
alyde
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Paris, 1943. Une femme est assise dans une salle d’interrogatoire de la Gestapo.
Ses pieds saignent, son corps est brisé.
Les officiers en face d’elle savent qu’elle détient des secrets.
Les noms d’agents britanniques.
Les emplacements de refuges de la résistance.
Des renseignements capables de démanteler des réseaux entiers à travers la France.
Ils ont déjà commencé la torture.
On lui arrache les ongles des pieds, un par un.
Bientôt, ils utiliseront des fers chauffés à blanc sur son dos.
Ils l’enfermeront dans l’obscurité pendant des semaines. Ils lui promettront la vie en échange d’un seul nom.
Elle a trente ans, mère de trois enfants.
Pas une soldate.
Pas une espionne de formation. Juste une femme au foyer française vivant paisiblement en Angleterre jusqu’à ce que les armées d’Hitler engloutissent sa patrie.
C’est alors qu’Odette Sansom a fait un choix que la plupart d’entre nous n’auront jamais à faire. Elle a laissé ses trois filles derrière elle et s’est portée volontaire pour le Special Operations Executive britannique, cette organisation clandestine créée pour saboter les opérations nazies de l’intérieur.
Le SOE ne cherchait pas des militaires de carrière.
Ils voulaient des personnes capables de disparaître en territoire occupé.
Des gens parlant parfaitement le français. Des volontaires prêts à accepter que la capture signifiait probablement torture et exécution.
Odette connaissait les risques.
Elle s’est engagée quand même.
En 1942, elle opérait déjà en France occupée sous le nom de code « Lise », coordonnant des cellules de résistance, organisant des sabotages, transmettant des renseignements vers Londres.
Elle travaillait aux côtés du capitaine Peter Churchill, construisant des réseaux qui frappaient les lignes d’approvisionnement et les communications allemandes.
Pendant des mois, ils furent des fantômes.
Puis un collaborateur les a trahis.
Et maintenant, elle est dans cette pièce. Sur cette chaise. Face à des hommes qui ont perfectionné l’art de briser les êtres humains.
Et voici ce qu’ils ne comprennent pas :
Odette Sansom a déjà décidé qu’elle ne cédera pas.
Ni à la douleur. Ni aux promesses. Même pas pour sauver sa propre vie.
Parce qu’elle sait que chaque nom qu’elle donnerait signifie un agent de plus torturé.
Un résistant de plus exécuté. Une famille de plus détruite.
Alors elle ne leur donne rien.
Pendant des mois d’interrogatoire.
À travers une souffrance que la plupart d’entre nous ne peuvent même pas imaginer.
À travers l’isolement et les menaces de mort.
Rien.
La Gestapo finit par comprendre qu’ils ne peuvent pas la briser.
Ils l’envoient au camp de concentration de Ravensbrück, condamnée sous le protocole « Nuit et Brouillard », ces prisonniers destinés à disparaître sans laisser de trace.
Elle y survit plus d’un an en convainquant le commandant qu’elle est apparentée à Winston Churchill.
C’est un mensonge total, mais cela lui sauve la vie.
Lorsque les forces alliées arrivent en 1945, ce même commandant tente de s’en servir comme monnaie d’échange.
Dès qu’ils atteignent les lignes américaines, Odette le désigne comme criminel de guerre.
Il est arrêté sur-le-champ.
La Grande-Bretagne lui décerne la George Cross, la plus haute distinction civile pour courage. La citation est claire : pour avoir refusé de trahir ses camarades malgré une torture qui aurait brisé presque n’importe qui.
Puis, en 1951, quelqu’un vole la médaille chez elle.
Quelques mois plus tard, elle arrive par la poste avec une note anonyme. Le voleur avait compris ce qu’elle représentait et n’a pas pu vivre avec ce poids.
Même des criminels ont reconnu la valeur de cette médaille.
Odette Sansom Hallowes a vécu jusqu’à l’âge de 82 ans, consacrant des décennies à honorer ses camarades tombés et incarnant une force silencieuse.
Elle a toujours affirmé qu’elle n’avait fait que ce que chacun aurait dû faire.
Mais ce n’est pas vrai.
