Avatar Bibracte

Personnes atypiques...

Bibracte - 1 juin 2020 14:43

en avez-vous connues?....de celles dont le souvenir vous dessine un sourire même très longtemps après qu'elles aient disparu de votre vie.

allez, je commence...
à l'époque je travaillais dans une grosse boite de coursiers, beaucoup de profils différents, pour certains c'était leur gagne-pain depuis toujours, pour d'autres une étape entre deux jobs, toujours est-il que la passion pour les deux-roues nous habitait tous.
Parmi nous il y avait ce jeune gars marrant, je vais l'appeler Romain , Romain notre cadet , Romain toujours alerte, gai comme un pinson , pas des masses cultivé mais très vif d'esprit. Il était de ces personnes qui inspirent presque spontanément la sympathie à leur endroit , tant que chacun d'entre nous selon son âge le considérait un peu soit comme un fils, soit comme un petit frère. Pour beaucoup nous l'avions d'ailleurs invité en privé. Lors des pauses en commun on échangeait quelques infos sur nos vies hors boulot, détaillées ou pas selon les tempéraments.
Romain n'avait ni famille, ni petite amie, ni chat ni chien, Gosse de la DDASS avec un bagage lourd comme un semi-remorque, mais qui en parlait comme d'une mauvaise blague sans importance qu'on lui aurait faite. Mais Romain avait une moto qu'il chérissait comme tout ce qui ne lui avait pas été donné par la vie, et peut-être davantage . Une vieille honda XLV 750, gros twin en ligne qui selon son ancien proprio avait fait le Dakar. Il avait monté un pot qui d'après lui faisait ressembler le son de son échappement à celui d'une Harley-Davidson. On n'était pas tous d'accord là-dessus mais il était tellement content qu'on lui dise "oui" qu'on lui disait "oui". Car Romain était dingue de Harley-Davidson, et il collectionnait à propos du gros Twin U.S tout ce qui s'éditait en revues et bouquins ou se confectionnait en fringues.
Un jour n'y tenant plus il décide enfin de s'offrir la belle de ses nuits, la reine de sa vie : son Harley-Davidson ! Mais les picaillons manquent à l'appel évidemment. Il lui faut emprunter.
Son emploi est stable depuis des mois, il ne devrait y avoir aucun souci. Mais fébrile et peut-être pas trop sûr que sa vie jusque là pas trop marrante lui offre ce cadeau trop beau peut-être , il multiplie les demandes de prêts aux banques et organismes de crédits. Tous, une demi-douzaine si mes souvenirs sont bons, répondent oui et tous lui versent de quoi accéder à son rêve.
Il se retrouve à la tête d'un joli pactole. On était heureux pour lui, Romain était devenu plus gai encore qu'à l'ordinaire. Et puis peu de temps après le versement de cette manne il annonce qu'il démissionne, pot de départ et tout le toutim...alors que le petit cercle dont j'étais s'interrogeait sur sa motivation réelle, il nous en avait donné une bidon qu'on n'avait pas cru une seconde, il nous réunit et nous confie la banane jusqu'aux oreilles : " Les gars je m'en vais l'acheter direct là-bas mon Harley ! "
Il nous donne alors les détails, passeport et pécule en poche , il part aux USA en espérant ne jamais revenir pour y suivre une belle et longue route au guidon de la moto de ses rêves !...
C'était il y a longtemps, Romain est parti , et comme internet et les 06 n'existaient pas à l'époque, à part une ou deux de ses lettres au début pleines de pep's nous n'avons plus eu de nouvelles. Et puis chacun de nous , ce job n'était qu'une parenthèse pour d'autres comme pour moi, nous sommes partis tracer notre route à nous aussi.
Je repense souvent à ce jeune gars, qui maintenant doit friser la cinquantaine, j'espère qu'il a été et qu'il est heureux. Je l'imagine entouré d'une bikeuse de femme, de deux gosses décidés sur le tard ( un sur la selle de madame et un sur la sienne) et escorté des ses potes bikers qui ne doivent pas s'ennuyer avec lui. Interpol ne traque pas ceux qui " empruntent " de l'argent aux banquiers ces voleurs patentés sans le leur rendre. Romain le savait et je reste certain qu'il n'a jamais été inquiété pour ça. Je pense parfois à lui et j'ai toujours grand plaisir à raconter son histoire.

