DES BEAUX TEXTES, DES BELLES PENSÉES, DES BEAUX MOTS, DES RÉCITS, DES POÉSIES, CITATIONS ET PROVERBES
- 1 février 2020 21:54
DES BEAUX TEXTES, DES BELLES PENSÉES, DES BEAUX MOTS, DES RÉCITS, DES POÉSIES, CITATIONS ET PROVERBES
1 février 2020 21:54

Coccyvette
Dans notre société moderne, nous avons tendance à nous désintéresser de ce que j'appelle les qualités humaines naturelles : bonté, compassion, esprit d'entente, capacité de pardonner. Dans l'enfance on se lie facilement. On rit une fois ensemble, et on est aussitôt amis. On ne se demande pas quel est le métier ou la race de l'autre. L'important, c'est qu'il soit un être humain comme nous, et qu'on crée des liens.
Dalaï Lama
Coccyvette
Aux amis d'enfance.
Recueil : La part du rêve (1863)
Le temps fuit et la vie est brève,
Cependant trop riche en douleurs.
Vite, avant qu'elle ne s'achève
Pour nos amis cueillons des fleurs.
D'autres à leur lèvre altérée,
Présenteront vinaigre et fiel ;
Composons à nos amis avec du miel
Une boisson pure et dorée.
Oui, quand on les attriste ailleurs,
Efforçons-nous de leur sourire ;
Qu'auprès de nous nos amis puissent dire
Qu'ils sont plus joyeux et meilleurs.
Henri-Frédéric Amiel
Coccyvette
J'avais toujours rêvé le bonheur en ménage,
Comme un port où le cœur, trop longtemps agité,
Vient trouver, à la fin d'un long pèlerinage,
Un dernier jour de calme et de sérénité.
Une femme modeste, à peu près de mon âmege
Et deux petits enfants jouant à son côté ;
Un cercle peu nombreux d'amis du voisinage,
Et de joyeux propos dans les beaux soirs d'été.
J'abandonnais l'amour à la jeunesse ardente
Je voulais une amie, une âme confidente,
Où cacher mes chagrins, qu'elle seule aurait lus ;
Le ciel m'a donné plus que je n'osais prétendre ;
L'amitié, par le temps, a pris un nom plus tendre,
Et l'amour arriva qu'on ne l'attendait plus.
Félix Arvers
Capusa
L’Évadé
Il a dévalé la colline
Ses pieds faisaient rouler des pierres
Là-haut, entre les quatre murs
La sirène chantait sans joie
Il respirait l'odeur des arbres
De tout son corps comme une forge
La lumière l'accompagnait
Et lui faisait danser son ombre
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il sautait à travers les herbes
Il a cueilli deux feuilles jaunes
Gorgées de sève et de soleil
Les canons d'acier bleu crachaient
De courtes flammes de feu sec
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il est arrivé près de l'eau
Il y a plongé son visage
Il riait de joie, il a bu
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Il s'est relevé pour sauter
Pourvu qu'ils me laissent le temps
Une abeille de cuivre chaud
L'a foudroyé sur l'autre rive
Le sang et l'eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche
Deux feuilles gorgées de soleil
Le temps de rire aux assassins
Le temps d'atteindre l'autre rive
Le temps de courir vers la femme
Il avait eu le temps de vivre.
Boris Vian (1920-1959)
FAE
Bonjour et bonne semaine à tous !
"Je vous aime ce soir où monte la marée
Bateaux de Bénodet à la voile azurée
Pêcheurs de Loctudy dont les filets d'azur
Se confondent avec la mer et le ciel pur
Cependant que l'Odet bleu comme une prière
Pâlit et que là-bas chaque phare s'éclaire
L'Odet
Est la plus bleue et la plus claire Rivière
Loin de la guerre atroce et des coups de canon
Bénodet ne sait pas celle-là qu'il préfère
La mer aux mille écueils ou sa tendre rivière
L'Odet plus douce encore que ne sonne son nom
Mais le temps passe il faudra bien que tu t'en ailles
Laissant Quimper et le Comté de Cornouaille "
Guillaume Apollinaire – le Guetteur mélancolique
Capusa
Voeux simples
Vivre du vert des prés et du bleu des collines,
Des arbres racineux qui grimpent aux ravines,
Des ruisseaux éblouis de l’argent des poissons ;
Vivre du cliquetis allègre des moissons,
Du clair halètement des sources remuées,
Des matins de printemps qui soufflent leurs buées,
Des octobres semeurs de feuilles et de fruits
Et de l’enchantement lunaire au long des nuits
Que disent les crapauds sonores dans les trèfles.
Vivre naïvement de sorbes et de nèfles,
Gratter de la spatule une écuelle en bois,
Avoir les doigts amers ayant gaulé des noix
Et voir, ronds et crémeux, sur l’émail des assiettes,
Des fromages caillés couverts de sarriettes.
