
lila
Parlez-moi de la pluie et non pas du beau temps
Le beau temps me dégoûte et m'fait grincer les dents
Le bel azur me met en rage
Car le plus grand amour qui m'fut donné sur terre
Je l'dois au mauvais temps, je l'dois Ă Jupiter
Il me tomba d'un ciel d'orage
Par un soir de novembre, Ă cheval sur les toits
Un vrai tonnerre de Brest, avec des cris d'putois
Allumait ses feux d'artifice
Bondissant de sa couche en costume de nuit
Ma voisine affolée vint cogner à mon huis
En réclamant mes bons offices
"Je suis seule et j'ai peur, ouvrez-moi, par pitié
Mon époux vient d'partir faire son dur métier
Pauvre malheureux mercenaire
Contraint d'coucher dehors quand il fait mauvais temps
Pour la bonne raison qu'il est représentant
D'une maison de paratonnerres"
En bénissant le nom de Benjamin Franklin
Je l'ai mise en lieu sûr entre mes bras cùlins
Et puis l'amour a fait le reste
Toi qui sĂšmes des paratonnerres Ă foison
Que n'en as-tu planté sur ta propre maison
Erreur, on ne peut plus funeste
Quand Jupiter alla se faire entendre ailleurs
La belle, ayant enfin conjuré sa frayeur
Et recouvré tout son courage
Rentra dans ses foyers faire sécher son mari
En m'donnant rendez-vous les jours d'intempérie
Rendez-vous au prochain orage
à partir de ce jour j'n'ai plus baissé les yeux
J'ai consacré mon temps à contempler les cieux
Ă regarder passer les nues
Ă guetter les stratus, Ă lorgner les nimbus
Ă faire les yeux doux aux moindres cumulus
Mais elle n'est pas revenue
Son bonhomme de mari avait tant fait d'affaires
Tant vendu ce soir-lĂ de petits bouts de fer
Qu'il était devenu millionnaire
Et l'avait emmenée vers des cieux toujours bleus
Des pays imbĂ©ciles oĂč jamais il ne pleut
OĂč l'on ne sait rien du tonnerre
Dieu fasse que ma complainte aille, tambour battant
Lui parler de la pluie, lui parler du gros temps
Auxquels on a tenu tĂȘte ensemble
Lui conter qu'un certain coup de foudre assassin
Dans le mille de mon cĆur a laissĂ© le dessin
D'une petite fleur qui lui ressemble
Josephine22
Bien sĂ»r, il y a le gris bleutĂ© des nuages trop bas qui caresseront tout le jour la crĂȘte des vagues.
Il y a la la pĂąleur des brumes matinales, la modestie des demi-teintes et tous les gris tranquilles
des galets sur les grĂšves.
Mais que souffle le gros vent, que gonfle la mer, et l'orage furieux lance ses pinceaux, chargés de noirs profonds, de bruns et de verts.
Des orgies de couleurs violentent explosent, jettent les algues lourdes sur la plage, couvrent de
rouille la ferraille des navires qui ont voyagé loin.
L'averse s'abat d'un coup, rinçant le bleu des volets, lavant les fougÚres, assombrissant le granit
des maisons.
L'instant suivant revient la pure clarté qui illumine la lande, et les coques des bateaux.
Alors Ă©clate le rire des bruyĂšres et brille l'or des genĂȘts.
LumiĂšres limpides.
Jusqu'au couchant qui empourpre tout, enflamme les falaises et embrase les filets de pĂȘche Ă©tendus
(auteur inconnu).
lila
DĂ©part pour Combourg. â Description du chĂąteau.
En sortant de l'obscuritĂ© du bois, nous franchĂźmes une avantâcour plantĂ©e de noyers, attenante au jardin et Ă la maison du rĂ©gisseur ; de lĂ nous dĂ©bouchĂąmes par une porte bĂątie dans une cour de gazon, appelĂ©e la Cour Verte. A droite
étaient de longues écuries et un bouquet de marronniers ; à gauche, un autre bouquet de marronniers. Au fond de la cour, dont le terrain s'élevait insensiblement, le chùteau se montrait entre deux groupes d'arbres. Sa triste et
sévÚre façade présentait une courtine portant une galerie à mùchicoulis, denticulée et couverte. Cette courtine liait ensemble deux tours inégales en ùge, en matériaux, en hauteur et en grosseur, lesquelles tours se terminaient par des créneaux surmontés d'un toit pointu, comme un bonnet posé sur une couronne gothique.
Quelques fenĂȘtres grillĂ©es apparaissaient çà et lĂ sur la nuditĂ© des murs. Un large perron, raide et droit, de vingtâdeux marches, sans rampes, sans gardeâfou, remplaçait sur les fossĂ©s comblĂ©s l'ancien pontâlevis ; il atteignait la porte du chĂąteau, percĂ©e au milieu de la courtine. Auâdessus de cette porte on voyait les armes des seigneurs de Combourg, et les taillades Ă travers lesquelles sortaient jadis les bras et les chaĂźnes du pontâlevis.
