
lila
Elle se levait tĂŽt, puis plus tĂŽt, puis encore plus tĂŽt. Elle voulait le monde Ă elle, et dĂ©sert, sous la forme d'un petit enclos, d'une treille et d'un toit inclinĂ©. Elle voulait la jungle vierge, encore limitĂ©e Ă l'hirondelle, aux chats, aux abeilles, Ă la grande Ă©peire debout sur sa roue de dentelle argentĂ©e par la nuit. Le volet du voisin, claquant sur le mur, ruinait son rĂȘve d'exploratrice incontestĂ©e, recommencĂ© chaque jour Ă l'heure oĂč la rosĂ©e froide semble tomber, en sonores gouttes inĂ©gales, du bec des merles. Ma mĂšre montait, et montait sans cesse sur l'Ă©chelle des heures, tĂąchant Ă possĂ©der le commencement du commencement... Elle quĂȘta un rayon horizontal et rouge, et le pĂąle soufre qui vient avant le rayon rouge ; elle voulut l'aile humide que l'abeille Ă©tire comme un bras",
La naissance du jour, Colette,
lila
â Si tu vis toute seule, mâa dit Brague, câest parce que tu le veux bien, nâest-ce pas ?
Certes, je le veux "bien", et mĂȘme je le veux tout court. Seulement, voilà ⊠il y a des jours oĂč la solitude, pour un ĂȘtre de mon Ăąge, est un vin grisant qui vous saoule de libertĂ©, et dâautres jours oĂč câest un tonique amer, et dâautres jours oĂč câest un poison qui vous jette la tĂȘte aux murs.
Ce soir, je voudrais bien ne pas choisir. Je voudrais me contenter dâhĂ©siter, et ne pas pouvoir dire si le frisson qui me prendra, en glissant entre mes draps froids, sera de peur ou dâaise.
La Vagabonde de Colette.
Marguerite32
La vie tâen a mis plein la tronche, plein le cĆur, plein les tripes. Tâas pris des coups que tâavais pas mĂ©ritĂ©s, tâas encaissĂ© sans savoir comment tâen sortir. Tâas pleurĂ© en silence, tâas serrĂ© les dents, tâas fait comme si tout allait bien alors que tâĂ©tais en morceaux.
Mais tâes encore lĂ . Et ça, câest pas rien. Chaque cicatrice que tu portes raconte pas ta chute, elle raconte ta survie. Câest la preuve que tâas traversĂ© lâenfer et que tâas encore le courage de regarder le ciel.
Oui, la vie tâa secouĂ©, mais elle tâa forgĂ©. Elle tâa appris la patience, la luciditĂ©, la vraie valeur de la paix. Tâas perdu des illusions, mais tâas gagnĂ© une force que rien nâachĂšte.
Tâes pas cassĂ©, tâes marquĂ©, et câest pas pareil. Ces marques, câest ton histoire, ton feu, ton parcours. Tâas pas besoin dâoublier, tâas juste Ă continuer, plus vrai, plus solide, plus conscient. Parce que malgrĂ© tout ce que tâas pris, tâas pas lĂąchĂ©.
Et ça, câest ce qui fait de toi quelquâun dâincassable.
(Trouvé sur le net )
Marguerite32
Ă toi qui pense ĂȘtre trop gentil(le)...
Tu penses que tu t'es fait avoir.... Que les gens profitent de ta gentillesse... Et parfois, câest vrai. Tu as Ă©tĂ© déçu(e), blessĂ©(e), incompris(e). Mais laisse-moi te dire une chose, ta gentillesse est une force. Une lumiĂšre rare dans un monde qui en manque cruellement.
La vraie gentillesse ne calcule pas. Elle ne marchande pas. Elle donne sans attendre en retour. Et câest justement ce qui la rend si prĂ©cieuse.
Mais ĂȘtre une bonne personne ne veut pas dire tout accepter, tout tolĂ©rer, tout encaisser. Ătre gentil, ce nâest pas sâeffacer. Câest aussi savoir dire non. Câest poser des limites claires. Câest se faire respecter sans hausser le ton.
Poser tes limites ne fait pas de toi quelquâun de dur. Cela fait de toi quelquâun qui se connaĂźt, qui se protĂšge, qui sâhonore, qui se respecte.... Et ça, câest une forme de gentillesse aussi, envers toi-mĂȘme !
Continue dâĂȘtre gentil(le). Mais commence par lâĂȘtre avec toi. Ne te nĂ©glige pas au nom de la paix des autres... Ta paix intĂ©rieure mĂ©rite dâĂȘtre dĂ©fendue.
Et quand quelquâun dĂ©passe les bornes, rappelle-lui oĂč elles sont. Sans culpabilitĂ©. Sans colĂšre. Juste avec fermetĂ© et clartĂ©.
Tes limites ne sont pas négociables. Elles sont le prix de ton équilibre, de ta sérénité.
Sois doux/douce. Mais sois solide.
Sois généreux(se). Mais sois vigilant(e).
