
Coccyvette
Jacques Volpi
Il existe en Provence une douceur de vivre
Qui attire les gens de tous les horizons
Et les force à l’aimer ; car ce bien-être enivre
Tel une fleur de juin qui saoûle un papillon.
Est-ce l’odeur du thym flottant sur les hauteurs
Qui imprègne l’air bleu d’atomes si légers
Qu’on ne les perçoit plus ? Ou bien d’autres senteurs
Venues de la garrigue aux effluves poivrés ?
Le soleil blanc claquant sur toutes les façades ?
Leurs couleurs avivées par la lumière argent ?
Les terrasses des bars et tous ceux qui y badent
En souriant toujours, même en faisant semblant ?
Ce parler provençal qui enchante les mots,
Contraire à l’accent d’oïl qui en mange la fin ?
Et cette vie qui va molto moderato,
Une vie presque douce où l’on va presque bien ?
Il existe en Provence une manière d’être
Qui ralentit le temps et adoucit les angles :
Nous relativisons !. Comme on n’est pas les maîtres,
On se laisse porter par le bateau qui tangue…
suzon
Rien ne sert de courir
Un grain de blé s’envola
en l’air loin de l’aire
un grain de blé voyagea
parcourant la terre entière
un oiseau qui l’avala
traversa l’Atlantique
et brusquement le rejeta
au-dessus du Mexique
un autre oiseau qui l’avala
traversa le Pacifique
et brusquement le rejeta
au-dessus de la Chine
traversant bien des rizières
traversant bien des deltas
traversant bien des rivières
traversant bien des toundras
dans son pays il revint
brisé par tant d’aventures
et pour finir il devint
un tout petit tas de farine
Pas la peine de tant courir
pour suivre la loi commune
● Raymond Queneau
Coccyvette
Je viens de compter mes années et j'ai découvert qu’à partir de maintenant, j’ai moins de temps à vivre que ce que j’ai vécu jusqu’à présent...
Je me sens comme ce petit enfant qui avait gagné un paquet de bonbons : le premier, il le mangea avec plaisir, mais quand il s’aperçut qu’il ne lui en restait que très peu, il commença réellement à les savourer profondément !
Je n’ai plus de temps pour supporter des gens stupides qui, malgré leur âge chronologique, n’ont pas grandi.
Je n’ai plus de temps pour faire face à la médiocrité, la méchanceté gratuite, la perversité.
Je veux vivre à côté de gens humains, très humains.
Qui savent rire de leurs erreurs...
Qui ne se sentent pas élus avant l'heure, et qui ne fuient pas leurs responsabilités.
Qui défendent la dignité humaine, et qui veulent marcher à côté de la vérité et l’honnêteté.
L’essentiel est ce que tu fais pour que la vie en vaille la peine...
Je veux m'entourer de gens qui peuvent toucher le cœur des autres...
Des gens à qui les coups durs de la vie leurs ont appris à grandir avec de la douceur dans l’âme.
Oui... je suis pressée de vivre avec l’intensité que la maturité et la bienveillance peuvent m'apporter.
J’ai l’intention de ne pas perdre une seule partie des friandises qu'il me reste... Je suis sûr qu’elles seront autant, sinon plus exquises que toutes celles que j'ai mangées jusqu’à présent...!
Capusa06
Évasion
Voici venir le soir. Il est temps de partir
Vers un pays de rêve et de mélancolie ;
Viens donc, ma bien-aimée, ma seule et douce amie,
Loin des réalités, et loin des souvenirs.
Nous irons visiter les jardins de la nuit,
J’oublierai mon chagrin, mes haines inutiles,
Le bruit, les cris, les gens, les fêtes et la ville
Qui remplissent mon cœur d’aversion et d’ennui.
Ne restons pas ici, fuyons le cauchemar,
Les tristes avenues, les rues, les lieux infâmes…
Allons, prépare-toi, ma Princesse mon Âme,
Ensemble franchissons les célestes remparts.
Isabelle Callis-Sabot
Coccyvette
Fuyez la froideur, réchauffez-vous dans les bras des gens qui vous aiment et vous considèrent, et si vous sentez cette petite flamme au fond de vous, qui rayonne au travers de vos failles, et s'en va réchauffer les autres, soufflez dessus pour l'attiser.
Et qu'elle ne s'éteigne jamais.
Agnès Ledig
On regrettera plus tard
Capusa06
Les gens n'ont de charme que par leur folie. Voilà ce qui est difficile à comprendre. Le vrai charme des gens c'est le côté où ils perdent un peu les pédales, c'est le côté où ils ne savent plus très bien où ils en sont. Ça ne veut pas dire qu'ils s'écroulent au contraire, ce sont des gens qui ne s'écroulent pas. Mais, si tu ne saisis pas la petite racine ou le petit grain de folie chez quelqu'un, tu ne peux pas l'aimer. On est tous un peu déments, et j'ai peur, ou je suis bien content, que le point de démence de quelqu'un ce soit la source même de son charme.
Gilles Deleuze- (L'abécédaire)
Coccyvette
On ne se méfie jamais assez,
Des êtres qui semblent tout accepter,
Tout supporter en silence,
Et parfois même en souriant.
Leur soumission paraît sans limite,
Leur tolérance inépuisable,
Puis un jour... ils quittent le jeu,
Tournent les talons,
Claquent une porte,
Et c’est définitif.
On ne peut plus rien pour les retenir.
Intérieurement ils ont fait tout le chemin,
Bloqué les comptes,
Ils ne sont presque déjà plus là,
Quand ils annoncent qu’ils vont partir.
Anny Duperey
