Avatar Rise

"Moissons sanglantes"

Rise - 19 février 2023 15:33

France 5 diffuse ce dimanche soir le film "Moissons sanglantes", de Guillaume Ribot. Le réalisateur, ayant des racines familiales lot-et-garonnaises, dévoile l’histoire méconnue de la famine de 1933 en Ukraine.

Alors que l’attaque de l’Ukraine marquera ces jours prochains un triste premier anniversaire, le réalisateur Guillaume Ribot présentera ce soir sur France 5 son film "Moissons sanglantes". Un documentaire poignant, mettant la lumière sur des faits historiques méconnus : la famine orchestrée par Staline en 1933. On connaît la famine de 1921 en Ukraine, consécutive à l’absorption du pays par la jeune Union soviétique de Lénine, on connaissait les représailles contre le peuple ukrainien après le départ des Allemands (Seconde Guerre mondiale), mais cette famine de 1933 n’était pas dans nos livres d’histoire, savamment masquée par les autorités soviétiques, jusqu’à l’ouverture des archives consécutives à l’effondrement de l’URSS en 1991.

L’Holodomor
C’est sur ce matériau, composé de messages confidentiels rédigés par le GPU (ancêtre du KGB et du FSB) que Guillaume Ribot a travaillé. Il s’est également appuyé sur les carnets d’un journaliste britannique, Gareth Jones, qui s’était alors rendu sur place et avait réussi à comprendre ce qu’il se jouait à l’époque, à savoir une représailles massive de la Russie soviétique à l’égard du peuple ukrainien, et qui coûta la ville à 4 millions voire 4,5 millions d’hommes, femmes et enfants. Cet épisode dramatique est aujourd’hui nommé Holodomor, et demeure un véritable traumatisme dans l’histoire ukrainienne.

Un Holodomor comparé à un génocide, puisque les historiens considèrent qu’il y a eu, de la part de Moscou, une volonté assumée de faire disparaître le peuple ukrainien en lui coupant les vivres tout en l’enfermant.

L’Ukraine, grenier à blé de la Russie ? Dans ce cas, ce qui se joue en 2022-2023 est bien une nouvelle "guerre du blé", une volonté de Moscou de mettre main basse sur une ressource agricole, financière et également politique (exportations) considérable. En 1933, le contexte politique était certes différent, l’URSS revenait en odeur de sainteté auprès des démocraties occidentales en raison du nouveau péril nazi en Allemagne, mais la volonté russe était déjà là : casser les velléités séparatistes de l’Ukraine, et rafler le blé, pour aussi compenser les défaillance de la planification économique soviétique. La famine, c’était aussi et surtout un pillage des richesses en règle.

26 images clandestines
Le film, grâce à des images exceptionnelles, témoignages de l’horreur vécue par les populations locales – les gens s’effondrant dans les rues, les villages abandonnés, etc. – retrace ce cortège de douleur. Ayant travaillé sur les images de la Shoah, Guillaume Ribot en expert a retrouvé 26 images qui sont d’inespérés survivants. "C’est un crime de masse presque sans images, déclare-t-il. C’est incroyable. C’est aussi pour ça que la mémoire de cette histoire a failli disparaître et être engloutie par le mensonge et l’oubli. Vous vous rendez compte : 4,5 millions de victimes ukrainiennes et seulement 26 photographies de cette tragédie. Toutes clandestines. Les seules images qui nous sont parvenues sont l’œuvre d’Alexandre Wienerberger, un Autrichien qui travaillait à Kharkiv. Il a réussi à photographier des scènes de rue clandestinement malgré la menace des forces de sécurité. Sur ces photos on peut voir des morts dans les rues, des files d’attente devant les magasins, des enfants affamés, des fosses communes ou encore des villages désertés par des paysans qui fuient vers la ville. Elles sont ce qui s’approche le plus de la "vérité" iconographique. Mais pour essayer de figurer au mieux ce qu’est une famine sans images, j’avais besoin de plus. Ce sont à nouveau les carnets de Gareth Jones qui m’ont donné la solution. En arrivant dans un village, une paysanne dit à Jones que la famine est "pire que celle de 1921". Celle-ci ayant été très documentée, j’ai compris que j’allais pouvoir utiliser ces photos pour montrer les ravages d’une famine au spectateur. Je ne souhaitais pas les utiliser comme des illustrations mais, en les contextualisant précisément, il suffit de laisser les esprits imaginer la famine de 1933 comme "pire que celle de 1921".