Et vous, avez-vous connu un "Romain" ?

Personnes atypiques...

Avatar Bibracte

Bibracte1 juin 2020 14:43

en avez-vous connues?....de celles dont le souvenir vous dessine un sourire même très longtemps après qu'elles aient disparu de votre vie.

allez, je commence...
à l'époque je travaillais dans une grosse boite de coursiers, beaucoup de profils différents, pour certains c'était leur gagne-pain depuis toujours, pour d'autres une étape entre deux jobs, toujours est-il que la passion pour les deux-roues nous habitait tous.
Parmi nous il y avait ce jeune gars marrant, je vais l'appeler Romain , Romain notre cadet , Romain toujours alerte, gai comme un pinson , pas des masses cultivé mais très vif d'esprit. Il était de ces personnes qui inspirent presque spontanément la sympathie à leur endroit , tant que chacun d'entre nous selon son âge le considérait un peu soit comme un fils, soit comme un petit frère. Pour beaucoup nous l'avions d'ailleurs invité en privé. Lors des pauses en commun on échangeait quelques infos sur nos vies hors boulot, détaillées ou pas selon les tempéraments.
Romain n'avait ni famille, ni petite amie, ni chat ni chien, Gosse de la DDASS avec un bagage lourd comme un semi-remorque, mais qui en parlait comme d'une mauvaise blague sans importance qu'on lui aurait faite. Mais Romain avait une moto qu'il chérissait comme tout ce qui ne lui avait pas été donné par la vie, et peut-être davantage . Une vieille honda XLV 750, gros twin en ligne qui selon son ancien proprio avait fait le Dakar. Il avait monté un pot qui d'après lui faisait ressembler le son de son échappement à celui d'une Harley-Davidson. On n'était pas tous d'accord là-dessus mais il était tellement content qu'on lui dise "oui" qu'on lui disait "oui". Car Romain était dingue de Harley-Davidson, et il collectionnait à propos du gros Twin U.S tout ce qui s'éditait en revues et bouquins ou se confectionnait en fringues.
Un jour n'y tenant plus il décide enfin de s'offrir la belle de ses nuits, la reine de sa vie : son Harley-Davidson ! Mais les picaillons manquent à l'appel évidemment. Il lui faut emprunter.
Son emploi est stable depuis des mois, il ne devrait y avoir aucun souci. Mais fébrile et peut-être pas trop sûr que sa vie jusque là pas trop marrante lui offre ce cadeau trop beau peut-être , il multiplie les demandes de prêts aux banques et organismes de crédits. Tous, une demi-douzaine si mes souvenirs sont bons, répondent oui et tous lui versent de quoi accéder à son rêve.
Il se retrouve à la tête d'un joli pactole. On était heureux pour lui, Romain était devenu plus gai encore qu'à l'ordinaire. Et puis peu de temps après le versement de cette manne il annonce qu'il démissionne, pot de départ et tout le toutim...alors que le petit cercle dont j'étais s'interrogeait sur sa motivation réelle, il nous en avait donné une bidon qu'on n'avait pas cru une seconde, il nous réunit et nous confie la banane jusqu'aux oreilles : " Les gars je m'en vais l'acheter direct là-bas mon Harley ! "
Il nous donne alors les détails, passeport et pécule en poche , il part aux USA en espérant ne jamais revenir pour y suivre une belle et longue route au guidon de la moto de ses rêves !...
C'était il y a longtemps, Romain est parti , et comme internet et les 06 n'existaient pas à l'époque, à part une ou deux de ses lettres au début pleines de pep's nous n'avons plus eu de nouvelles. Et puis chacun de nous , ce job n'était qu'une parenthèse pour d'autres comme pour moi, nous sommes partis tracer notre route à nous aussi.
Je repense souvent à ce jeune gars, qui maintenant doit friser la cinquantaine, j'espère qu'il a été et qu'il est heureux. Je l'imagine entouré d'une bikeuse de femme, de deux gosses décidés sur le tard ( un sur la selle de madame et un sur la sienne) et escorté des ses potes bikers qui ne doivent pas s'ennuyer avec lui. Interpol ne traque pas ceux qui " empruntent " de l'argent aux banquiers ces voleurs patentés sans le leur rendre. Romain le savait et je reste certain qu'il n'a jamais été inquiété pour ça. Je pense parfois à lui et j'ai toujours grand plaisir à raconter son histoire.

