
lila
Pourquoi les gens qui s'aiment
Sont-il toujours un peu les mĂȘmes?
Ils ont quand ils s'en viennent
Le mĂȘme regard d'un seul dĂ©sir pour deux
Ce sont des gens heureux.
Pourquoi les gens qui s'aiment
Sont-il toujours un peu les mĂȘmes?
Quand ils ont leurs problĂšmes
Y'a rien Ă faire
Y'a rien Ă dire pour eux
Ce sont des gens heureux
Et moi j'te connais Ă peine
Mais ce serait une veine
Qu'on s'en aille un peu comme eux
On pourrait se faire sans que ça gĂȘne
De la place pour deux
Et mĂȘme si ça ne vaut pas la peine
Que j'y revienne
Il faut me le dire au fond des yeux
Quelque soit le temps que ça prenne
Quelque soit l'enjeu
Je veux ĂȘtre un homme heureux
Je veux ĂȘtre un homme heureux
lila
Göttingen
Barbara
Bien sûr, ce n'est pas la Seine
Ce n'est pas le bois de Vincennes
Mais c'est bien joli tout de mĂȘme
à Göttingen, à Göttingen
Pas de quais et pas de rengaines
Qui se lamentent et qui se traĂźnent
Mais l'amour y fleurit quand mĂȘme
à Göttingen, à Göttingen
Ils savent mieux que nous, je pense
L'histoire de nos rois de France
Herman, Peter, Helga et Hans
à Göttingen
Et que personne ne s'offense
Mais les contes de notre enfance
"Il était une fois" commence
à Göttingen
Bien sûr nous, nous avons la Seine
Et puis notre bois de Vincennes
Mais Dieu que les roses sont belles
à Göttingen, à Göttingen
Nous, nous avons nos matins blĂȘmes
Et l'Ăąme grise de Verlaine
Eux c'est la mĂ©lancolie mĂȘme
à Göttingen, à Göttingen
Quand ils ne savent rien nous dire
Ils restent lĂ Ă nous sourire
Mais nous les comprenons quand mĂȘme
Les enfants blonds de Göttingen
Et tant pis pour ceux qui s'étonnent
Et que les autres me pardonnent
Mais les enfants ce sont les mĂȘmes
à Paris ou à Göttingen
Ă faites que jamais ne revienne
Le temps du sang et de la haine
Car il y a des gens que j'aime
à Göttingen, à Göttingen
Et lorsque sonnerait l'alarme
S'il fallait reprendre les armes
Mon cĆur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen
Mais c'est bien joli tout de mĂȘme
à Göttingen, à Göttingen
Et lorsque sonnerait l'alarme
S'il fallait reprendre les armes
Mon cĆur verserait une larme
Pour Göttingen, pour Göttingen
lila
Serge Reggiani
DE VELOURS ET DE SOIE
Paroles: Boris Vian
Les fleurs sauvages
Les océans du monde
Les Ăźles blondes
M'avaient toujours tenté
Finis les grands voyages
Finis les ciels oranges
Tous les frissons étranges
Tu me les as donnés
De velours et de soie
Comme ta chair parfumée
De lumiĂšre et de velours
Comme tes yeux
De rose et de lumiĂšre
Comme le goût de ta bouche
De sang et de rose fraĂźche
Comme tes joues
De feu, d'or et de sang
Comme un baiser que tu me donnes
D'argent de feu et d'or
Comme ton corps qui s'abandonne
De soleil et d'argent
Tes cheveux dans le vent mauve
De plaisir et de soleil
Comme une nuit dans tes bras
lila
Printemps passé
Le bec dâun sĂ©cateur claque au long des allĂ©es de rosiers. Un autre lui rĂ©pond, dans le verger. Il y aura tout Ă lâheure sous la roseraie une jonchĂ©e de surgeons tendres, rouges dâaurore au sommet, verts et juteux Ă la base. Dans le verger, les raides baguettes dâabricotier, sacrifiĂ©es, brĂ»leront, une heure encore, leur petite flamme de fleur avant de mourir, et les abeilles nâen laisseront rien perdreâŠ
La colline fume de pruniers blancs, chacun dâeux immatĂ©riel et pommelĂ© comme une nue ronde. Ă cinq heures et demie du matin, sous le rayon horizontal et la rosĂ©e, le blĂ© jeune est dâun bleu incontestable, et rouge la terre ferrugineuse, et rose de cuivre les pruniers blancs. Ce nâest quâun moment, un fĂ©erique mensonge de lumiĂšre, qui passe en mĂȘme temps que la premiĂšre heure du jour. Tout croĂźt avec une hĂąte divine. La moindre crĂ©ature vĂ©gĂ©tale darde son plus grand effort vertical. La pivoine, sanguine en son premier mois, pousse dâun tel jet que ses hampes, ses feuilles Ă peine dĂ©pliĂ©es traversent, emportent et suspendent dans lâair leur suprĂȘme croĂ»te de terre comme un toit crevĂ©.