Un film primé
Le film a été primé au le Fipadoc de Biarritz et au festival de Pessac. Il a également été présenté au Parlement européen (et montré à des officiels ukrainiens) qui a reconnu en décembre 2022 l’Holodomor comme un génocide. Adoptée par 507 voix (12 contre et 17 abstentions) la résolution contient cette phrase : "Le Parlement affirme que le blanchiment et la glorification du régime totalitaire soviétique et la renaissance du culte du dictateur soviétique, Joseph Staline, ont conduit à ce que la Russie soit aujourd’hui un État promoteur du terrorisme."

Cette histoire soviétique, Guillaume Brissot la connaît bien puisqu’il a réalisé des films liés à la Shoah par balles et les camps de la mort. Son premier film abordait les crimes contre les Juifs, une enquête réalisée en Lot-et-Garonne. "Ma grand-mère était de Lafitte-sur-Lot, se souvient-il, et elle avait caché des enfants juifs pendant la guerre. J’ai retrouvé le cahier d’une écolière, et j’étais ensuite venu tourner sur place à Clairac, à Agen, dans les années 2014-2015. Cette histoire été retracée dans le film "Le Cahier de Suzy", qui est aujourd’hui présenté aux publics scolaires."

Ce dimanche 19 février, c est le grand public qui pourra découvrir ces "Moissons sanglantes", dès 22 h 55 sur France 5. A noter que ce documentaire pourra être regardé encore 45 jours, en "replay".

Sébastien Bouchereau

"Moissons sanglantes"

Avatar Rise

Rise19 février 2023 15:33

France 5 diffuse ce dimanche soir le film "Moissons sanglantes", de Guillaume Ribot. Le réalisateur, ayant des racines familiales lot-et-garonnaises, dévoile l’histoire méconnue de la famine de 1933 en Ukraine.

Alors que l’attaque de l’Ukraine marquera ces jours prochains un triste premier anniversaire, le réalisateur Guillaume Ribot présentera ce soir sur France 5 son film "Moissons sanglantes". Un documentaire poignant, mettant la lumière sur des faits historiques méconnus : la famine orchestrée par Staline en 1933. On connaît la famine de 1921 en Ukraine, consécutive à l’absorption du pays par la jeune Union soviétique de Lénine, on connaissait les représailles contre le peuple ukrainien après le départ des Allemands (Seconde Guerre mondiale), mais cette famine de 1933 n’était pas dans nos livres d’histoire, savamment masquée par les autorités soviétiques, jusqu’à l’ouverture des archives consécutives à l’effondrement de l’URSS en 1991.

L’Holodomor
C’est sur ce matériau, composé de messages confidentiels rédigés par le GPU (ancêtre du KGB et du FSB) que Guillaume Ribot a travaillé. Il s’est également appuyé sur les carnets d’un journaliste britannique, Gareth Jones, qui s’était alors rendu sur place et avait réussi à comprendre ce qu’il se jouait à l’époque, à savoir une représailles massive de la Russie soviétique à l’égard du peuple ukrainien, et qui coûta la ville à 4 millions voire 4,5 millions d’hommes, femmes et enfants. Cet épisode dramatique est aujourd’hui nommé Holodomor, et demeure un véritable traumatisme dans l’histoire ukrainienne.

Un Holodomor comparé à un génocide, puisque les historiens considèrent qu’il y a eu, de la part de Moscou, une volonté assumée de faire disparaître le peuple ukrainien en lui coupant les vivres tout en l’enfermant.

L’Ukraine, grenier à blé de la Russie ? Dans ce cas, ce qui se joue en 2022-2023 est bien une nouvelle "guerre du blé", une volonté de Moscou de mettre main basse sur une ressource agricole, financière et également politique (exportations) considérable. En 1933, le contexte politique était certes différent, l’URSS revenait en odeur de sainteté auprès des démocraties occidentales en raison du nouveau péril nazi en Allemagne, mais la volonté russe était déjà là : casser les velléités séparatistes de l’Ukraine, et rafler le blé, pour aussi compenser les défaillance de la planification économique soviétique. La famine, c’était aussi et surtout un pillage des richesses en règle.

