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🐞 CITATIONS,TEXTES,POÉSIES,CHANTS QUE VOUS AIMEZ 🐞

lila - 3 mars 2020 17:29

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lila3 mars 2020 17:29

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lila

20 octobre 2020 11:39

Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau
Qui laisse derriĂšre elle des milliers de ronds dans l'eau
Comme un manÚge de lune avec ses chevaux d'étoiles
Comme un anneau de Saturne, un ballon de carnaval
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cƓur
Comme un écheveau de laine entre les mains d'un enfant
Ou les mots d'une rengaine pris dans les harpes du vent
Comme un tourbillon de neige, comme un vol de goélands
Sur des forĂȘts de NorvĂšge, sur des moutons d'ocĂ©an
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon cƓur
Ce jour-lĂ  prĂšs de la source, Dieu sait ce que tu m'as dit
Mais l'été finit sa course, l'oiseau tomba de son nid
Et voilà que sur le sable nos pas s'effacent déjà
Et je suis seul à la table qui résonne sous mes doigts
Comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie
Comme les chansons qui meurent aussitĂŽt qu'on les oublie
Et les feuilles de l'automne rencontrent des ciels moins bleus
Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux
Une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derriĂšre elle des milliers de ronds dans l'eau
Au vent des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon cƓur
Michel Legrand

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lhuron

17 octobre 2020 13:37

Merci ,LILA pour ces deux beaux poĂšmes ainsi que pour le texte sur les cris d'animaux .

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lila

16 octobre 2020 08:07

''Beaucoup de mes amis sont venus des nuages
Avec soleil et pluie comme simples bagages
Ils ont fait la saison des amitiés sincÚres
La plus belle saison des quatre de la Terre

Ils ont cette douceur des plus beaux paysages
Et la fidélité des oiseaux de passage
Dans leurs cƓurs est gravĂ©e une infinie tendresse
Mais parfois dans leurs yeux se glisse la tristesse
Alors, ils viennent se chauffer chez moi
Et toi aussi, tu viendras

Tu pourras repartir au fin fond des nuages
Et de nouveau sourire Ă  bien d'autres visages
Donner autour de toi un peu de ta tendresse
Lorsqu'un autre voudra te cacher sa tristesse

Comme l'on ne sait pas ce que la vie nous donne
Il se peut qu'Ă  mon tour je ne sois plus personne
S'il me reste un ami qui vraiment me comprenne
J'oublierai Ă  la fois mes larmes et mes peines
Alors, peut-ĂȘtre je viendrai chez toi
Chauffer mon cƓur à ton bois,... ''"
Françoise Hardy

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lila

16 octobre 2020 03:47

Je ne suis pas seule
chargée
de fruits légers aux lÚvres
parée
de mille fleurs variées
glorieuse

dans les bras du soleil
heureuse
d'un oiseau familier
ravie
d'une goutte de pluie
plus belle
que le ciel du matin
fidĂšle
je parle d'un jardin
je rĂȘve
mais j'aime justement
Eluard

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lila

15 octobre 2020 07:48

Sais-tu que... Le chien aboie quand le cheval hennit et que beugle le bƓuf et meugle la vache ?
Que l'hirondelle gazouille, la colombe roucoule et le pinson ramage.
Que les moineaux piaillent, le faisan et l'oie criaillent quand le dindon glousse.
Que la grenouille coasse mais le corbeau croasse et la pie jacasse.
Et que le chat comme le tigre miaule, l'éléphant barrit, l'ùne braie, mais le cerf rait.
Que le mouton bĂȘle Ă©videmment et bourdonne l'abeille, brame la biche quand le loup hurle.
Tu sais, bien sûr, tous ces cris-là mais sais-tu ?
Que si le canard nasille, les canards nasillardent, que le bouc ou la chĂšvre chevrote, que le hibou hulule mais que la chouette, elle, chuinte, que le paon braille et que l'aigle trompette ?...
Sais-tu encore... que si la tourterelle roucoule, le ramier caracoule et que la bécasse croule, que la perdrix cacabe, que la cigogne craquette et que si le corbeau croasse, la corneille corbine, et que le lapin glapit quand le liÚvre vagit ?
Tu sais tout cela ? Bien.
Mais sais-tu que l'alouette grisolle ? Tu ne le savais pas ? Et, peut-ĂȘtre, ne sais-tu pas davantage que le pivert picasse ?
C'est excusable !
Ou que le sanglier grommelle, que le chameau blatĂšre.
Tu ne sais pas non plus (peut-ĂȘtre) que la huppe pupule. (Et je ne sais pas non plus si on l'appelle en Limousin la pĂ©pue parce qu'elle pupule ou parce qu'elle fait son nid avec de la chose qui pue.
Qu'importe ! Mais c'est joli : la huppe pupule !
Et encore, sais-tu que la souris, la petite souris grise... Devine !? La petite souris grise chicote ! HĂ© oui ! Avoue qu'il serait dommage d'ignorer que la souris chicote et plus dommage encore de ne pas savoir, que le geai cajole ou que la mĂ©sange zinzinule! Comme la fauvette d’ailleurs !
Fais suivre sinon nous oublierons cette belle langue dont, finalement, nous ne savons pas grand-chose !!!...
Auteur : Fernand Dupuy "L’Albine : scĂšnes de la vie en Limousin et en PĂ©rigord vert".