Et vous, avez-vous connu un "Romain" ?

avatar
Avatar Bibracte

Bibracte

2 juin 2020 17:21
Marylou a écrit :
@Donald
A mon avis, vous êtes vous même une personne atypique… Je me trompe ?

Si c'est votre avis... je le prends comme un compliment alors je ne vais pas vous détromper.😊

Répondre·

Avatar Marylou

Marylou

2 juin 2020 10:57

@Donald
A mon avis, vous êtes vous même une personne atypique… Je me trompe ?

Répondre·

Avatar PIRLOUI

PIRLOUI

2 juin 2020 10:08

"Partir aux Etats Unis pour réaliser son rêve en partant d'un poste de coursier en France c'est le début le début de son histoire qui ressemble à un début de roman d'aventures, noir, d'amour, dramatique......"
c'est vrai que ce pays a accueilli des immigrés qui étaient dans une misère fantastique dans leur pays qui ont eu des vies fantastiques .Ex: il suffit de regarder dans internet tous les serbes, croates ,polonais , etc qui sont partis pauvres et qui ont atteint un très haut niveau : Einstein , Kissinger ,Bob Marley, etc

Répondre·

Avatar Bibracte

Bibracte

2 juin 2020 08:29
sylguima a écrit :
Partir aux Etats Unis pour réaliser son rêve en partant d'un poste de coursier en France c'est le début le début de son histoire qui ressemble à un début de roman d'aventures, noir, d'amour, dramatique........

Dramatique, noir ? Le concernant non, il pulsait une sorte de joie de vivre basique, presque ingénue, à jet continu. Il n'y avait aucune trace visible du moins de tristesse ou de désir de fuir quelque chose chez lui. C'était ce qui nous avait tous marqués je crois chez lui. Et c'est ce qui faisait son charme. C'est pour ça que je suis persuadé qu'il a , s'il a connu des difficultés là-bas, toujours trouvé une main secourable.

Répondre·

Avatar sylguima

sylguima

2 juin 2020 08:05

Partir aux Etats Unis pour réaliser son rêve en partant d'un poste de coursier en France c'est le début le début de son histoire qui ressemble à un début de roman d'aventures, noir, d'amour, dramatique........

Répondre·

Avatar Bibracte

Bibracte

2 juin 2020 08:01
gillesml a écrit :
Mon atypique se prénomme Gilles. Je l’ai rencontré lors d’une sortie scolaire, il avait 9 ans. Curieux, éveillé, il restait un peu à part. Les autres semblaient le craindre, ne pas avoir d’affinité avec lui. Il a frappé un garçon. Je lui ai demandé pourquoi. Il me dit calmement : ‘’ c’est le seul moyen de faire comprendre’’ Au déjeuner il a mis sa main sous un plat brûlant. Cela donnait une idée de la façon dont on s’occupait de lui. Je me suis renseigné auprès de l’institutrice. Faute de travail, il allait redoubler. Il avait eu un test de QI, plus de 130. Trois ans après il passait devant le conseil de discipline du collège, conseil qui ne s’était pas réuni depuis plus de dix ans. Exclu pour violence. Il a quitté la région pour aller rejoindre son père, car ses parents étaient divorcés. Je pensais que ce gamin rejeté par le société pourrait devenir un délinquant intelligent. Je l’ai croisé dix ans après. Il se levait à 5 heures pour aller à son travail en stop. Il n’avait jamais pu se payer le permis ni même une mobylette. Il arrivait à son travail souvent longtemps avant l’heure, bossait dur à construire des caisses en bois. Je m’étais bien trompé, son intelligence lui avait choisir l’honnêteté.