26 images clandestines
Le film, grâce à des images exceptionnelles, témoignages de l’horreur vécue par les populations locales – les gens s’effondrant dans les rues, les villages abandonnés, etc. – retrace ce cortège de douleur. Ayant travaillé sur les images de la Shoah, Guillaume Ribot en expert a retrouvé 26 images qui sont d’inespérés survivants. "C’est un crime de masse presque sans images, déclare-t-il. C’est incroyable. C’est aussi pour ça que la mémoire de cette histoire a failli disparaître et être engloutie par le mensonge et l’oubli. Vous vous rendez compte : 4,5 millions de victimes ukrainiennes et seulement 26 photographies de cette tragédie. Toutes clandestines. Les seules images qui nous sont parvenues sont l’œuvre d’Alexandre Wienerberger, un Autrichien qui travaillait à Kharkiv. Il a réussi à photographier des scènes de rue clandestinement malgré la menace des forces de sécurité. Sur ces photos on peut voir des morts dans les rues, des files d’attente devant les magasins, des enfants affamés, des fosses communes ou encore des villages désertés par des paysans qui fuient vers la ville. Elles sont ce qui s’approche le plus de la "vérité" iconographique. Mais pour essayer de figurer au mieux ce qu’est une famine sans images, j’avais besoin de plus. Ce sont à nouveau les carnets de Gareth Jones qui m’ont donné la solution. En arrivant dans un village, une paysanne dit à Jones que la famine est "pire que celle de 1921". Celle-ci ayant été très documentée, j’ai compris que j’allais pouvoir utiliser ces photos pour montrer les ravages d’une famine au spectateur. Je ne souhaitais pas les utiliser comme des illustrations mais, en les contextualisant précisément, il suffit de laisser les esprits imaginer la famine de 1933 comme "pire que celle de 1921".

Un film primé
Le film a été primé au le Fipadoc de Biarritz et au festival de Pessac. Il a également été présenté au Parlement européen (et montré à des officiels ukrainiens) qui a reconnu en décembre 2022 l’Holodomor comme un génocide. Adoptée par 507 voix (12 contre et 17 abstentions) la résolution contient cette phrase : "Le Parlement affirme que le blanchiment et la glorification du régime totalitaire soviétique et la renaissance du culte du dictateur soviétique, Joseph Staline, ont conduit à ce que la Russie soit aujourd’hui un État promoteur du terrorisme."

Cette histoire soviétique, Guillaume Brissot la connaît bien puisqu’il a réalisé des films liés à la Shoah par balles et les camps de la mort. Son premier film abordait les crimes contre les Juifs, une enquête réalisée en Lot-et-Garonne. "Ma grand-mère était de Lafitte-sur-Lot, se souvient-il, et elle avait caché des enfants juifs pendant la guerre. J’ai retrouvé le cahier d’une écolière, et j’étais ensuite venu tourner sur place à Clairac, à Agen, dans les années 2014-2015. Cette histoire été retracée dans le film "Le Cahier de Suzy", qui est aujourd’hui présenté aux publics scolaires."

Ce dimanche 19 février, c est le grand public qui pourra découvrir ces "Moissons sanglantes", dès 22 h 55 sur France 5. A noter que ce documentaire pourra être regardé encore 45 jours, en "replay".

Sébastien Bouchereau

avatar
Avatar flore

flore

21 mars 2024 09:26

Merci d'informer sur ce replay. J'ai vu le film d'Agnieszka Holland hier soir. Pour moi, une révélation.

Répondre·

Avatar robert

robert

25 février 2023 12:11

Et puis ne pas se gêner pour mettre de l'huile sur le feu nucléaire

Répondre·

Avatar Snow

Snow

25 février 2023 12:03

Excellent documentaire. Tous les crimes contre l'humanité doivent rester gravés dans les mémoires. Ne jamais oublier ce que les hommes sont capables de faire à d'autres hommes.
Et le sujet est, hélas !, d'actualité. En 2023....

Répondre·

Avatar robert

robert

24 février 2023 18:33

Coke vous prononcez comment ?

Répondre·

Avatar Adalbert

Adalbert

24 février 2023 14:17

( ps: merci Helene9434)

Répondre·

Avatar Adalbert

Adalbert

24 février 2023 14:16

Mise au point:
Voici ma dernière réponse à dan qui comparait scandaleusement les victimes de cette meurtrière et épouvantable famine à de la viande à sandwich ( ce à quoi personne à part moi n'avait encore jugé nécessaire de réagir ... ) en ajoutant péremptoirement que le mot "Holodomor" devait se prononcer "Golodomor", c'est-à-dire selon la prononciation russe de la lettre initiale et non conformément à la prononciation ukrainienne, alors que non seulement ce mot n'existe pas en russe ( vu que c'est un néologisme ukrainien créé par les Ukrainiens) mais qu'en plus, il désigne une épouvantable réalité dont l'existence même n'a eu de cesse d'être scandaleusement niée par le pouvoir russe , qui n'est pas à une négation de l'Histoire près :
" Par respect pour les millions de victimes ( réduites à de vulgaires garnitures de sandwiches ... ), veillons à prononcer ce mot comme il se prononce en ukrainien et non "à la russe "..."
Et si j'ai précédemment estimé nécessaire d'insister sur l'importance de la prononciation d' "Holodomor" en continuant à réfuter les contre-vérités réitérées de ce dan, ce n'était pas pour pinailler sur quelque point secondaire, mais par respect pour les millions de victimes ukrainiennes qui méritent au moins qu'on prononce correctement et non dans la pseudo langue de leurs tortionnaires le mot désignant le martyre qu'elles ont subi ! Trouveriez-vous normal qu'on vous intime de prononcer "correctement le mot "Shoah" ... c'est-à-dire avec avec l'accent prussien ? ... ou ne serait-ce qu'un "simple et banal détail" comme le fameux " détail de l'histoire " d'un certain Jean-Marie Le Pen ? ...

