
petitcanari
lila a écrit :
Texto:
Monsieur le Président,
La vanitĂ© rend aveugle et sourd. Eussiez-vous un QI XXXL, la vanitĂ© anĂ©antirait les capacitĂ©s de vos neurones. Mais bien sĂ»r, vous nâĂȘtes pas concernĂ©.
Quand on accepte le sobriquet de Jupiter, on se sent planer au-dessus du vulgum pecus, dâautant que Jupiter est le dieu romain le plus puissant du panthĂ©on.
Mais Jupiter est aussi, Ă 95 %, formĂ© de gaz. Câest dire quâil nâa quasiment aucune consistance.
Et câest bien ce Ă quoi vous nous avez confrontĂ©s, en proclamant sans cesse, avec une autoritĂ© jupitĂ©rienne, tout et son contraire, ou en traitant un jour avec morgue, du bas de votre grandeur, le chef suprĂȘme des ArmĂ©es de France, ou en abreuvant quasi chaque jour le peuple français, du haut de votre humilitĂ© tartufienne, de mesures indigestes et irrationnelles, jusquâau paroxysme de lâinsupportable.
Le navire France sous le contrĂŽle de Jupiter, guidĂ© tantĂŽt Ă la voile, tantĂŽt Ă la vapeur, devient un bateau qui tourne sur lui-mĂȘme quand les vents sont contraires. ENTENDEZ-VOUS, DANS NOS CAMPAGNES, LE BRUIT DES MULTIPLES MOUTONS ENRAGĂS ? .. Oh oui, vous lâentendez, mais vous nâen avez cure ! ..
Vous croyez encore et toujours pouvoir tout contrĂŽler alors que tout vous Ă©chappe, et â on le voit â la panique commence Ă sâemparer de lâĂlysĂ©e.
Si vous nâĂ©tiez pas Jupiter, cette usine Ă gaz, vous comprendriez quâune Ă©tincelle suffit dĂ©sormais pour embraser une France en colĂšre.
JâĂ©tais dans les premiers rangs des manifs de mai 68 alors que vous nâĂ©tiez mĂȘme pas nĂ©, je sais comment ce pays peut sortir en un instant de son endormissement, qui nâest quâapparent malgrĂ© les doses gargantuesques de soporifiques que ses mĂ©dias lui font absorber chaque jour.
Si vous nâĂ©tiez pas jupitĂ©rien, vous auriez sans doute la dĂ©cence, le bon sens et lâintelligence de descendre de votre trĂŽne, et de dĂ©missionner avant quâil ne soit trop tard, pour laisser Ă ce pays une chance de respirer et de se redresser.
Je suis chrĂ©tienne, jâai 77 ans, je devrais faire partie de la majoritĂ© silencieuse parce que censĂ©e ĂȘtre de date pĂ©rimĂ©e.
Mais voilĂ , je suis une Française en colĂšre. En colĂšre car vous saccagez mon pays, un pays que jâaime, tandis que vous en piĂ©tinez les racines et les valeurs, et que vous prenez le peuple français pour un troupeau de moutons bons Ă tondre, et qui ne sait que bĂȘler bĂȘtement, ou pleurnicher.
Vous ne connaissez ni la France, ni les Français. Quand on les tond de trop prĂšs, jusquâĂ leur arracher la peau, ils sont capables, en une minute, de se transformer en taureaux furieux qui chargent en renversant tout sur leur passage.
Monsieur le PrĂ©sident Macron, je le sens, je le sais, si vous persistez Ă vous accrocher Ă un trĂŽne qui ne vous appartient pas et dont vous vous ĂȘtes emparĂ© Ă coup de coups fourrĂ©s, ce sont des milliers de Français qui pourraient pĂ©rir dans la guerre la plus cruelle et la plus horrible qui soit : la guerre civile.
Vous avez bien piĂ©tinĂ© lâarmĂ©e : elle ne vous suivra pas, dâautant plus que vous lui avez ĂŽtĂ© les moyens de dĂ©fendre la France (vos prĂ©dĂ©cesseurs avaient dĂ©jĂ bien entamĂ© cette tĂąche) et que vous lâavez insultĂ©e.
La police ? ⊠Elle ne vous suivra pas : elle est excĂ©dĂ©e des ordres et contre-ordres de la Gauche depuis des dĂ©cennies, excĂ©dĂ©e dâĂȘtre privĂ©e de moyens logistiques, excĂ©dĂ©e dâĂȘtre enrayĂ©e dans ses capacitĂ©s dâaction par une rĂ©glementation si tordue que souvent câest le policier qui est intervenu contre un dĂ©linquant dangereux que lâon sanctionne, tandis que le criminel est relaxĂ©.
Elle est excĂ©dĂ©e de servir de chair Ă canon Ă la racaille que vous chĂ©rissez tellement que vous en venez Ă la serrer dans vos bras avec des yeux enamourĂ©s quand mĂȘme ses ressortissants vous font un « doigt dâhonneur ».
La racaille des banlieues pour vous dĂ©fendre ? ⊠Elle est passĂ©e maĂźtresse dans lâart de se servir de votre « humanisme » candide pour tout vous soutirer â vos prĂ©dĂ©cesseurs les ont dĂ©jĂ bien conditionnĂ©s.
Lâimmigration islamique que vous dorlotez au dĂ©triment des Français, parce quâelle reprĂ©sente un Ă©lectorat potentiel et une « population de remplacement » ? ⊠Elle vous considĂšre, tout comme nâimporte quel Français, comme un fĂ©tu de paille Ă balayer, pour pouvoir instaurer ses lois, ses coutumes barbares, sa religion moyenĂągeuse, ses restrictions alimentaires, son sexisme, son racisme, sa polygamie, et tous les autres prĂ©ceptes anti dĂ©mocratiques de la charia et des hadiths.
Je pourrais continuer longtemps, mais je ne veux pas que cela ressemble Ă un rĂ©quisitoire. Je veux juste vous adresser une supplique : Monsieur le PrĂ©sident Macron, par amour de la France, je vous en conjure, partez ! âŠ
Câest une vieille Française qui vous parle, une vieille Française contrainte de conduire pour survivre puisquâelle est en rase campagne et quâil faut bien aller chercher son pain quotidiennement, une vieille Française dont le fuel dont elle se chauffe a augmentĂ© de 40% en quelques mois, et qui subit une CSG en courant ascensionnel perpĂ©tuel, tandis que sa retraite plane dĂ©sespĂ©rĂ©ment au-dessous du seuil de survie.
Pourtant, ce nâest pas pour moi que je suis en colĂšre, je suis en colĂšre pour ce que vous faites Ă la France, pour le seul profit dâune caste avide et mĂ©prisante, et pour la plus grande satisfaction de hordes dâenvahisseurs dont une grande partie est composĂ©e de malfaisants et de terroristes.
