
lila
Le Printemps
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie
Et sâest vĂȘtu de broderies,
De Soleil luisant, clair et beau.
Il nây a bĂȘte, ni oiseau
Quâen son langage ne chante ou crie
Le temps a laissé son manteau
De vent, de froidure et de pluie.
RiviĂšres, fontaines et ruisseaux
Portent en livrée jolie
Gouttes dâargent, dâorfĂšvrerie
Chacun sâhabille de nouveau.
Le temps a laissé son manteau.
CHARLES D'ORLĂANS
Josephine22
Que de choses verrons nous..chĂšre
Dans ces taudis
Quand la flamme illumine ..claire
Les carreaux gris !...
Puis petite et toute nichée
Dans les lilas
Noirs et frais..la vitre cachée
Qui rit la bas...
Tu viendras..tu viendras..je t aime!
Ce sera beau
Tu viendras..n est ce pas..et mĂȘme...
Arthur Rimbaud
Les Grandes Vacances ( extrait)
Josephine22
Les lunettes de la grand mĂšre
Et son long nez
Dans son Missel...le pot de biĂšre
Cercle de plomb
Moussant entre les larges pipes
Qui crĂąnement
Fument les effroyables lippes
Qui..tout fumant..
Happent le jambon aux fourchettes
Tant..tant et plus.
Le feu qui claire les couchettes
Et les bahuts.
Les fesses luisantes et grasses
D un gros enfant
Qui fourre..Ă genoux dans les tasses
Son museau blanc.
FrĂŽle par un mufle qui gronde
D un ton gentil
Et pourleche la face ronde
Du cher petit.
Arthur Rimbaud
Les Grandes Vacances ( extrait)
Josephine22
Le soir ?...Nous reprendrons la route
Blanche qui court
FlĂąnant comme un troupeau qui broute..
Tout Ă l entour.
Les bons vergers Ă l herbe bleue
Aux pommiers tors !
Comme on les sent toute une lieue
Leurs parfums forts!
Nous regagnerons le village
Au ciel mi-noir..
Et ça sentira le laitage
Dans l air du soir.
Ăa sentira l Ă©table..pleine
De fumiers chauds
Pleine d un lent rythme d haleine..
Et de grands dos
Blanchissant sous quelque lumiĂšre
Et tout lĂ bas
Une vache fientera ..fiĂšre.
Ă chaque pas..
Arthur Rimbaud
Les Réparties de Nina ( extrait)
lila
Sous nos yeux, le mimosa-sensitive, pour tromper l'agresseur, plie tous ses coudes de ramilles, abat ses aisselles de feuilles et ne livre qu'une dépouille évanouie. Un à un tombent les secrets des plantes, leurs défenses féeriques. Leurs piÚges jouent à nu et dévoilent l'instinct carnassier, le goût du meurtre. Les bords vernissés, arrondis en lÚvre, d'un calice cillé sont mortels. Une autre fleur referme sur l'insecte des herses entrecroisées de poils inflexibles... Eh ! quoi, elles sont méchantes, elles aussi ? Elle ont un sexe exigeant, une férocité, une fantaisie personnelles ?
Il n'est pas impossible que la sorcellerie, la magie paysanne que nous tenions pour naĂŻve, qui cueillait des simples, distillait des sĂšves, interrogeait les fleurs, retrouve son prestige. La photographie animĂ©e, les grossissements cinĂ©matiques l'y aideront en montrant le gloxinia, l'aristoloche, gouffres hantĂ©s, les cotylĂ©dons du haricot, piĂšges Ă ressort, et le bouton du lis, longue gueule de crocodile en son premier bĂąillement. Monstre Ă la langue poilue, c'est toi, suave iris ? Quelle malĂ©fique grimace tord la lĂšvre de la rose Ă son rĂ©veil ! Vingt cornes de diable coiffent le bleuet, l'oeillet. Le pois grimpant darde une tĂȘte de python et la germination d'une poignĂ©e de lentilles mobilise une ruĂ©e d'hydres...
lila
A la mi-carĂȘme
Alfred de Musset
I
Le carnaval sâen va, les roses vont Ă©clore ;
Sur les flancs des coteaux déjà court le gazon.
Cependant du plaisir la frileuse saison
Sous ses grelots légers rit et voltige encore,
Tandis que, soulevant les voiles de lâaurore,
Le Printemps inquiet paraĂźt Ă lâhorizon.
II
Du pauvre mois de mars il ne faut pas médire ;
Bien que le laboureur le craigne justement,
Lâunivers y renaĂźt ; il est vrai que le vent,
La pluie et le soleil sây disputent lâempire.
Quây faire ? Au temps des fleurs, le monde est un enfant ;
Câest sa premiĂšre larme et son premier sourire.
III
Câest dans le mois de mars que tente de sâouvrir
LâanĂ©mone sauvage aux corolles tremblantes.
