Jacques Chirac, le dernier tonton flingueur

- 20 juin 2023 07:09

"Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre" : véritable animal politique, Jacques Chirac était aussi adepte d'un langage fleuri. Florilège.

« Mais qu'est-ce qu'elle veut de plus cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? » Le micro de Jacques Chirac est malencontreusement resté ouvert, ce 13 février 1988, en plein sommet européen à Bruxelles, et l’assistance l’entend vitupérer contre les réclamations incessantes de Margaret Thatcher. Ainsi était Chirac. Derrière ses discours ampoulés et parfois grandiloquents, l’homme n’hésitait pas à parler cru et à se répandre en formules imagées, sans déshonorer pour autant la langue française. Là où Macron peine à se départir de son phrasé technocratique, où Hollande faisait diversion à coups de petites blagues improvisées, où Sarkozy maltraitait férocement la syntaxe, Chirac, lui, était notre président tonton flingueur. Et sans doute le dernier.

De fait, Michel Audiard aurait pu écrire certaines des saillies dont il gratifiait souvent ses proches. A commencer par ces boutades qui avaient fini, en s’accumulant, par rendre compte d’une véritable philosophie personnelle. « Dans la vie, il y a des hauts et des bas. Il faut mépriser les hauts et repriser les bas », observait-il ainsi à propos des caprices de sa cote de popularité. Ses haussements d’épaule se traduisaient verbalement par le célèbre « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre », dont Jean-Louis Debré a rapporté une variante au goût recherché : « Je m’en tape le coquillart avec une patte d’alligator femelle. » Autre réflexion un poil désabusée : « On greffe de tout aujourd’hui, des reins, des bras, un cœur. Sauf les couilles. Par manque de donneur. »*
Inoubliable aussi : « Les emmerdes c’est comme les cons, ça vole toujours en escadrille. » Chirac le bon vivant n’hésitait pas non plus à donner dans la grivoiserie. Comme lorsqu’il recyclait avec entrain ce toast proposant de boire « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent »...

La poésie façon Chirac, c’était aussi ces exclamations définitives et surjouées destinées à capter l’enthousiasme (et le bulletin de vote) de l’électeur lambda. « Ce ne sont pas des bovins, ce sont des chefs-d’œuvre », l’entend-on encore s’emballer au salon de l’agriculture de 2005. « C’est loin, mais c’est beau ! », répétait-il à foison devant les caméras lors de ses déplacements électoraux. Côté slogans, Chirac s’embarrassait rarement de circonvolutions. « Un chef, c’est fait pour cheffer », assénait-il pour flatter la fibre gaulliste de ses sympathisants.

Et lorsqu’il était empêtré dans des polémiques embarrassantes, on a moins retenu de Chirac ses explications de fond que ses formules outragées. La cassette Méry, du nom de ce financier qui prétendait lui avoir remis une valise d’argent pour financer le RPR ? « Une histoire abracadabrantesque », s’était-il indigné devant Elise Lucet en 2000. Les sommes qui ont financé ses voyages comme maire de Paris ? « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent, c’est qu’elles font pschitt ! », s’était-il irrité l’année suivante.

Il y a enfin la savoureuse version anglophone, que n’ont pas oublié les services de sécurité israéliens. « What do you want ? Me to go back to my plane and go back to France ? » avait-il lancé à un agent trop zélé au cours d’une visite à Jérusalem en 1995. Les images lui avaient valu une grande estime dans le monde arabe. Là encore, Chirac n’avait pas frappé avec un grand discours, mais une petite phrase. Son arme favorite.

Louis Hausalter – Marianne, 26/09/2019

Jacques Chirac, le dernier tonton flingueur

20 juin 2023 07:09

"Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre" : véritable animal politique, Jacques Chirac était aussi adepte d'un langage fleuri. Florilège.

« Mais qu'est-ce qu'elle veut de plus cette ménagère ? Mes couilles sur un plateau ? » Le micro de Jacques Chirac est malencontreusement resté ouvert, ce 13 février 1988, en plein sommet européen à Bruxelles, et l’assistance l’entend vitupérer contre les réclamations incessantes de Margaret Thatcher. Ainsi était Chirac. Derrière ses discours ampoulés et parfois grandiloquents, l’homme n’hésitait pas à parler cru et à se répandre en formules imagées, sans déshonorer pour autant la langue française. Là où Macron peine à se départir de son phrasé technocratique, où Hollande faisait diversion à coups de petites blagues improvisées, où Sarkozy maltraitait férocement la syntaxe, Chirac, lui, était notre président tonton flingueur. Et sans doute le dernier.