Gwadalyne si vous parlez de Romain oui il y a effectivement cette part d'aventure, couper les ponts pour découvrir l'inconnu qui m'a fasciné et me fascine encore à son sujet. Je ne sais pas comment l'expliquer mais je suis intimement convaincu qu'il est bien là-bas, que c'était sa place. Le fait de l'évoquer me remémore des tas de détails et d'anecdotes le concernant.

Répondre·

Avatar Bibracte

Bibracte

2 juin 2020 07:53
gillesml a écrit :
Magnifique, belle histoire très bien écrite.

Merci. La vôtre aussi me plaît beaucoup.

Répondre·

Avatar gwadalyne

gwadalyne

2 juin 2020 05:28
gillesml a écrit :
Mon atypique se prénomme Gilles. Je l’ai rencontré lors d’une sortie scolaire, il avait 9 ans. Curieux, éveillé, il restait un peu à part. Les autres semblaient le craindre, ne pas avoir d’affinité avec lui. Il a frappé un garçon. Je lui ai demandé pourquoi. Il me dit calmement : ‘’ c’est le seul moyen de faire comprendre’’ Au déjeuner il a mis sa main sous un plat brûlant. Cela donnait une idée de la façon dont on s’occupait de lui. Je me suis renseigné auprès de l’institutrice. Faute de travail, il allait redoubler. Il avait eu un test de QI, plus de 130. Trois ans après il passait devant le conseil de discipline du collège, conseil qui ne s’était pas réuni depuis plus de dix ans. Exclu pour violence. Il a quitté la région pour aller rejoindre son père, car ses parents étaient divorcés. Je pensais que ce gamin rejeté par le société pourrait devenir un délinquant intelligent. Je l’ai croisé dix ans après. Il se levait à 5 heures pour aller à son travail en stop. Il n’avait jamais pu se payer le permis ni même une mobylette. Il arrivait à son travail souvent longtemps avant l’heure, bossait dur à construire des caisses en bois. Je m’étais bien trompé, son intelligence lui avait choisir l’honnêteté.

Le rêve américain n’a qu’un prix celui d’une grande liberté. Tout dépend de son pouvoir et vouloir..espérons pour lui qu’il soit heureux .

Répondre·

Avatar gillesml

gillesml

2 juin 2020 04:40

Mon atypique se prénomme Gilles. Je l’ai rencontré lors d’une sortie scolaire, il avait 9 ans. Curieux, éveillé, il restait un peu à part. Les autres semblaient le craindre, ne pas avoir d’affinité avec lui. Il a frappé un garçon. Je lui ai demandé pourquoi. Il me dit calmement : ‘’ c’est le seul moyen de faire comprendre’’ Au déjeuner il a mis sa main sous un plat brûlant. Cela donnait une idée de la façon dont on s’occupait de lui. Je me suis renseigné auprès de l’institutrice. Faute de travail, il allait redoubler. Il avait eu un test de QI, plus de 130. Trois ans après il passait devant le conseil de discipline du collège, conseil qui ne s’était pas réuni depuis plus de dix ans. Exclu pour violence. Il a quitté la région pour aller rejoindre son père, car ses parents étaient divorcés. Je pensais que ce gamin rejeté par le société pourrait devenir un délinquant intelligent. Je l’ai croisé dix ans après. Il se levait à 5 heures pour aller à son travail en stop. Il n’avait jamais pu se payer le permis ni même une mobylette. Il arrivait à son travail souvent longtemps avant l’heure, bossait dur à construire des caisses en bois. Je m’étais bien trompé, son intelligence lui avait choisir l’honnêteté.

Répondre·

Avatar gillesml

gillesml

2 juin 2020 04:15

Magnifique, belle histoire très bien écrite.

Répondre·

Avatar baobab

baobab

1 juin 2020 21:46

Très belle histoire .Merci.
La 66 n'a plus de secrets pour lui.
J'ai dû le croiser,il y a 9 ans .

Répondre·