Ce qu’elle a fait était extraordinaire.
Elle a prouvé que la forme de résistance la plus puissante face à la tyrannie n’est pas la violence. C’est le refus absolu de céder, quel qu’en soit le prix.

lyvi
Merci "alyde"
Honneur à toutes ces femmes si courageuses, sacrifiées mais tellement méconnues.
Nous avons la chance de vivre une période sans grand danger, me semble t'il, sur notre territoire.
Mais nos parents, grands-parents, arrière grand-parents, n'ont pas vécu les mêmes circonstances.
Cordialement
alyde
Marie-Louise Birgy [née PERRET Marie-Louise, dite Mary-Lou], Résistante
Née le 21 août 1909 à Vevey (Suisse), guillotinée le 11 mai 1944 à Cologne (Allemagne) ; sténo-dactylo ; militante communiste ; résistante FTPF, déportée.
Marie-Louise Perret était fille de Jules, Louis, Constant Perret, ouvrier confiseur, et de Léontine née Pomat (de nationalité italienne).
Ils étaient domiciliés au moment de sa naissance à Vevey.
Marie-Louise Perret avait trois sœurs.
Elle quitta l’école à douze ans et travailla avec ses parents dans un commerce puis, suite à des difficultés financières de ceux-ci, elle se plaça chez un commerçant.
Son père travailla comme chocolatier.
Sa famille s’installa à Saint-Dié (Vosges) où elle fut sténo-dactylo. Mariée avec Ernest Birgy le 4 avril 1931, française par mariage, elle s’installa à Belfort puis, suite à la crise, à nouveau à Saint-Dié où Ernest Birgy fut comptable et elle sténo-dactylo pour le modeste salaire de 550 francs par mois, dans la même usine textile.
Lors de la grève de juin 1936, le couple fut les seuls employés à se solidariser avec les ouvriers en grève et fut renvoyé.
Marcel Dupont secrétaire du syndicat des métaux de Longwy, leur obtint un emploi à la Caisse « Le Travail » de cette ville, où elle gagna 600 francs, son mari 1 100 francs comme directeur.
Lectrice de l’Humanité depuis 1934, syndiquée à la CGT, animatrice d’un groupe de pionniers à Saint-Dié en 1935-1936, membre du Comité mondial des femmes contre la guerre et le fascisme, Marie-Louise Birgy adhéra au Parti communiste en janvier 1937, à Longwy.
« C’est avec la plus grande aide de mon mari que j’ai appris à connaître ce que fait et ce que veut réaliser le Parti communiste » (autobiographie, s.d., [décembre 1937]).
Elle suivit une école de section à Longwy en juin 1937. Depuis février 1937, son mari était parti en Espagne comme volontaire ; sa situation matérielle devint difficile.
René Uni la recruta en juillet 1937 comme secrétaire du comité régional communiste à 800 francs par mois, puis à 1 000 francs.
Elle parlait allemand et avait la capacité de traduire les conférences régionales. Membre du secrétariat régional communiste à Nancy (Meurthe-et-Moselle), Marie-Louise Birgy travailla à nouveau aux Assurances sociales.
Lorsque Marie-Louise Birgy rédigea son autobiographie, fin 1937, la commission des cadres fut intéressée par son profil et par sa capacité de régler un difficile problème financier avec une compagnie d’assurance.
Bien que dans son droit avec son mari, elle avait préféré payer des sommes importantes avec l’aide de ses beaux-parents, pour ne pas donner prise aux adversaires du parti.
Elle répondait avec une extrême violence verbale à la question sur les trotskistes :
« Ce que je pense des trotskistes : que ce sont des criminels, des misérables contre-révolutionnaires, saboteurs, espions, agents de l’étranger et leur activité destructrice a été étalée au grand jour aux derniers procès des terroristes trotskistes zynoviévistes de Moscou et a démontré ainsi au monde entier que Trotski est l’allié et l’agent de la Gestapo voulant restaurer le capitalisme en URSS. »
L’évaluateur conclut : « semble camarade intéressante ».
