
Bluesbrother
"Chers collègues Marcheurs,
je vous le demande avec solennité :
vous n’avez pas honte ?
Honte de votre paresse ?
Honte de votre sectarisme ?
Je vais résumer, pas seulement pour les citoyens dehors, mais pour vous ici, pour que vous mesuriez votre déshonneur. Nous avons, dans le pays, des femmes, des milliers de femmes,
qui accompagnent les enfants handicapés dans les écoles.
Pour ce métier, elles sont sous-payées, 600€, 700€, sous le seuil de pauvreté, avec des contrats ultra-précaires, sans formation, sans qualification.
Pour changer ça, depuis le début de votre mandat, quelle proposition de loi avez-vous portée ? Rien! Aucune! Et le Ministère, quel projet de loi ? Rien! Aucun! Pour supprimer des impôts aux actionnaires,
pour offrir aux firmes le secret des affaires,
là, c’est urgent, et sur ces bancs vous répondez tous présents! Mais pour ces travailleuses pauvres, rien, rien de rien, personne!
Aujourd’hui, notre collègue, de droite - mais moi je m’en fiche qu’il soit de droite, il pourrait bien être du Centre, du Sud ou de l’Est, qu’importe - notre collègue Aurélien Pradié propose d’élever un peu leur statut.
Son texte n’est pas parfait, loin de là.
Il est nettement améliorable.
Et nous avons, nous les Insoumis, mais également les Communistes,
les Socialistes, les UDI, les Républicains, nous avons déposé des tas d’amendements en Commission.
Vous, les Marcheurs ? Aucun!
Vous n’avez même pas participé aux échanges!
Vous vous êtes contentés, en groupe, en troupeau, de voter contre,
contre, contre, contre,
de lever la main en cadence, comme des Playmobiles!
Mais aujourd’hui, dans cet hémicycle, c’est pire encore! Vous allez voter une « motion de rejet préalable ».
Ca porte bien son nom, « rejet préalable »!
C’est-à-dire que la discussion n’aura même pas lieu!
Que le texte ne sera même pas examiné! Vous empêchez carrément le débat, vous l’interdisez!
Sur ce thème, les enfants handicapés, leurs accompagnants,
j’espère que le pays ne vous le pardonnera pas! Et ce vote, j’en suis convaincu, ce vote vous collera à la peau comme une infamie."
Déclaration de François Ruffin, Député, à l'Assemblée Nationale, le 11 Octobre 2018
