
LILAS
Premières larmes.
Recueil : Sonnets intimes et poèmes inédits (1911).
Pâle sous la céruse et les cheveux trop noirs,
L'illustre premier rôle encor jeune aux chandelles,
L'homme à femmes, malgré son âge adoré d'elles,
Obtient, comme au beau temps, des effets de mouchoirs.
Et, depuis des milliers et des milliers de soirs,
Froid comme un glaive et sûr de tant de cœurs fidèles,
Il prodigue, Antony de centaines d'Adèles,
Ses sanglots simulés et ses faux désespoirs.
Pourtant la sciatique est à la fin venue.
Horreur ! Elle le cloue aux pieds de l'ingénue
Qui, pour qu'il se relève, aide le vieux barbon.
Alors l'acteur, gâté par quarante ans d'éloge,
Court se cacher et fondre en LARMES dans sa loge.
— C'est la première fois qu'il pleure pour de bon.
François Coppée.
rdbrdb
puisque Clown a eu la bonne idée de … "rattraper son retard " (mais il va falloir demander des autorisation de vacances et Week-end ….!!!
!!!! ou l'on aura des devoirs supplémentaires !!!! ???? )
du coup suivant l'exemple de clown je vous propose un poème de
Béatrice Coron sur l'insomnie…. (bien aimé celui de Pessoa… qui dépeint la coupure dans le sommeil…)
Fleurs d'insomnie / Frankétienne,
Fleurs d'insomnie fleurs prophétiques en plein dans le mutisme
Au milieu des ténèbres la nuit crève le silence
Tout peut s'imaginer pour massacrer le vide
En ces lieux de détresse nulle plante ne bourgeonne hors les fleurs d'insomnie
Alors tout peut se dire pour combler les déserts de mémoire de miroir
Jamais je n'ai pu voir tant de fleurs d'insomnie s'épanouir dans la nuit
Pourtant àa fait longtemps que dans la solitude d'un voyage tourmenté je souffre affreusement de la retoutable maladie des dieux, le mal des yeux ouverts.
Le creuset de l'obsène entre l'éveil et la folie je suis parti à la recherche de moi-même
Je ne me suis pas retrouvé mais j'ai créé une oeuvre à l'intérieur de mon désastre en un voyage extrême
Je ne sais qui vraiment je suis.
Béatrice Coron
Clown
INSOMNIE 19/5
Une insomnie m’attend, large comme les astres,
Et un baillement inutile, long comme le monde.
Je ne dors pas ; je ne peux pas lire quand je me réveille la nuit,
Je ne peux pas écrire quand je me réveille la nuit,
Je ne peux pas penser quand je me réveille la nuit –
Mon Dieu, je ne peux même pas rêver quand je me réveille la nuit !
Ah, l’opium d’être un autre !
Je ne dors pas, je gis, cadavre éveillé, sensible,
Et ma sensibilité n’est qu’une absence de pensée,
M’envahissent, méconnaissables, des choses qui ne me sont point arrivées.
– De toutes, je m’accuse et me repens ;
M’envahissent, méconnaissables, des choses qui ne sont rien,
Et même de celles-ci je m’accuse et me repens. Je ne dors pas.
Je n’ai pas la force d’avoir l’énergie d’allumer une cigarette.
Dans ma chambre je fixe le mur en face de moi comme s’il était l’univers.
Dehors il y a le silence de tout cela.
Un grand silence qui serait épouvantable en d’autres circonstances,
En d’autres circonstances où j’éprouverais vraiment mes sensations.
J’écris des vers réellement sympathiques –
Des vers qui disent que je n’ai rien à dire,
Des vers qui s’entêtent à le dire,
Des vers, des vers, des vers, des vers, des vers?
Tant de vers ?
Et la vérité toute entière, et la vie toute entière, en dehors d’eux, en dehors de moi !
J’ai sommeil, je ne dors pas, je sens et je ne sais quoi ressentir.
J’ai une sensation détachée de ma personne,
Une conscience abstraite de soi sans objet,
Sinon ce qui est tout juste nécessaire pour se sentir conscient
Sinon – et puis, qu’est-ce que j’en sais !?
Je ne dors pas. Je ne dors pas. Je ne dors pas.
Quel grand sommeil en mon crâne, sur mes yeux, dans mon âme !