Sois gentil(le), sois toi-mĂȘme. Mais sois libre.
(Pas d'auteur précisé de ce texte, trouvé sur le net)
lila
"Les gens qui m'ont vue trois fois s'y trompent. Ă me voir, coiffĂ©e en coup de vent, la jupe Ă ras de terre, le pied solide et le coup d'Ćil droit, ils se disent : "VoilĂ la petite bonne femme qu'il me faudrait ! C'est allant, c'est vif et si facile Ă vivre... !" Essayez donc ! Si j'Ă©tais homme et que je me connusse Ă fond, je ne m'aimerais guĂšre : insociable, emballĂ©e ou rĂ©voltĂ©e Ă premiĂšre vue, un flair qui se prĂ©tend infaillible et ne fait pas de concessions, maniaque, fausse bohĂšme, trĂšs "propriote" au fond, jalouse, sincĂšre par paresse et menteuse par pudeur...", La retraite sentimentale, Ă©ditions du Mercure de France, 1907
lila
« Si tu savais combien je tâaime, et combien jâai souffert de la peur de te perdre cette annĂ©e⊠Câest quand mĂȘme une chose touchante que de se voir devinĂ© si vraiment, et si dĂ©licatement dâailleurs, quand on est triste et quâon croit si bien le cacher. Cela mâest arrivĂ©, que veux-tu. Et tu sais bien que je ne peux ĂȘtre triste ou trĂšs heureuse que par toi⊠Mes souhaits, tu les connais. Je nâen ai quâun. Il a ta forme et ta figure et la durĂ©e de ma propre vie. »
Colette, lettre à Henry de Jouvenel, fin décembre 1920.
Marguerite32
Nous sommes la génération qui ne reviendra pas
Nous nâavions pas grand-chose.
Pas de smartphones pour nous occuper.
Pas dâinternet Ă faire dĂ©filer jusquâau milieu de la nuit.
Pas des chambres remplies de jouets Ă nâen plus finir.
Et pourtant⊠nous avions tout.
Nous avions des bancs devant nos maisons, oĂč les voisins restaient Ă discuter jusquâĂ ce que les Ă©toiles sâallument.
Nous avions des vĂ©los qui nous emmenaient Ă lâautre bout de la ville, jusquâĂ ce que les lampadaires nous rappellent quâil Ă©tait lâheure de rentrer.
Nous avions des repas oĂč chaque chaise Ă©tait occupĂ©e, et oĂč personne ne regardait un tĂ©lĂ©phone â parce quâil nây en avait pas.
Nous avions des parents qui travaillaient dur de leurs mains, qui ne disaient pas toujours « je tâaime » avec des mots, mais qui le prouvaient dans chaque plat cuisinĂ©, chaque chaussure rĂ©parĂ©e, chaque lumiĂšre laissĂ©e allumĂ©e pour quâon ne rentre jamais dans une maison sombre.
Nous sommes la gĂ©nĂ©ration des couvertures partagĂ©es, du sucre empruntĂ© au voisin, et des portes dâentrĂ©e qui nâĂ©taient jamais verrouillĂ©es.
La génération des lettres manuscrites, des centimes économisés, et des objets réparés plutÎt que jetés.
Nous ne mesurions pas le bonheur en choses.
Nous le mesurions en moments.
Et aujourdâhui, en vieillissant, nous rĂ©alisons quelque chose : ces jours-lĂ ne reviendront pas.
Le monde a changé. Le rythme est plus rapide, le bruit plus fort, les liens plus fragiles.
Mais les leçons, elles, demeurent.
Que la joie naĂźt dâune vie simple.
Que la famille compte plus que tout ce que lâon possĂšde.
Que lâamour ne se trouve pas dans les grands gestes, mais dans les sacrifices quotidiens que personne ne remarque.
Nous nâavions peut-ĂȘtre pas beaucoupâŠ
Mais nous avions tout ce qui comptait vraiment.
Et peut-ĂȘtre est-ce cette richesse-lĂ que le monde a besoin de se rappeler.
Trouvé sur le net
petitcanari
Cueillez dĂšs aujourdâhui les roses de la vie
Quand vous serez bien vieille, au soir, Ă la chandelle,
Assise auprÚs du feu, dévidant et filant,
Direz, chantant mes vers, en vous émerveillant :
« Ronsard me cĂ©lĂ©brait du temps que jâĂ©tais belle ! »
Lors, vous nâaurez servante oyant telle nouvelle,
Déjà sous le labeur à demi sommeillant,
Qui au bruit de Ronsard ne sâaille rĂ©veillant,
Bénissant votre nom de louange immortelle.
Je serais sous la terre, et, fantĂŽme sans os,
Par les ombres myrteux je prendrai mon repos ;
Vous serez au foyer une vieille accroupie,
Regrettant mon amour et votre fier dédain.
Vivez, si mâen croyez, nâattendez Ă demain :
Cueillez dĂšs aujourdâhui les roses de la vie.
â Pierre de Ronsard (1524-1585)