De fait, Michel Audiard aurait pu écrire certaines des saillies dont il gratifiait souvent ses proches. A commencer par ces boutades qui avaient fini, en s’accumulant, par rendre compte d’une véritable philosophie personnelle. « Dans la vie, il y a des hauts et des bas. Il faut mépriser les hauts et repriser les bas », observait-il ainsi à propos des caprices de sa cote de popularité. Ses haussements d’épaule se traduisaient verbalement par le célèbre « Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre », dont Jean-Louis Debré a rapporté une variante au goût recherché : « Je m’en tape le coquillart avec une patte d’alligator femelle. » Autre réflexion un poil désabusée : « On greffe de tout aujourd’hui, des reins, des bras, un cœur. Sauf les couilles. Par manque de donneur. »*
Inoubliable aussi : « Les emmerdes c’est comme les cons, ça vole toujours en escadrille. » Chirac le bon vivant n’hésitait pas non plus à donner dans la grivoiserie. Comme lorsqu’il recyclait avec entrain ce toast proposant de boire « à nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent »...

La poésie façon Chirac, c’était aussi ces exclamations définitives et surjouées destinées à capter l’enthousiasme (et le bulletin de vote) de l’électeur lambda. « Ce ne sont pas des bovins, ce sont des chefs-d’œuvre », l’entend-on encore s’emballer au salon de l’agriculture de 2005. « C’est loin, mais c’est beau ! », répétait-il à foison devant les caméras lors de ses déplacements électoraux. Côté slogans, Chirac s’embarrassait rarement de circonvolutions. « Un chef, c’est fait pour cheffer », assénait-il pour flatter la fibre gaulliste de ses sympathisants.

Et lorsqu’il était empêtré dans des polémiques embarrassantes, on a moins retenu de Chirac ses explications de fond que ses formules outragées. La cassette Méry, du nom de ce financier qui prétendait lui avoir remis une valise d’argent pour financer le RPR ? « Une histoire abracadabrantesque », s’était-il indigné devant Elise Lucet en 2000. Les sommes qui ont financé ses voyages comme maire de Paris ? « Ce n’est pas qu’elles se dégonflent, c’est qu’elles font pschitt ! », s’était-il irrité l’année suivante.

Il y a enfin la savoureuse version anglophone, que n’ont pas oublié les services de sécurité israéliens. « What do you want ? Me to go back to my plane and go back to France ? » avait-il lancé à un agent trop zélé au cours d’une visite à Jérusalem en 1995. Les images lui avaient valu une grande estime dans le monde arabe. Là encore, Chirac n’avait pas frappé avec un grand discours, mais une petite phrase. Son arme favorite.

Louis Hausalter – Marianne, 26/09/2019

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Avatar marie5949

marie5949

21 juin 2023 08:21
Bridget91 a écrit :
ah ah ! merci pour ce bon moment ! j'aimais bien Chirac, avec ses costumes souvent trop grands et sa tête sympathique et ses cheveux "gominés" ! C'est vrai qu'il pouvait dire tout cela sans choquer, et il était malin car ça le rapprochait des gens de classes moins cultivées dont le langage quotidien se rapproche de ses fameuses expressions. C'était une autre période !
Macron a essayé d'en faire autant mais il n'a pas le même profil avec sa ligne, ses beaux costumes bien taillés de mannequin, sa tête de beau gosse et ses grandes qualités d'orateur, il a trop la classe pour ça !

Macron est loin d’avoir le charisme de Jacques Chirac, Macron c’est m’as-tu vu , je suis le meilleur, je suis le plus beau , je suis la vérité…Chirac était le roi de la répartie et répartie toujours à bon escient, très drôle , en tout cas c’est mon avis 😀

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joiedevivre15

21 juin 2023 07:14
Dany a écrit :
C'est bien gentil tout cela, mais il a fait passer Mitterand pour se retrouver leader de l'opposition 🙄

Non il n'a pas fait passer Mitterrand volontairement. Il en a même fait une dépression caché trois mois en Corrèze ...
Mitterrand est passé parce que la Droite déçevait ... la ckrruption. Etc ... Un certain nombre de personnes, pourtant pas convaincues par la Gauche, ont voulu voir ce que cela donnerait, Mitterrand, ayant èté éduqué chez les Jèsuites ... . Ils ont vu ... pire ... Mitterrand avait dèjà son cancer de la prostate. Il a commencé à tricher sur sa santé.