Jâai mal Ă la France, SVP, PARTEZ
Anne-Marie Tampigny

m'autorises tu à le mettre en topic ? ce texte le mérite, car il sera noyé par les jeux.
lila
Texto:
Monsieur le Président,
La vanitĂ© rend aveugle et sourd. Eussiez-vous un QI XXXL, la vanitĂ© anĂ©antirait les capacitĂ©s de vos neurones. Mais bien sĂ»r, vous nâĂȘtes pas concernĂ©.
Quand on accepte le sobriquet de Jupiter, on se sent planer au-dessus du vulgum pecus, dâautant que Jupiter est le dieu romain le plus puissant du panthĂ©on.
Mais Jupiter est aussi, Ă 95 %, formĂ© de gaz. Câest dire quâil nâa quasiment aucune consistance.
Et câest bien ce Ă quoi vous nous avez confrontĂ©s, en proclamant sans cesse, avec une autoritĂ© jupitĂ©rienne, tout et son contraire, ou en traitant un jour avec morgue, du bas de votre grandeur, le chef suprĂȘme des ArmĂ©es de France, ou en abreuvant quasi chaque jour le peuple français, du haut de votre humilitĂ© tartufienne, de mesures indigestes et irrationnelles, jusquâau paroxysme de lâinsupportable.
Le navire France sous le contrĂŽle de Jupiter, guidĂ© tantĂŽt Ă la voile, tantĂŽt Ă la vapeur, devient un bateau qui tourne sur lui-mĂȘme quand les vents sont contraires. ENTENDEZ-VOUS, DANS NOS CAMPAGNES, LE BRUIT DES MULTIPLES MOUTONS ENRAGĂS ? .. Oh oui, vous lâentendez, mais vous nâen avez cure ! ..
Vous croyez encore et toujours pouvoir tout contrĂŽler alors que tout vous Ă©chappe, et â on le voit â la panique commence Ă sâemparer de lâĂlysĂ©e.
Si vous nâĂ©tiez pas Jupiter, cette usine Ă gaz, vous comprendriez quâune Ă©tincelle suffit dĂ©sormais pour embraser une France en colĂšre.
JâĂ©tais dans les premiers rangs des manifs de mai 68 alors que vous nâĂ©tiez mĂȘme pas nĂ©, je sais comment ce pays peut sortir en un instant de son endormissement, qui nâest quâapparent malgrĂ© les doses gargantuesques de soporifiques que ses mĂ©dias lui font absorber chaque jour.
Si vous nâĂ©tiez pas jupitĂ©rien, vous auriez sans doute la dĂ©cence, le bon sens et lâintelligence de descendre de votre trĂŽne, et de dĂ©missionner avant quâil ne soit trop tard, pour laisser Ă ce pays une chance de respirer et de se redresser.
Je suis chrĂ©tienne, jâai 77 ans, je devrais faire partie de la majoritĂ© silencieuse parce que censĂ©e ĂȘtre de date pĂ©rimĂ©e.
Mais voilĂ , je suis une Française en colĂšre. En colĂšre car vous saccagez mon pays, un pays que jâaime, tandis que vous en piĂ©tinez les racines et les valeurs, et que vous prenez le peuple français pour un troupeau de moutons bons Ă tondre, et qui ne sait que bĂȘler bĂȘtement, ou pleurnicher.
Vous ne connaissez ni la France, ni les Français. Quand on les tond de trop prĂšs, jusquâĂ leur arracher la peau, ils sont capables, en une minute, de se transformer en taureaux furieux qui chargent en renversant tout sur leur passage.
Monsieur le PrĂ©sident Macron, je le sens, je le sais, si vous persistez Ă vous accrocher Ă un trĂŽne qui ne vous appartient pas et dont vous vous ĂȘtes emparĂ© Ă coup de coups fourrĂ©s, ce sont des milliers de Français qui pourraient pĂ©rir dans la guerre la plus cruelle et la plus horrible qui soit : la guerre civile.
Vous avez bien piĂ©tinĂ© lâarmĂ©e : elle ne vous suivra pas, dâautant plus que vous lui avez ĂŽtĂ© les moyens de dĂ©fendre la France (vos prĂ©dĂ©cesseurs avaient dĂ©jĂ bien entamĂ© cette tĂąche) et que vous lâavez insultĂ©e.
La police ? ⊠Elle ne vous suivra pas : elle est excĂ©dĂ©e des ordres et contre-ordres de la Gauche depuis des dĂ©cennies, excĂ©dĂ©e dâĂȘtre privĂ©e de moyens logistiques, excĂ©dĂ©e dâĂȘtre enrayĂ©e dans ses capacitĂ©s dâaction par une rĂ©glementation si tordue que souvent câest le policier qui est intervenu contre un dĂ©linquant dangereux que lâon sanctionne, tandis que le criminel est relaxĂ©.
Elle est excĂ©dĂ©e de servir de chair Ă canon Ă la racaille que vous chĂ©rissez tellement que vous en venez Ă la serrer dans vos bras avec des yeux enamourĂ©s quand mĂȘme ses ressortissants vous font un « doigt dâhonneur ».
La racaille des banlieues pour vous dĂ©fendre ? ⊠Elle est passĂ©e maĂźtresse dans lâart de se servir de votre « humanisme » candide pour tout vous soutirer â vos prĂ©dĂ©cesseurs les ont dĂ©jĂ bien conditionnĂ©s.
Lâimmigration islamique que vous dorlotez au dĂ©triment des Français, parce quâelle reprĂ©sente un Ă©lectorat potentiel et une « population de remplacement » ? ⊠Elle vous considĂšre, tout comme nâimporte quel Français, comme un fĂ©tu de paille Ă balayer, pour pouvoir instaurer ses lois, ses coutumes barbares, sa religion moyenĂągeuse, ses restrictions alimentaires, son sexisme, son racisme, sa polygamie, et tous les autres prĂ©ceptes anti dĂ©mocratiques de la charia et des hadiths.
Je pourrais continuer longtemps, mais je ne veux pas que cela ressemble Ă un rĂ©quisitoire. Je veux juste vous adresser une supplique : Monsieur le PrĂ©sident Macron, par amour de la France, je vous en conjure, partez ! âŠ
Câest une vieille Française qui vous parle, une vieille Française contrainte de conduire pour survivre puisquâelle est en rase campagne et quâil faut bien aller chercher son pain quotidiennement, une vieille Française dont le fuel dont elle se chauffe a augmentĂ© de 40% en quelques mois, et qui subit une CSG en courant ascensionnel perpĂ©tuel, tandis que sa retraite plane dĂ©sespĂ©rĂ©ment au-dessous du seuil de survie.