Elle avait encore lu peu de livres politiques (elle ne cite que Le Manifeste communiste) mais beaucoup de journaux : « avec mon mari, nous lisions l’Humanité et c’est lui qui m’a montré le bon chemin. J’ai lu aussi les romans des ESS :
La Mère, Énergie, Et l’acier fut trempé, etc. Depuis 1934 où nous avons contracté un abonnement au colis mensuel au CDLP, où je lis par intermittence les trois périodiques :
la Correspondance internationale, les Cahiers du bolchevisme, l’Internationale communiste.
J’ai l’occasion de parcourir au siège de la région, actuellement, les journaux régionaux au Parti, ainsi que Regard, l’Avant-garde, La Vie ouvrière. »
Avec deux collègues, Marcelle Désirat et Marie Durivaux, elle organisa la distribution de la propagande communiste clandestine, fin 1940.
Avec son mari, elle forma un réseau FTPF qui se chargea de distribuer des tracts, en allemand, aux soldats de la Wehrmacht.
Dénoncée, arrêtée, elle fut condamnée à mort par le tribunal allemand de Nancy en 1942, classée NN, et guillotinée dans la prison de Cologne, le 11 mai 1944.
Selon les recherches de Jean-Claude Magrinelli :
C’est sur dénonciation qu’elle avait été arrêtée. Une lettre anonyme datée du 15 avril 1942, terminée par « Vive la France Vice Pétain », parvint au préfet.
On y lit :
« Je vous ai également signalé la présence à Nancy de la femme Birgy, ex secrétaire de René Uni, elle doit travailler sous un faux nom dans une usine d’électricité dans le faubourg Stanislas, il y a environ 9 à 10 mois qu’elle y travaille et son mari vient quelque fois à Nancy, il se trouve habituellement dans la région de Briey. »
Le préfet ordonna immédiatement la réquisition des « correspondances qui arriveront aux noms de :
1. Birgy Marie-Louise ou Perret, 10, rue Aristide Briand à Nancy ou poste restante dans l’un des bureaux de Nancy...
2. Birgy Ernest, domicile inconnu. »’ Là police n’eut aucun mal a recenser les entreprises d’électricité de Nancy et de découvrir qu’elle travaillait, sous son Propre nom, à la Compagnie Générale d’Électricité sise au n° 78, rue Raymond Poincaré. Sa mère adressa, le 16 septembre 1942 une lettre au préfet.
« Je viens faire appel à votre autorité pour m’aider à retrouver la trace de ma fille... arrêtée par les autorités allemandes depuis le 1er mai à son bureau où elle travaillait.. D’abord détenue à la prison Charles III, je pouvais obtenir de ses nouvelles et l’alimenter sans toutefois être autorisée à la voir. Depuis trois mois, je n’ai plus de nouvelles et les lettres que je lui adresse me reviennent (...) Je ne crois pas qu’il soit impossible de savoir où elle se trouve... ». Réponse du préfet le 22 septembre :
« Je vous informe que l’arrestation de votre fille par les autorités occupantes n’a jamais été portée à ma connaissance. » Autre lettre, datée du 4 novembre, de la mère au préfet :
« ... l’on m’avait informée que toutes les arrestations opérées par l’occupant étaient signalées à la préfecture. » Voici la réponse du préfet, adressée le 2 décembre 1942 . « J’ai l’honneur de vous faire connaître que votre fille... a été arrêtée le 1" mai 1942 par la police allemande pour menées communistes.
Par raison d’État, les autorités allemandes ne peuvent indiquer le lieu où elle est actuellement détenue. » L’arrestation de Marie-Louise survient donc au tout début des opérations de destruction des groupes FTPF lancées par la SIPO und SD avec l’aide de la police française, dans la région de Nancy.
Cependant, elle ne figure pas parmi les 38 membres du groupe Pacci traduits fin juillet devant le tribunal militaire de la FK 591.
Marie-Louise est transférée du quartier allemand de la prison Charles III à Nancy puis à Paris.
Le 9 juillet, elle fait partie avec cinq autres de ses camarades de la région de Nancy du convoi de 17 femmes déportées Nuit et Brouillard en Allemagne.
Elle connaîtra les prisons de Cologne, Rheinbach puis de nouveau Cologne.
nnut la même fin tragique le 25 août 1944 à Breslau (Wroclaw, Pologne), seule Marcelle Désirat revint de déportation.
