
lila
Au printemps au printemps
Et mon cĆur et ton cĆur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour lâombre dâun regard en riant
Toutes les filles
Vous donneront leurs baisers
Puis tous leurs espoirs
Vois tous ces cĆurs
Comme des artichauts
Qui sâeffeuillent en battant
Pour sâoffrir aux badauds
Vois tous ces cĆurs
Comme de gentils mégots
Qui sâenflamment en riant
Pour les filles du métro
Au printemps au printemps
Et mon cĆur et ton cĆur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour lâombre dâun regard en riant
Tout Paris
Se changera en baisers
Parfois mĂȘme en grand soir
Vois tout Paris
Se change en pĂąturage
Pour troupeaux dâamoureux
Aux bergĂšres peu sages
Vois tout Paris
Joue la fĂȘte au village
Pour bénir au soleil
Ces nouveaux mariages
Au printemps au printemps
Et mon cĆur et ton cĆur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Pour une fleur un sourire un serment
Pour lâombre dâun regard en riant
Toute la Terre
Se changera en baisers
Qui parleront dâespoir
Vois ce miracle
Car câest bien le dernier
Qui sâoffre encore Ă nous
Sans avoir Ă lâappeler
Vois ce miracle
Qui devait arriver
Câest la premiĂšre chance
La seule de lâannĂ©e
Au printemps au printemps
Et mon cĆur et ton cĆur
Sont repeints au vin blanc
Au printemps au printemps
Les amants vont prier
Notre-Dame du bon temps
Au printemps
Au printemps
Au printemps
BREL
Josephine22
EVIDENCE
Lorsque le soir descend
Et qu'Ă la fin du jour,
La paix du coeur s'installe,
Avec le sentiment trés doux,
D'avoir vécu "encore un jour"
D'y avoir découvert un attrait de plus pour l'existence,
Un sentiment profond d'attachement
..de plénitude, d'intégration..
Ă ce qui nous entoure..
L'odeur de l'herbe les soirs d'été
Est tellement grisante..
La premiÚre étoile
Le vol lourd des tourterelles..
Le silence de la nuit
Le parfum des roses...
Tout ce qui fait qu'un jardin dans le noir
garde ses points de repĂšre.
La douceur de vivre
De se sentir vivre..en toute évidence.
lila
Ils s'aiment Daniel Lavoie
Ils s'aiment comme avant
Avant les menaces et les grands tourments
Ils s'aiment, tout hésitants
Découvrant l'amour, découvrant le temps
Y a quelqu'un qui se moque
J'entends quelqu'un qui se moque
Se moque de moi, se moque de qui
Ils s'aiment comme des enfants
Amour plein d'espoir impatient
Et malgré les regards
Remplis de désespoir
Malgré les statistiques
Ils s'aiment comme des enfants
Enfants de la bombe
Des catastrophes
De la menace qui gronde
Enfants du cynisme
Armés jusqu'aux dents
Ils s'aiment comme des enfants
Comme avant les menaces et les grands tourments
Et si tout doit sauter
S'écrouler sous nos pieds
Laissons-les, laissons-les
Laissons-les s'aimer
Et si tout doit sauter
S'écrouler sous nos pieds
Laissons-les, laissons-les
Laissons-les s'aimer
Enfants de la bombe
Des catastrophes
De la menace qui gronde
Enfants du cynisme
Armés jusqu'aux dents
Ils s'aiment comme avant
Avant les menaces et les grands tourments
Ils s'aiment comme avant
lila
CEUX QUI NOUS ATTENDAIENT
PAR MARGUERITE YOURCENAR
Ceux qui nous attendaient, se sont lassĂ©s dâattendre,
Et sont morts sans savoir que nous allions venir,
Ont refermĂ© leurs bras quâils ne peuvent plus tendre,
Nous lĂ©guant un remords au lieu dâun souvenir.