Pourtant, ce nâest pas pour moi que je suis en colĂšre, je suis en colĂšre pour ce que vous faites Ă la France, pour le seul profit dâune caste avide et mĂ©prisante, et pour la plus grande satisfaction de hordes dâenvahisseurs dont une grande partie est composĂ©e de malfaisants et de terroristes.
Jâai mal Ă la France, SVP, PARTEZ
Anne-Marie Tampigny
lila
Conseil tenu par les Rats
Jean de La Fontaine
Un Chat, nommé Rodilardus
Faisait des Rats telle déconfiture
Que lâon nâen voyait presque plus,
Tant il en avait mis dedans la sépulture.
Le peu quâil en restait, nâosant quitter son trou,
Ne trouvait Ă manger que le quart de son sou,
Et Rodilard passait, chez la gent misérable,
Non pour un Chat, mais pour un Diable.
Or un jour quâau haut et au loin
Le galant alla chercher femme,
Pendant tout le sabbat quâil fit avec sa Dame,
Le demeurant des Rats tint chapitre en un coin
Sur la nécessité présente.
DĂšs lâabord, leur Doyen, personne fort prudente,
Opina quâil fallait, et plus tĂŽt que plus tard,
Attacher un grelot au cou de Rodilard ;
Quâainsi, quand il irait en guerre,
De sa marche avertis, ils sâenfuiraient en terre ;
Quâil nây savait que ce moyen.
Chacun fut de lâavis de Monsieur le Doyen,
Chose ne leur parut Ă tous plus salutaire.
La difficultĂ© fut dâattacher le grelot.
Lâun dit : « Je nây vas point, je ne suis pas si sot »;
Lâautre : « Je ne saurais. »Si bien que sans rien faire
On se quitta. Jâai maints Chapitres vus,
Qui pour néant se sont ainsi tenus ;
Chapitres, non de Rats, mais Chapitres de Moines,
Voire chapitres de Chanoines.
Ne faut-il que délibérer,
La Cour en Conseillers foisonne ;
Est-il besoin dâexĂ©cuter,
Lâon ne rencontre plus personne.
Jean de La Fontaine
lila
"L'amour est la plus douce des drogues dures. Il nous parle de nous-mĂȘmes. Il nous entraĂźne derriĂšre lui. L'amour force tous les barrages. Il est seul Ă rĂ©gner et il nous fait souffrir autant. Il nous fait rire et il nous fait pleurer. Il nous fait vivre et il nous fait mourir. Il est le seul Ă nous faire sentir que nous existons. Il est le seul Ă nous faire oublier que nous allons mourir."
Jean d'Ormesson, Une fĂȘte en larmes
lila
Je l'aime tant, le temps qui reste....je veux rire, courir, pleurer, parler et voir et croire et boire, danser, crier , manger, nager, bondir , désobéir, j'ai pas fini, j'ai pas fini, voler, chanter , partir, repartir, souffrir, aimer.
Je l'aime tant le temps qui reste.
Serge Reggiani
lila
"Je crois qu'un homme et une femme s'aiment davantage quand ils ne vivent pas ensemble et quand ils ne savent l'un de l'autre qu'une seule chose, qu'ils existent, et quand ils sont reconnaissants l'un envers l'autre parce qu'ils existent et parce qu'ils savent qu'ils existent. Et ça leur suffit pour ĂȘtre heureux. Je te remercie d'exister."
Milan Kundera, Risibles amours.
lila
JE SUIS DISPARU CE MATIN Ă 9 HEURES.
Je ne suis pas mort. Je nâai pas Ă©tĂ© enlevĂ©. JâĂ©tais simplement dans mon allĂ©e, dans un quartier calme dâune ville moyenne de lâOuest, et je regardais le monde me traverser du regard, comme si jâĂ©tais fait de verre.
On faisait un vide-maison. Câest un mot pratique, presque propre, pour quelque chose qui ne lâest pas du tout : des inconnus fouillent 82 ans de souvenirs comme on feuillette de vieux prospectus.
Un jeune couple sâest arrĂȘtĂ© devant ma grande table de salle Ă manger en chĂȘne massif.
La table sur laquelle ma femme, Babette, a servi cinquante repas de Noël.
La table oĂč nous avons pleurĂ© un soir, devant la tĂ©lĂ©vision, quand on a compris quâune Ă©poque basculait.
La table oĂč nous avons trinquĂ© quand notre fille est revenue de lâĂ©tranger, avec une valise abĂźmĂ©e et un sourire qui tremblait.
« Elle est trop lourde », a dit le jeune homme en faisant une petite grimace.
« Et puis cette couleur sombre⊠câest vraiment vieux. Il faudrait la peindre en blanc, sinon ça ne va dans aucun appart moderne. »
Ăa nâa pas simplement fait mal. Ăa a saignĂ©.
Câest Ă©trange comme ce pays peut apprendre vite Ă ne plus voir ses vieux.
On ne devient pas méchant, on ne devient pas bruyant : on devient invisible.
Jâentends les blagues. Je vois les memes sur les smartphones, ceux dont vous croyez quâon ne saurait mĂȘme pas se servir.
Vous nous appelez âĂ lâancienneâ, âcompliquĂ©sâ, âbloquĂ©sâ.
Vous riez des choses pour lesquelles on a économisé des mois.
Vous levez les yeux au ciel devant nos vinyles, nos rideaux épais, nos figurines en porcelaine dans la vitrine du salon.
Mais je vous dis quelque chose qui fait mal :
**ça nous casse le cĆur.** Plus quâon ne lâavoue.
Les jeunes ne veulent pas des meubles quâon a entretenus pendant des dĂ©cennies.
Ils ne veulent pas de la âbelle vaisselleâ qui ne sortait quâaux grandes occasions.
Ils ne veulent pas des albums photo, avec les noms Ă©crits Ă la main, soigneusement, pour quâon nâoublie pas.
Et le pire ?
Parfois, on dirait quâils ne veulent mĂȘme pas de nos histoires.
Ils préfÚrent regarder un écran plutÎt que nos yeux fatigués.
Mais écoutez bien, parce que le temps est un boomerang.
Hier, jâai vu une fille en jean taille haute, exactement comme celui que Babette portait en 1968.
Et lâautre jour, Ă la radio, jâai entendu une chanson qui avait lâair de sortir de ces tubes quâon mettait lâĂ©tĂ©, fenĂȘtres ouvertes, quand on dansait jusquâĂ en avoir mal aux jambes.
Tout ce que vous moquez aujourdâhui a dĂ©jĂ Ă©tĂ© moderne.
Tout ce que vous appelez âmocheâ a dĂ©jĂ Ă©tĂ© une promesse.
