
lila
J’ai tout oublié
Marc Lavoine
À deux pas d'ici, j'habite, peut-être est-ce ailleurs?
Je n'reconnais plus ma vie, parfois, je me fais peur
Je vis dans un monde qui n'existe pas
Sans toi, je ne suis plus tout à fait moi
À deux pas d'ici, j'ai égaré ce que j'étais
Mon nom ne me dit rien ni la photo sur mes papiers
On peut bien m'appeler untel ou untel
Sans toi, peu importe qui m'appelle
Comment dit-on bonjour? Je ne sais plus
Le parfum des beaux jours, je ne sens plus
Comment fait-on l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oubliée.
Les mots doux de velours, je n'écris plus
Et le sens de l'humour, je l'ai perdu
Comment faire l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oublié.
À deux pas d'ici, j'ai essayé de revenir
De mettre un peu d'ordre à mes idées, les rafraîchir
Je m'suis coupé les cheveux, j'ai rasé les murs
Ce que j'ai fait, je n'en suis pas sûre
Comment dit-on bonjour? Je ne sais plus
Le parfum des beaux jours, je ne sens plus
Comment fait-on l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oubliée.
Les mots doux de velours, je n'écris plus
Et le sens de l'humour, je l'ai perdu
Comment faire l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oublié.
J'ai tout oublié quand tu m'as oubliée.
J'ai tout oublié quand tu m'as oublié.
lila
Rêvé pour l'hiver
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée …
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou ...
Et tu me diras : "Cherche !", en inclinant la tête,
- Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
- Qui voyage beaucoup ...
Arthur Rimbaud
Poésies
lila
Vieillissant, je ne me dis pas que les promenades en bord de mer seront de moins en moins nombreuses mais je me dis que les attaques de la nostalgie vont se faire de plus en plus fréquentes. Et c’est normal car j’ai plus de passé que d’avenir, donc dans l’équilibre de mon psychisme, il y a davantage de choses faites que de choses à faire. La tentation est grande de se laisser rattraper par le souvenir. Mais je veux encore me fabriquer des moments et non pas en revivre. Le jour où je vais disparaître, j’aurai été poli avec la vie car je l’aurai bien aimée et beaucoup respectée.
Je n’ai jamais considéré comme chose négligeable l’odeur des lilas, le bruit du vent dans les feuilles, le bruit du ressac sur le sable lorsque la mer est calme, le clapotis.
Tous ces moments que nous donne la nature, je les ai aimés, chéris, choyés. Je suis poli, voilà. Ils font partie de mes promenades et de mes étonnements heureux sans cesse renouvelés.
Le passé c’est bien, mais l’exaltation du présent, c’est une façon de se tenir, un devoir.
Dans notre civilisation, on maltraite le présent, on est sans cesse tendu vers ce que l’on voudrait avoir, on ne s’émerveille plus de ce que l’on a. On se plaint de ce que l’on voudrait avoir. Drôle de mentalité !
Se contenter, ce n’est pas péjoratif. Revenir au bonheur de ce que l’on a, c’est un savoir-vivre.
Promenades en bord de mer et étonnements heureux de Olivier de Kersauson.
lila
Janvier est revenu
Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !
Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !
Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;
Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.
Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idolâtre ;
Que ton humble auréole éblouisse les yeux !
Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,
Emplis de dignité ton coeur religieux.
Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.
Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.
Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,
Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.
Victor Hugo
Dernière gerbe
Josephine22
C'est là que j'ai été élevé, compagnon des flots et des vents.
CHATEAUBRIAND
La mer, c'est le coeur du monde...Vouloir visiter les océans, c'est aller se frotter aux couleurs de l'absolu.
Olivier de KERSAUSON
Je suis fille de l'eau.
Quand je suis au bord de la mer, je me sens emportée et deviens oiseau.
Mon esprit s'envole, en dehors du temps, de mon corps, c'est comme la mort de mes souffrances.
Petite et grande à la fois, mon âme frétille sur le rivage du tout possible.
Nicole Dubus Vaillant
Josephine22
L'EQUIPAGE
Cent cinquante matelots, un bonnet rouge sur les oreilles, une chemise couleur de sang sur de larges épaules, se pressaient sur le pont du navire, dont le plabord étai garni de seize caronnades de 12.
Il fallait entendre ces voix brutales qui se confondaient, ces propos durs qui se croisaient !
Et ces visages de bronze, ces mains goudronnées et cette confusion de paroles, cette bigarrure de couleurs et d'effets !..Tout cela était de l'harmonie pour mes oreilles, mes yeux et mes mains qui se pressaient presque avec délices sur les manoeuvres, sur les batteries des caronnades ou la roue du gouvernail.
Au bout de quelques heures de navigation, je ne pensais plus à mes parents.
" Je sentais que le bord était devenu ma Maison,..l'Equipage ma Famille...Et la Mer ma Patrie."
Edouard CORBIERE
"Le Négrier"
issu de : Les Ecrivains des Mers et des Océans"
de : Nicole DUBU VAILLANT
lila
En hiver
Le sol trempé se gerce aux froidures premières,
La neige blanche essaime au loin ses duvets blancs,
Et met, au bord des toits et des chaumes branlants,
Des coussinets de laine irisés de lumières.
Passent dans les champs nus les plaintes coutumières,
À travers le désert des silences dolents,
Où de grands corbeaux lourds abattent leurs vols lents
Et s’en viennent de faim rôder près des chaumières.
Mais depuis que le ciel de gris s’était couvert,
Dans la ferme riait une gaieté d’hiver,
On s’assemblait en rond autour du foyer rouge,
Et l’amour s’éveillait, le soir, de gars à gouge,
Au bouillonnement gras et siffleur, du brassin
Qui grouillait, comme un ventre, en son chaudron d’airain.
Émile Verhaeren