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Avatar Dan

Dan

21 juin 2023 06:31

Ai quitté sur la pointe des pieds la rue de Lille, l'avenue Charles de Gaulle à Neuilly et la politique par cette fange d'énergumèness

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Avatar Dany

Dany

21 juin 2023 05:58

C'est bien gentil tout cela, mais il a fait passer Mitterand pour se retrouver leader de l'opposition 🙄

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joiedevivre15

20 juin 2023 17:29
aranjuez a écrit :
Chirac? Sympa mais inutile, "Monsieur 5 minutes douche comprise"
En 1981, il a torpillé Giscard pour faire élire Mitterrand. Un autre inutile.
Tous les deux ont joué leur carte personnelle et pas l'intérêt de la France.

Pas faux. Et si vous connaissiez "les petites histoires" de la Grande Histoire. Période que j'ai vécu, très proche de ces politiques ... Mon Dieu ! Paix en son âme. et pas que pour lui ... Ils réflêchissent de l'autre côté maintenant, Ya du boulot sur la planche avec leurs guides avant de revenir ... On ne triche plus.

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Avatar reinemere

reinemere

20 juin 2023 13:49

Merci pour ces souvenirs .

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Avatar rdbrdb

rdbrdb

20 juin 2023 11:55

la répartie élégante aux insultes :

- Connard...
- Enchanté ! Moi, c'est Jacques Chirac

cela a une autre classe ... que "pauvre con"...

"En 2001, alors qu'il sortait de la messe devant l'église du village varois, il a essuyé un "Connard !" de la part d'un riverain. Celui qui exerçait alors son premier mandat de président de la République aurait pu se laisser déstabiliser par cette insulte, mais il a préféré en rire. Avec le sens de la répartie qu'on lui connaît, Jacques Chirac a répondu à son détracteur : "Enchanté ! Moi, c'est Jacques Chirac".

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Avatar aranjuez

aranjuez

20 juin 2023 10:41

Chirac? Sympa mais inutile, "Monsieur 5 minutes douche comprise"
En 1981, il a torpillé Giscard pour faire élire Mitterrand. Un autre inutile.
Tous les deux ont joué leur carte personnelle et pas l'intérêt de la France.

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Avatar alain

alain

20 juin 2023 09:37

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs » JC
C'est tout ce qu'il faut retenir de lui
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Avatar nandocinqsix

nandocinqsix

20 juin 2023 09:13
Bridget91 a écrit :
ah ah ! merci pour ce bon moment ! j'aimais bien Chirac, avec ses costumes souvent trop grands et sa tête sympathique et ses cheveux "gominés" ! C'est vrai qu'il pouvait dire tout cela sans choquer, et il était malin car ça le rapprochait des gens de classes moins cultivées dont le langage quotidien se rapproche de ses fameuses expressions. C'était une autre période !
Macron a essayé d'en faire autant mais il n'a pas le même profil avec sa ligne, ses beaux costumes bien taillés de mannequin, sa tête de beau gosse et ses grandes qualités d'orateur, il a trop la classe pour ça !

.. à chacun son style ! Et Buffon d'annoncer :" Le style, c'est l'homme !"
Charles de gaulle ne s'est trompé qu'une fois , à propos du "quarteron de généraux en retraite" : seulement un quatuor de félons !

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alain

20 juin 2023 08:56

Sous la Ve seul DE GAULLE était un bon rhéteur

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Avatar Bridget91

Bridget91

20 juin 2023 08:24

ah ah ! merci pour ce bon moment ! j'aimais bien Chirac, avec ses costumes souvent trop grands et sa tête sympathique et ses cheveux "gominés" ! C'est vrai qu'il pouvait dire tout cela sans choquer, et il était malin car ça le rapprochait des gens de classes moins cultivées dont le langage quotidien se rapproche de ses fameuses expressions. C'était une autre période !
Macron a essayé d'en faire autant mais il n'a pas le même profil avec sa ligne, ses beaux costumes bien taillés de mannequin, sa tête de beau gosse et ses grandes qualités d'orateur, il a trop la classe pour ça !

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