Et ce âpull vintageâ que vous avez dĂ©nichĂ© en friperie ?
Jâen portais un pareil quand jâavais vingt ans, le soir de mon premier concert, le billet serrĂ© dans la paume comme un talisman.
La couleur avec laquelle vous peignez votre salon ?
Câest la mĂȘme que celle de notre premiĂšre chambre Ă coucher : jeunes, fauchĂ©s, et amoureux Ă en perdre la tĂȘte.
On nâest pas nĂ©s avec des rides.
Nous aussi, on a Ă©tĂ© les âfousâ.
On a marchĂ© la nuit, sans savoir lâheure, le long des quais, juste pour sentir lâair.
On sâest Ă©gosillĂ©s sur des places, parce quâon croyait que la voix pouvait changer quelque chose.
On a construit des immeubles oĂč vous travaillez aujourdâhui.
On a posé des routes sur lesquelles tout roule vite.
On a été beaux. On a été forts.
Et oui, à un moment, le temps nous a rattrapés.
Alors jâai une demande.
La prochaine fois que vous verrez une femme ùgée au supermarché, en train de compter ses piÚces une par une, ou un homme ùgé qui traverse lentement, ne regardez pas à travers eux.
Ne soupirez pas.
Offrez-leur une minute de patience.
Ou un sourire.
Ou une question.
Regardez la personne, pas lâĂąge.
Parce quâun jour, plus vite que vous ne le croyez, votre musique sera appelĂ©e âdu bruitâ.
Votre mode sera âridiculeâ.
Et quelquâun de plus jeune montrera une vieille photo de vous en riant.
Et Ă ce moment-lĂ , vous espĂ©rerez que quelquâun vous regarde â vraiment vous regarde â et comprenne :
LĂ , il y a un ĂȘtre humain qui a vĂ©cu.
lila
Notre monde est en train de beaucoup changer : il se construit peu Ă peu Ă©motionnellement avec des rĂ©actions qui relĂšvent de la transmission immĂ©diate de la perception de l'Ă©motion, d'oĂč le buzz, le tweet... On rĂ©agit immĂ©diatement Ă un Ă©vĂ©nement sans en analyser la portĂ©e, la densitĂ©, l'effrayant ou la magie. On perçoit, me semble-t-il, de moins en moins la capacitĂ© qu'ont Ă nous construire les Ă©vĂ©nements que nous traversons. J'ai l'impression que c'est Ă celui qui va ĂȘtre Ă©gratignĂ© le plus vite, qui va crier le plus vite parce qu'il a Ă©tĂ© Ă©gratignĂ©, et que personne ne va rĂ©flĂ©chir au fond sur ce qui se passe ou sur ce qui vient de se passer. C'est comme s'il fallait sans cesse lever le doigt Ă tout prix et Ă toute vitesse.
Ă force, on Ă©mousse la sensibilitĂ© mais surtout la rĂ©flexion. D'oĂč cette incroyable et fameuse primaritĂ© devant les rĂ©actions. Et si on ironise sur le fait, on prive les autres de leur rĂ©action, donc on est considĂ©rĂ© comme un ennemi. Il me semble qu'il y a perte de l'humour et du sarcasme. Tout devient interdit. C'est une maladie ultra-contemporaine.
Olivier de Kersauson
parigote
lila a écrit :
Mon cĆur ne sâest pas brisĂ© lorsque les mĂ©decins mâont annoncĂ© que mon mari, Frank, Ă©tait parti. Il ne sâest pas brisĂ© non plus quand jâai dĂ» vendre la maison oĂč nous avions vĂ©cu quarante ans parce que les escaliers Ă©taient devenus trop raides.
Non. Mon cĆur sâest brisĂ© un mardi aprĂšs-midi, en fixant une bulle bleue sur lâĂ©cran dâun iPhone.
Je mâappelle Margaret. Jâai 76 ans. Je vis dans un petit appartement tranquille en banlieue de Chicago, et je veux vous raconter le NoĂ«l qui a failli me dĂ©truire. Pas Ă cause dâune tragĂ©die, mais Ă cause dâune phrase qui hante aujourdâhui des milliers de personnes ĂągĂ©es Ă travers lâAmĂ©rique.
« Tu peux passer plus tard pour le dessert, si tu veux. »
Ce nâĂ©tait pas dit avec mĂ©chancetĂ©. Il nây a pas eu de cris. Juste un message de ma fille, Jessica. Une mĂšre moderne, dĂ©bordĂ©e. Une femme qui jongle entre un travail dans une grande entreprise, deux adolescents et un crĂ©dit immobilier.
Mais ces mots mâont frappĂ©e plus violemment que le vent glacĂ© du lac.
Pendant trente ans, NoĂ«l chez nous Ă©tait un beau dĂ©sordre. Le Super Bowl de la vie domestique. Du papier cadeau jusque dans le couloir. Frank essayant de dĂ©couper une dinde toujours un peu trop sĂšche. Les enfants qui hurlaient. Lâodeur de cannelle et de lĂ©gĂšre panique.
JâĂ©tais la cheffe dâorchestre. JâĂ©tais le centre de gravitĂ©.
Mais le temps est un voleur. Il vous prend dâabord le bruit, puis il vous prend votre raison dâĂȘtre.
Frank est parti. Les enfants ont dĂ©mĂ©nagĂ© dans dâautres Ătats. Les petits-enfants ont grandi et ne communiquent plus que par emojis. Et soudain, ma maison Ă©tait impeccable.
Silencieuse.
Terriblement silencieuse.
Cette annĂ©e-lĂ , jâai attendu le plan. Vous connaissez ce sentiment ? Regarder son tĂ©lĂ©phone toutes les heures, espĂ©rant lâinvitation. Pas seulement une invitation, mais un besoin. Je voulais ĂȘtre nĂ©cessaire.
Finalement, jâai envoyĂ© un message Ă Jessica :
« à quelle heure dois-je venir le 25 ? Veux-tu que je prépare la casserole de patates douces ? »
Trois petits points ont clignoté. Puis la réponse :
« Salut Maman ! Cette année on va vraiment faire un matin tranquille. Juste nous et les enfants en pyjama pour ouvrir les cadeaux. On est épuisés. Mais tu peux passer plus tard pour le dessert si tu veux ! Vers 16h ? Aucune obligation ! »
Je suis restée assise dans ma cuisine, le silence résonnant comme une cloche.
Tranquille. Juste nous. Si tu veux.
LâAmĂ©rique moderne est obsĂ©dĂ©e par la âfamille nuclĂ©aireâ. Le pĂšre, la mĂšre, les enfants. Tous les autres â mĂȘme ceux qui vous ont Ă©levĂ©s â deviennent des accessoires. Des ajouts.