Les priĂšres, les fleurs, le geste le plus tendre,
Sont des présents tardifs que rien ne peut bénir;
Les vivants par les morts ne se font pas entendre;
La mort, quand vient la mort, nous joint sans nous unir.
Nous ne connaĂźtrons pas la douceur de leurs tombes.
Nos cris, lancés trop tard, se fatiguent, retombent,
PénÚtrent sans écho la sourde éternité;
Et les morts dédaigneux, ou forcés de se taire,
Ne nous écoutent pas, au seuil noir du mystÚre,
Pleurer sur un amour qui nâa jamais Ă©tĂ©.
lila
ANTOINE ET CLĂOPĂTRE
PAR JOSĂ-MARIA DE HEREDIA
Tous deux ils regardaient, de la haute terrasse,
L'Egypte s'endormir sous un ciel étouffant
Et le
Fleuve, Ă travers le
Delta noir qu'il fend,
Vers
Bubaste ou
Sais rouler son onde grasse.
Et le
Romain sentait sous la lourde cuirasse,
Soldat captif berçant le sommeil d'un enfant,
Ployer et dĂ©faillir sur son cĆur triomphant
Le corps voluptueux que son étreinte embrasse.
Tournant sa tĂȘte pĂąle entre ses cheveux bruns
Vers celui qu'enivraient d'invincibles parfums,
Elle tendit sa bouche et ses prunelles claires ;
Et sur elle courbé, l'ardent
Imperator
Vit dans ses larges yeux étoiles de points d'or
Toute une mer immense oĂč fuyaient des galĂšres.
lhuron
L'OUBLI .
Le temple est en ruine au haut du promontoire ,
Et la Mort , a mĂȘlĂ© , dans ce fauve terrain ,
Les Déesses de marbre et les Héros d'airain
Dont l'herbe solitaire envahit la gloire .
Seul , parfois , un bouvier menant ses buffles boire ,
De sa conque oĂč soupire un antique refrain
Emplissant le ciel calme et l'horizon marin ,
Sur l'azur infini dresse sa forme noire .
La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux
Fait à chaque printemps , vainement éloquente ,
Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe ;
Mais l'Homme indiffĂ©rent au rĂȘve des aĂŻeux
Ăcoute sans frĂ©mir , du fonds des nuits sereines ,
La Mer qui se lamente en pleurant les SirĂšnes .
José Maria de HEREDIA : les Trophées .
Je ne vous ai pas abandonnées ,- c'était trÚs bien orthographié - , mais nous avons subi quelques ennuis de santé qui s'estompent ...
lila
Je voudrais pas crever
Boris Vian - 10 mars 1920 / 23 juin 1959.
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir connu
Les chiens noirs du Mexique
Qui dorment sans rĂȘver
Les singes Ă cul nu
Dévoreurs de tropiques
Les araignées d'argent
Au nid truffé de bulles
Je voudrais pas crever
Sans savoir si la lune
Sous son faux air de thune
A un coté pointu
Si le soleil est froid
Si les quatre saisons
Ne sont vraiment que quatre
Sans avoir essayé
De porter une robe
Sur les grands boulevards
Sans avoir regardé
Dans un regard d'égout
Sans avoir mis mon zobe
Dans des coinstots bizarres
Je voudrais pas finir
Sans connaĂźtre la lĂšpre
Ou les sept maladies
Qu'on attrape lĂ -bas
Le bon ni le mauvais
Ne me feraient de peine
Si si si je savais
Que j'en aurai l'étrenne
Et il y a z aussi
Tout ce que je connais
Tout ce que j'apprécie
Que je sais qui me plaĂźt
Le fond vert de la mer
OĂč valsent les brins d'algues
Sur le sable ondulé
L'herbe grillée de juin
La terre qui craquelle
L'odeur des conifĂšres
Et les baisers de celle
Que ceci que cela
La belle que voilĂ
Mon Ourson, l'Ursula
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir usé
Sa bouche avec ma bouche
Son corps avec mes mains
Le reste avec mes yeux
J'en dis pas plus faut bien
Rester révérencieux
Je voudrais pas mourir
Sans qu'on ait inventé
Les roses éternelles
La journée de deux heures
La mer Ă la montagne
La montagne Ă la mer
La fin de la douleur
Les journaux en couleur
Tous les enfants contents
Et tant de trucs encore
Qui dorment dans les crĂąnes
Des géniaux ingénieurs
Des jardiniers joviaux
Des soucieux socialistes
Des urbains urbanistes
Et des pensifs penseurs
Tant de choses Ă voir
A voir et Ă z-entendre
Tant de temps Ă attendre
A chercher dans le noir
Et moi je vois la fin
Qui grouille et qui s'amĂšne
Avec sa gueule moche
Et qui m'ouvre ses bras
De grenouille bancroche
Je voudrais pas crever
Non monsieur non madame
Avant d'avoir tùté
Le goût qui me tourmente
Le goût qu'est le plus fort
Je voudrais pas crever
Avant d'avoir goûté
La saveur de la mort...
