Macron, le bruit et la fausse « rechute »
Pimaly - 5 janvier 2022 14:54
Le président dit vouloir « emmerder » les non-vaccinés. D’aucuns parlent d’un « dérapage ». C’est, au contraire, un propos voulu et assumé. Explications.
Les lecteurs doivent savoir qu’une interview écrite du président de la République est toujours relue par lui-même et par quelques-uns de ses conseillers avant sa publication. Son entretien avec les lecteurs du Parisien n’a donc pas échappé à cette règle. Sa volonté d'« emmerder les non-vaccinés » est tout sauf une bourde, un dérapage ou une « rechute », comme l’affirment les éditorialistes du matin. Ses mots ont été prononcés et assumés après relecture, peut-être même amplifiés. Nous sommes ici dans un calcul réfléchi, une stratégie qui vise à pointer du doigt des responsables, ou plutôt des « irresponsables », selon son mot. L’inclination française à la recherche de bouc émissaire est ainsi flattée par celui qui incarne encore la concorde. C’est d’autant plus surprenant que le même Macron, certes bientôt en campagne, a toujours théorisé l’apaisement et a rejeté la désignation d’une catégorie de Français. Lors des manifestations contre le mariage pour tous, ministre, il n’avait pas apprécié la manière dont le gouvernement de François Hollande avait traité les opposants ( « On a humilié cette France-là » ). Pourquoi faut-il aujourd’hui humilier cette France qui émet des doutes vis-à-vis de la science, même s’il faut avoir conscience de la présence parmi eux de militants radicaux ? Était-ce au président de les désigner ainsi et de qualifier en ces termes le traitement qu’il entend leur réserver ?
On personnalise volontairement car lui-même n’a pas fait autre chose, et peut-être est-ce là le vrai problème : « Eh bien, là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. » Ce « j’ai », propos à la première personne, induit une considération personnelle, presque un face-à-face entre lui et eux. Il veut leur tordre le bras, pour ainsi dire, puisque ce sont eux qui « emmerderaient » d’abord les Français. C’est aussi l’aveu d’un homme qui s’est souvent vu reprocher un exercice solitaire du pouvoir, ce qui lui a joué des tours par le passé. Quid, dans ce contexte, du conseil scientifique et de l’avis de ses ministres compétents dans l’accomplissement de ce projet d'« emmerdement » ? L’aveu d’un homme qui, bien qu’il n’ait de cesse d’exalter la liberté, peine à comprendre qu’on ne le suive pas toujours, que l’on conteste ses orientations. Dès lors, il se braque, serre les poings. L’autorité, à défaut d’être naturelle, est trop sonore et trop surjouée.
Le gourdin
Mais d’autres raisons expliquent cette sortie : le sincère ras-le-bol des soignants. Macron est en contact direct avec quelques-uns d’entre eux, qui lui communiquent régulièrement le profil des contaminés admis en réanimation. Majoritairement, des non-vaccinés. En parlant ainsi, Emmanuel Macron ne fait que reprendre leurs mots. Par ailleurs, le président est un homme très connecté, rien ne lui échappe de l’actualité et des « séquences » qui font le buzz. Il a récemment vu une vidéo d’antivax s’en prenant violemment à un journaliste de LCI. De ce fait, il considère que le temps de la pédagogie est passé, que nous avons affaire à des agités politiques et qu’il faut administrativement sortir le gourdin… Des élus lui font également remonter leurs propres sondages, des choses entendues sur les marchés, lors de réunions, et souvent la tonalité est la même : une exaspération vis-à-vis des non-vaccinés – qui se mêle à la critique de la politique gouvernementale. Macron fait le pari d’avoir de son côté une majorité de Français qui partagerait sa fermeté sur le sujet.
Enfin, il voit dans cette sortie, comme dans la difficulté à faire voter le pass vaccinal à l’Assemblée nationale, un moyen de pousser LR et sa candidate Valérie Pécresse dans les camps des extrêmes, des « irresponsables ». Le voilà seul à défendre mordicus la vaccination pour tout le monde, à se mettre pleinement du côté de la science, des médecins et, pense-t-il, des près de 90 % de vaccinés. Le temps fera son œuvre. De prochaines études viendront nous dire si son choix fut le bon.
Saïd Mahrane – Le Point - 05/01/2022 à 12h34
Macron, le bruit et la fausse « rechute »
Le président dit vouloir « emmerder » les non-vaccinés. D’aucuns parlent d’un « dérapage ». C’est, au contraire, un propos voulu et assumé. Explications.