Les paysans hochent la tĂȘte : « Avril nous fera bien des surprises⊠» Ils penchent des fronts de sages sur cette folie, cette imprudence annuelle de la fleur et de la feuille. Ils vieillissent, accrochĂ©s Ă la course dâune terrible pupille que leur expĂ©rience nâinstruit pas. Le vallon cultivĂ©, grillagĂ© encore dâeaux parallĂšles, hisse ses sillons verts au-dessus de lâinondation. Rien nâarrĂȘtera plus lâasperge, qui a commencĂ© son ascension de taupe, ni la torche de lâiris violet. La furieuse Ă©vasion entraĂźne lâoiseau, le lĂ©zard, lâinsecte. Les verdiers et les chardonnerets, les passereaux et les pinsons se comportent au matin comme une basse-cour quâon a gorgĂ©e de grain trempĂ© dans lâeau-de-vie. Des danses de parade, des cris exagĂ©rĂ©s, des combats pour rire lient et dĂ©lient sous nos yeux, presque sous nos mains, et sur la mĂȘme pierre chaude, compagnies dâoiseaux et couples de lĂ©zards gris, et lorsque les enfants, enivrĂ©s, courent sans motif, la ronde des Ă©phĂ©mĂšres se soulĂšve et les couronneâŠ
Tout sâĂ©lance, et je demeure. DĂ©jĂ ne ressens-je pas plus de plaisir Ă comparer le printemps Ă ce quâil fut quâĂ lâaccueillir ? Torpeur bienheureuse, mais trop consciente de son poids. Extase sincĂšre, involontaire mais manifestĂ©e Ă quoi ? « Oh ! ces pĂąquettes jaunes !⊠Oh ! les saponaires ! et la corne des arums qui se montre⊠» Mais la pĂąquette, cette primevĂšre sauvage, est une fleur pauvre, et la saponaire humide, dâun mauve hĂ©sitant, que vaut-elle auprĂšs dâun ardent pĂȘcher ? Elle vaut par le ruisseau qui lâabreuvait, entre ma dixiĂšme et ma quinziĂšme annĂ©e. La primevĂšre maigre, toute en tige, Ă corolle rudimentaire, tient encore, par une radicelle fragile, au prĂ© ou je cueillais des centaines de primevĂšres pour les « Ă chevaler » sur une ficelle et les lier ensuite en balles rondes, en frais projectiles qui frappaient la joue comme dâun rude baiser mouillĂ©âŠ
Je me garde de cueillir et de presser, en balle verdĂątre, la pĂąquette dâaujourdâhui. Je sais ce que je risque Ă lâessayer. Pauvre charme agreste, Ă demi Ă©vaporĂ©, je ne puis mĂȘme te lĂ©guer Ă un autre moi-mĂȘme⊠« Tu vois, Bel-Gazou, comme ça, et comme ça, Ă cheval sur le fil, et puis on tire⊠â Ah ! oui, dit Bel-Gazou. Mais ça ne rebondit pas, jâaime mieux ma balle en caoutchouc⊠»
Les sĂ©cateurs claquent du bec dans les jardins. Enfermez-moi dans une chambre obscure, ce bruit-lĂ y porte quand mĂȘme le soleil dâavril, piquant Ă la peau, traĂźtre comme un vin sans bouquet. Lâodeur dâabeille de lâabricotier taillĂ© entre avec lui, et une certaine angoisse, lâinquiĂ©tude dâune de ces petites maladies dâavant lâadolescence, qui couvent, traĂźnent un peu, diminuent, guĂ©rissent un matin, reviennent un soir⊠Jâavais dix ans, onze ans, mais en compagnie de ma nourrice, cuisiniĂšre Ă la maison, je me plaisais encore Ă des exigences de nourrisson. Grande fille dans la salle Ă manger, je courais a la cuisine pour lĂ©cher le vinaigre sur les feuilles de salade, dans lâassiette de MĂ©lie, chienne fidĂšle, esclave blonde et blanche. Câest par un matin dâavril que je lâappelai :
â Viens, MĂ©lie, ramasser les « tailles » de lâabricotier, Milien est aprĂšs les espaliersâŠ