Quel grand sommeil partout sauf dans cette impuissance à dormir !
Aube, tu tardes tant ?Viens?
Viens, inutilement,
M’apporter un autre jour pareil à celui-ci, qui sera suivi d’une autre nuit pareille à celle-là?
Viens m’apporter la joie de cette triste espérance,
Car tu es toujours joyeuse et toujours tu apportes l’espérance,
Si l’on croit la vieille littérature sentimentale.
Viens, apporte l’espérance, viens, apporte l’espérance.
Ma fatigue gagne jusqu’au sommier du lit.
J’ai mal au dos de ne pas être couché sur le côté.
Et si j’étais couché sur le côté, j’aurais mal au dos d’être couché sur le côté.
Viens, Aube, viens.
Quelle heure est-il ? Je ne sais pas.
Je n’ai pas la force de regarder ma montre,
Je n’ai de force pour rien, pour plus rien?
Seulement pour ces vers, écrits le lendemain.
Oui, écrits le lendemain.
Tous les vers sont toujours écrits le lendemain.
Nuit absolue, tranquillité absolue, au dehors.
Paix sur la Nature toute entière.
L’Humanité se repose et oublie ses peines.
Exactement.
L’Humanité oublie ses joies et ses peines,
Voila ce qu’on a coutume de dire.
L’Humanité oublie, oui, l’Humanité oublie.
Même éveillée, l’Humanité oublie.
Exactement. Mais je ne dors pas.
***
Fernando Pessoa (1888-1935)
Clown
Étant rarement sur quinto le WE - je n'ai pas jouer avec MERCI et INSOMNIE
- je me rattrape :cligne:
MERCI 18/5
Peins un Mahomet glorieux, tu meurs. Dessine un Mahomet rigolo, tu meurs. Gribouille un Mahomet ignoble, tu meurs. Réalise un film de merde sur Mahomet, tu meurs. Tu résistes à la terreur religieuse, tu meurs. Tu lèches le cul aux intégristes, tu meurs. Pends un obscurantiste pour un abruti, tu meurs. Essaie de débattre avec un obscurantiste, tu meurs. Il n’y a rien à négocier avec les fascistes. La liberté de nous marrer sans aucune retenue, la loi nous la donnait déjà, la violence systématique des extrémistes nous la donne aussi.
Merci, bande de cons.
éditorial de Charb en octobre 2012 - Stéphane Charbonnier dit Charb
LILAS
Je prends le mot JOUET
Enfant, on vous dira plus tard que le grand-père
Vous adorait ; qu'il fit de son mieux sur la terre,
Qu'il eut fort peu de joie et beaucoup d'envieux,
Qu'au temps où vous étiez petits il était vieux,
Qu'il n'avait pas de mots bourrus ni d'airs moroses,
Et qu'il vous a quittés dans la saison des roses ;
Qu'il est mort, que c'était un bonhomme clément ;
Que, dans l'hiver fameux du grand bombardement,
Il traversait Paris tragique et plein d'épées,
Pour vous porter des tas de jouets, des poupées,
Et des pantins faisant mille gestes bouffons ;
Et vous serez pensifs sous les arbres profonds.
Victor Hugo
Naturelle33
Par instants je pense que nous ne mourrons jamais. À d'autres instants je pense que nous sommes plus perdus que des jouets dont un enfant ne se sert plus. La vérité, qui peut la dire ? Christian Bobin
Nous sommes le jouet des événements extérieurs, mais les maîtres de notre volonté. Eugène Marbeau
coccinelle
La Révolte des joujoux
On vient d'éteindre la lumière
Bébé succombe à son sommeil
Mais les joujoux très en colère
Dans leur placard tiennent conseil
Les joujoux font grève, ils en ont assez
D'être tracassés et fracassés
Le ballon qu'on crève
La poupée qu'on bat
Sont lassés des jeux et des combats
Le pompier n'a plus d'échelle
Le tambour est plein de trous
Le cheval n'a plus de selle
Et l'auto n'a plus de roue
Mais ils se soulèvent contre cet enfant
Il va voir comment on se défend
Le placard entrouvre sa porte
Ça grince un peu, ma foi tant pis
Et voilà que les joujoux sortent
Sautant sans bruit sur le tapis
Les joujoux discutent pour savoir comment
Ils vont préparer leurs armements
Pour mener la lutte un chef est nommé
C'est un vieil indien tout déplumé
Le pompier fourbit sa lance
Le tambour bat le rappel
Le cheval déjà s'élance
Le moment est solennel
Quittant leur cahute ils forment les rangs
Le mot d'ordre étant : "mort au tyran!"