La voiture s'arrĂȘta au pied du perron ; mon pĂšre vint auâdevant de nous. La rĂ©union de la famille adoucit si fort son humeur pour le moment, qu'il nous fit la mine la plus gracieuse. Nous montĂąmes le perron ; nous pĂ©nĂ©trĂąmes dans un vestibule sonore, Ă voĂ»te ogive, et de ce vestibule dans une petite cour intĂ©rieure.
De cette cour, nous entrĂąmes dans le bĂątiment regardant au midi sur l'Ă©tang, et jointif des deux petites tours. Le chĂąteau entier avait la figure d'un char Ă quatre roues. Nous nous trouvĂąmes de plainâpied dans une salle jadis appelĂ©e la salle des Gardes. Une fenĂȘtre s'ouvrait Ă chacune de ses extrĂ©mitĂ©s, deux autres coupaient la ligne latĂ©rale. Pour agrandir ces quatre fenĂȘtres, il avait fallu excaver des murs de huit Ă dix pieds d'Ă©paisseur. Deux corridors Ă plan inclinĂ©, comme le corridor de la grande Pyramide, partaient des deux angles extĂ©rieurs de la salle et conduisaient aux petites tours. Un escalier, serpentant dans l'une de ces tours, Ă©tablissait des relations entre la salle des Gardes et l'Ă©tage supĂ©rieur : tel Ă©tait ce corps de logis.
Celui de la façade de la grande et de la grosse tour, dominant le nord, du cĂŽtĂ© de la Cour Verte, se composait d'une espĂšce de dortoir carrĂ© et sombre, qui servait de cuisine ; il s'accroissait du vestibule, du perron et d'une chapelle. Auâdessus de ces piĂšces Ă©tait le salon des Archives, ou des Armoiries, ou des Oiseaux, ou des Chevaliers, ainsi nommĂ© d'un plafond semĂ© d'Ă©cussons coloriĂ©s et d'oiseaux peints. Les embrasures des fenĂȘtres Ă©troites et trĂ©flĂ©es Ă©taient si profondes, qu'elles formaient des cabinets autour desquels rĂ©gnait un banc de granit. MĂȘlez Ă cela, dans les diverses parties de l'Ă©difice, des passages et des escaliers secrets, des cachots et des donjons, un labyrinthe de galeries couvertes et dĂ©couvertes, des souterrains murĂ©s dont les ramifications Ă©taient inconnues ; partout silence, obscuritĂ© et visage de pierre : voilĂ le chĂąteau de Combourg.
lila
Beau soir dâhiver
Jules Breton
La neige â le pays en est tout recouvert â
Déroule, mer sans fin, sa nappe froide et vierge,
Et, du fond des remous, Ă lâhorizon dĂ©sert,
Par des vibrations dâazur tendre et dâor vert,
Dans lâĂ©blouissement, la pleine lune Ă©merge.
A lâOccident sâendort le radieux soleil,
Dans lâespace allumant les derniers feux quâil darde
A travers les vapeurs de son divin sommeil,
Et la lune tressaille Ă son baiser vermeil
Et, la face rougie et ronde, le regarde.
Et la neige scintille, et sa blancheur de lis
Se teinte sous le flux enflammĂ© qui lâarrose.
Lâombre de ses replis a des pĂąleurs dâiris,
Et, comme si neigeaient tous les avrils fleuris,
Sourit la plaine immense ineffablement rose.
Josephine22
lila a écrit :
RĂȘvĂ© pour l'hiver
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l'oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue Ă©gratignĂ©e âŠ
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou ...
Et tu me diras : "Cherche !", en inclinant la tĂȘte,
- Et nous prendrons du temps Ă trouver cette bĂȘte
- Qui voyage beaucoup ...
Arthur Rimbaud
Poésies
đAH .".notre".ARTHUR !!
lila
Jâai tout oubliĂ©
Marc Lavoine
Ă deux pas d'ici, j'habite, peut-ĂȘtre est-ce ailleurs?
Je n'reconnais plus ma vie, parfois, je me fais peur
Je vis dans un monde qui n'existe pas
Sans toi, je ne suis plus tout Ă fait moi
à deux pas d'ici, j'ai égaré ce que j'étais
Mon nom ne me dit rien ni la photo sur mes papiers
On peut bien m'appeler untel ou untel
Sans toi, peu importe qui m'appelle
Comment dit-on bonjour? Je ne sais plus
Le parfum des beaux jours, je ne sens plus
Comment fait-on l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oubliée.
Les mots doux de velours, je n'écris plus
Et le sens de l'humour, je l'ai perdu
Comment faire l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oublié.
à deux pas d'ici, j'ai essayé de revenir
De mettre un peu d'ordre à mes idées, les rafraßchir
Je m'suis coupé les cheveux, j'ai rasé les murs
Ce que j'ai fait, je n'en suis pas sûre
Comment dit-on bonjour? Je ne sais plus
Le parfum des beaux jours, je ne sens plus
Comment fait-on l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oubliée.
Les mots doux de velours, je n'écris plus
Et le sens de l'humour, je l'ai perdu
Comment faire l'amour? Si j'avais su
J'ai tout oublié quand tu m'as oublié.
J'ai tout oublié quand tu m'as oubliée.
J'ai tout oublié quand tu m'as oublié.