La Voix de l’Est lui rendit hommage le 14 juillet 1945.

lyvi
Jocelyn Bell
Physicienne et découvreuse des pulsars
Jocelyn Bell Burnell, astrophysicienne née en 1943 à Belfast, est reconnue pour avoir découvert en 1967 le premier pulsar, un type d’étoile à neutrons émettant des signaux radio très réguliers, alors qu’elle était doctorante à l’Université de Cambridge et participait à la construction d’un radiotélescope. Cette découverte, publiée dans Nature, a transformé notre compréhension des étoiles compactes et marqué l’histoire de l’astrophysique. Après son doctorat en radioastronomie, elle a poursuivi une carrière de chercheuse et enseignante, et a reçu de nombreux honneurs pour ses contributions scientifiques.

lyvi
Rosetta Tharpe
(1915 – 1973)
musicienne, reine du gospel, marraine du Rock’n’roll américaine
Rosetta Tharpe est né en 1915 dans une plantation de coton de l’Arkansas. D’un père inconnu et d’une mère chanteuse, joueuse de mandoline et prête évangéliste au sein de l’église de « God in Christ » qui favorise le prêche des femmes. Enfant prodige, Rosetta Tharpe commence dès quatre ans à chanter et à jouer de la guitare sur scène aux côtés de sa mère.
A 19 ans, elle épouse le prêtre Thomas Thorpe, musicien aux côtés de sa mère. Rapidement divorcée, elle décide de conserver « Tharpe » comme nom de scène.
En 1938 elle signe avec Decca Records. Ses chansons de gospel connaissent un succès instantané tandis qu’elle devient la première musicienne de gospel à connaître un succès commerciale. Parmi ses titres : « Rock me », “That’s All,” “The Man and I” et “The Lonesome Road”.
Continuant à se produire à la fois dans des églises et dans des clubs, Rosetta Tharpe s’illustre comme une des premières artistes à avoir popularisé le gospel et à y introduire la guitare électrique.
Brisant barrières sociales et musicales, elle est une artiste aussi novatrice que controversée. En effet, la société conservatrice de l’époque rechigne à accepter une femme, qui plus est noire, jouant de la guitare électrique et mêlant rythme rock, blues et chants religieux.
Mais Rosetta Tharpe n’est pas simplement une chanteuse populaire de gospel. Surnommée la marraine du Rock’n’Roll, elle s’est aussi distinguée par son style de jeu unique à la guitare et a influencé Chuck Berry, Little Richard, Carl Perkins, Johnny Cash ou encore Elvis Presley.
Elle meurt à l’âge de 58 ans à Philadelphie. Sur sa tombe on peut lire :
« She would sing until you cried and then she would sing until you danced for joy. She helped to keep the church alive and the saints rejoicing”.
« Elle chantait jusqu'à ce que vous pleuriez, puis elle chantait jusqu'à ce que vous dansiez de joie. Elle contribuait à maintenir l'Église vivante et les saints dans la joie. »

lyvi
Hélène Boucher
(1908 – 1934)
Aviatrice française
Hélène Boucher naît le 23 mai 1908 à Paris. Elle se passionne très vite pour l’aviation. Dans les années 1930, les aviateurs, plus que les chanteurs, font la une des journaux et sont les idoles des jeunes de l’époque. Mais l’aviation alors en plein essor reste pourtant la chasse gardée des hommes. Hélène Boucher décide néanmoins d’y consacrer sa vie. En 1932, elle est la quatrième femme à devenir pilote professionnelle de transport public après Adrienne Bolland, Maryse Bastié et Maryse Hilsz. Diplôme obtenu en vain car les femmes pilotes ne sont pas engagées sur les lignes aériennes à l’époque (la première pilote de ligne française admise dans un cockpit, Jacqueline Dubut, ne le sera qu’en 1967, sur Air Inter). Hélène Boucher participe alors à des rallyes, remporte de nombreuses compétitions, relie Saigon au départ de Paris et bat de nombreux records dont celui d’altitude (5 900 mètres). Elle emporte également le titre de championne du monde de vitesse toutes catégories sur 1 000 km avec la moyenne de 409 km/h.
