
chocolatte
François COPPÉE
Parfois un caprice te prend,
Méchante amie, et tu me boudes,
Et sur le balcon tu t’accoudes
Malgré l’eau qui tombe à torrent.
Mais, vois-tu ! Mars, avec ses grêles
A qui succède un gai soleil,
Chère boudeuse, est tout pareil
A nos fugitives querelles.
Tels ces oiseaux, pauvres petits,
Sous ce fronton, pendant l’averse,
Et telle ta bouche perverse
Où des sourires sont blottis.
Vienne un rayon, et, la première,
Tu tourneras vers moi les yeux,
Et les oiselets tout joyeux
S’envoleront dans la lumière.
martinemdh
Compère le Renard se mit un jour en frais,
Et retint à dîner commère la Cigogne.
Le régal fut petit et sans beaucoup d’apprêts :
Le galant pour toute besogne,
Avait un brouet clair ; il vivait chichement.
Ce brouet fut par lui servi sur une assiette :
La Cigogne au long bec n’en put attraper miette ;
Et le drôle eut lapé le tout en un moment.
Pour se venger de cette tromperie,
A quelque temps de là la Cigogne le prie.
« Volontiers, lui dit-il ; car avec mes amis
Je ne fais point cérémonie. »
A l’heure dite, il courut au logis
De la Cigogne son hôtesse ;
Loua très fort la politesse ;
Trouva le dîner cuit à point :
Bon appétit surtout ; renards n’en manquent point.
Il se réjouissait à l’odeur de la viande
Mise en menus morceaux, et qu’il croyait friande.
On servit, pour l’embarrasser,
En un vase à long col et d’étroite embouchure.
Le bec de la Cigogne y pouvait bien passer ;
Mais le museau du sire était d’autre mesure.
Il lui fallut à jeun retourner au logis,
Honteux comme un renard qu’une poule aurait pris,
Serrant la queue, et portant bas l’oreille.
Trompeurs, c’est pour vous que j’écris :
Attendez-vous à la pareille.
martinemdh
Bonheur je sais vous le cherchez,
Car c'est un bien si précieux,
Désiré par tous parce qu'heureux il nous fait.
Est-il donné aux ambitieux ?
Faut-il être sans péché ?
Gagne le t'on par un travail laborieux ?
Habite-t-il les avisés ?
Il va et vient avec les facétieux,
Joue dans les demeures des aimés,
Klaxonne dans les coeurs généreux,
Libère ses bienfaits aux émerveillés.
Mais il s'éloigne des anxieux,
Ne fréquente pas les coincés,
Ou fuit envieux et vicieux,
Périssant avec les malintentionnés.
Quête aux espoirs radieux,
Ressenti en vivant avec art de voyager,
Si vous voulez un bonheur sérieux,
Trouvez-le en étant artisan de paix.
Un dernier conseil pour le mieux :
Vivez dans le présent avec futur et passé,
Martine
martinemdh
: Boris Vian
La java des pussy-cats
"Sur un vieux toit en zingue
Y avait des pussy-cats
Qui dansaient comme des dingues
En f'sant du bruit avec leurs pattes
Alertés, les voisingues
S'écriaient ça n'a rien d'bath
y a d'quoi dev'nir sourdingue
On peux plus travailler ses maths
Le matou du marchand d'volailles
Une sardine en bandouillière
Avait enlacé par la taille
La chatte de la cuisinière
Chacun faisait du gringue
A la siamoise de l'épicier
C'était un vrai dancingue
A tout l'monde ils cassaient les pieds
Au bout d'une demi-plombe
Ecoeurés par ce raffut
Les flics s'amènent en trombe
En faisant tourner leurs massues
Et c'est une hécatombe
Les ardoises volent en éclats
On aurait cru des bombes
Mais y avait déjà plus un chat
Réfugiés au fond d'une cave
Les pussy-cats pas dégonflés
Sirotant d'l'alcool de betterave
S'étaient remis à gambiller
Toute la nuit ils dansèrent
En usant des kilos d'savates
Pour leur anniversaire
La java des pussy-cat"
martinemdh
Victor HUGO
1802 - 1885
J'aime l'araignée
J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
Parce qu'on les hait ;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;
Parce qu'elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu'elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;
Parce qu'elles sont prises dans leur oeuvre ;
Ô sort ! fatals noeuds !
Parce que l'ortie est une couleuvre,
L'araignée un gueux;Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,
Parce qu'on les fuit,
Parce qu'elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit...Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !
Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie
De les écraser,
Pour peu qu'on leur jette un oeil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !
martinemdh
Le Vent
Il fait grand vent, le ciel roule de grosses voix,
Des géants de vapeur y semblent se poursuivre,
Les feuilles mortes fuient avec un bruit de cuivre,
On ne sait quel troupeau hurle à travers les bois
Et je ferme les yeux et j'écoute. Or je crois
Ouïr l'après combat qui nuit et jour, se livre :
Cris de ceux qu'on enchaîne et de ceux qu'on délivre,
Rumeur de liberté, son du bronze des rois ...
Mais je laisse aujourd'hui le grand vent de l'histoire
Secouer l'écheveau confus de ma mémoire
Sans qu'il éveille en moi des regrets ni des voeux,
Comme je laisse errer cette vaine tempête
Qui passe furieuse en flagellant ma tête
Et ne peut, rien sur moi qu'agiter mes cheveux.
martinemdh
Poésie : La neige
L'air donne le frisson comme un breuvage amer.
Le jour est morne, éteint, et prend des tons de cuivre.
Les moineaux, pépiant de froid, se laissent suivre,
Et, s'envolant, font sur la brume un vague éclair.
La neige, floraison pâle des ciels d'hiver,
Fait pleuvoir tristement ses étoiles de givre.
Les arbres aux bourgeons captifs qu'Avril délivre
Se la mettent au front, ainsi qu'un joyau clair.
Frêle et vain ornement, outrage des ramures
A qui va la beauté des larges feuilles mûres,
Où circule le sang glorieux des étés !
Ta blanche clarté fait que j'aime mieux les roses,
Ô neige, dont la grâce est celle des chloroses,
Image des froideurs et des virginités.
Albert Mérat
martinemdh
C’est le vent du Sud qui fait l’amour aux scabieuses
C’est le vent du Sud qui fait l’amour au soleil
C’est le vent du Nord qui fait la mort à la terre
C’est le vent du Nord qui fait la mort à l’amour
C’est le vent d’Ouest qui fait le songe à la mer
C’est le vent d’Ouest qui fait le songe au sommeil
Et c’est le vent d’Est qui fait le jour à la nuit
Et c’est le vent d’Est qui fait le jour à la vie
Georges Emmanuel Clancier (né en 1914),
martinemdh
LE COIFFEUR DU PRÉSIDENT
Des coupes du budget aux coupes de cheveux
Ça ne tient qu'à un poil, dira François Hollande.
Et l'heureux figaro doit rêver que ses vœux
De couper quelques tifs au président dépendent
De sa grande largesse et continuent longtemps.
Presque 10.000 euros pour brosser quatre mèches
Qui se courent après n'est pas exorbitant,
Vu que le personnage aux idées toujours fraiches,
D'un secret capillaire y veille au cheveu près.
Coiffer, teindre et laver trois poils sur le caillou
Et se palper autant dans ses notes de frais :
Voilà un joli job, quelque peu canaillou.
Mais que ne ferait pas un président normal ?
Il mérite, voyons, un esthète du peigne
Pour son petit brushing quotidien, matinal :
Rien n'est trop beau, trop cher, quand on sait que ça baigne !
chocolatte
Janvier est revenu
Janvier est revenu. Ne crains rien, noble femme !
Qu'importe l'an qui passe et ceux qui passeront !
Mon amour toujours jeune est en fleur dans mon âme ;
Ta beauté toujours jeune est en fleur sur ton front.
Sois toujours grave et douce, ô toi que j'idolâtre ;
Que ton humble auréole éblouisse les yeux !
Comme on verse un lait pur dans un vase d'albâtre,
Emplis de dignité ton coeur religieux.
Brave le temps qui fuit. Ta beauté te protège.
Brave l'hiver. Bientôt mai sera de retour.
Dieu, pour effacer l'âge et pour fondre la neige,
Nous rendra le printemps et nous laisse l'amour.
Victor Hugo
martinemdh
Poésie : Les beautés que j'adore
Titre : Les beautés que j'adore
Poète : Rémy Belleau (1528-1577)
Recueil : La Bergerie (1565).
Cent fois le jour je rebaise la main,
Folâtrement qui dedans l'eau glissante
Toucha de près ta cuisse blanchissante,
Ton pied mignard, ta grève et ton beau sein.
Cent et cent fois je prie Dieu, mais en vain,
Et les saints feux de la nuit brunissante,
Me faire voir ta tresse blondissante,
Tes yeux, ta bouche, et ton visage plein.
Si j'ai cette heure de les revoir encore
Je chanterais les beautés que j'adore,
Et les honneurs d'un si brave sujet :
Mais les voyant ma vue est éblouie,
Je perds le sens, la raison et l'ouïe
Par les rayons d'un si gentil objet.