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lhuron

13 octobre 2020 14:37

À LA MUSIQUE ( Place de la Gare , CHARLEVILLE )

Sur la place taillée en mesquines pelouses ,
Square oĂč tout est correct ,les arbres et les fleurs ,
Tous les bourgeois poussifs qu'étranglent les chaleurs
Portent , les jeudis soirs, leurs bĂȘtises jalouses .

- L'orchestre militaire , au milieu du jardin ,
Balance ses shakos dans la Valse des fifres :
Autour , au premier rang , parade le gandin ;
Le notaire pend Ă  ses breloques Ă  chiffres .

Des rentiers Ă  lorgnons soulignent tous les couacs :
Les gros bureaux bouffis traĂźnant leurs grosses dames
AuprĂšs desquelles vont , officieux cornacs
Celles dont les volants ont des airs de réclames .

Sur les bancs verts , des clubs d'épiciers retraités
Qui tisonnent le sable avec leur canne Ă  pomme
Fort sérieusement discutent les traités ,
Puis prisent en argent , et reprennent : " En somme ! ..."

Épatant sur son banc les rondeurs de ses reins,
Un bourgeois Ă  boutons clairs , bedaine flamande ,
Savoure son onnaing d'oĂč le tabac par brins
Déborde ,- vous savez , c'est de la contrebande ; -

Le long des gazons verts ricanent les voyous ;
Et , rendus amoureux par le chant des trombones ,
TrĂšs naĂŻfs , et fumant des roses , les pioupious
Caressent les bébés pour enjÎler les bonnes ...

Moi , je suis , débraillé comme un étudiant ,
Sous les marronniers verts , les alertes fillettes :
Elles le savent bien ,et tournent en riant
Vers moi , leurs yeux tout pleins de choses indiscrĂštes .

Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mÚches folles :
Je suis , sous le corsage et les frĂȘles atours,
Le dos divin , aprÚs la courbe des épaules .

J'ai bientÎt déniché la bottine ,le bas ...
Je reconstruis le corps , brûlé de belles fiÚvres .
Elles me trouvent drĂŽle et se parlent tout bas ...
- Et je sens les baisers qui me viennent aux lĂšvres .

Arthur RIMBAUD

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lila

12 octobre 2020 16:45

Merci pour Barbara que je connaissais par coeur
POIGNANT

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lhuron

12 octobre 2020 14:51

Albert SAMAIN : À l'Ă©cole primaire , nous en avons appris de ses poĂšmes dont celui que vous proposez , LILA. Il Ă©tait au programme du Certificat avec une dizaine d'autres , qu'il fallait savoir : le zĂ©ro Ă©tait Ă©liminatoire. Au hasard , on tirait :chant ou rĂ©citation et il fallait connaĂźtre de la mĂȘme façon les chants ... Si c'Ă©tait aujourd'hui ...
Encore merci pour tous ces beaux textes .

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lhuron

12 octobre 2020 14:42

Toujours en mĂ©moire de Juliette GRÉCO :

BARBARA .