Elle me suivit, et la jeune femme de chambre, Marie-la-Rose, la bien nommĂ©e, vint aussi, sans que je lâinvitasse. Milien, lâhomme de journĂ©e, achevait sa besogne, beau gars sournois, pas pressĂ©, silencieuxâŠ
â MĂ©lie, tends ton tablier, que jây mette les taillesâŠ
Ă genoux, je ramassais les fagotins dâabricotiers, Ă©toilĂ©s de fleurs. Comme par jeu, MĂ©lie me fit « hou ! âșâș et me jeta son tablier sur la tĂȘte, mâensacha, me roula tendrement. Je riais, je me faisais petite et sotte, avec bonheur. Mais lâair me manqua, et je surgis si brusquement que Milien et Marie-la-Rose, qui sâembrassaient, nâeurent pas le temps de se sĂ©parer, ni MĂ©lie de me cacher sa figure de compliceâŠ
Claquement des sĂ©cateurs, sec dialogue dâoiseaux Ă bec dur⊠Ils parlent dâĂ©closion, de soleil prĂ©coce, de brĂ»lure au front, dâombre froide, de rĂ©pugnance qui sâignore, de confiance enfantine quâon trompa, de suspicion, de chagrin rĂȘveurâŠ
lila
PriĂšre au printemps
Sully Prudhomme
Toi qui fleuris ce que tu touches,
Qui, dans les bois, aux vieilles souches
Rends la vigueur,
Le sourire Ă toutes les bouches,
La vie au coeur ;
Qui changes la boue en prairies,
SĂšmes dâor et de pierreries
Tous les haillons,
Et jusquâau seuil des boucheries
Mets des rayons !
Ă printemps, alors que tout aime,
Que sâembellit la tombe mĂȘme,
Verte au dehors,
Fais naĂźtre un renouveau suprĂȘme
Au coeur des morts !
Quâils ne soient pas les seuls au monde
Pour qui tu restes inféconde,
Saison dâamour !
Mais fais germer dans leur poussiĂšre
Lâespoir divin de la lumiĂšre
Et du retour !
Josephine22
"Un possesseur ancien et ingénu avait planté un cyprÚs enfant,..un de ces petits plumages effilés
en pinceau,..tendres à l'oeil et déjà rùpeux à la paume.
Aujourd'hui il arbore, sur des architraves de racines à demi-émergées, un fût à porter une église,
et son fuseau, qui dépasse le toit, offense du haut en bas la maison..."
COLETTE..Paysages et Portraits
lila
POUR LHURON
(il comprendra)
Francis Jammes
Jâaime lâĂąne si doux
marchant le long des houx.
Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles ;
et il porte les pauvres
et des sacs remplis dâorge.
Il va, prÚs des fossés,
dâun petit pas cassĂ©.
Mon amie le croit bĂȘte
parce quâil est poĂšte.
Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.
Jeune fille au doux cĆur,
tu nâas pas sa douceur :
car il est devant Dieu
lâĂąne doux du ciel bleu.
Et il reste Ă lâĂ©table,
fatigué, misérable,
ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.
Il a fait son devoir
du matin jusquâau soir.
Quâas-tu fait jeune fille ?
Tu as tirĂ© lâaiguilleâŠ
Mais lâĂąne sâest blessĂ© :
la mouche lâa piquĂ©.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
Quâas-tu mangĂ© petite ?
â Tâas mangĂ© des cerises.
LâĂąne nâa pas eu dâorge,
car le maĂźtre est trop pauvre.
Il a sucé la corde,
puis a dormi dans lâombreâŠ
La corde de ton cĆur
nâa pas cette douceur.
Il est lâĂąne si doux
marchant le long des houx.
Jâai le cĆur ulcĂ©rĂ© :
ce mot-lĂ te plairait.
Dis-moi donc, ma chérie,
si je pleure ou je ris ?
Va trouver le vieil Ăąne,
et dis-lui que mon Ăąme
est sur les grands chemins,
comme lui le matin.
Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?
Je doute quâil rĂ©ponde :
il marchera dans lâombre,
crevé par la douceur,
sur le chemin en fleurs.