Hélène Boucher est aussi une fervente militante féministe. En 1934, elle s’engage en faveur du droit de vote des françaises au sein de l’association « Les femmes nouvelles » créée par Louise Weiss.
La même année, aux commandes de son Caudron Rafale, elle se tue lors d’un vol d’entraînement. Elle avait 26 ans. Un hommage national lui est rendu et son cercueil est exposé pendant deux jours dans l’église Saint-Louis-des-Invalides à Paris. Hélène Boucher est la première femme à recevoir cet honneur.

lyvi
(1830-1905) Louise Michel est institutrice, elle ouvre des écoles dans Paris et fréquente le milieu révolutionnaire. Elle participe aux combats de la Commune puis est déportée en Nouvelle Calédonie où elle reste 7 ans. A son retour en 1880, devenue anarchiste à son retour, elle continue à militer pour le droits des plus faibles (ouvriers, femmes) et a instruire les plus pauvres. Elle reste l’une des figures majeures de l’engagement politique et une pionnière de la défense des droits des femmes.
alyde
Alina Janowska (1923-2017).
Actrice, danseuse, résistante.
Quand la guerre arrive, Alina, une jeune polonaise, vit dans l’actuelle Biélorussie.
Son pays conquis, elle ira en Lituanie, sera enfermée par les allemands (1941) avant de pouvoir rejoindre Varsovie.
Apprenant la danse et la comédie, elle sera entraînée dans la résistance par sa tante.
Arrêtée en avril 1942 pour avoir sauvé des juifs, elle croupira plusieurs mois dans la prison pour femmes de Serbia.
Quand Varsovie va se soulever en août 1944, la belle Alina ne reste pas dans son « studio » de danse ou à jouer au théâtre et va participer au soulèvement, en tant qu’agent de liaison du bataillon Kilinski.
Pendant les soixante trois jours du soulèvement, celle que l’on surnomme mademoiselle 100 pour cents « setka » car elle est partout, assure, avec presque uniquement son courage comme arme, les communications entre les différentes unités.
Rien ne l’arrête, ni les bombes, ni les tirs.
Après la chute de Varsovie, 2 octobre 1944, Alina, comme une souris, disparaîtra.
Avec la libération, l’héroïne entamera une immense carrière locale, et internationale (le film Samson, d’Andrzej Wajda ira à la mostra de Venise en 1961).
Elle est considérée comme une des plus grandes héroïnes polonaises.
alyde
En 1905, Nettie Stevens, biologiste américaine de 50 ans qui a dû payer elle-même ses études faute de bourses accessibles aux femmes, publie une étude sur les chromosomes des vers de farine qui change l'histoire de la biologie.
Elle observe que les cellules des mâles contiennent un petit chromosome supplémentaire différent des autres, absent chez les femelles.
Elle formule la conclusion : c'est la présence ou l'absence de ce chromosome, transmis par le spermatozoïde lors de la fécondation, qui détermine le sexe d'un individu.
Elle identifie ce que nous appelons aujourd'hui les chromosomes X et Y.
Son directeur de thèse, Edmund Beecher Wilson, travaille sur le même problème au même moment.
Il publie une étude similaire quelques semaines plus tard, après avoir eu connaissance des résultats de Stevens.
La communauté scientifique, qui accorde naturellement davantage de crédibilité aux hommes de science établis, associe progressivement la découverte au nom de Wilson.
Thomas Hunt Morgan, qui recevra le Prix Nobel de médecine en 1933 pour ses travaux sur les chromosomes et l'hérédité, reconnaît en privé que Stevens avait fait la découverte fondamentale.
Mais les manuels de biologie du XXe siècle attribueront systématiquement la découverte des chromosomes sexuels à Wilson, voire à Morgan.
Nettie Stevens meurt en 1912, à 52 ans, d'un cancer du sein.
Elle avait réussi à publier 38 articles scientifiques en moins de dix ans de recherche malgré toutes les barrières institutionnelles.
La reconnaissance posthume commence dans les années 1970 avec le mouvement des femmes dans la science.
Son nom figure aujourd'hui dans les manuels.
Cent ans de retard !


