
lila
" On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Il achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi !
– Que faut-il faire ? dit le petit prince.
– Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… "
Antoine de Saint-Exupéry "le petit prince"
Josephine22
En robe grise et verte avec des ruches
Un jour de juin que j étais soucieux,
Elle apparut souriante à mes yeux
Qui l admiraient sans redouter d embûches
Aussi soudain fus-je après le semblant
D une révolte aussitôt étouffée,
Au plein pouvoir de la petite fée
Que depuis lors je supplie en tremblant.
Poème destiné à Mathilde Mauté de Fleuville
Future épouse de Paul VERLAINE
recueil LA BONNE CHANSON
1869
Josephine22
Le soir , assis sur la verandah coloniale,
Auprès de la douceur amère de mon cœur,
Je surveillais la baie sous les ombres du ciel,
Où vieillissaient déjà les étoiles nouvelles,
Tandis que les requins chassait au crépuscule
EAU DOUCE POUR NAVIRES
louis BRAUQUIER
lila
Il est midi. Je vois l’église ouverte. Il faut entrer.
Mère de Jésus-Christ, je ne viens pas prier.
Je n’ai rien à offrir et rien à demander.
Je viens seulement, Mère, pour vous regarder.
Vous regarder, pleurer de bonheur, savoir cela Que je suis votre fils et que vous êtes là. Rien que pour un moment pendant que tout s’arrête.
Midi ! Etre avec vous, Marie, en ce lieu où vous êtes.
Ne rien dire, regarder votre visage, Laisser le cœur chanter dans son propre langage.
Ne rien dire, mais seulement chanter Parce qu’on a le cœur trop plein, Comme un merle qui suit son idée En ces espèces de couplets soudains. …..
Parce qu’il est midi, parce que nous sommes En ce jour d’aujourd’hui
Parce que vous êtes là pour toujours, Simplement parce que vous êtes Marie, Simplement parce que vous existez, Mère de Jésus-Christ, soyez remerciée.
Paul CLAUDEL
Josephine22
Je reviens et je t apporte
Un cœur qui n à pas changé.
Si j ai appris quelques choses,
Un soir je te les dirai,
Un soir plein de confidences,
De tendresses et de secrets,
Un soir où tu seras près.
Un soir chargé de silence.
EAU DOUCE POUR NAVIRES (extrait)
Louis BRAUQUIER
,
Josephine22
L HIVER est un pays dans le haut Moyen Âge
Lorsque les aboiements des chiens, le cerf qui brame
Et les hurlements des loups se sont éloignés
Il reste encore quelques heures de silence.
Et des toits du hameau que l on croyait désert
Montent des fumées inquiètes dans le soir.
Mais la horde paraît aux faîtes des collines
Elle s arrête et crie
Et des chevaux hennissent,
Ou des moteurs fument , ça dépend des époques.
Alors les hommes du bourg décrochent leurs armes,
Hache du grand Ferré , faux des chouans, grenades,
Et sans embrasser leurs femmes, ni leurs enfants,
Vont mourir suivant la coutume non écrite,
Au nom de l injustice et de la liberté.
FEUX D EPAVES (extrait)
Louis BRAUQUIER
lila
Tout est affaire de décor
Changer de lit, changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore moi
Qui moi-même me trahis
Moi qui me traîne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
Où j'ai cru trouver un pays
Cœur léger, cœur changeant, cœur lourd
Le temps de rêver est bien court
Que faut-il faire de mes jours?
Que faut-il faire de mes nuits?
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part où je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Et leurs baisers au loin les suivent
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle?
Moi, si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Dans le quartier Hohenzollern
Entre la Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un cœur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger près d'elle
Dans les hoquets du pianola
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Et leurs baisers au loin les suivent
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenêtre
Leur chant triste entrait dans mon être
Et je croyais y reconnaître du Rainer Maria Rilke
Elle était brune et pourtant blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait à tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faïence
Et travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Et leurs baisers au loin les suivent
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit, montent les civils
Remets du Rimmel à tes cils
Lola, qui t'en iras bientôt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril, à cinq heures
Au petit jour que dans ton cœur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent?
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus
Josephine22
BANNIERES DE MAI
Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent parmi les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici s enchevetrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange.
L azur et l onde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse.
Qu on patiente et qu on s ennuie
C est trop simple. Fi de mes peines.
Je veux que l été dramatique
Me lie à son char de fortune.
Que par toi beaucoup ô Nature,
Ah moins seul et moins nul ! - je meure
Au lieu que les Bergers, c est drôle
Meurent à peu près par le monde.
Je veux bien que les saisons m usent.
A toi, Nature , je me rends,
Et ma faim et toute ma soif.
Et, s il te plaît, nourris, abreuve,
Rien de rien ne m illusionne,
C est rire aux parents, qu au soleil
Mais moi je ne veux rire à rien,
Et libre soit cette infortune.
Mai 1872
ARTHUR RIMBAUD