Je me suis sentie comme une arriÚre-pensée. Comme une invitée.
Jâai rĂ©pondu : « Parfait ! Ă tout Ă lâheure ! »
Parce que câest ce que font les mĂšres. Nous ne voulons pas ĂȘtre un poids. Nous ne voulons pas ĂȘtre la belle-mĂšre âenvahissanteâ. Nous avalons la boule dans notre gorge et nous mettons un point dâexclamation pour cacher la douleur.
Le matin de NoĂ«l est arrivĂ©. Je me suis rĂ©veillĂ©e Ă 6 heures, par habitude. Mon corps se souvenait de la casserole Ă enfourner. Mes mains se souvenaient du poids dâune chaussette de NoĂ«l.
Mais il nây avait rien Ă faire.
Jâai fait une seule tasse de cafĂ©. Jâai allumĂ© la tĂ©lĂ©vision pour regarder la parade Ă New York. Jâai vu la foule, les familles, les pancartes âHi Mom !â.
Je me suis assise dans mon salon impeccable, entourĂ©e de dĂ©corations soignĂ©es que personne ne verrait, et jâai pleurĂ©.
Je nâai pas pleurĂ© parce que jâĂ©tais seule. Jâai pleurĂ© parce que jâĂ©tais optionnelle.
Vers midi, je nâen pouvais plus du silence. Jâai mis mon manteau et jâai conduit. Jâai passĂ© les maisons du quartier. Jâai vu les voitures entassĂ©es sur les allĂ©es. Jâai vu, Ă travers les fenĂȘtres, des silhouettes â des grands-mĂšres tenant des bĂ©bĂ©s, des pĂšres jouant avec des chiens.
Et jâai compris quelque chose de terrifiant sur la vieillesse dans ce pays : nous sacrifions la communautĂ© pour lâindĂ©pendance, et nous finissons dans lâisolement.
Je me suis arrĂȘtĂ©e dans une station-service juste pour entendre une voix humaine. Le caissier, un jeune avec des piercings et un sourire fatiguĂ©, mâa dit : « Joyeux NoĂ«l. »
Jâai failli le serrer dans mes bras. « Joyeux NoĂ«l », ai-je rĂ©pondu. « Je vais voir mes petits-enfants plus tard. »
Jâavais besoin de lâentendre Ă voix haute pour que ça semble rĂ©el.
Lorsque 16h a enfin sonnĂ©, jâai frappĂ© chez Jessica.
La porte sâest ouverte sur un mur de chaleur et de bruit. Lâodeur de viande rĂŽtie. Le match de football sur lâĂ©cran gĂ©ant.
« Mamie ! » Les enfants ont levĂ© les yeux de leurs iPads une seconde avant dây replonger.
Jessica mâa serrĂ©e dans ses bras, parfumĂ©e au vin et Ă lâeau de parfum chĂšre. « Maman ! Tu es lĂ ! Prends une assiette, il reste de la dinde sur le comptoir. »
Jâai souri. Jâai mangĂ© la dinde froide. Je les ai regardĂ©s rire Ă des blagues dâinitiĂ©s dont je ne faisais pas partie.
JâĂ©tais lĂ . Mais je nâĂ©tais pas lĂ .
JâĂ©tais spectatrice de la vie que jâavais contribuĂ© Ă bĂątir.
Sur la route du retour, glacĂ©e et sombre, la vĂ©ritĂ© sâest dĂ©posĂ©e en moi. Une vĂ©ritĂ© dure, inconfortable, mais nĂ©cessaire Ă dire.
Ătre aimĂ© nâest pas la mĂȘme chose quâĂȘtre inclus.
Ma fille mâaime. Je le sais. Elle sâoccuperait de moi si je tombais malade. Elle se battrait pour moi. Mais elle a oubliĂ© que je suis une personne qui a besoin dâappartenir, pas seulement un problĂšme Ă gĂ©rer ou une case Ă cocher sur un planning de fĂȘtes.
La leçon pour les familles modernes :
Si vous ĂȘtes un enfant adulte en train de lire ceci, Ă©coutez bien.
Vos parents savent que vous ĂȘtes dĂ©bordĂ©s. Nous savons que lâĂ©conomie est difficile. Nous savons que vous ĂȘtes Ă©puisĂ©s par vos semaines de cinquante heures. Nous savons que vous voulez juste vous reposer en pyjama.
Mais nous disparaissons.
Notre monde rétrécit de jour en jour. Nous perdons des amis. Nous perdons en mobilité. Nous perdons en importance.
La seule chose qui nous rattache encore Ă cette terre, câest vous.
Quand vous dites : « Passe plus tard », vous dites : « Tu fais partie de ma journĂ©e, mais tu nâen es pas la prioritĂ©. »
Nous ne voulons pas vos cadeaux coĂ»teux. Nous nâavons pas besoin dâun dĂźner parfaitement organisĂ©.
Nous voulons voir les cheveux Ă©bouriffĂ©s du matin. Nous voulons aider Ă ramasser les papiers cadeaux. Nous voulons ĂȘtre dans le chaos, pas des visiteurs venus constater les restes.
Alors, sâil vous plaĂźt.
Cette annĂ©e, ne nous âcaserâ pas entre une sieste et un Ă©pisode Netflix.
Appelez-nous dâabord. Invitez-nous tĂŽt. Faites-nous une place avant que la nourriture ne refroidisse.
Parce quâun jour, le tĂ©lĂ©phone ne sonnera plus. La maison sera vide. Et vous rĂ©aliserez que le plus beau cadeau nâĂ©tait pas sous le sapin.
CâĂ©tait la personne assise tranquillement sur le canapĂ©, heureuse simplement dâĂȘtre tĂ©moin de votre vie.
Nâattendez pas que nous soyons un souvenir pour nous traiter comme une prioritĂ©.
Un texte qui reflĂ©te notre sociĂ©tĂ© actuelle faite d'Ă©goĂŻsme, dâindiffĂ©rence...sans conversation, sans esprit de famille..ainsi les valeurs d'antan : la solidarite, le respect, lâamour du prochain sont relĂ©guĂ©s aux oubliettes....
lila
Je me tenais dans le hall d'accueil de l'EHPAD, serrant une brochure sur le « vieillissement digne », réalisant que le prix d'entrée était l'exécution de la seule ùme qui me regardait encore comme si je comptais.