Les lecteurs doivent savoir qu’une interview écrite du président de la République est toujours relue par lui-même et par quelques-uns de ses conseillers avant sa publication. Son entretien avec les lecteurs du Parisien n’a donc pas échappé à cette règle. Sa volonté d'« emmerder les non-vaccinés » est tout sauf une bourde, un dérapage ou une « rechute », comme l’affirment les éditorialistes du matin. Ses mots ont été prononcés et assumés après relecture, peut-être même amplifiés. Nous sommes ici dans un calcul réfléchi, une stratégie qui vise à pointer du doigt des responsables, ou plutôt des « irresponsables », selon son mot. L’inclination française à la recherche de bouc émissaire est ainsi flattée par celui qui incarne encore la concorde. C’est d’autant plus surprenant que le même Macron, certes bientôt en campagne, a toujours théorisé l’apaisement et a rejeté la désignation d’une catégorie de Français. Lors des manifestations contre le mariage pour tous, ministre, il n’avait pas apprécié la manière dont le gouvernement de François Hollande avait traité les opposants ( « On a humilié cette France-là » ). Pourquoi faut-il aujourd’hui humilier cette France qui émet des doutes vis-à-vis de la science, même s’il faut avoir conscience de la présence parmi eux de militants radicaux ? Était-ce au président de les désigner ainsi et de qualifier en ces termes le traitement qu’il entend leur réserver ?
On personnalise volontairement car lui-même n’a pas fait autre chose, et peut-être est-ce là le vrai problème : « Eh bien, là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. » Ce « j’ai », propos à la première personne, induit une considération personnelle, presque un face-à-face entre lui et eux. Il veut leur tordre le bras, pour ainsi dire, puisque ce sont eux qui « emmerderaient » d’abord les Français. C’est aussi l’aveu d’un homme qui s’est souvent vu reprocher un exercice solitaire du pouvoir, ce qui lui a joué des tours par le passé. Quid, dans ce contexte, du conseil scientifique et de l’avis de ses ministres compétents dans l’accomplissement de ce projet d'« emmerdement » ? L’aveu d’un homme qui, bien qu’il n’ait de cesse d’exalter la liberté, peine à comprendre qu’on ne le suive pas toujours, que l’on conteste ses orientations. Dès lors, il se braque, serre les poings. L’autorité, à défaut d’être naturelle, est trop sonore et trop surjouée.
Le gourdin
Mais d’autres raisons expliquent cette sortie : le sincère ras-le-bol des soignants. Macron est en contact direct avec quelques-uns d’entre eux, qui lui communiquent régulièrement le profil des contaminés admis en réanimation. Majoritairement, des non-vaccinés. En parlant ainsi, Emmanuel Macron ne fait que reprendre leurs mots. Par ailleurs, le président est un homme très connecté, rien ne lui échappe de l’actualité et des « séquences » qui font le buzz. Il a récemment vu une vidéo d’antivax s’en prenant violemment à un journaliste de LCI. De ce fait, il considère que le temps de la pédagogie est passé, que nous avons affaire à des agités politiques et qu’il faut administrativement sortir le gourdin… Des élus lui font également remonter leurs propres sondages, des choses entendues sur les marchés, lors de réunions, et souvent la tonalité est la même : une exaspération vis-à-vis des non-vaccinés – qui se mêle à la critique de la politique gouvernementale. Macron fait le pari d’avoir de son côté une majorité de Français qui partagerait sa fermeté sur le sujet.
Enfin, il voit dans cette sortie, comme dans la difficulté à faire voter le pass vaccinal à l’Assemblée nationale, un moyen de pousser LR et sa candidate Valérie Pécresse dans les camps des extrêmes, des « irresponsables ». Le voilà seul à défendre mordicus la vaccination pour tout le monde, à se mettre pleinement du côté de la science, des médecins et, pense-t-il, des près de 90 % de vaccinés. Le temps fera son œuvre. De prochaines études viendront nous dire si son choix fut le bon.
Saïd Mahrane – Le Point - 05/01/2022 à 12h34

Pinocchio31
Nous pouvons le dire après lui " emmerder "
Cela fait 4 ans qu'il nous emmerde, pas grave mais le pire de l'histoire sait qui a ruiné financièrement la France avec son quoi qu'il en coûte en déprogrammant la santé ..... l'emmerdeur est très généreux avec l'argent des autres, imposant à tout prix sa politique de merde
Oui, la France est belle et bien dans la merde et dirigé par un emmerdeur hors concours ?
oulala
Posture électoraliste ! Qui attirera les voix de ses électeurs : personnes âgées….
Et qui va encore un peu plus exacerber les oppositions entre les pour et les contre, la vaccination . Comme s’il fallait en rajouter et bien sûr
stigmatiser des coupables. Est la posture à prendre pour un président ?
Vamycrons
Cette fois-ci Madame Pimaly j'ai lu... et même tout lu... Le gourdin qu'il faille le sortir... ? D'en arriver là c'est pas malin mais quoi faire d'autre pour tenter de nous sortir du pétrin ?
L'avenir, en effet dont parle Saïd Mahrane de Le Point surtout dans son dernier paragraphe me semble positif et possible car bon nombre des 90 % de vaccinés voudraient bien que les 10 % restant en fassent autant... 😊 😌