Répondre·

Avatar robert

robert

24 février 2023 09:47

Les thermes banals ou banaux
Pouvons nous en 2023 , nous le 5e pays drogué du monde donner des leçons de quoi que ce soit à qui que ce soit et en quels termes ? C'est une question qui se pose à l'heure où les états reculent devant la cybercriminalité

Répondre·

Avatar robert

robert

23 février 2023 12:12

Nous sommes au camp IV , nous n'y resterons pas longtemps

Répondre·

Avatar ombrelle

ombrelle

22 février 2023 22:42

Merci d avoir signalé ce film que je viens de regarder en replay. Une tragédie que je ne connaissais pas. Les émissions en seconde partie sont moins apparentes sur les programmes télé en papier.

Répondre·

Avatar Adalbert

Adalbert

20 février 2023 17:53
Dan a écrit :
très anecdotiquement : Holodomor se prononce Golodomor (mort de faim : on y mangeait de la viande de cadavre en sandwich))

Par respect pour les millions de victimes ( réduites à de vulgaires garnitures de sandwiches ... ), veillons à prononcer ce mot comme il se prononce en ukrainien et non "à la russe "...

Répondre·

Avatar Adalbert

Adalbert

20 février 2023 17:06
pourquoi a écrit :
Holodomor comment le prononcer;
et ici à 0:42 , par Philippe Naumiak d‘origine ukrainienne:
Ce mot ne devrait pas exister dans la langue russe, puisque nié depuis toujours.

En effet, aucun son G dans la prononciation .
Comme je l'ai déjà dit plus bas et contrairement aux affirmations de Dan, le Г , lettre initiale de Голодомо́р, se prononce en ukrainien comme un H aspiré ou un H aspiré précédé d'un R, et non G comme en russe.

Répondre·

Avatar Adalbert

Adalbert

20 février 2023 16:56
Dan a écrit :
Le mot faim en russe et en ukrainien commence par Г prononcée G dur
Le mot pain en russe et en ukrainien commence par X prononcé R"h" comme chez les grecs et espagnols.
Le ch allemand ne se prononce pas du tout comme le X russe, ukrainien & grec. ./!

- contrairement au russe, la lettre Г ne se prononce pas G en ukrainien, d'où, comme je l'ai dit plus bas, la transcription de l'ukrainien Голодомо́р par Holodomor et non Golodomor.
- contrairement à ce que vous affirmez, le X ( khi majuscule) ne se prononce pas Rh en grec mais Kh , ex parmi tant d'autres: Xορός qui a donné choeur ou Xλωροφύλλη qui a donné chlorophylle ...
- pour finir, de quel "X" espagnol parlez-vous ? Autant que je sache, les espagnols utilisent l'alphabet latin et non l' alphabet grec ou cyrillique ...

Répondre·

Avatar fabienne

fabienne

20 février 2023 15:49

Pas pu voir hier soir je le regarderai en replay. Il y a eu un film sorti en 2020 "l'ombre de Staline" qui racontait la découverte de cette terrible tragédie par un journaliste gallois, décédé plus tard de mort suspecte. Les grands parents d'une amie d'origine ukrainienne par sa mère ont été victimes de l'holodomore. Poutine en guerre contre l'Ukraine actuellement répète l'ignominie de Staline puisque les Ukrainiens partis au combat ne peuvent plus cultiver leurs céréales.

Répondre·

Avatar pourquoi

pourquoi

20 février 2023 15:48

Holodomor comment le prononcer;
et ici à 0:42 , par Philippe Naumiak d‘origine ukrainienne:
Ce mot ne devrait pas exister dans la langue russe, puisque nié depuis toujours.

Répondre·

Avatar Dan

Dan

20 février 2023 14:18
Adalbert a écrit :
ps
C'est justement parce que le Г de Голодомо́р se prononce H en ukrainien, et non G, qu'on a retranscrit en alphabet latin " Holodomor" et non " Golodomor.
Holodomor: néologisme ukrainien composé de 2 parties, la première signifiant faim/famine, la seconde, ravage, fléau destructeur; on traduit généralement ce mot par " extermination par la famine" .

Le mot faim en russe et en ukrainien commence par Г prononcée G dur
Le mot pain en russe et en ukrainien commence par X prononcé R"h" comme chez les grecs et espagnols.
Le ch allemand ne se prononce pas du tout comme le X russe, ukrainien & grec. ./!

Répondre·