Ne rien savoir du monde où l’amour est cruel,
Prodiguer des baisers sagement sensuels
Ayant le goût du miel et des roses ouvertes
Ou d’une aigre douceur comme les prunes vertes
À l’ami que bien seule on possède en secret.
Ensemble recueillir le nombre des forêts,
Caresser dans son or brumeux l’horizon courbe,
Courir dans l’infini sans entendre la tourbe
Bruire étrangement sous la vie et la mort,
Ignorer le désir qui ronge en vain son mors,
La stérile pudeur et le tourment des gloses ;
Se tenir embrassés sur le néant des choses
Sans souci d’être grands ni de se définir,
Ne prendre de soleil que ce qu’on peut tenir
Et toujours conservant le rythme et la mesure
Vers l’accomplissement marcher d’une âme sûre.
Voir sans l’interroger s’écouler son destin,
Accepter les chardons s’il en pousse en chemin,
Croire que le fatal a décidé la pente
Et faire simplement son devoir d’eau courante.
Ah ! vivre ainsi, donner seulement ce qu’on a,
Repousser le rayon que l’orgueil butina,
N’avoir que robe en lin et chapelet de feuilles,
Mais jouir en son plein de la figue qu’on cueille,
Avoir comme une nonne un sentiment d’oiseau,
Croire que tout est bon parce que tout est beau,
Semer l’hysope franche et n’aimer que sa joie
Parmi l’agneau de laine et la chèvre de soie.
Cécile Sauvage, Tandis que la terre
FAE
Bonjour et bonne fin de semaine à tous 😃 !
Merci deaublon, pour ce texte.
"Fernando Arrabal [feɾˈnando arrˈaβal] , né le 11 août 1932 à Melilla (Espagne), est un poète, romancier, essayiste, dramaturge et cinéaste espagnol. Il vit en France depuis 1955, et est un « desterrado »."

deaublon
Complainte de la rue désertée
Par Fernando Arrabal
Pire que la modernité
Sans pata… ni paniques
Il y a le cauchemar du confinement
Pire que l’horrible lèpre
Sans Teresa de Calcutta
Il y a le calvaire du confinement
Pire que des migrants
Sans quechuas et sans rien
Il y a l’horreur du confinement
Pire que les cachots cubains
Pour les poètes dada
Il y a le supplice du confinement
Pire que les goutte à goutte
Des seringués tubards
Il y a le martyre du confinement
Pire que notre société
Sans Debord ni spectacles
Il y a la cruauté du confinement
Pire que le Goulag glacé
Pour les rebelles têtus
Il y la torture du confinement
Pire que l’Inquisition
Pour les frondeurs insurgés
Il y a le feu céleste du confinement
Pire que la cuisinière de Landru
Pour les veuves imprudentes
II y a l’épouvante du confinement
Pire que l’insùbmersible Titanic
Pour des croisières de rêve
Il y a les tourments du confinement
Pire qu’une résidence secondaire
Sans piscine neuve
Il y a l’atrocité du confinement
Pire que l’AVC et l’imput
Pour malades imprévus
Il y la férocité du confinement
Pire que Franco Hitler
Et leurs sosies d’aujourd’hui
Il y a la monstruosité du confinement
Capusa
À la nuit
Nuits où meurent l’azur, les bruits et les contours,
Où les vives clartés s’éteignent une à une,
Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour
Descendent mollement et dansent à la lune.
Jardin d’épais ombrage, abri des corps déments,
Grand cœur en qui tout rêve et tout désir pénètre
Pour le repos charnel ou l’assouvissement,
Nuit pleine des sommeils et des fautes de l’être.
Nuit propice aux plaisirs, à l’oubli, tour à tour,
Où dans le calme obscur l’âme s’ouvre et tressaille
Comme une fleur à qui le vent porte l’amour,
Ou bien s’abat ainsi qu’un chevreau dans la paille.
Nuit penchée au-dessus des villes et des eaux,
Toi qui regardes l’homme avec tes yeux d’étoiles,
Vois mon cœur bondissant ivre comme un bateau,
Dont le vent rompt le mât et fait claquer la toile.
Regarde, nuit dont l’œil argente les cailloux,
Ce cœur phosphorescent dont la vive brûlure
Éclairerait ainsi que les yeux des hiboux
L’heure sans clair de lune où l’ombre n’est pas sûre.
Vois mon cœur plus rompu, plus lourd et plus amer
Que le rude filet que les pêcheurs nocturnes
Lèvent, plein de poissons, d’algues et d’eau de mer
Dans la brume mouillée agile et taciturne.
À ce cœur si rompu, si amer et si lourd,
Accorde le dormir sans songes et sans peines,
Sauve-le du regret, de l’orgueil, de l’amour,
Ô pitoyable nuit, mort brève, nuit humaine !…
Anna de Noailles, Le Cœur innombrable, 1901