L'administratrice, une jeune femme au sourire qui n'atteignait jamais ses yeux, tapota sur sa tablette. « Monsieur Vasseur, comme nous en avons discuté, le rÚglement intérieur est strict. Pas d'animaux de plus de quinze kilos. C'est une question de responsabilité et d'assurance. »
J'ai baissĂ© les yeux. Gaston, mon Griffon Korthals de douze ans, appuyait sa lourde tĂȘte broussailleuse contre ma cuisse. Son museau Ă©tait grisonnant, ses yeux voilĂ©s par la cataracte, mais sa queue battait une mesure lente et rythmique sur le lino : poum-poum. C'Ă©tait un chien de pays, une race rustique taillĂ©e pour la chasse dans les maquis, dĂ©sormais rĂ©duit Ă un « risque assurantiel » dans une banlieue qui sentait le dĂ©sinfectant et l'indiffĂ©rence.
« Ce n'est pas un animal de compagnie », dis-je, la voix rauque. « C'est ma famille. »
« Nous pouvons vous fournir une liste de refuges locaux », proposa-t-elle, faisant déjà défiler la page suivante. « L'association a des... solutions humaines. »
Je suis sorti. Je n'ai pas signé les papiers.
Ma fille, Valérie, attendait dans sa voiture à l'extérieur, le moteur tournant au ralenti. Elle était en conférence téléphonique, levant un doigt pour me faire taire alors que je montais. Gaston a sifflé quand j'ai hissé ses trente-cinq kilos sur la banquette arriÚre.
Quand elle a finalement raccrochĂ©, elle a poussĂ© un soupir, le genre de soupir qui porte le poids d'un prĂȘt immobilier, d'un divorce et d'un pĂšre tĂȘtu. « Papa, on en a dĂ©jĂ parlĂ©. Tu ne peux pas rester dans le vieux pavillon. Les promoteurs rachĂštent tout le quartier. La taxe fonciĂšre te bouffe tout cru. Tu as besoin de soins. Je ne peux pas... je ne peux pas vous prendre tous les deux. Ma copropriĂ©tĂ© a des rĂšgles strictes. »
« Je sais, ma chĂ©rie », dis-je en regardant par la fenĂȘtre. Nous sommes passĂ©s devant l'ancienne quincaillerie oĂč j'avais travaillĂ© pendant quarante ans. C'Ă©tait une salle de sport branchĂ©e maintenant. Le petit bistrot oĂč j'avais rencontrĂ© sa mĂšre Ă©tait devenu une chaĂźne de cafĂ© standardisĂ©e oĂč l'on ne payait plus en espĂšces. La ville oĂč j'avais construit ma vie s'Ă©tait embourgeoisĂ©e autour de moi, me traitant comme un trottoir fissurĂ© qu'elle attendait de goudronner.
« C'est juste un chien, Papa », dit-elle doucement en prenant ma main. « Tu choisis un chien plutÎt que ton avenir. »
« Je choisis de ne pas ĂȘtre seul », ai-je murmurĂ©.
Ce soir-là , je me suis assis sur ma terrasse pour la derniÚre fois. Le panneau « à Vendre » était déjà planté dans la pelouse. à l'intérieur, Valérie avait emballé ma vie dans des cartons de déménagement. « Juste l'essentiel, Papa », avait-elle dit. « Il n'y a pas de place pour le superflu dans l'établissement. »
J'ai regardĂ© Gaston. Il dormait sur le flanc, les pattes agitĂ©es de spasmes, chassant des sangliers fantĂŽmes dans ses rĂȘves. J'ai rĂ©alisĂ© alors que pour le monde moderne, nous Ă©tions tous les deux du superflu. Nous Ă©tions du matĂ©riel obsolĂšte dans un monde logiciel. On me demandait de me replier, de devenir un petit invitĂ© pratique dans un coin de l'existence jusqu'Ă ma date de pĂ©remption.
J'ai pensĂ© au « bon vieux temps ». Pas parce que tout Ă©tait parfait Ă l'Ă©poque â ce n'Ă©tait pas le cas. Mais parce qu'Ă l'Ă©poque, une poignĂ©e de main valait contrat, les voisins connaissaient votre nom, et on n'abandonnait pas son Ă©quipe juste parce que la route devenait difficile.
« Allez, mon grand », dis-je.
Le lendemain matin, j'ai fait quelque chose d'imprudent. Je ne suis pas allé au refuge. Je suis allé à la banque.
J'ai retirĂ© mes Ă©conomies. Ce n'Ă©tait pas une fortune â juste ce qu'il restait aprĂšs les frais mĂ©dicaux pour ma femme, Martine. J'ai conduit jusqu'Ă un parc de voitures d'occasion en pĂ©riphĂ©rie de la ville, le genre avec des petits fanions qui claquent au vent et un vendeur dĂ©sespĂ©rĂ©.
Je l'ai trouvĂ© dans la rangĂ©e du fond. Un vieux fourgon amĂ©nagĂ© de 1998. Il Ă©tait moche, d'un beige passĂ©, et avait une tache de rouille sur l'aile qui ressemblait Ă la carte de la Corse. Mais le moteur â un vieux diesel increvable â Ă©tait solide. Je savais rĂ©parer un moteur. Je ne pouvais pas rĂ©parer une sociĂ©tĂ© brisĂ©e, mais je pouvais rĂ©parer une transmission.
« Je le prends », ai-je dit au vendeur. « En espÚces. »
J'ai passĂ© l'aprĂšs-midi Ă transfĂ©rer mes outils, mes vĂȘtements et le panier de Gaston dans le fourgon. J'ai laissĂ© les cartons d'« essentiels » que ValĂ©rie avait prĂ©parĂ©s. Je n'avais pas besoin de figurines en cĂ©ramique ou de serviettes de toilette chics. J'avais besoin d'un jeu de clĂ©s Ă douille, d'une glaciĂšre et de mon copilote.
Avant de dĂ©marrer le moteur, j'ai emmenĂ© Gaston faire un tour dans le parc du centre-ville. La tension dans l'air Ă©tait palpable. On peut la sentir en France ces jours-ci â tout le monde est en colĂšre, tout le monde scrolle sur son tĂ©lĂ©phone, tout le monde est prĂȘt Ă se battre pour un regard de travers ou un slogan.
PrÚs de la fontaine, un jeune homme hurlait sur un serveur qui l'avait bousculé. Le gamin avait l'air terrifié. Les passants brandissaient leurs téléphones, filmant, espérant un moment viral pour les réseaux, mais personne n'intervenait.
Gaston s'est arrĂȘtĂ©. Il a laissĂ© Ă©chapper un aboiement sourd et profond â cette signature sonore du Griffon qui rĂ©sonne comme un avertissement ancestral. Il a marchĂ© droit entre eux et s'est assis, appuyant tout son poids contre les tibias de l'homme en colĂšre.
L'homme s'est figé. Il a baissé les yeux sur ce chien ancien, cicatrisé, qui levait vers lui un regard d'une pure et totale bonhomie.
