UN MOT ....... et UN TITRE, UNE STROPHE de POESIE nous reviennent ...(JEU) 5/12/2013 rdb
rdbrdb - 5 décembre 2013 19:14

Naturelle33
Rien n'est plus aisé que de blâmer le voisin; mais cette critique est stérile et vaine si elle ne nous sert pas à corriger en nous et à prévenir des fautes du même acabit. Plutarque
Si ton voisin se salit, tu ne peux pas te frotter à lui sans nécessairement te salir, quelque propre que tu sois toi-même. Epictète
Informe-toi du compagnon avant d'entreprendre un voyage ; et du voisin, avant d'acheter une maison. Proverbe arabe
VOYAGE - VOYAGER - VOYAGEUR
alyde
Chaque jour se répéter : " Je ne serai plus JAMAIS aussi jeune qu'aujourd'hui"
Pense-bêtes - Roland Topor
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Il n' y a jamais de videur Devant la « boîte de la mort ».
Comme un grain (2004) - Charles de LEUSSE
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DEVANT
LILAS
Vers le cloître
Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair.
Sauvage horreur de soi si mornement sentie !
Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,
Jettent sur nos vouloirs leur cagoule d’ennui,
Ou brusquement nous arrachent à l’inertie.
Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la lourde torpeur des morbides novembres,
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?
Dites, ces mains qui regrettent l’ancien vice
Et qui cherchent encor aux rondeurs des coussins
Et des toisons de ventre et des grappes de seins
Et de moites chaleurs pour le songe complice ?
Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair.
Et s’imposer le gel des sens quand le corps brûle ;
Et se tyranniser et se tordre le coeur,
– Hélas ! ce qui en reste – et tordre, avec rancoeur,
Jusqu’au regret d’un autrefois doux et crédule.
Se cravacher dans sa pensée et dans son sang,
Dans son effort, dans son espoir, dans son blasphème ;
Et s’exalter de ce mépris, pauvre lui-même,
Mais qui rachète un peu l’orgueil d’où l’on descend.
Et se mesquiniser en pratiques futiles
Et se faire petit et n’avoir qu’âpreté
Pour tout ce qui n’est point d’une âcre nullité
Dans le jardin fané des floraisons hostiles.
Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne et sèche et râpée aux cilices,
Où l’on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l’âme, enfin, toute la chair.
Oh ! la constante rage à s’écraser, la hargne
A se tant torturer, à se tant amoindrir,
Que tout l’être n’est plus vivant que pour souffrir
Et se fait de son MAL sa joie et son épargne.
N’entendre plus ses cris, ne sentir plus ses pleurs,
Mater son instinct noir, tuer sa raison traître,
Oh ! le pouvoir et le savoir ! Etre son maître !
Et les casser enfin, les crocs de ses douleurs !
Et peut-être qu’alors, par un soir salutaire,
Une paix de néant s’installerait en moi,
Et que sans m’émouvoir j’écouterais l’aboi,
L’aboi tumultueux de la mort volontaire.
Je rêve une existence en un cloître de fer.
Emile Verhaeren, Les débâcles
JAMAIS
rdbrdb
Charles BAUDELAIRE (1821-1867)
Le voyage
A Maxime Du Camp.
I
Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah ! que le monde est grand à la clarté des lampes !
Aux yeux du souvenir que le monde est petit !
Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le coeur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :
Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La Circé tyrannique aux dangereux parfums.
Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers.
Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent
Pour PARTIR, coeurs légers, semblables aux ballons,
De leur fatalité jamais ils ne s'écartent,
Et, sans savoir pourquoi, disent toujours : Allons !
Ceux-là dont les désirs ont la forme des nues,
Et qui rêvent, ainsi qu'un conscrit le canon,
De vastes voluptés, changeantes, inconnues,
Et dont l'esprit humain n'a jamais su le nom !
II
Nous imitons, horreur ! la toupie et la boule
Dans leur valse et leurs bonds ; même dans nos sommeils
La Curiosité nous tourmente et nous roule,
Comme un Ange cruel qui fouette des soleils.
Singulière fortune où le but se déplace,
Et, n'étant nulle part, peut être n'importe où !
Où l'homme, dont jamais l'espérance n'est lasse,
Pour trouver le repos court toujours comme un fou !
Notre âme est un trois-mâts cherchant son Icarie ;
Une voix retentit sur le pont : " Ouvre l'oeil ! "
Une voix de la hune, ardente et folle, crie .
" Amour... gloire... bonheur ! " Enfer ! c'est un écueil !
Chaque îlot signalé par l'homme de vigie
Est un Eldorado promis par le Destin ;
L'Imagination qui dresse son orgie
Ne trouve qu'un récif aux clartés du matin.
Ô le Pauvre amoureux des pays chimériques !
Faut-il le mettre aux fers, le jeter à la mer,
Ce matelot ivrogne, inventeur d'Amériques
Dont le mirage rend le gouffre plus amer ?