Le chef a dit : "marchons en ordre
Vers celui qui nous démolit,
Pour le griffer et pour le mordre
Nous grimperons aux draps de lit"
Mais l'enfant sommeille
Tendre et gracieux
Comme un chérubin tombé des cieux
Devant ces merveilles, les joujoux surpris
Se sont arrêtés tout attendris
Le pompier dit : "tout de même
Un bébé c'est bien gentil"
Le tambour dit : "moi je l'aime"
Alors ils sont repartis
Quand l'enfant s'éveille
Vers huit heures un quart,
Les joujoux sont tous
Dans le placard !
Christian WEBEL
rdbrdb
J'arrivais avec la citation de Benoite Groult … en pensant à Vincent Lambert et à ce moment où l'on n'est plus maître de sa vie, de ses choix, de son corps....
………………………………...
L'homme véritable veut deux choses : le danger et le jeu. C'est pourquoi il veut la femme, le jouet le plus dangereux.
Friedrich Nietzsche
Naturelle33
Qu'est notre insomnie, sinon l'obstination maniaque de notre intelligence à manufacturer des pensées, des suites de raisonnements, des syllogismes et des définitions bien à elle, son refus d'abdiquer en faveur de la divine stupidité des yeux clos ou de la sage folie des songes ? L'homme qui ne dort pas se refuse plus ou moins consciemment à faire confiance au flot des choses. Marguerite Yourcenar
L'insomnie est mère de lecture. Roland Jaccard
LILAS
L'insomnie ...en poème
Les nuits blanches emplument mon esprit,
Je suis un géant de l’insomnie, aussi haut
que la falaise où les pingouins pondent des oeufs chancelants
qui vacillent brutalement, telles des larmes.
.
Ils ne roulent pas. Mon esprit roule.
Pour dormir, je dois penser comme les oiseaux,
camouflage, appeaux, patrouilles.
.
Les chevaliers gambettes prennent l’herbe d’assaut,
postent des sentinelles
sur les poteaux télégraphiques, aussi tendus
que les huîtriers qui, dans tous leurs états,
crient plus fort que leurs petits pour tromper les corbeaux
qui haussent les épaules, fanfaronnent, chargent.
.
A trois heures du matin, un cormoran plonge.
Aiguille noire, nuit qui tombe, mes yeux se ferment.
Lavinia Greenlaw
rdbrdb
INSOMNIE ….
….
"Mais, au milieu des nuits, s'éveiller ! quel mystère !
Songer, sinistre et seul, quand tout dort sur la terre !
Quand pas un œil vivant ne veille, pas un feu ;
Quand les sept chevaux d'or du grand chariot bleu
Rentrent à l'écurie et descendent au pôle,
Se sentir dans son lit soudain toucher l'épaule
Par quelqu'un d'inconnu qui dit : Allons ! c'est moi !
Travaillons ! — La chair gronde et demande pourquoi.
— Je dors. Je suis très-las de la course dernière ;
Ma paupière est encor du somme prisonnière ;
Maître mystérieux, grâce ! que me veux-tu ?
Certes, il faut que tu sois un démon bien têtu
De venir m'éveiller toujours quand tout repose !
Aie un peu de raison. Il est encor nuit close ;
Regarde, j'ouvre l'oeil puisque cela te plaît ;
Pas la moindre lueur aux fentes du volet ;
Va-t'en ! je dors, j'ai chaud, je rêve de ma maîtresse.
Elle faisait flotter sur moi sa longue tresse,
D'où pleuvaient sur mon front des astres et des fleurs.
Va-t'en, tu reviendras demain, au jour, ailleurs.
Je te tourne le dos, je ne veux pas ! décampe !
Ne pose pas ton doigt de braise sur ma tempe.
La biche illusion me mangeait dans le creux
De la main ; tu l'as fait enfuir. J'étais heureux,
Je ronflais comme un bœuf ; laisse-moi. C'est stupide.
Ciel ! déjà ma pensée, inquiète et rapide,
Fil sans bout, se dévide et tourne à ton fuseau.