Rappelle - toi Barbara
il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour - lĂ .
Et tu marchais souriante
épanouie ravie ruisselante
sous la pluie .
Rappelle- toi Barbara
il pleuvait sans cesse sur Brest
et je 'ai croisée rue de Siam
tu souriais
et moi je souriais de mĂȘme.
Rappelle - toi Barbara
toi que je ne connaissais pas
toi qui ne me connaissais pas
rappelle - toi
rappelle - toi quand mĂȘme ce jour - lĂ 
n'oublie pas .
Un homme sous un porche s'abritait
et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
ruisselante ravie épanouie
et tu t'es jetée dans ses bras
rappelle - toi cela Barbara.
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
je dis tu Ă  tous ceux que j'aime
mĂȘme si je ne les ai vus qu'une fois
je dis tu Ă  tous ceux qui s'aiment
mĂȘme si je ne les connais pas .
Rappelle - toi Barbara
'oublie pas
cette pluie sage et heureuse
sur ton visage heureux
sur cette ville heureuse
cette pluie sur la mer
sur l'arsenal
sur le bateau d'Ouessant.
Oh ! Barbara
quelle connerie la guerre
Qu'es - tu devenue maintenant
sous cette pluie de fer
de feu d'acier de sang
et celui qui te serrait dans ses bras
amoureusement
est - il mort disparu ou bien encore vivant
Oh ! Barbara
il pleut sans cesse sur Brest
comme il pleuvait avant
mais ce n'est plus pareil et tout est abßmé
c'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est mĂȘme plus l'orage
de fer d'acier de sang
tout simplement des nuages
qui crĂšvent comme des chiens
des chiens qui disparaissent
au fil de l'eau sur Brest
et vont pourrir au loin
au loin trĂšs loin de Brest
dont il ne reste rien.

J. PRÉVERT : Paroles

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lila

12 octobre 2020 09:45

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
LĂ -bas tord la forĂȘt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure,
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L'automne qui descend des collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre cƓur
Et voici que s'afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Le vol des guĂȘpes d'or qui vibrait sans repos
S'est tu : le pĂȘne grince Ă  la grille rouillĂ©e ;
La tonnelle grelotte et la terre est mouillée,
Et le linge blanc claque, éperdu, dans l'enclos.

Le jardin nu sourit comme une face aimée
Qui vous dit longuement adieu, quand la mort vient ;
Seul le son d'une enclume ou l'aboiement d'un chien
Monte, mélancolique, à la vitre fermée.

Albert Samain

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lila

12 octobre 2020 08:01

Tout est affaire de décor
Changer de lit changer de corps
À quoi bon puisque c'est encore
Moi qui moi-mĂȘme me trahis
Moi qui me traßne et m'éparpille
Et mon ombre se déshabille
Dans les bras semblables des filles
OĂč j'ai cru trouver un pays.
Coeur léger coeur changeant coeur lourd
Le temps de rĂȘver est bien court
Que faut-il faire de mes nuits
Que faut-il faire de mes jours
Je n'avais amour ni demeure
Nulle part oĂč je vive ou meure
Je passais comme la rumeur
Je m'endormais comme le bruit.
C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts Ă  table
On faisait des chĂąteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pÎle et d'épaule
La piÚce était-elle ou non drÎle
Moi si j'y tenais mal mon rĂŽle
C'était de n'y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Dans le quartier Hohenzollern
Entre La Sarre et les casernes
Comme les fleurs de la luzerne
Fleurissaient les seins de Lola
Elle avait un coeur d'hirondelle
Sur le canapé du bordel
Je venais m'allonger prĂšs d'elle
Dans les hoquets du pianola.
Le ciel était gris de nuages
Il y volait des oies sauvages
Qui criaient la mort au passage
Au-dessus des maisons des quais
Je les voyais par la fenĂȘtre
Leur chant triste entrait dans mon ĂȘtre
Et je croyais y reconnaĂźtre
Du Rainer Maria Rilke.
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent.
Elle était brune elle était blanche
Ses cheveux tombaient sur ses hanches
Et la semaine et le dimanche
Elle ouvrait Ă  tous ses bras nus
Elle avait des yeux de faÏence
Elle travaillait avec vaillance
Pour un artilleur de Mayence
Qui n'en est jamais revenu.
Il est d'autres soldats en ville
Et la nuit montent les civils
Remets du rimmel Ă  tes cils
Lola qui t'en iras bientĂŽt
Encore un verre de liqueur
Ce fut en avril Ă  cinq heures
Au petit jour que dans ton coeur
Un dragon plongea son couteau
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
Comme des soleils révolus

ARAGON

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lila

10 octobre 2020 15:49

Magnifique temps des cerises.....