Tel le vieux vagabond, piétinant dans la boue,
Rêve, le nez en l'air, de brillants paradis ;
Son oeil ensorcelé découvre une Capoue
Partout où la chandelle illumine un taudis.
III
Etonnants voyageurs ! quelles nobles histoires
Nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers !
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
Ces bijoux merveilleux, faits d'astres et d'éthers.
Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile !
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
Passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
Vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.
Dites, qu'avez-vous vu ?
IV
" Nous avons vu des astres
Et des flots ; nous avons vu des sables aussi ;
Et, malgré bien des chocs et d'imprévus désastres,
Nous nous sommes souvent ennuyés, comme ici.
La gloire du soleil sur la mer violette,
La gloire des cités dans le soleil couchant,
Allumaient dans nos coeurs une ardeur inquiète
De plonger dans un ciel au reflet alléchant.
Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l'attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux !
- La jouissance ajoute au désir de la force.
Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d'engrais,
Cependant que grossit et durcit ton écorce,
Tes branches veulent voir le soleil de plus près !
Grandiras-tu toujours, grand arbre plus vivace
Que le cyprès ? - Pourtant nous avons, avec soin,
Cueilli quelques croquis pour votre album vorace,
Frères qui trouvez beau tout ce qui vient de loin !
Nous avons salué des idoles à trompe ;
Des trônes constellés de joyaux lumineux ;
Des palais ouvragés dont la féerique pompe
Serait pour vos banquiers un rêve ruineux ;
" Des costumes qui sont pour les yeux une ivresse ;
Des femmes dont les dents et les ongles sont teints,
Et des jongleurs savants que le serpent caresse. "
V
Et puis, et puis encore ?
VI
" Ô cerveaux enfantins !
Pour ne pas oublier la chose capitale,
Nous avons vu partout, et sans l'avoir cherché,
Du haut jusques en bas de l'échelle fatale,
Le spectacle ennuyeux de l'immortel péché
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide,
Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût ;
L'homme, tyran goulu, paillard, dur et cupide,
Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout ;
Le bourreau qui jouit, le martyr qui sanglote ;
La fête qu'assaisonne et parfume le sang ;
Le poison du pouvoir énervant le despote,
Et le peuple amoureux du fouet abrutissant ;
Plusieurs religions semblables à la nôtre,
Toutes escaladant le ciel ; la Sainteté,
Comme en un lit de plume un délicat se vautre,
Dans les clous et le crin cherchant la volupté ;
L'Humanité bavarde, ivre de son génie,
Et, folle maintenant comme elle était jadis,
Criant à Dieu, dans sa furibonde agonie :
" Ô mon semblable, ô mon maître, je te maudis ! "
Et les moins sots, hardis amants de la Démence,
Fuyant le grand troupeau parqué par le Destin,
Et se réfugiant dans l'opium immense !
- Tel est du globe entier l'éternel bulletin. "
VII
Amer savoir, celui qu'on tire du voyage !
Le monde, monotone et petit, aujourd'hui,
Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image
Une oasis d'horreur dans un désert d'ennui !
Faut-il partir ? rester ? Si tu peux rester, reste ;
Pars, s'il le faut. L'un court, et l'autre se tapit
Pour tromper l'ennemi vigilant et funeste,
Le Temps ! Il est, hélas ! des coureurs sans répit,
Comme le Juif errant et comme les apôtres,
A qui rien ne suffit, ni wagon ni vaisseau,
Pour fuir ce rétiaire infâme : il en est d'autres
Qui savent le tuer sans quitter leur berceau.
Lorsque enfin il mettra le pied sur notre échine,
Nous pourrons espérer et crier : En avant !
De même qu'autrefois nous partions pour la Chine,
Les yeux fixés au large et les cheveux au vent,
Nous nous embarquerons sur la mer des Ténèbres
Avec le coeur joyeux d'un jeune passager.
Entendez-vous ces voix, charmantes et funèbres,
Qui chantent : " Par ici ! vous qui voulez manger
Le Lotus parfumé ! c'est ici qu'on vendange
Les fruits miraculeux dont votre coeur a faim ;
Venez vous enivrer de la douceur étrange
De cette après-midi qui n'a jamais de fin ? "
A l'accent familier nous devinons le spectre ;
Nos Pylades là-bas tendent leurs bras vers nous.
" Pour rafraîchir ton coeur nage vers ton Electre ! "
Dit celle dont jadis nous baisions les genoux.
VIII
Ô Mort, vieux capitaine, il est temps ! levons l'ancre !
Ce pays nous ennuie, ô Mort ! Appareillons !
Si le ciel et la mer sont noirs comme de l'encre,
Nos coeurs que tu connais sont remplis de rayons !
Verse-nous ton poison pour qu'il nous réconforte !
Nous voulons, tant ce feu nous brûle le cerveau,
Plonger au fond du gouffre, Enfer ou Ciel, qu'importe ?
Au fond de l'Inconnu pour trouver du nouveau !
RESTER..... (partir rester souvent un dilemme)
Naturelle33
J'adore ce poème de Machado... je ne le connais qu'en espagnol... "caminante no hay camino, se hace camino al andar... Je l'ai récité à l'Eglise, lors du décès de ma mère, il y a très très longtemps... Merci Lilas de cette belle traduction française !
