UN MOT ....... et UN TITRE, UNE STROPHE de POESIE nous reviennent ...(JEU) 5/12/2013 rdb
rdbrdb - 5 décembre 2013 19:14

LILAS
Que j'aime voir, chère indolente,
De ton corps si beau,
Comme une étoffe vacillante,
Miroiter la peau !
Sur ta chevelure profonde
Aux âcres parfums,
Mer odorante et vagabonde
Aux flots bleus et bruns,
Comme un navire qui s'éveille
Au vent du matin,
Mon âme rêveuse appareille
Pour un ciel lointain.
Tes yeux, où rien ne se révèle
De doux ni d'amer,
Sont deux bijoux froids où se mêle
L'or avec le fer.
À te voir marcher en cadence,
Belle d'abandon,
On dirait un serpent qui danse
Au bout d'un bâton.
Sous le fardeau de ta paresse
Ta tête d'enfant
Se balance avec la mollesse
D'un jeune éléphant,
Et ton corps se penche et s'allonge
Comme un fin vaisseau
Qui roule bord sur bord et plonge
Ses vergues dans l'eau.
Comme un flot grossi par la fonte
Des glaciers grondants,
Quand l'eau de ta bouche remonte
Au bord de tes dents,
Je crois boire un vin de Bohême,
Amer et vainqueur,
Un ciel liquide qui parsème
D'étoiles mon cœur !
Le serpent qui danse
Charles Baudelaire
SOIRÉE
LILAS
Faim
Arthur Rimbaud
Si j’ai du goût, ce n’est guère
Que pour la terre et les pierres.
Je déjeune toujours d’air,
De roc, de charbons, de fer.
Mes faims, tournez. Paissez, faims,
Le pré des sons.
Attirez le gai venin
Des liserons.
Mangez les cailloux qu’on brise,
Les vieilles pierres d’églises ;
Les galets des vieux déluges,
Pains semés dans les vallées grises.
***
Le loup criait sous les feuilles
En crachant les belles plumes
De son repas de volailles :
Comme lui je me consume.
Les salades, les fruits
N’attendent que la cueillette ;
Mais l’araignée de la haie
Ne mange que des violettes.
Que je dorme ! que je bouille
Aux autels de Salomon.
Le bouillon court sur la rouille,
Et se mêle au Cédron.
Arthur Rimbaud
CHANDELLES
LILAS
"La fermeté sans douceur est dureté, elle aigrit, elle révolte, et porte à secouer un joug qu'elle rend intolérable. La douceur sans fermeté est faiblesse, elle rend l'autorité méprisable, et lui ôte toute la force qu'elle devrait avoir."
Citation de Jean Baptiste Blanchard ; Les maximes de l'honnête homme (1772)
PLEURS
rdbrdb
Le vase
José-Maria de Heredia
L’ivoire est ciselé d’une main fine et telle
Que l’on voit les forêts de Colchide et Jason
Et Médée aux grands yeux magiques. La Toison
Repose, étincelante, au sommet d’une stèle.
Auprès d’eux est couché le Nil, source immortelle
Des fleuves, et, plus loin, ivres du doux poison,
Les Bacchantes, d’un pampre à l’ample frondaison,
Enguirlandent le joug des taureaux qu’on dételle.
Au-dessous, c’est un choc hurlant de cavaliers ;
Puis les héros rentrant morts sur leurs boucliers
Et les vieillards plaintifs et les larmes des mères.
Enfin, en forme d’anse arrondissant leurs flancs
Et posant aux deux bords leurs seins fermes et blancs,
Dans le vase sans fond s’abreuvent des Chimères.
LARMES
LILAS
La Tour brisée
de :
Hart Crane
La corde d’une cloche qui saisit Dieu dès l’aube
M’envoie, comme si j’avais laissé descendre le glas
D’un jour accompli – fouler les pelouses de la cathédrale
Depuis la trappe au crucifix, les pieds glacés sur les marches de l’enfer.
N’as-tu pas entendu, n’as-tu pas remarqué ces légions
D’ombres dans le clocher, ces ombres dont les épaules secouent
Des carillons d’antiphonaires mis en marche avant que
Les étoiles ne soient prises et massées dans le rai du soleil ?
Les cloches, j’ai dit, les cloches brisent leur propre beffroi ;
Puis elles vont je ne sais où. Leurs battants gravent
La membrane dessous la moelle, ma partition de silences rompus
Si longtemps dispersée… Moi leur diacre, moi leur esclave !
Des rangées d’encycliques ovales bouchent
L’impasse avec des chœurs. Tumulus de voix superposées !
Des pagodes, des campaniles sonnent le réveil –
Ô les échos jouxtés qui se prosternent sur la plaine ! …
Ainsi c’est bien moi qui entrai dans ce monde recru
Pour suivre le cortège chimérique de l’amour, sa voix
Suspendue dans le vent (j’ignore où elle se ruait)
Et pour défendre, un temps, chacun de mes choix sans lendemain.
J’ai répandu ma parole. Etait-elle cousine, était-elle au diapason ?
De ce monarque, de ce juge de l’espace
Dont la cuisse aguerrit la terre et frappe un Verbe cristallin
Sur les plaies promises à l’espoir – offertes à la détresse ?
Les progressions de mon sang m’ont laissé
Sans réponse (le sang peut-il garantir une si noble tour
De même qu’il énonce la vraie question ?) – à moins que ce ne soit Elle
Dont la tendre mortalité remue les forces latentes ? –
Elle dont j’écoute le pouls, en comptant les palpitations
Que mes veines rappellent et décuplent, et où je perçois
L’angelus des guerres, solide et rétabli que ma poitrine évoque :
Ce que je possède a guéri, original et pur désormais…
Et elle construit, aux tréfonds, une tour non pas de pierre
(La pierre ne ceint pas le ciel) – mais de
Gravier – les ailes visibles d’un silence
Disséminé en cercles d’azur déploient en durcissant
Du cœur la matrice en plongeant, puis posant l’œil
Qui révère le lac tranquille, et gonfle une autre tour…
Le spacieux, le très long décorum de ce ciel
Entrouvre sa terre et soulève l’amour en ses averses.
VASE
Naturelle33
Sous les coiffes de lin, toutes, croisant leurs bras
Vêtus de laine rude ou de mince percale,
Les femmes, à GENOUX sur le roc de la cale,
Regardent l'Océan blanchir l'île de Batz.
Les hommes, pères, fils, maris, amants, là-bas,
Avec ceux de Paimpol, d'Audierne et de Cancale,
Vers le Nord, sont partis pour la lointaine escale.
Que de hardis pêcheurs qui ne reviendront pas !
Par-dessus la rumeur de la mer et des côtes
Le chant plaintif s'élève, invoquant à voix hautes
L'Étoile sainte, espoir des marins en péril ;
Et l'Angélus, courbant tous ces fronts noirs de hale,
Des clochers de Roscoff à ceux de Sybiril
S'envole, tinte et meurt dans le ciel rose et pâle.
(JM de HEREDIA)
CLOCHER - CLOCHE
Naturelle33
L'homme et la mer (Baudelaire)
Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette PLAINTE indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !
LUTTE - LUTTER - LUTTEURS