« Il aime vos chaussures », ai-je menti en m'avançant. J'ai posé une main sur l'épaule de l'homme. Pas une bousculade. Une prise ferme et rassurante. « Respire, fils. C'est un café renversé, pas un crime de guerre. Ne gùchons pas un mardi pour ça. »
L'homme m'a regardé, puis a regardé le chien. La rage s'est vidée de lui, remplacée par l'épuisement. « Je suis juste... tellement fatigué », a-t-il marmonné.
« Je sais », dis-je. « Nous le sommes tous. »
Je leur ai payĂ© un cafĂ© frais Ă tous les deux. Nous sommes restĂ©s lĂ dix minutes â un vieux mĂ©cano, un type en costume cravate et un serveur â Ă parler de races de chiens. Pas de politique. Pas d'algorithmes. Juste des humains qui se connectent grĂące Ă une crĂ©ature qui ne savait pas haĂŻr.
C'est à ce moment-là que j'ai su que j'avais fait le bon choix. Le monde n'avait pas besoin de moi dans une maison de retraite à jouer au loto. Le monde avait besoin de plus de gens qui se souvenaient comment désamorcer une bagarre. Il avait besoin de plus de Gaston.
J'ai conduit le fourgon jusqu'à l'immeuble de Valérie. Je ne suis pas entré. J'ai scotché une lettre sur la porte vitrée du hall.
Ma trÚs chÚre Valérie,
S'il te plaĂźt, ne sois pas en colĂšre. Tu as passĂ© la derniĂšre annĂ©e Ă essayer de trouver un endroit oĂč je rentre dans les cases. Tu as essayĂ© de me faire entrer de force dans ton emploi du temps chargĂ©, dans une petite chambre, dans un monde qui va trop vite pour les vieux hommes et les vieux chiens. Tu essayais d'ajouter une chaise pliante Ă une table qui Ă©tait dĂ©jĂ complĂšte.
Je t'aime trop pour ĂȘtre ton fardeau. Et je me respecte trop pour n'ĂȘtre qu'une note de bas de page.
J'ai achetĂ© un fourgon. Gaston et moi, on part vers le Sud. Je veux voir les PyrĂ©nĂ©es et l'ocĂ©an avant que mes yeux ne faiblissent. Je veux rĂ©parer des moteurs cassĂ©s dans des petits villages pour payer le gasoil. Je veux me rappeler ce que ça fait d'ĂȘtre utile.
Ne t'inquiÚte pas pour ma sécurité. Je suis un mécano à l'ancienne. Je peux garder ce vieux rafiot roulant jusqu'à ce que les roues tombent. Et j'ai le meilleur systÚme de sécurité du monde qui bave sur le siÚge passager.
Tu m'apprenais comment mourir confortablement. Je m'en vais m'apprendre Ă vivre Ă nouveau.
Je t'aime, Papa.
Je suis montĂ© sur le siĂšge conducteur. La sellerie beige sentait la poussiĂšre et le potentiel. J'ai tournĂ© la clĂ©, et le vieux diesel a toussĂ© avant de prendre vie â un grondement mĂ©canique profond qu'on n'entend plus beaucoup dans cette Ăšre de silence Ă©lectrique.
Gaston s'est assis, les oreilles dressées, regardant à travers le pare-brise.
« PrĂȘt, partenaire ? » ai-je demandĂ©.
Il a donné un aboiement net.
J'ai passĂ© la premiĂšre et je me suis insĂ©rĂ© sur l'autoroute, m'Ă©loignant du crĂ©puscule de ma vie et conduisant droit vers un nouveau lever de soleil. La route devant Ă©tait incertaine, peut-ĂȘtre un peu dangereuse, et totalement mienne.
Nous passons tellement de temps dans nos vies Ă attendre d'ĂȘtre invitĂ©s Ă la fĂȘte, Ă attendre la permission de prendre de la place. Nous oublions que le pays entier est une table, et que vous pouvez tirer une chaise partout oĂč vous vous garez.
N'attendez pas que quelqu'un vous dise que vous ĂȘtes fini. Tant que votre cĆur bat et que vous pouvez encore offrir un mot gentil Ă un i nconnu,vous n'ĂȘtes pas obsolĂšte.Vous ĂȘtes juste"vintage" Et le vintage ne se dĂ©mode jamais
lila
Mon cĆur ne sâest pas brisĂ© lorsque les mĂ©decins mâont annoncĂ© que mon mari, Frank, Ă©tait parti. Il ne sâest pas brisĂ© non plus quand jâai dĂ» vendre la maison oĂč nous avions vĂ©cu quarante ans parce que les escaliers Ă©taient devenus trop raides.
Non. Mon cĆur sâest brisĂ© un mardi aprĂšs-midi, en fixant une bulle bleue sur lâĂ©cran dâun iPhone.
Je mâappelle Margaret. Jâai 76 ans. Je vis dans un petit appartement tranquille en banlieue de Chicago, et je veux vous raconter le NoĂ«l qui a failli me dĂ©truire. Pas Ă cause dâune tragĂ©die, mais Ă cause dâune phrase qui hante aujourdâhui des milliers de personnes ĂągĂ©es Ă travers lâAmĂ©rique.
« Tu peux passer plus tard pour le dessert, si tu veux. »
Ce nâĂ©tait pas dit avec mĂ©chancetĂ©. Il nây a pas eu de cris. Juste un message de ma fille, Jessica. Une mĂšre moderne, dĂ©bordĂ©e. Une femme qui jongle entre un travail dans une grande entreprise, deux adolescents et un crĂ©dit immobilier.
Mais ces mots mâont frappĂ©e plus violemment que le vent glacĂ© du lac.
Pendant trente ans, NoĂ«l chez nous Ă©tait un beau dĂ©sordre. Le Super Bowl de la vie domestique. Du papier cadeau jusque dans le couloir. Frank essayant de dĂ©couper une dinde toujours un peu trop sĂšche. Les enfants qui hurlaient. Lâodeur de cannelle et de lĂ©gĂšre panique.
JâĂ©tais la cheffe dâorchestre. JâĂ©tais le centre de gravitĂ©.
Mais le temps est un voleur. Il vous prend dâabord le bruit, puis il vous prend votre raison dâĂȘtre.
Frank est parti. Les enfants ont dĂ©mĂ©nagĂ© dans dâautres Ătats. Les petits-enfants ont grandi et ne communiquent plus que par emojis. Et soudain, ma maison Ă©tait impeccable.
Silencieuse.
Terriblement silencieuse.
Cette annĂ©e-lĂ , jâai attendu le plan. Vous connaissez ce sentiment ? Regarder son tĂ©lĂ©phone toutes les heures, espĂ©rant lâinvitation. Pas seulement une invitation, mais un besoin. Je voulais ĂȘtre nĂ©cessaire.