lila
« Je condamne lâignorance qui rĂšgne en ce moment dans les dĂ©mocraties aussi bien que dans les rĂ©gimes totalitaires. Cette ignorance est si forte, souvent si totale, quâon la dirait voulue par le systĂšme, sinon par le rĂ©gime. Jâai souvent rĂ©flĂ©chi Ă ce que pourrait ĂȘtre lâĂ©ducation de lâenfant.
Je pense quâil faudrait des Ă©tudes de base, trĂšs simples, oĂč lâenfant apprendrait quâil existe au sein de lâunivers, sur une planĂšte dont il devra plus tard mĂ©nager les ressources, quâil dĂ©pend de lâair, de lâeau, de tous les ĂȘtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout dĂ©truire.
Il apprendrait que les hommes se sont entretuĂ©s dans des guerres qui nâont jamais fait que produire dâautres guerres, et que chaque pays arrange son histoire, mensongĂšrement, de façon Ă flatter son orgueil.
On lui apprendrait assez du passĂ© pour quâil se sente reliĂ© aux hommes qui lâont prĂ©cĂ©dĂ©, pour quâil les admire lĂ oĂč ils mĂ©ritent de lâĂȘtre, sans sâen faire des idoles, non plus que du prĂ©sent ou dâun hypothĂ©tique avenir.
On essaierait de le familiariser à la fois avec les livres et les choses ; il saurait le nom des plantes, il connaßtrait les animaux sans se livrer aux hideuses vivisections imposées aux enfants et aux trÚs jeunes adolescents sous prétexte de biologie. ; il apprendrait à donner les premiers soins aux blessés ; son éducation sexuelle comprendrait la présence à un accouchement, son éducation mentale la vue des grands malades et des morts.
On lui donnerait aussi les simples notions de morale sans laquelle la vie en sociĂ©tĂ© est impossible, instruction que les Ă©coles Ă©lĂ©mentaires et moyennes nâosent plus donner dans ce pays.
En matiĂšre de religion, on ne lui imposerait aucune pratique ou aucun dogme, mais on lui dirait quelque chose de toutes les grandes religions du monde, et surtout de celle du pays oĂč il se trouve, pour Ă©veiller en lui le respect et dĂ©truire dâavance certains odieux prĂ©jugĂ©s.
On lui apprendrait Ă aimer le travail quand le travail est utile, et Ă ne pas se laisser prendre Ă lâimposture publicitaire, en commençant par celle qui lui vante des friandises plus ou moins frelatĂ©es, en lui prĂ©parant des caries et des diabĂštes futurs.
Il y a certainement un moyen de parler aux enfants de choses vĂ©ritablement importantes plus tĂŽt quâon ne le fait. »
Marguerite Yourcenar, "Les yeux ouverts." 1980