Crains les ADULATEURS, dont l'âme peu sincère
Ne vise qu'à tromper par un air imposteur.
Le vrai ne sait se contrefaire,
Mais le déguisement suit partout le flatteur.
Denys Caton
Les courtisans de la popularité sont-ils moins serviles que ne l'étaient les ADULATEURS de la puissance des rois?... Non sans doute, et ce qui se passe sous nos yeux le prouve assez. Baron de Stassart
POPULAIRE - POPULARITÉ
alyde
C’est horriblement chiant de ne penser obsessionnellement qu’à sa mort qui approche, à ses futures obsèques et au chagrin de ses PROCHES ! Je pense aussi à tous les enculés qui vont se frotter les mains et ça m’énerve grave de crever avant eux ! Heureusement que vous êtes là, admirateurs inconditionnels, adulateurs forcenés… vous ne pouvez pas savoir comme vos messages me font du bien, un vrai baume miraculeux ! Et banzaï malgré tout !.
Le 04 mai 2016 - sur le site de Siné Mensuel, son journal - Siné
ADULATEUR-ADULER
LILAS
Toi qui marches, il n'existe pas de chemin
Tout passe et tout reste,
mais le propre de l'homme est de passer,
passer en faisant des chemins,
des chemins sur la mer.
Je n'ai jamais cherché la gloire,
ni cherché à laisser dans la mémoire
des hommes ma chanson ;
j'aime les mondes subtils,
légers et aimables,
comme des bulles de savon.
J'aime les voir se peindre
de soleil et de rouge, voler
sous le ciel bleu, trembler
soudainement et se rompre...
Je n'ai jamais cherché la gloire.
Toi qui marches, ce sont tes traces
qui font le chemin, rien d'autre .
toi qui marches, il n'existe pas de chemin,
le chemin se fait en marchant.
En marchant on fait le chemin
et lorsqu'on se retourne
on voit le sentier que jamais
on n'empruntera à nouveau.
Toi qui marches, il n'existe pas de chemin
si ce n'est le sillage dans la mer...
Il fut un temps dans ce lieu
où aujourd'hui les bois s'habillent d'épines
on entendit la voix d'un poète crier
"Toi qui marches, il n'existe pas de chemin,
le chemin se fait en marchant..."
Coup après coup, vers après vers...
Le poète mourut loin de chez lui.
Il est recouvert de la poussière d'un pays voisin.
En s'éloignant on le vit pleurer.
Toi qui marches, il n'existe pas de chemin,
le chemin se fait en marchant...
Coup après coup, vers après vers...
Quand le chardonneret ne peut chanter
Quand le poète est un pèlerin,
quand il ne sert à rien de prier.
"Toi qui marches, il n'existe pas de chemin,
le chemin se fait en marchant..."
Coup après coup, vers après vers.
Antonio Machado
PROCHE
Naturelle33
Invitation (Albert Samain)
Mon cœur est un beau lac solitaire qui tremble,
Hanté d'oiseaux furtifs et de rameaux frôleurs,
Où le vol argenté des sylphes bleus s'assemble
En un soir diaphane où défaillent des fleurs.
La lune y fait rêver ses pâleurs infinies ;
L'aurore en son cristal baigne ses pieds rosés ;
Et sur ses bords, en d'éternelles harmonies,
Soupire l'orgue des grands joncs inapaisés.
Un temple est au milieu, tout en colonnes blanches,
Éclos dans les tiédeurs secrètes du jasmin ;
Des ramiers bleu-de-ciel s'aiment parmi les branches...
Laquelle se mettra la première en chemin ?
...................
CHEMIN - CHEMINER
alyde
D'abord la VALSE, où deux êtres qui ne sont point époux, et qui même ne s'aiment point secrètement, joignent leurs corps. Respirant leurs tiédeurs intimes et leurs souffles inconnus, ils s'engagent dans un tourbillon qui les laisse de temps en temps reparaître aux yeux de leurs proches parents.
La bêtise parisienne, 1884, p. 201 de Paul Hervieux
TIEDEURS
LILAS
Une RUELLE en creux où dévale la pluie ;
Une calade en V où le temps sans répit
A rongé et lissé les pierres des chalets ;
Une bien vieille rue maintenant oubliée
Des anciens montagnards, abrupte et caillouteuse,
Qui dévale la pente où nulle pelleteuse
N’a jamais entrepris le moindre des travaux ;
Un passage oublié tout au fond d’Entrevaux.
N’y viennent en été que quelques vacanciers,
Pas mal dépaysés mais heureux d’y trouver
Une vie cristalline éloignée de Paris :
Une existence calme où le moindre des bruits
Fait vibrer l’air serein d’un grand coup de canon.
Une ruelle usée et à califourchon
Entre le temps d’antan et le temps de demain ;
Une vieille ruelle où le temps s’est éteint…
Vette de Fonclare
VALSE