Finalement, jâai envoyĂ© un message Ă Jessica :
« à quelle heure dois-je venir le 25 ? Veux-tu que je prépare la casserole de patates douces ? »
Trois petits points ont clignoté. Puis la réponse :
« Salut Maman ! Cette année on va vraiment faire un matin tranquille. Juste nous et les enfants en pyjama pour ouvrir les cadeaux. On est épuisés. Mais tu peux passer plus tard pour le dessert si tu veux ! Vers 16h ? Aucune obligation ! »
Je suis restée assise dans ma cuisine, le silence résonnant comme une cloche.
Tranquille. Juste nous. Si tu veux.
LâAmĂ©rique moderne est obsĂ©dĂ©e par la âfamille nuclĂ©aireâ. Le pĂšre, la mĂšre, les enfants. Tous les autres â mĂȘme ceux qui vous ont Ă©levĂ©s â deviennent des accessoires. Des ajouts.
Je me suis sentie comme une arriÚre-pensée. Comme une invitée.
Jâai rĂ©pondu : « Parfait ! Ă tout Ă lâheure ! »
Parce que câest ce que font les mĂšres. Nous ne voulons pas ĂȘtre un poids. Nous ne voulons pas ĂȘtre la belle-mĂšre âenvahissanteâ. Nous avalons la boule dans notre gorge et nous mettons un point dâexclamation pour cacher la douleur.
Le matin de NoĂ«l est arrivĂ©. Je me suis rĂ©veillĂ©e Ă 6 heures, par habitude. Mon corps se souvenait de la casserole Ă enfourner. Mes mains se souvenaient du poids dâune chaussette de NoĂ«l.
Mais il nây avait rien Ă faire.
Jâai fait une seule tasse de cafĂ©. Jâai allumĂ© la tĂ©lĂ©vision pour regarder la parade Ă New York. Jâai vu la foule, les familles, les pancartes âHi Mom !â.
Je me suis assise dans mon salon impeccable, entourĂ©e de dĂ©corations soignĂ©es que personne ne verrait, et jâai pleurĂ©.
Je nâai pas pleurĂ© parce que jâĂ©tais seule. Jâai pleurĂ© parce que jâĂ©tais optionnelle.
Vers midi, je nâen pouvais plus du silence. Jâai mis mon manteau et jâai conduit. Jâai passĂ© les maisons du quartier. Jâai vu les voitures entassĂ©es sur les allĂ©es. Jâai vu, Ă travers les fenĂȘtres, des silhouettes â des grands-mĂšres tenant des bĂ©bĂ©s, des pĂšres jouant avec des chiens.
Et jâai compris quelque chose de terrifiant sur la vieillesse dans ce pays : nous sacrifions la communautĂ© pour lâindĂ©pendance, et nous finissons dans lâisolement.
Je me suis arrĂȘtĂ©e dans une station-service juste pour entendre une voix humaine. Le caissier, un jeune avec des piercings et un sourire fatiguĂ©, mâa dit : « Joyeux NoĂ«l. »
Jâai failli le serrer dans mes bras. « Joyeux NoĂ«l », ai-je rĂ©pondu. « Je vais voir mes petits-enfants plus tard. »
Jâavais besoin de lâentendre Ă voix haute pour que ça semble rĂ©el.
Lorsque 16h a enfin sonnĂ©, jâai frappĂ© chez Jessica.
La porte sâest ouverte sur un mur de chaleur et de bruit. Lâodeur de viande rĂŽtie. Le match de football sur lâĂ©cran gĂ©ant.
« Mamie ! » Les enfants ont levĂ© les yeux de leurs iPads une seconde avant dây replonger.
Jessica mâa serrĂ©e dans ses bras, parfumĂ©e au vin et Ă lâeau de parfum chĂšre. « Maman ! Tu es lĂ ! Prends une assiette, il reste de la dinde sur le comptoir. »
Jâai souri. Jâai mangĂ© la dinde froide. Je les ai regardĂ©s rire Ă des blagues dâinitiĂ©s dont je ne faisais pas partie.
JâĂ©tais lĂ . Mais je nâĂ©tais pas lĂ .
JâĂ©tais spectatrice de la vie que jâavais contribuĂ© Ă bĂątir.
Sur la route du retour, glacĂ©e et sombre, la vĂ©ritĂ© sâest dĂ©posĂ©e en moi. Une vĂ©ritĂ© dure, inconfortable, mais nĂ©cessaire Ă dire.
Ătre aimĂ© nâest pas la mĂȘme chose quâĂȘtre inclus.
Ma fille mâaime. Je le sais. Elle sâoccuperait de moi si je tombais malade. Elle se battrait pour moi. Mais elle a oubliĂ© que je suis une personne qui a besoin dâappartenir, pas seulement un problĂšme Ă gĂ©rer ou une case Ă cocher sur un planning de fĂȘtes.
La leçon pour les familles modernes :
Si vous ĂȘtes un enfant adulte en train de lire ceci, Ă©coutez bien.
Vos parents savent que vous ĂȘtes dĂ©bordĂ©s. Nous savons que lâĂ©conomie est difficile. Nous savons que vous ĂȘtes Ă©puisĂ©s par vos semaines de cinquante heures. Nous savons que vous voulez juste vous reposer en pyjama.
Mais nous disparaissons.
Notre monde rétrécit de jour en jour. Nous perdons des amis. Nous perdons en mobilité. Nous perdons en importance.
La seule chose qui nous rattache encore Ă cette terre, câest vous.
Quand vous dites : « Passe plus tard », vous dites : « Tu fais partie de ma journĂ©e, mais tu nâen es pas la prioritĂ©. »
Nous ne voulons pas vos cadeaux coĂ»teux. Nous nâavons pas besoin dâun dĂźner parfaitement organisĂ©.
Nous voulons voir les cheveux Ă©bouriffĂ©s du matin. Nous voulons aider Ă ramasser les papiers cadeaux. Nous voulons ĂȘtre dans le chaos, pas des visiteurs venus constater les restes.
Alors, sâil vous plaĂźt.
Cette annĂ©e, ne nous âcaserâ pas entre une sieste et un Ă©pisode Netflix.
Appelez-nous dâabord. Invitez-nous tĂŽt. Faites-nous une place avant que la nourriture ne refroidisse.
Parce quâun jour, le tĂ©lĂ©phone ne sonnera plus. La maison sera vide. Et vous rĂ©aliserez que le plus beau cadeau nâĂ©tait pas sous le sapin.
CâĂ©tait la personne assise tranquillement sur le canapĂ©, heureuse simplement dâĂȘtre tĂ©moin de votre vie.
Nâattendez pas que nous soyons un souvenir pour nous traiter comme une prioritĂ©.