Tu m'apportes un vers, étrange et fauve oiseau
Que tu viens de saisir dans les pâles nuées.
Je n'en veux pas. Le vent, des ses tristes huées,
Emplit l'antre des cieux ; les souffles, noirs dragons,
Passent en secouant ma porte sur ses gonds.
— Paix là ! va-t'en, bourreau ! quant au vers, je le lâche.
Je veux toute la nuit dormir comme un vieux lâche ;
Voyons, ménage un peu ton pauvre compagnon.
Je suis las, je suis mort, laisse-moi dormir !
— Non !
Est-ce que je dors, moi ? dit l'idée implacable.
Penseur, subis ta loi ; forçat, tire ton câble.
Quoi ! cette bête a goût au vil foin du sommeil !
L'orient est pour moi toujours clair et vermeil.
Que m'importe le corps ! qu'il marche, souffre et meure !
Horrible esclave, allons, travaille ! c'est mon heure.
Et l'ange étreint Jacob, et l'âme tient le corps ;
Nul moyen de lutter ; et tout revient alors,
Le drame commencé dont l'ébauche frissonne,
Ruy-Blas, Marion, Job, Sylva, son cor qui sonne,
Ou le roman pleurant avec des yeux humains,
Ou l'ode qui s'enfonce en deux profonds chemins,
Dans l'azur près d'Horace et dans l'ombre avec Dante :
Il faut dans ces labeurs rentrer la tête ardente ;
Dans ces grands horizons subitement rouverts,
Il faut de strophe en strophe, il faut de vers en vers,
S'en aller devant soi, pensif, ivre de l'ombre ;
Il faut, rêveur nocturne en proie à l'esprit sombre,
Gravir le dur sentier de l'inspiration ;
Poursuivre la lointaine et blanche vision,
Traverser, effaré, les clairières désertes,
Le champ plein de tombeaux, les eaux, les herbes vertes,
Et franchir la forêt, le torrent, le hallier,
Noir cheval galopant sous le noir cavalier…"
1843, nuit.
Victor Hugo
Naturelle33
Est-ce un vice de conformation ? certaines bouches n'articulent « Merci » qu'avec difficulté. Augusta Amiel-Lapeyre
Le meilleur ami de "merci" c'est "beaucoup" Michel Bouthot
Un homme parti de zéro pour n’arriver à rien, n’a de merci à dire à personne. Pierre Dac
LILAS
Hans Carvel prit sur ses vieux ans
Femme jeune en toute manière;
Il prit aussi soucis cuisants;
Car l'un sans l'autre ne va guère.
Babeau (c'est la jeune femelle, Fille du bailli Concordat)
Fut du bon poil, ardente, et belle
Et propre à l'amoureux combat.
Carvel craignant de sa nature
Le cocuage et les railleurs,
Alléguait à la créature
Et la Légende, et l'Ecriture,
Et tous les livres les meilleurs:
Blâmait les visites secrètes;
Frondait l'attirail des coquettes,
Et contre un monde de recettes,
Et de moyens de plaire aux yeux,
Invectivait tout de son mieux.
A tous ces discours la galande
Ne s'arrêtait aucunement;
Et de sermons n'était friande
A moins qu'ils fussent d'un amant.
Cela faisait que le bon sire
Ne savait tantôt plus qu'y dire,
Eut voulu souvent être mort.
Il eut pourtant dans son martyre
Quelques moments de réconfort:
L'histoire en est très véritable.
Une nuit, qu'ayant tenu table,
Et bu force bon vin nouveau,
Carvel ronflait près de Babeau,
Il lui fut avis que le diable
Lui mettait au doigt un anneau,
Qu'il lui disait..: Je sais la peine
Qui te tourmente, et qui te gène ;
Carvel, j'ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague, et ne la lâches.
Car tandis qu'au doigt tu l'auras,
Ce que tu crains point ne seras,
Point ne seras sans que le saches.
Trop ne puis vous remercier,
Dit Carvel, la faveur est grande.
Monsieur Satan, Dieu vous le rende,
Grand MERCI Monsieur l'aumônier
Là-dessus achevant son somme,
Et les yeux encore aggraves,
Il se trouva que le bon homme
Avait le doigt ou vous savez.
L'anneau d'Hans Carvel
Jean de La Fontaine