Les femmes et les fleurs appellent le zéphyr ;
Et du fond des boudoirs les belles indolentes,
Balançant mollement leurs tailles nonchalantes,
Sous les vieux marronniers commencent Ă venir.
IV
Câest alors que les bals, plus joyeux et plus rares,
Prolongent plus longtemps leurs derniĂšres fanfares ;
Ă ce bruit qui nous quitte, on court avec ardeur ;
La valseuse se livre avec plus de langueur :
Les yeux sont plus hardis, les lĂšvres moins avares,
La lassitude enivre, et lâamour vient au coeur.
Josephine22
Les pigeons qui tremblent dans la prairie..
Le gibier qui court et qui voit la nuit...
Les bĂȘtes des eaux..la bĂȘte asservie..
Les derniers papillons !...ont soif aussi.
Mais fondre ou fond ce nuage sans guide;
- Oh ! Favorise de ce qui est frais !
Expirer en ces violettes humides
Dont les aurores chargent ces forĂȘts ?
Arthur Rimbaud
Mai 1872
Josephine22
Peut ĂȘtre un Soir m attend
Ou je boirai tranquille
En quelque vieille ville
Et mourrai plus content
Puisque je suis patient !
Si mon mal se résigne
Si j' ai jamais quelque or..
Choisirai- je le Nord
Ou le Pays des Vignes ?
_Ah ! Songer est indigne
Puisque c est pure perte !
Et si je redeviens
Le voyageur ancien..
Jamais l auberge verte
Ne peut bien m ĂȘtre ouverte.
Le Pauvre Songe
Arthur Rimbaud
Josephine22
lila a écrit :
BanniĂšres de mai
Arthur Rimbaud
Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent parmi les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici sâenchevĂȘtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange.
Lâazur et lâonde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse.
Quâon patiente et quâon sâennuie
Câest trop simple. Fi de mes peines.
je veux que lâĂ©tĂ© dramatique
Me lie Ă son char de fortunes
Que par toi beaucoup, ĂŽ Nature,
â Ah moins seul et moins nul ! â je meure.
Au lieu que les Bergers, câest drĂŽle,
Meurent Ă peu prĂšs par le monde.
Je veux bien que les saisons mâusent.
A toi, Nature, je me rends ;
Et ma faim et toute ma soif.
Et, sâil te plaĂźt, nourris, abreuve.
Rien de rien ne mâillusionne ;
Câest rire aux parents, quâau soleil,
Mais moi je ne veux rire Ă rien ;
Et libre soit cette infortune.
Derniers vers
Magnifique..merci Lilađ
lila
BanniĂšres de mai
Arthur Rimbaud
Aux branches claires des tilleuls
Meurt un maladif hallali.
Mais des chansons spirituelles
Voltigent parmi les groseilles.
Que notre sang rie en nos veines,
Voici sâenchevĂȘtrer les vignes.
Le ciel est joli comme un ange.
Lâazur et lâonde communient.
Je sors. Si un rayon me blesse
Je succomberai sur la mousse.
Quâon patiente et quâon sâennuie
Câest trop simple. Fi de mes peines.
je veux que lâĂ©tĂ© dramatique
Me lie Ă son char de fortunes
Que par toi beaucoup, ĂŽ Nature,
â Ah moins seul et moins nul ! â je meure.
Au lieu que les Bergers, câest drĂŽle,
Meurent Ă peu prĂšs par le monde.
Je veux bien que les saisons mâusent.
A toi, Nature, je me rends ;
Et ma faim et toute ma soif.
Et, sâil te plaĂźt, nourris, abreuve.
Rien de rien ne mâillusionne ;
Câest rire aux parents, quâau soleil,
Mais moi je ne veux rire Ă rien ;
Et libre soit cette infortune.
Derniers vers
lila
Avril
Gérard de Nerval
DĂ©jĂ les beaux jours, â la poussiĂšre,
Un ciel dâazur et de lumiĂšre,
Les murs enflammĂ©s, les longs soirs ; â
Et rien de vert : â Ă peine encore
Un reflet rougeùtre décore
Les grands arbres aux rameaux noirs !
Ce beau temps me pĂšse et mâennuie.
â Ce nâest quâaprĂšs des jours de pluie
Que doit surgir, en un tableau,
Le printemps verdissant et rose,
Comme une nymphe fraßche éclose
Qui, souriante, sort de lâeau.
Josephine22
Fleurs des montagnes..fleurs resplendissantes..
Nous enseignez vous a ĂȘtre heureux
MĂȘme quand il n y a pas d Ă©tĂ©
Fleurissant en notre sein ?
Vous que Dieu préserva bien..
Posées comme des torches sur la colline
Preuves pour la terre hivernale que la beauté persiste.
E.Barrett BROWNING
PoĂšte Anglais
