂ© dâhiver,
On sâassemblait en rond autour du foyer rouge,
Et lâamour sâĂ©veillait, le soir, de gars Ă gouge,
Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin
Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron dâairain.
Ămile Verhaeren
lila
Chanson de Janvier
à le clair matin, la belle gelée !
Un soleil dâargent sur la plaine blanche
Verse une clarté frileuse et voilée :
On sonne la messe à toute volée :
Ă la bonne bise, ĂŽ le beau dimanche !
Sur les arbres morts aux ramures nues
En fins diamants resplendit le givre.
Lâazur froid scintille Ă travers les nues,
Voilà mes gaßtés soudain revenues
Mon sang se réveille et je me sens vivre.
Adieu les couchants tout rayés de pluie,
Et les pleurs brouillés des mornes aurores
Les grands horizons brillent, et jâoublie
Les soirs gris trempés de mélancolie,
Sur le sol durci des routes sonores.
Allons respirer lâair de la prairie.
Sous les glaçons bleus chantent les fontaines;
Câest de purs cristaux que lâherbe est fleurie;
Mon cĆur allĂ©gĂ© vibre et se marie
Aux frais carillons des cloches lointaines.
Charles Grandmougin