
Josephine22
Ou sont les gracieux galants
Que je suivoie au temps jadis
Si bien chantants..si bien parlants..
Si plaisants en faits et en dits ?
Les aucuns sont morts et roidis..
D eux n est il plus rien maintenant :
Repos aient en paradis
Et Dieu sauve le remenant !
Et les autres sont devenus
Dieu merci ! Grands Seigneurs et maîtres
Les autres mendient tous nus
Et pain ne voient qu aux fenêtres
Les autres sont entrés en cloître
De Célestins ou de Chartreux..
Bottés ..housés comme pêcheurs d oitres
Voyez l état divers d entre eux
François VILLON
Extrait du Testament.
Oitres ...huitres
Josephine22
CORRESPONDANCES
La nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l observent avec des regards familiers.
Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité
Vaste comme la nuit et comme la clarté
Les parfums ; les couleurs et les sons se répondent.
Il est des parfums frais comme des chairs d enfants;
Doux comme les hautbois; verts comme les prairies ;
....Et d autres corrompus; riches et triomphants..
Ayant l expansion des choses infinies;
Comme l ambre..le musc..le benjoin et l encens..
Qui chantent les transports de l Esprit et des sens.
Charles BAUDELAIRE
Josephine22
lhuron a écrit :
COULEURS .
Au - dessus de Paris
la lune est violette .
Elle devient jaune
dans les villes mortes .
Il y a une lune verte
dans toutes les légendes .
Lune de toile d'araignée
et de verrière brisée
et par- dessus les déserts
elle est profonde et sanglante .
Mais la lune blanche
la vraie lune blanche
brille sur les calmes
cimetières de villages .
Federico GARCIA LORCA : Chansons sous la lune .
Très beau..romantique...
lhuron
A LA SANTÉ .
I
Avant d'entrer dans ma cellule
il a fallu me mettre nu
et quelle voix sinistre ulule
Guillaume qu'es - tu devenu
Le Lazare entrant dans sa tombe
au lieu d'en sortir comme il fit
adieu adieu chantantes rondes
ô mes années ô jeunes filles
II
Non je ne me sens plus là
moi - même
je suis le quinze
de la onzième
Le soleil filtre à travers
les vitres
ses rayons font sur mes vers
les pitres
et dansent sur le papier
j'écoute
quelqu'un qui frappe du pied
la voûte
III
Dans une fosse comme un ours
chaque matin je me promène
tournons tournons tournons toujours
le ciel est bleu comme une chaîne
dans une fosse comme un ours
chaque matin je me promène
Dans la cellule d'à côté
on y fait couler la fontaine
avec les clefs qu'il fait tinter
que le geôlier aille et revienne
dans la cellule d'à côté
on y fait couler la fontaine
IV
Que je m'ennuie entre ces murs tout nus
et peints de couleurs pâles
une mouche sur le papier à pas menus
parcourt mes lignes inégales
Que deviendrais-je ô Dieu qui connais ma douleur
toi qui me l'a donnée
prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur
le bruit de ma chaise enchaînée
Et pour ces pauvres cœurs battant dans la prison
l'Amour qui m'accompagne
prends en pitié surtout ma débile raison
et ce désespoir qui la gagne
V
Que lentement passent les heures
comme passe un enterrement
tu pleureras l'heure ou tu pleures
qui passera trop vivement
comme passent toutes les heures
VI
J'écoute les bruits de la ville
et prisonnier sans horizon
je ne vois rien qu'un ciel hostile
et les murs de ma prison
Le jour s'en va voici que brûle
une lampe dans la prison
nous sommes seuls dans ma cellule
belle clarté chère raison
Guillaume APOLLINAIRE : Alcools , 1913
Victime désignée d'une violente campagne xénophobe , l'armée française fut heureuse de l'accueillir comme chair à canon , l'année suivante !
lhuron
LA FEMME ADULTÈRE .
À Lydia CABRERA.
Je la pris près de la rivière
car je la croyais sans mari
tandis qu'elle était adultère
ce fut la Saint Jacques la nuit
Par rendez - vous et compromis
quand s'éteignirent les lumières
et s'allumèrent les cri - cri
au coin des dernières enceintes
je touchai ses seins endormis
sa poitrine pour moi s'ouvrit
comme des branches de jacinthes
et dans mes oreilles l'empois
de ses jupes amidonnées
crissaient comme soie arrachée
par douze couteaux à la fois
les cimes d'arbres sans lumières
grandissaient au bord du chemin
et tout un horizon de chiens
aboyait loin de la rivière .
Quand nous avons franchi les ronces
les épines et les ajoncs
sous elle son chignon s'enfonce
et fait un trou dans le limon
quand ma cravate fut ôtée
elle retira son jupon
puis quand j'ôtai mon ceinturon
quatre corsages d'affilée
ni le nard ni les escargots
n'eurent la peau si fine
ni sous la lune les cristaux
n'ont de lueur plus cristalline
ses cuisses s'enfuyaient sous moi
comme des truites effrayées
l'une moitié toute embrasée
l'autre moitié pleine de froid
cette nuit me vit galoper
ma plus belle chevauchée
sur une pouliche nacrée
sans bride et sans étriers .
Je suis homme et ne peux redire
les choses qu'elle me disait
le clair entendement m'inspire
de me montrer fort circonspect
sale de baisers et de sable
du bord de l'eau je la sortis
les iris balançaient leur sabre
contre les brises de la nuit
pour agir en pleine droiture
comme fait un loyal gitan
je lui fis don en la quittant
d'un beau panier à couture
mais sans vouloir en être épris
car elle était adultère
et se prétendait sans mari
quand nous allions vers la rivière.
Federico GARCIA LORCA : El Romancero Gitano .
traduction de Jean PRÉVOST
lhuron
COULEURS .
Au - dessus de Paris
la lune est violette .
Elle devient jaune
dans les villes mortes .
Il y a une lune verte
dans toutes les légendes .
Lune de toile d'araignée
et de verrière brisée
et par- dessus les déserts
elle est profonde et sanglante .
Mais la lune blanche
la vraie lune blanche
brille sur les calmes
cimetières de villages .
Federico GARCIA LORCA : Chansons sous la lune .
Josephine22
lila a écrit :
Revoir Paris
Charles Trenet
Un petit séjour d'un mois
Revoir Paris
Et me retrouver chez moi
Seul sous la pluie
Parmi la foule des grands boulevards
Quelle joie inouïe
D'aller ainsi au hasard
Prendre un taxi
Qui va le long de la Seine
Et me revoici
Au fond du Bois de Vincennes
Roulant joyeux
Vers ma maison de banlieue
Où ma mère m'attend
Les larmes aux yeux
Le cœur content
Mon Dieu que tout le monde est gentil
Mon Dieu quel sourire à la vie
Mon Dieu merci
Mon Dieu merci d'être ici
Ce n'est pas un rêve
C'est l'île d'amour que je vois
Le jour se lève
Et sèche les pleurs des bois
Dans la petite gare
Un sémaphore appelle ces gens
Tous ces braves gens
De la Varenne et de Nogent
Bonjour la vie
Bonjour mon vieux soleil
Bonjour ma mie
Bonjour l'automne vermeil
Je suis un enfant
Rien qu'un enfant tu sais
Je suis un petit Français
Rien qu'un enfant
Tout simplement
Paris
Indémodable...merci Lila😃😘