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lhuron

10 octobre 2020 15:15

TrĂšs beau texte ,merci LILA pour ces merveilleux poĂšmes de RIMBAUD , d'ARAGON , qui fut certainement le plus grand du XXĂšme siĂšcle . Dommage qu'il ait commis son ODE Ă  STALINE, qu'on s'empressera vite d'oublier .
En souvenir de Juliette GRÉCO qui l'interprĂ©ta de magistrale façon ,
LE TEMPS DES CERISES .

Quand nous en serons au temps des cerises
Et gai rossignol et merle moqueur
Seront tous en fĂȘte
Les belles auront la folie en tĂȘte
Et les amoureux du soleil au cƓur.
Quand nous en serons au temps des cerises
Sifflera bien mieux le merle moqueur .

Mais il est bien court le temps des cerises
OĂč l'on s'en va deux cueillir en rĂȘvant
Des pendants d'oreilles
Cerises d'amour aux robes pareilles
Tombant sous la feuille en gouttes de sang.
Mais il est bien court le temps des cerises
Pendants de corail qu'on cueille en rĂȘvant.

Quand vous en serez au temps des cerises
Si vous avez peur des chagrins d'amour
Évitez les belles
Moi qui ne crains pas les peines cruelles
Je ne vivrai pas sans souffrir un jour.
Quand vous en serez au temps des cerises
Vous aurez aussi des chagrins d'amour .

J'aimerai toujours le temps des cerises
C'est de ce temps -là que je garde au cƓur
Une plaie ouverte
Et dame Fortune en m'étant offerte
Ne saura jamais calmer ma douleur.
J'aimerai toujours le temps des cerises
Et le souvenir que je garde au cƓur.

Jean Baptiste CLÉMENT.
qui vendit ce trÚs beau texte pour s'acheter une pelisse , puis le dédia à une ambulanciÚre qui fut trÚs certainement massacrée parles Versaillais à la fin de la Semaine Sanglante qui mit fin à la COMMUNE.

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lila

24 septembre 2020 20:10

« La vie est bien trop courte pour perdre son temps Ă  se faire une place lĂ  oĂč l’on en a pas, pour dĂ©montrer qu’on a ses chances quand on porte tout en soi, pour s’encombrer de doutes quand la confiance est lĂ , pour prouver un amour Ă  qui n’ouvre pas les bras, pour performer aux jeux de pouvoir quand on n’a pas le gout Ă  ça, pour s’adapter Ă  ce qui n’épanouit pas. La vie est bien trop courte pour la perdre Ă  paraĂźtre, s’effacer, se plier, dĂ©passer, trop forcer. Quand il nous suffit d’ĂȘtre, et de lĂącher tout combat que l’on ne mĂšne bien souvent qu’avec soi, pour enfin faire la paix, ĂȘtre en paix. Et vivre. En faisant ce qu’on aime, auprĂšs de qui nous aime, dans un endroit qu’on aime, en Ă©tant qui nous sommes, Vraiment ».
Alexandre Jollien

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lila

24 septembre 2020 14:24

Arthur Rimbaud
Comme je descendais des Fleuves impassibles,
Je ne me sentis plus guidé par les haleurs :
Des Peaux-Rouges criards les avaient pris pour cibles,
Les ayant cloués nus aux poteaux de couleurs.

J’étais insoucieux de tous les Ă©quipages,
Porteur de blés flamands ou de cotons anglais.
Quand avec mes haleurs ont fini ces tapages,
Les Fleuves m’ont laissĂ© descendre oĂč je voulais.

Dans les clapotements furieux des marées,
Moi, l’autre hiver, plus sourd que les cerveaux d’enfants,
Je courus ! Et les Péninsules démarrées
N’ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.

La tempĂȘte a bĂ©ni mes Ă©veils maritimes.
Plus lĂ©ger qu’un bouchon j’ai dansĂ© sur les flots
Qu’on appelle rouleurs Ă©ternels de victimes,
Dix nuits, sans regretter l’oeil niais des falots !

Plus douce qu’aux enfants la chair des pommes sĂ»res,
L’eau verte pĂ©nĂ©tra ma coque de sapin
Et des taches de vins bleus et des vomissures
Me lava, dispersant gouvernail et grappin.

Et dÚs lors, je me suis baigné dans le PoÚme
De la Mer, infusĂ© d’astres, et lactescent,
DĂ©vorant les azurs verts ; oĂč, flottaison blĂȘme
Et ravie, un noyé pensif parfois descend ;

OĂč, teignant tout Ă  coup les bleuitĂ©s, dĂ©lires
Et rhythmes lents sous les rutilements du jour,
Plus fortes que l’alcool, plus vastes que nos lyres,
Fermentent les rousseurs amùres de l’amour !

