
Capusa
Après trois ans
Ayant poussé la porte étroite qui chancelle,
Je me suis promené dans le petit jardin
Qu’éclairait doucement le soleil du matin,
Pailletant chaque fleur d’une humide étincelle.
Rien n’a changé. J’ai tout revu : l’humble tonnelle
De vigne folle avec les chaises de rotin…
Le jet d’eau fait toujours son murmure argentin
Et le vieux tremble sa plainte sempiternelle.
Les roses comme avant palpitent ; comme avant,
Les grands lys orgueilleux se balancent au vent,
Chaque alouette qui va et vient m’est connue.
Même j’ai retrouvé debout la Velléda,
Dont le plâtre s’écaille au bout de l’avenue,
– Grêle, parmi l’odeur fade du réséda.
Paul Verlaine, Poèmes saturniens
Capusa
Cela ne te donne-t-il pas le vertige
Cela ne te donne-t-il pas le vertige
de tourner autour de toi sur ta tige
pour te terminer, rose ronde ?
Mais quand ton propre élan t'inonde,
tu t'ignores dans ton bouton.
C'est un monde qui tourne en rond
pour que son calme centre ose
le rond repos de la ronde rose.
Rainer Maria Rilke
Les roses
Coccyvette
"Les mots du silence sont des mots très rares qu'on ne trouve dans aucun livre, qui restent longtemps coincés dans la poitrine, qui se glissent parfois jusque dans la gorge mais n'arrivent pas jusqu'à la bouche.
Les mots du silence ne sont pas faits pour être entendus avec les oreilles.
Les mots du silence se murmurent avec des gestes infimes et des mimiques immobiles, ils se lisent avec les yeux fermés, s'écoutent avec le cœur, se gardent au profond de soi, dans la douceur des émotions."
Jacques Salomé
Capusa
Parfois, on s'en va pour arriver quelque part. Et parfois, on s'en va juste pour marcher, et marcher, et marcher encore, jusqu'à ce que le brouillard se dissipe, que le désespoir s’atténue ou qu'on arrive au bout d'une pensée.
Nicolas Barreau- (Le sourire des femmes)
Coccyvette
.) je n'ai jamais laissé faire le temps,
j'ai saccagé quelques printemps,
mais il parait qu'en vieillissant,
on tient mieux la barre sous le vent,
parait qu'on a rien à prouver,
que fuir ne fait pas mieux gagner,
qu'on tient bien mieux racines aux pieds,
qu'en faisant des voyages à moitié,
et que patience a des atouts,
qu'elle sait briser bien des écrous,
parait qu'faut pas chercher partout,
que le meilleur vient toujours au bout.
Alexandra Julien
Capusa
Soleils couchants
Une aube affaiblie
Verse par les champs
La mélancolie
Des soleils couchants.
La mélancolie
Berce de doux chants
Mon coeur qui s'oublie
Aux soleils couchants.
Et d'étranges rêves,
Comme des soleils
Couchants, sur les grèves,
Fantômes vermeils,
Défilent sans trêves,
Défilent, pareils
A de grands soleils
Couchants sur les grèves.
Paul Verlaine (1844-1896)
Poèmes saturniens