Je sais les cieux crevant en éclairs, et les trombes
Et les ressacs et les courants : je sais le soir,
L’Aube exaltĂ©e ainsi qu’un peuple de colombes,
Et j’ai vu quelquefois ce que l’homme a cru voir !

J’ai vu le soleil bas, tachĂ© d’horreurs mystiques,
Illuminant de longs figements violets,
Pareils Ă  des acteurs de drames trĂšs antiques
Les flots roulant au loin leurs frissons de volets !

J’ai rĂȘvĂ© la nuit verte aux neiges Ă©blouies,
Baiser montant aux yeux des mers avec lenteurs,
La circulation des sĂšves inouĂŻes,
Et l’éveil jaune et bleu des phosphores chanteurs !

J’ai suivi, des mois pleins, pareille aux vacheries
HystĂ©riques, la houle Ă  l’assaut des rĂ©cifs,
Sans songer que les pieds lumineux des Maries
Pussent forcer le mufle aux Océans poussifs !

J’ai heurtĂ©, savez-vous, d’incroyables Florides
MĂȘlant aux fleurs des yeux de panthĂšres Ă  peaux
D’hommes ! Des arcs-en-ciel tendus comme des brides
Sous l’horizon des mers, à de glauques troupeaux !

J’ai vu fermenter les marais Ă©normes, nasses
OĂč pourrit dans les joncs tout un LĂ©viathan !
Des Ă©croulements d’eaux au milieu des bonaces,
Et les lointains vers les gouffres cataractant !

Glaciers, soleils d’argent, flots nacreux, cieux de braises !
Échouages hideux au fond des golfes bruns
OĂč les serpents gĂ©ants dĂ©vorĂ©s des punaises
Choient, des arbres tordus, avec de noirs parfums !

J’aurais voulu montrer aux enfants ces dorades
Du flot bleu, ces poissons d’or, ces poissons chantants.
– Des Ă©cumes de fleurs ont bercĂ© mes dĂ©rades
Et d’ineffables vents m’ont ailĂ© par instants.

Parfois, martyr lassé des pÎles et des zones,
La mer dont le sanglot faisait mon roulis doux
Montait vers moi ses fleurs d’ombre aux ventouses jaunes
Et je restais, ainsi qu’une femme à genoux


Presque Ăźle, ballottant sur mes bords les querelles
Et les fientes d’oiseaux clabaudeurs aux yeux blonds.
Et je voguais, lorsqu’à travers mes liens frĂȘles
Des noyés descendaient dormir, à reculons !

Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses,
JetĂ© par l’ouragan dans l’éther sans oiseau,
Moi dont les Monitors et les voiliers des Hanses
N’auraient pas repĂȘchĂ© la carcasse ivre d’eau ;

Libre, fumant, monté de brumes violettes,
Moi qui trouais le ciel rougeoyant comme un mur
Qui porte, confiture exquise aux bons poĂštes,
Des lichens de soleil et des morves d’azur ;

Qui courais, taché de lunules électriques,
Planche folle, escorté des hippocampes noirs,
Quand les juillets faisaient crouler Ă  coups de triques
Les cieux ultramarins aux ardents entonnoirs ;

Moi qui tremblais, sentant geindre Ă  cinquante lieues
Le rut des Béhémots et les Maelstroms épais,
Fileur éternel des immobilités bleues,
Je regrette l’Europe aux anciens parapets !

J’ai vu des archipels sidĂ©raux ! et des Ăźles
Dont les cieux délirants sont ouverts au vogueur :
– Est-ce en ces nuits sans fonds que tu dors et t’exiles,
Million d’oiseaux d’or, î future Vigueur ?

Mais, vrai, j’ai trop pleurĂ© ! Les Aubes sont navrantes.
Toute lune est atroce et tout soleil amer :
L’ñcre amour m’a gonflĂ© de torpeurs enivrantes.
Ô que ma quille Ă©clate ! Ô que j’aille Ă  la mer !

Si je dĂ©sire une eau d’Europe, c’est la flache
Noire et froide oĂč vers le crĂ©puscule embaumĂ©
Un enfant accroupi plein de tristesse, lĂąche
Un bateau frĂȘle comme un papillon de mai.

Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, Î lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l’orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons.

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